samedi 24 juillet 2021
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« Une révolution pour notre système de santé »

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Jacques Rit
« Le problème est que personne n'a écrit pour le moment le mode d'emploi d'un CHPG performant à une époque où les notions réglementaires sont de plus en plus strictes. Comment soigner moins et continuer à soigner?? » © Photo D.R.

Jacques Rit, ancien président du syndicat des praticiens hospitaliers et ex-conseiller national, nous livre son sentiment sur le système de santé monégasque. Pour le chef de service orthopédie du centre hospitalier Princesse Grace, Monaco opère un virage.

Monaco Hebdo?: Comment évolue le système de santé selon vous??
Jacques Rit?: Les dirigeants actuels du système de santé, notamment le conseiller pour les affaires sociales Stéphane Valeri, évoquent une restriction de la zone d’influence de l’hôpital de Monaco, la délimitation géographique concernant la frontière italienne, la partie basse de l’arrière-pays mentonnais à Villefranche-sur-mer. Ce serait la plus grosse révolution pour un système de santé destiné à s’appliquer à Monaco et à l’ensemble du 06.

M.H.?: Quel est l’impact pour le patient?? Le médecin devra-t-il bientôt refuser des patients au-delà de cette zone géographique??
J.R.?: Comment expliquer à des patients qui souhaiteraient être soignés à l’hôpital de Monaco que ce n’est pas possible?? Les patients sont censés être égaux sur le choix de l’établissement où ils veulent être soignés dans le 06. Jusqu’à présent, on nous expliquait que le CHPG était logé à la même enseigne que les autres établissements des Alpes-Maritimes. Car en l’état des accords franco-monégasques en matière de santé, la limite, c’est en effet rien que le 06 mais tout le 06. Pour l’instant, cette décision est purement monégasque. Il faudrait connaître la position française par rapport à cette limitation.
La seule chose que l’on nous a assurée est que les patients déjà traités à l’hôpital de Monaco ne seraient pas touchés. Tout comme les assurés de Monaco habitant au-delà de cette zone ainsi que leurs ayant droits.

M.H.?: Pour 2012, on parle d’une stabilisation des effectifs au CHPG précédant une diminution??
J.R.?: On a effectivement parlé du non remplacement de personnes quittant le CHPG ou partant à la retraite. Mais ce sera compliqué. Le CHPG, qui avait une taille donnée, a subi une extension considérable. De nombreux praticiens aspirent à un plan de carrière. Même si le gouvernement décidait que chaque chef de service doit être remplacé par un collaborateur existant et non par un médecin extérieur, il y aurait une véritable armée de laissés pour compte…

M.H.?: Estimez-vous, comme le président du conseil national Jean-François Robillon, que l’effectif médical est pléthorique??
J.R.?: Oui si l’on considère les souhaits de restrictions budgétaires. Mais le problème est que personne n’a écrit pour le moment le mode d’emploi d’un CHPG performant à une époque où les notions réglementaires sont de plus en plus strictes. Pour avoir le droit de continuer à faire un acte, par exemple une anesthésie dans le domaine pédiatrique ou une chirurgie du rachis, il faut le faire X fois par an. Comment soigner moins et continuer à soigner??
L’effectif est peut-être pléthorique mais dans ce cas-là, il faut oser aborder la notion éminemment restrictive d’autonomie de soins de la Principauté. La sous-traitance dans des établissements français aura de plus en plus d’importance. Pas pour des pathologies ultra-courantes mais le CHPG s’était fait une vocation de soigner au-delà de ce que fait un hôpital de sa taille… Visiblement, il y a un virage. Il n’est pas dit mais il résulte de la restriction géographique et de l’effectif.

M.H.?: Ce problème du nombre d’actes existe déjà. Il impose d’ailleurs de transférer des enfants à Lenval en pleine nuit??
J.R.?: En effet, il n’y a pas à l’hôpital d’anesthésistes qui, par leur nombre d’actes, maintiennent leur qualification en anesthésie pédiatrique. En cas de chirurgie pédiatrique où le recours à un anesthésiste est nécessaire, aux heures ouvrables, l’IM2S assure le relais. Mais la nuit, on devait opérer un transfert des enfants malades ou blessés légèrement vers un établissement niçois. C’est alors que s’ajoutait un autre problème d’acheminement?: trouver un moyen de transport était à la charge des parents?! A la suite de doléances précises et justifiées, la direction de l’hôpital a donc réfléchi à des aménagements. Pour régler ce problème, le CHPG met en place une collaboration avec un chirurgien de l’IM2S.

M.H.?: En parlant de collaboration entre le CHPG et l’IM2S, où en est-elle désormais?? Il y a un an, dans nos colonnes, vous vous étiez exprimé pour une mutualisation des moyens.
J.R.?: En juillet 2010, j’ai effectivement approché le docteur Ballerio, et nous avons engagé une démarche commune auprès du conseiller pour les affaires sociales Stéphane Valeri, du président du conseil national Jean-François Robillon avant de présenter la conclusion de nos travaux, au prince Albert, au sujet d’une collaboration entre le CHPG et l’IM2S. Depuis, l’Etat est devenu actionnaire majoritaire dans la société d’exploitation de l’IM2S. Ma proposition était plus audacieuse puisqu’il s’agissait d’une mutualisation complète des compétences médicales et chirurgicales de l’IM2S et du service orthopédique de l’hôpital. Avec le rachat par l’Etat de la société immobilière de l’IM2S, l’Etat aurait alors pris la main sur le devenir de l’institut qui serait resté un établissement clinique privé sous T2A.

M.H.?: Et aujourd’hui??
J.R.?: A deux reprises, par l’intermédiaire de ma direction, j’ai relancé le dossier et tenté de contacter le nouveau directeur Gérard Luccio. En vain. Et puis, récemment, alors que je revenais de vacances, j’ai été informé, par une interview de Gérard Luccio et du Docteur Lussiez, d’un projet de mutualisation des compétences en matière de chirurgie de la main (SOS main) et que le CHPG renonçait à toute activité de chirurgie vertébrale. Deux scoops dont j’ignorais l’existence?! Tout projet est intéressant mais cela nécessite de voir s’il est réalisable avec le personnel existant. Or personne au CHPG, ni le service d’anesthésie ni celui d’orthopédie, n’avait été contacté. Depuis nous examinons ce projet. Notamment la question de la tarification. A l’hôpital, la prise en charge est complète, ce qui n’est pas forcément le cas d’un patient à l’IM2S qui est un établissement privé.

M.H.?: Comment voyez-vous la suite??
J.R.?: Peut-être que l’année 2012 sera celle du rachat par l’Etat de l’IM2S. En l’état actuel des choses, la collaboration entre l’orthopédie du CHPG et l’IM2S est ponctuelle. Ce sont deux établissements concurrents avec un personnel qui n’est pas complémentaire. Il faudrait anticiper l’arrivée de la tarification à l’acte (T2A) et du déficit qui y est lié. Même en période de très grande prospérité, deux établissements déficitaires, voire un troisième si l’on ajoute le centre cardio-thoracique qui passera lui aussi un jour à la T2A, cela ferait débat. Alors en période de restrictions budgétaires… Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas se permettre d’attendre la livraison du nouvel hôpital pour trancher.

M.H.?: Le gouvernement s’attaque au problème des retraites du personnel du CHPG. Qu’en est-il??
J.R.?: S’agissant du système des retraites des agents non médicaux du CHPG, on n’est pas au bout de nos peines. Pendant des années, le CHPG a assuré le versement des retraites de ses employés. La part versée par l’employeur chaque mois n’était pas individualisée et capitalisée dans une caisse dédiée. Elle disparaissait dans le budget global de l’hôpital. Tout comme la part de l’employé entrait dans les recettes. Quand la comptabilité de l’hôpital s’est modernisée, on s’est rendu compte que l’on se précipitait contre le mur. Aujourd’hui, il faut trouver un repreneur. Beaucoup pensent à l’Etat. Mais l’Etat peut aussi sous-traiter à une caisse dûment structurée comme la Caisse autonome des retraites (CAR), quitte à payer au pot au départ?? Ce problème a été tourné et retourné dans tous les sens et n’a pas encore aujourd’hui trouvé une solution définitive qui satisfasse les futurs retraités, le gouvernement et la caisse de retraites.

M.H.?: Etes-vous soumis aux restrictions budgétaires et cela est-il pénalisant pour les patients??
J.R.?: Il ne faut pas se plaindre. La grande période de la prospérité où l’on pouvait faire acheter du matériel moderne hightech performant, sans se soucier de l’amortissement de ce matériel dont l’usage restait sporadique, est révolue. On le perçoit mais c’est quelque chose de quasiment naturel en période de restrictions. En revanche, on ne se sent pas limité dans notre liberté de soins. Attention?: au CHPG, nous sommes toujours dans un système de facturation en prix de journée. La plus grosse restriction que l’on pourrait connaître serait si l’on nous demandait de faire sortir nos malades qui seraient en dehors des durées cibles T2A. En matière de prothèse de hanche, la durée cible est de 5 jours. C’est faible. En France, les médecins qui appliquent déjà la T2A avouent qu’ils ne pensent plus faire complètement le bonheur de leurs patients…

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