samedi 22 janvier 2022
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Un édredon qui fait du bruit

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Lors des débats autour du budget rectificatif 2019, les nuisances sonores des établissements de nuit sur le port Hercule ont été le catalyseur de la colère des élus, qui estiment que le gouvernement agit trop lentement.

La qualité de vie a monopolisé une bonne partie des débats politiques du 10 octobre 2019. Toujours au chapitre du bruit, et donc des nuisances, qui « pourrissent la vie des Monégasques et des résidents », selon les mots du président du Conseil national, Stéphane Valeri, la discussion s’est portée sur les établissements de nuits. Accusés, pour certains, de continuer à faire du bruit en extérieur après 22 heures, ou de ne pas fermer leurs portes, laissant ainsi le bruit s’échapper à l’extérieur, des établissements situés sur le port Hercule feraient l’objet de « nombreuses plaintes », a assuré Stéphane Valeri. « Nous avons entamé une réflexion pour réduire les autorisations délivrées pour les niveaux sonores de façon un peu drastique », a révélé le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario. Des propos qui ont provoqué une réaction de Stéphane Valeri. S’adressant au gouvernement, il a lancé : « Vous pratiquez la stratégie de l’édredon. Quand on vous dit qu’il y a un problème dans le pays, et qu’il faut en tenir compte parce que les Monégasques et les résidents attendent que ça aille mieux sur ce sujet, vous nous dites rarement que vous n’êtes pas d’accord. Et vous nous dites que vous y pensez, que vous y réfléchissez… Les élus qui siègent ici depuis longtemps pourraient dire que beaucoup de ces sujets ont déjà été soulevés par le Conseil national il y a 5 ou 10 ans. Alors on va vous aider. S’il n’y a pas de mesure précise et concrète et des décisions courageuses, on ne vous donnera pas le vote pour la loi de budget. N’en arrivons pas là. Mais écoutez-nous bien. Car nous sommes très déterminés. »

« Lyrique »

Applaudi par une partie du public, Stéphane Valeri a vu le conseiller-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, lancer « on n’est pas au spectacle ! », avant de rappeler que, depuis 2016, la limitation sonore pour les établissements de nuit est fixée à 85 décibels. Une limite qui pourrait donc être revue à la baisse, a indiqué Patrice Cellario : « Le problème, c’est le foisonnement. On étudie ça, mais nous n’avons pas encore arrêté une décision. » Ces quelques mots n’ont pas calmé les esprits, bien au contraire. La colère de Stéphane Valeri a été partagée par l’élu Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda, qui s’est adressé au gouvernement ainsi : « Chaque année, on répète les mêmes choses. Ça devient extrêmement frustrant de radoter. […] Ce qui me gêne, c’est qu’on rigole un peu avec ce sujet là. Moi je vous dis : je n’en peux plus ! Malgré tout ce que vous pouvez nous dire, ce sujet est toujours traité par dessus la jambe. Ce qui est encore plus insupportable, c’est de voir que tout le monde sourit avec ça aujourd’hui, comme si tout allait bien. La tolérance a ses limites. Il faut arrêter de nous raconter les mêmes trucs chaque année. » Puis, s’adressant plus directement à Patrice Cellario, Jean-Louis Grinda a ajouté : « Reportez-vous à ce qui a été dit par votre prédécesseur il y a 7 ans, il y a 6 ans, il y a 5 ans. C’est exactement la même chose. Je ne dis pas que vous ne faites rien. Mais nous, on ne voit rien. » Bien décidé à ne pas laisser la moindre échappatoire aux différents conseillers-ministres concernés et au ministre d’Etat, Stéphane Valeri a accentué la pression sur le gouvernement, en insistant encore : « S’il faut qu’on ne vote pas un budget, on le fera, on prendra nos responsabilités. Donc j’espère que vous prendrez les vôtres avant. » Puis, se tournant vers Grinda : « On est d’accord, et je le dits de manière un peu moins lyrique que vous. J’ai été un élu minoritaire dans la législature 1993-1998, et il m’était alors forcément plus simple de faire des déclarations lyriques, voire fracassantes. La majorité a la responsabilité du vote final. Donc on ne fait pas de procès d’intention au gouvernement, on lui laisse du temps. Mais il n’est pas possible d’entendre à nouveau ce soir ce que nous disait déjà le prédécesseur de M. Cellario. »

Maux

Le ministre d’Etat, Serge Telle, a fini par répondre aux élus, estimant pour sa part qu’il était « inacceptable d’entendre dire qu’on serait dans une stratégie de l’édredon. On va voter 1,5 milliard de dépenses. Nos 3000 fonctionnaires sont engagés. Donc ça veut bien dire qu’on travaille et qu’il y a des choses qui se font. Que sur certains secteurs on ne soit pas à la hauteur de vos attentes et des nôtres… Vous n’avez pas le monopole des préoccupations des gens. Je m’en occupe tout autant que vous. Ce n’est pas qu’on ne veut pas faire. C’est que ce n’est pas si facile que ça de faire. La complexité des sociétés dans lesquelles on vit rend le temps de l’action pas forcément corrélé à celui de la réflexion. » Ces explications n’ont convaincu qu’à moitié les élus, visiblement très dubitatifs. Pour résumer les positions des conseillers nationaux, Stéphane Valeri a donc repris la parole : « Le ressenti d’une population est très important. Il n’y a qu’un technocrate derrière son bureau, froid et distant, qui peut dire que ce que pensent les gens n’a aucune importance. On listera les sujets. Certains, vous avez raison, nécessitent des années. Mais il y a beaucoup de sujets sur lesquels on peut avancer rapidement, et sur lesquels les études sont toujours en cours. » Lors du vote du budget prévisionnel 2020, il sera sans doute temps de jeter un coup d’œil sur cette liste de dossiers pour définir lesquels peuvent être résolus rapidement. Et ainsi, jeter cet oreiller accusé de tous les maux.

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