mardi 27 octobre 2020
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Lancement de l’application Urban Report : « La délation n’est pas encouragée »

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Le gouvernement a présenté de nouvelles avancées dans le développement de la Smart City. Un nouveau site d’informations, un partenariat avec l’application de trafic routier Waze, et une application mobile de signalement de troubles dans l’espace urbain. Faut-il craindre que la délation prenne le dessus ? Le gouvernement s’en défend, estimant qu’il s’agit davantage de faire remonter du terrain des informations précieuses pour l’administration. Explications.

Après plusieurs mois de travail, d’essai et de mise au point, les services de la Délégation interministérielle à la transition numérique (DITN), ainsi que ceux du département de l’équipement, l’urbanisme et de l’environnement étaient fiers de présenter leurs dernières avancées numériques en conférence de presse le jeudi 23 juillet 2020. Au total, trois projets reliés, supposés améliorer la qualité de vie en principauté : un site Internet, yourmonaco.mc, une application mobile, Urban Report, et un partenariat avec Waze. Tout d’abord, le site. YourMonaco se veut être une version « augmentée » du site infochantiers.mc, qui, jusqu’alors, informait les résidents sur les chantiers en cours à Monaco. YourMonaco propose une envergure plus large. Avec quatre en-têtes (Mon quotidien, ma ville, mon environnement, mes services urbains), ce site propose une cartographie de tous les services publics de proximité, les parcs, les containers à verre, les boîtes postales, les arbres patrimoniaux etc., disponibles sur le territoire monégasque. YourMonaco publie également de l’information sur les grands projets de construction en cours. Un site informatif, didactique et complet sur les services essentiels que recense le pays. Avec, en prime, la possibilité d’activer des notifications via SMS pour se tenir informé des nouvelles perturbations.

« Prendre possession de sa ville »

Aussi, pour s’assurer du respect des règles en vigueur concernant les chantiers, notamment en termes d’horaires et de nuisances, le gouvernement lance une application mobile dénommée Urban Report. Elle permet à quiconque de signaler, dénoncer, ou poser une question directement à l’administration, selon des thématiques précises, via l’application : les chantiers de construction, les travaux de voirie, les abris voyageurs, les nuisances sonores de climatiseurs, les vélos et stations Monabike, et les stations sportives Monamove. Pour le moment. Car l’application se veut « évolutive », et un onglet dans l’application permet de « proposer d’autres cas d’usages ». « On va pouvoir rajouter des signalements, rajouter des thématiques. On propose aux usagers de pouvoir rajouter des cas d’usages, de nouveaux cas de signalements qui leur plairaient de voir apparaître à l’intérieur de l’application », explique Georges Gambarini, en charge du programme gouvernemental Smart City, destiné à faire entrer la principauté dans l’ère du tout numérique. Le gouvernement n’a-t-il pas peur que l’usage de ce type de services soit détourné de son objet initial ? « La délation n’est pas encouragée. Maintenant, c’est bien que chacun prenne un peu possession de sa ville et nous informe. Il peut y avoir un trottoir qui est peut-être un peu endommagé, une plaque d’égout qui est sortie, un ascenseur public en panne », rétorque Marie-Pierre Gramaglia, conseillère-ministre à l’environnement, l’urbanisme et l’équipement. En des temps de vigilance exacerbée comme aujourd’hui, où chacun regarde qui a son masque et qui ne l’a pas, qui respecte les distances physiques et qui ne les respecte pas, il est espéré que Urban Report ne se transforme pas en plateforme de dénonciation à large échelle. En conférence de presse, Marie-Pierre Gramaglia l’assure : ça ne peut encourager la délation, puisque le signalement n’est pas anonyme. « De toute façon, ce n’est pas anonyme, donc ce n’est pas du tout pour encourager la délation ». Or, après avoir téléchargé l’application, on se rend compte à la fin du processus pour établir un signalement, que l’option rester anonyme est disponible. « C’est un des points de flexibilité de cette application qui permet de faire des signalements anonymes, mais dans ce cas l’usager, n’étant pas inscrit, ne pourra pas être informé des suites réservées à son signalement », répond le gouvernement. S’il est fait de manière anonyme, point de suivi. Il faut donc s’inscrire sur l’application pour suivre l’avancement de son signalement. Dans le cas d’un questionnement quoi de plus logique, mais s’il s’agit de dénoncer un problème sur un chantier ou autre ? Georges Gambarini parle lui « d’engagement citoyen » par l’utilisation d’une plateforme numérique de signalement. Le monde démocratique 2.0 ? Pour l’instant, ce sont surtout des questions qui ont été posées via cette application pendant la période de test. « On a déjà eu des signalements, une remarque sur une nuisance sonore, à un instant donné. Une remarque sur une saleté en voirie, par exemple. Une remarque sur un horaire dépassé. Les six premiers mois de test montrent que ce sont majoritairement des questions, plus que des signalements autour des chantiers. C’est de la demande d’information. Beaucoup de réponses qui pourront être données au travers de YourMonaco. On a des signalements autour des chantiers de construction, des chantiers de voirie. Puis, derrière, des éléments autour de problématiques sur un vélo Monabike », relate Georges Gambarini.

« La délation n’est pas encouragée. Maintenant, c’est bien que chacun prenne un peu possession de sa ville et nous informe. Il peut y avoir un trottoir qui est peut-être un peu endommagé, une plaque d’égout qui est sortie, un ascenseur public en panne » Marie-Pierre Gramaglia. Conseillère-ministre à l’environnement, l’urbanisme et l’équipement

Une application de signalement retoquée en France

En mars 2018, en France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait émis un avis défavorable sur l’application israélienne Reporty que Christian Estrosi, le maire Les Républicains (LR) de Nice, souhaitait installer dans la cité azuréenne. Il s’agissait de permettre à chaque habitant de filmer ou photographier en temps réel des méfaits sur la voie publique, directement adressés aux services de police. La mairie avait contourné l’avis défavorable, en réorientant le service Allo Mairie, destiné à la collecte des encombrants et ordures ménagères. Le principe se veut analogue pour Urban Report. On peut accompagner son signalement d’une photo, donner la localisation du signalement, écrire un bref texte, qui sera ensuite lu par les services concernés. S’agissant d’Urban Report, l’utilisation est, pour le moment, circonscrite à des signalements précis concernant surtout l’environnement urbain. Comme chaque projet de ce type, l’homologue monégasque de la CNIL, la Commission consultative des informations nominatives (CCIN) a été saisie et a rendu un avis en décembre 2019. Elle n’a pas trouvé grand-chose à redire, contrairement à la CNIL, qui avait estimé que ce type d’application pouvait porter atteinte à la vie privée. Dans son avis, elle écrit tout de même en conclusion de la délibération : « Les mentions d’informations délivrées aux usagers les enjoignent de ne pas communiquer d’informations nominatives relatives à des tiers, le traitement dont il s’agit ne devant pas s’analyser en un outil de délation ». La loi sur laquelle reposent majoritairement les appréciations de la CCIN date cependant de 1993, aux débuts d’Internet. Cette loi a ensuite été complétée en 2008 pour « tenir compte des évolutions technologiques et des standards communautaires », indique le gouvernement monégasque. Quant au nouveau cadre européen de protection des personnes physiques concernant le traitement des données personnelles, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) est appliqué en principauté depuis le 25 mai 2018.

« Les chantiers, effectivement, ça peut participer à de la  “délation” »

Cette application va permettre aux résidents monégasques de faire remonter tout un tas d’informations, avec pour but d’améliorer le cadre de vie, thème également cher à la majorité Priorité Monaco (Primo !) au Conseil national. Avec plus de 600 caméras, 800 agents communaux, 600 policiers, et 110 employés de la Société monégasque d’assainissement (SMA) affectés au nettoyage des rues, pour un territoire de 2 km2 avec 38 000 habitants, les moyens humains et technologiques sont considérables : fallait-il tout de même substituer des pouvoirs de police et de surveillance à la population ? Le gouvernement l’envisage, lui, comme un « lien direct avec la population ». « On a beau être sur un territoire qui n’est pas énorme, on ne peut pas être partout à la fois. C’est autant de signalements, mais ce n’est pas forcément de la délation. Les chantiers effectivement, ça peut participer à de la « délation ». Mais c’est juste pour nous dire qu’un chantier a l’air de travailler en dehors de ses horaires », affirme Marie-Pierre Gramaglia. Quelles suites seront réservées à ce type de signalements concernant les chantiers ? Amendes pour les entreprises de BTP en dehors des clous ? Reste désormais à savoir comment les usagers se saisiront de ces nouvelles possibilités qu’offre le gouvernement.

Un partenariat avec Waze, pour fluidifier le trafic

En participant au programme « Waze for cities », la principauté est devenue un « super administrateur » de l’application routière, sur son territoire, et même un peu au-delà. Le projet était dans les clous depuis un moment. C’est désormais acté. Plutôt que de créer une nouvelle application en la matière, le gouvernement a opté pour un partenariat public-privé. « Aujourd’hui Waze, on considère qu’un portable sur cinq est équipé. Si on part sur une cible automobiliste, on est plus sur du 3 sur 5 », affirme Georges Gambarini. Comment se traduit ce partenariat ? « On va aller globalement de Beaulieu-sur-Mer jusqu’à Menton. […] Ça nous permet de disposer d’un certain nombre de données, notamment de temps de parcours, de trafic, mis à disposition par l’application Waze. » Le centre intégré de la gestion et de la mobilité (CIGM), en charge du contrôle du trafic routier à Monaco, aura la main sur l’application et pourra en temps réel déclarer des obstructions sur la voie publique, des chantiers en cours, des fermetures de routes, etc., avec une plus grande célérité qu’un simple utilisateur de la plateforme. « L’avantage du rôle du CIGM, c’est que lorsqu’il va faire ces déclarations-là, c’est automatiquement en sa qualité d’administrateur, dans la minute, que l’information est dans Waze, et donc le calcul d’itinéraire dans Waze est impacté. ». Un léger gain de temps, ainsi que la possibilité d’afficher des temps de parcours sur les panneaux d’informations numériques de la principauté, et en sortie de ville également.

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