dimanche 24 octobre 2021
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Salomon et Decathlon à la rescousse des salles de sport ?

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La PME ardéchoise Chamatex produit pour Salomon un masque anti-Covid-19 dédié aux sportifs, qui est en vente depuis le 15 février 2021.

Un second masque du même type sera proposé par Decathlon au premier trimestre 2021. Fermées une nouvelle fois début janvier 2021, les salles de sport de la principauté voient dans ces nouveaux masques une chance de réouverture. Le gouvernement monégasque étudie cette possibilité.

L’information est tombée le 5 février 2021. Salomon, la PME ardéchoise Chamatex et le groupe Zebra ont réussi à créer un masque anti-Covid-19 destiné aux sportifs. Construits à partir de matériaux en microfibres, ces masques n’ont aucune couture, et offrent ainsi davantage de confort et de filtration. Brevetés en catégorie 1, ils garantissent une filtration des flux d’air qui entrent, tout en offrant une évacuation du CO² généré par la respiration du sportif. « Ce masque offre confort et performance durant l’effort cardiorespiratoire requis par les pratiques sportives de haute intensité », a indiqué aux Échos Guillaume Meyzenq, vice-président de la catégorie Footwear Salomon. Vendus depuis le 15 février 2021 sur le site de Salomon au prix de 18 euros pour la version « été », et de 38 euros pour la version « hiver », ces masques sont proposés en deux versions : une pour la course et une pour les sports d’hiver. La vente en magasin suivra plus tard, sans qu’aucune date précise ne circule pour le moment. Selon RTL, ces masques sont lavables et pourront être réutilisés « une cinquantaine de fois ». Salomon a donc réussi à doubler Decathlon qui avait indiqué fin janvier 2021 s’être lancé dans la mise au point d’un masque similaire. Mais le volume de production diffère entre ces deux marques. Salomon vise le marché des sportifs de haut niveau, et a donc misé sur une fabrication de masques beaucoup plus faible que Decathlon, qui souhaite s’attaquer au grand public. Selon Les Échos, Chamatex devrait produire environ 10 000 masques par mois. Cette PME a injecté 400 000 euros dans une ligne de production chez Rocle, à Tarare, dans les monts du lyonnais. Cette entreprise ardéchoise a racheté cette usine lyonnaise en 2019. Le président du groupe Chamatex, Gilles Réguillon, espère atteindre ainsi un chiffre d’affaires estimé à 400 000 euros, indiquent Les Échos. Et cette entreprise entend rebondir pendant cette crise sanitaire, en se diversifiant. D’ailleurs, d’autres masques devraient voir le jour, notamment pour le cyclisme ou les sports de raquette, sans oublier les métiers de la restauration. Et pour le moment, ça marche. Avec 140 salariés, Chamatex a dégagé un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros en 2020, contre 25 millions l’année précédente.

masque covid-19 Salomon
Vendus depuis le 15 février 2021 sur le site de Salomon au prix de 18 euros pour la version « été » et de 38 euros pour la version « hiver », ces masques sont proposés en deux versions : une pour la course et une pour les sports d’hiver. © Photo Salomon

Espoir

Au-delà du sursaut économique des entreprises de ce secteur, les gouvernements français et monégasque observent avec intérêt ces avancées techniques, qui offrent une possible alternative au monde sportif face à la pandémie de Covid-19. En effet, ces masques pourraient permettre une reprise de l’activité sportive en salle. Une bonne nouvelle, alors que les pouvoirs publics s’inquiètent de l’impact psychologique de la crise sanitaire. Fatigue, stress et même dépression, le Covid-19 aurait provoqué en France une hausse de la consommation de médicaments, d’alcool et même de drogue. Aucun chiffre ne circule à Monaco, mais les dégâts pourraient être quasi-identiques. Autant dire qu’une éventuelle reprise du sport en salle tombe à point nommé, car les vertus de l’activité physique face à la dépression ou au stress ne sont plus à démontrer. C’est d’ailleurs un point que les élus du Conseil national avaient développé le 5 janvier 2021 dans un communiqué de presse, alors qu’ils contestaient la décision du gouvernement de fermer à nouveau les salles de sport de la principauté : la « pratique sportive est un élément essentiel pour la santé des individus qui s’y consacrent, et donc pour la santé en général », avant de rappeler qu’un « rapport récent de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2019 le confirme ». Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement princier a confirmé avoir « pris connaissance de l’annonce par les entreprises françaises Salomon et Decathlon de mettre sur le marché des masques qui permettraient la pratique sportive. Lorsque ces masques seront disponibles, en principe le 15 février 2021 pour Salomon et à la fin du premier trimestre 2021 pour Décathlon, le gouvernement chargera les autorités sanitaires d’analyser leurs performances ». Même si le gouvernement de Pierre Dartout reste prudent, l’espoir est bien là : « De prime abord, si les masques proposés par Salomon sont, comme l’annonce son fabricant, bel et bien certifiés de catégorie 1 par l’Agence française de normalisation (Afnor), ils pourraient présenter une alternative intéressante. En effet, ces masques de catégorie 1 filtrent au moins 90 % des particules de 3 microns et sont recommandés par les autorités sanitaires, même s’ils n’ont pas les performances des masques chirurgicaux et des FFP2. » Après avoir dû fermer en mars, avril et mai 2020, puis à nouveau de novembre à mi-décembre 2020, les salles de sport de la principauté ont à nouveau tiré le rideau le 6 janvier 2021. Que ce soit la salle municipale le Hercule Fitness Club, la salle et la piscine du Monte-Carlo Bay, ou celle des Thermes, notamment, tout ce secteur est donc à nouveau à l’arrêt depuis près d’un mois et demi. Le 5 janvier 2021, dans un communiqué, les élus du Conseil national s’étaient émus de cette nouvelle fermeture, déplorant un nouveau « retour en arrière » de la part du gouvernement princier. Les conseillers nationaux avaient alors souligné qu’« à ce stade, aucune de ces structures n’a fait l’objet de la moindre contamination avérée, et [que] les protocoles sanitaires mis en place par les professionnels exploitants ou responsables de ces salles ont recueilli l’aval de la direction de l’action sanitaire (Dasa) ». Pour les élus, les salles de sport de la principauté ne sont pas fautives dans les contaminations au Covid-19 car « les distances sont respectées sur la base de jauges très réduites, les vestiaires fermés, et les installations régulièrement désinfectées ». Sept semaines après, le contexte sanitaire actuel ne pousse personne à l’optimisme. En effet, la pandémie de Covid-19 a atteint un niveau préoccupant en principauté, avec un taux d’incidence qui s’est envolé au-delà de 430 le 8 février 2021 (1). Alors que l’arrivée des variants et leur flambée inquiètent les autorités, le gouvernement monégasque a décidé de renforcer un peu plus encore son dispositif sanitaire. « La situation concernant l’épidémie de coronavirus s’est singulièrement aggravée à Monaco. Depuis les fêtes, elle était préoccupante, mais aujourd’hui, je n’hésite pas à dire qu’elle est grave », a indiqué le ministre d’État, Pierre Dartout, lors d’une conférence de presse, le 5 février 2021. Et malgré la légère baisse des cas et les débuts de la vaccination, l’Europe reste « vulnérable » face au Covid-19, a estimé pour sa part Hans Kluge, le directeur Europe de l’organisation mondiale de la santé (OMS), le 11 février 2021. Du coup, dans un climat où l’incertitude prédomine largement, l’arrivée du masque de Salomon, puis de celui de Decathlon dans quelques semaines, redonne quelque peu le sourire au monde des salles de sport de la principauté. Et chacun se prend même à rêver d’une énième réouverture des salles. « J’espère qu’au sujet de la réouverture des salles de gym, Monaco devancera la France. À partir du moment où en principauté les restaurants sont ouverts, je pense que les salles de gym pourraient aussi être ouvertes. Dans une salle de sport, il y a beaucoup plus de distanciation qu’au restaurant, où les gens ne portent pas de masques et sont espacés de seulement 50 centimètres… », estime le patron du eClub Monaco, Hervé Adonto.

« Accompagnement »

Bien entendu, pas question de discuter l’éventuelle règle qui pourrait conditionner la réouverture des salles de gym, à savoir l’obligation de porter un masque. Désormais, pour les professionnels du secteur, le seul objectif est de se tenir prêt, afin d’être capable de s’adapter aux éventuelles prérogatives du gouvernement, en cas de validation du masque commercialisé par Salomon, et bientôt par Decathlon. « Si la réouverture des salles de gym est soumise au port d’un masque, on demandera à tous nos abonnés d’en porter un, promet Hervé Adonto. Nous exigerons des masques chirurgicaux ou FFP2 pour les clients qui font une activité de musculation peu intense, ou un cours de yoga ou de stretch, par exemple. Et pour ceux qui font une activité plus intense, le masque Salomon ou Decathlon sera plus adapté. On peut même imaginer une entente avec Salomon ou Decathlon, afin de pouvoir vendre sur place des masques à ceux qui n’en ont pas. Je suis ouvert à tout ce qui pourrait me permettre de relancer mon activité. » Mais alors que le nombre d’abonnés dans les salles de sport a chuté suite aux fermetures à répétition, une relance qui se doublerait d’une obligation du port d’un masque ne serait pas sans conséquences, estiment toutefois certains professionnels. Car, même si les masques Salomon et Decathlon sont annoncés comme étant « très confortables », cela pourra tout de même être considéré comme une gêne par quelques-uns. Hervé Adonto est de cet avis : « Si le port du masque devient obligatoire dans les salles de sport, ce sera aussi un frein pour attirer de nouveaux clients. Avant la crise, j’avais environ 400 abonnés. J’ai une grosse clientèle qui vient le soir, après 19 heures : avec le couvre-feu fixé à 19 heures, ils ne viennent plus. Le télétravail m’a fait perdre une grosse partie de ma clientèle qui venait à la salle entre midi et 14 heures. Donc je sais déjà que la reprise ne sera pas facile. Du coup, si le gouvernement coupe brutalement toutes les aides pour notre secteur, ce sera problématique. Il faudrait imaginer une aide spécifique pour les salles de sport, car ce n’est pas une activité comme une autre. » Même dans l’hypothèse d’une réouverture des salles de gym dans les semaines qui viennent, l’impact économique se fera toujours durablement sentir pour les différents acteurs de ce secteur, explique le patron du eClub Monaco : « Si on rouvre, par exemple, en mars 2021, les 6 mois qui suivront correspondront aux 6 mois de fermeture, donc je serai obligé de décaler mes abonnements. Les abonnés récupéreront alors leurs 6 mois perdus, et moi, je n’encaisserai rien. Donc, quand on pourra rouvrir les salles de gym, j’aurai besoin d’un accompagnement. » Un silence. Puis il reprend, et insiste : « L’activité des salles de sport est vraiment très spécifique : je suis impacté sur mon chiffre d’affaires mensuel, mais sur mon chiffre d’affaires passé, puisque les clients qui n’ont pas pu venir faire du sport suite à cette fermeture administrative, doivent absolument pouvoir récupérer les mois d’abonnement perdus. » Mais, pour l’instant, on en n’est pas là. En effet, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 16 février 2021, la réouverture des salles de sport de la principauté restait hypothétique. Désormais, il faudra patienter, afin que les services de l’État puissent vérifier la véracité des données techniques avancées par Salomon : « Fidèle à sa ligne pragmatique, le gouvernement, qui veille à l’équilibre entre la protection sanitaire et l’activité économique, se saisira de la question [des masques Salomon et Decathlon — NDLR] dès qu’il en sera matériellement possible. » Le monde du sport attend et espère toujours.

1) Le taux d’incidence correspond au nombre de cas positifs enregistrés sur les 7 derniers jours, rapporté à 100 000 habitants.

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Monaco Hebdo