jeudi 9 décembre 2021
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Covid-19 : Monaco dévoile sa stratégie vaccinale

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Le gouvernement princier a présenté, mardi 5 janvier 2021, sa campagne de vaccination contre le Covid-19.

Débutée jeudi 31 décembre 2020 en principauté, elle se déroulera en plusieurs phases que Monaco Hebdo vous détaille.

Le 31 décembre 2020 à 17h, Yolande est devenue la première personne vaccinée contre le Covid-19 à Monaco. La vaccination de cette pensionnaire de la Fondation Hector Otto, 94 ans, marquait ainsi le coup d’envoi de la campagne en principauté avec le vaccin Pfizer-BioNTech, premier autorisé sur le marché européen. Une campagne qui va s’étaler tout au long de l’année 2021 comme l’a expliqué le gouvernement princier, mardi 5 janvier 2021.

Plusieurs phases

La première phase, débutée donc le 31 décembre dernier, concerne les quelque 5 000 résidents seniors de plus de 75 ans, vivant en institution ou en ville. La seconde phase touchera cette fois les personnels de ces établissements ainsi que les résidents âgés de 65 à 74 ans et ceux de plus de 18 ans présentant « une ou plusieurs comorbidités ». Viendra ensuite le temps de la vaccination pour les 3 500 professionnels de santé et les étudiants IFSI/IFAS. Les personnels de secours et de sécurité (policiers, carabiniers, pompiers…) seront les dernières populations prioritaires à prétendre au vaccin avant le reste de la population. Au total, plus de 41 000 personnes sont concernées par cette campagne de vaccination contre le Covid-19 à Monaco. Il s’agit essentiellement des résidents mais aussi de « certains salariés non-résidents qui œuvrent au sein de structures importantes ». Ils recevront tous préalablement un courrier avec une notice d’informations sur la vaccination, qui est gratuite et sur la base du volontariat. Reste désormais à savoir à quelle date chacun pourra se faire vacciner. Car, si le gouvernement princier a défini des populations prioritaires (personnes âgées et vulnérables, professionnels de santé…), il n’a en revanche avancé aucune date précise quant à la réalisation de ces différentes étapes.

Tous vaccinés d’ici l’été ?

Et pour cause, une inconnue — et non des moindres — demeure, celle de l’approvisionnement en vaccins, qui aujourd’hui reste très incertain dans le monde entier. Actuellement, seuls les vaccins des laboratoires Pfizer-BioNTech et de Moderna (1) ont obtenu le feu vert des autorités sanitaires européennes. Et la demande est telle que des pénuries sont redoutées. Ceux d’AstraZeneca et de Sanofi-GSK devraient être disponibles en cours d’année, probablement en février pour le premier cité et fin 2021 pour le second. Dans ce contexte, difficile donc de se projeter et d’établir un échéancier précis. « Notre rétro-planning est fonction des livraisons (2), reconnaît Pierre Dartout. Notre souhait est d’aller vite, mais sans précipitation, de faire les choses selon une stratégie affirmée, être bien précis, bien informer et répondre vite à la demande ». Sans trop vouloir s’avancer, le ministre d’État espère toutefois vacciner tous les volontaires d’ici l’été « si les délais de livraison sont satisfaisants », insiste-t-il. Pour parvenir à atteindre cet « objectif », les autorités entendent donc aller vite et donner du rythme à la campagne comme l’a répété à plusieurs reprises le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger : « Nous voulons aller vite, nous voulons donner du rythme et nous voulons être cohérents en élaborant des rangs de priorité pour l’accès à la vaccination ». Et ce, « sans générer de la technocratie et une lourdeur qui nous empêcherait d’aller aussi rapidement que nous souhaitons », ajoute le conseiller-ministre glissant au passage un petit tacle à la France accusée, de l’autre côté de la frontière, d’avoir pris du retard sur les autres pays européens. Le rythme vaccinal en principauté sera surtout dicté par le nombre de volontaires et l’approvisionnement en doses. Une chose semble acquise, les autorités sanitaires respecteront l’administration des deux doses de vaccin (3). Même en cas de pénurie : « Un vaccin est un produit de santé. Et un produit de santé s’utilise dans le cadre de son autorisation de mise sur le marché (AMM), et surtout des preuves qui ont été obtenues dans le cadre d’études cliniques », explique le docteur Olivia Keïta-Perse, cheffe du service épidémiologie et hygiène hospitalière du centre hospitalier princesse Grace (CHPG). « Il n’y a donc pas de raison de passer à une dose sauf si à terme, on a des éléments qui permettent de dire que l’immunité est suffisante. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Ce serait détourner l’AMM que d’utiliser une seule dose au lieu des deux qui sont requises ».

Le gouvernement veut convaincre

Outre l’approvisionnement en vaccins, l’autre difficulté de l’État sera de convaincre les résidents. Et pour cela, le gouvernement a décidé de sortir les grands moyens. En témoigne la présence de nombreux spécialistes et acteurs de cette campagne de vaccination en conférence de presse mardi 5 janvier. Du ministre d’État, Pierre Dartout, au président de l’Ordre des médecins, Jean-Michel Cucchi en passant par la directrice du CHPG, Benoîte de Sévelinges et le directeur de l’action sanitaire, Alexandre Bordero… Tous étaient présents pour une chose : rassurer. Ils ont unanimement souligné la chance d’avoir enfin à disposition un vaccin, seule arme aujourd’hui pour lutter contre le coronavirus. « La vaccination est le moyen principal et prioritaire pour vaincre l’épidémie. C’est une question de responsabilité vis-à-vis de l’ensemble de la population », estime le ministre d’État, Pierre Dartout, qui assure par ailleurs vouloir se faire vacciner dès que son tour arrivera. Même son de cloche du côté de son ministre de la santé, Didier Gamerdinger, lui aussi candidat à la vaccination : « Le vaccin est le dernier défi qui se présente à nous face à cette pandémie de Covid-19. C’est la seule voie de sortie. Car le vaccin protège à la fois l’individu et la collectivité ». Et s’il admet qu’il est légitime de se poser des questions sur cette vaccination, le gouvernement monégasque entend jouer la carte de la transparence pour convaincre et rassurer les vaccino-sceptiques. « Il faut veiller à une information complète et totalement transparente, concède Didier Gamerdinger, il faut expliquer pourquoi il est important d’être vacciné, dire en quoi cela protège chacun d’entre nous, en quoi ça préserve nos structures de santé et en quoi ça nous permet d’assurer un retour à une vie la plus normale possible ».

« Prouesse médicale »

Pour assurer le relais de cette information auprès de la population, les autorités du pays comptent beaucoup sur les professionnels de santé et notamment les médecins traitants, véritables hommes de confiance des familles en matière de santé. Ces derniers peuvent désormais bénéficier de formations pour disposer « d’armes par rapport aux questions et aux réticences », avec toujours le même objectif : « convaincre l’hésitation vaccinale ». « Le rôle des médecins est de rassurer les candidats à cette vaccination. Il faut leur dire que c’est une prouesse médicale et technique. Il faut se féliciter d’avoir une recherche aussi performante », estime le docteur Keïta-Perse qui veut aussi rassurer quant à l’efficacité du vaccin. « On dispose pour les vaccins à ARN de nombreux éléments très rassurants, et même plutôt enthousiasmants notamment chez les personnes âgées ». Concernant les effets indésirables des injections, principale crainte des anti-vaccins, là aussi les autorités se veulent rassurantes : « Les effets secondaires sont classiques, donc ils ne doivent pas inquiéter outre mesure et être un frein ». Le docteur Keïta-Perse se montre en revanche plus réservée quant à d’éventuels dommages à plus long terme. « Aujourd’hui, on ne peut pas affirmer qu’il n’y en aura jamais. Mais de par la nature de l’ARN, moi, j’ai confiance », assure-t-elle précisant que « l’ARN messager ne va pas rentrer dans le noyau donc il n’aura pas d’interaction avec notre propre matériel génétique ». Pour contrôler l’absence d’effets indésirables après l’injection, un suivi des personnes vaccinées a été mis en place par l’État. Il se matérialise notamment par un appel téléphonique tous les jours pendant 48h. Toutes les informations recueillies auprès des vaccinés seront enregistrées dans une base nationale de données. Les autorités disposent donc de tous les outils nécessaires pour assurer au mieux cette campagne de vaccination inédite. Aux résidents monégasques maintenant de répondre, ou non, à leur appel. Mais selon le gouvernement, les premières tendances sont plutôt encourageantes.

1) Le vaccin à ARN messager du laboratoire américain, Moderna, a été approuvé par l’Agence européenne des médicaments mercredi 6 janvier 2021.

2) Une livraison de 10 000 vaccins est attendue pour la mi-janvier 2021. Les doses sont stockées dans deux congélateurs entre -70 et -80°C, au comptoir pharmaceutique méditerranéen.

3) Le Royaume-Uni a décidé d’allonger le délai séparant les deux injections du vaccin Pfizer-BioNTech afin de vacciner un maximum de personnes lundi 4 janvier 2021. Selon une étude parue dans le New England Journal of Medicine portant sur 44 000 participants, l’administration d’une seule dose fait chuter l’efficacité du vaccin à 52 %.

Vaccination : mode d’emploi

La vaccination contre le Covid-19 s’effectue en plusieurs étapes (1). Dans un premier temps, les candidats au vaccin reçoivent à leur domicile un courrier du gouvernement les invitant à se faire vacciner. Inutile donc de se présenter spontanément au centre de vaccination si l’on n’a pas reçu ce courrier, qui contient également une notice d’information sur la vaccination. Une fois ce document reçu, les personnes souhaitant être vaccinées peuvent s’inscrire auprès du centre d’appel Covid-19 au 92 05 55 00 (ouvert 7 jours sur 7, de 8h à 20h). Le centre de vaccination à l’espace Léo Ferré se charge ensuite de les rappeler pour fixer un rendez-vous. Le jour venu, après vérification de leur identité, les personnes sont dirigées vers le secrétariat où plusieurs documents leur sont remis (documents d’informations, notice du vaccin, fiche médicale…). Cette étape est primordiale puisque c’est à ce moment-là que les candidats au vaccin signent le formulaire de consentement. Avant la vaccination, un entretien avec un médecin est préalablement effectué pour vérifier les antécédents médicaux et l’absence de contre-indications. Vient alors le temps de la vaccination, rapide et indolore selon les seniors interrogés par Monaco Hebdo. Une fois vaccinées, les personnes doivent attendre une quinzaine de minutes sur place afin de contrôler l’absence de réaction. Un certificat de vaccination comprenant différentes informations (numéro de lot du vaccin administré, date de la vaccination, date du rappel…) leur est enfin remis avant leur départ. Dans le cadre du suivi de la vaccination, un appel téléphonique est prévu chaque jour dans les 48h qui suivent l’injection.

1) Voir le reportage vidéo de Monaco Hebdo publié sur YouTube et sur notre site Internet

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