dimanche 17 octobre 2021
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Monaco lance son cloud souverain

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La principauté a franchi une nouvelle étape vers la transition numérique, jeudi 30 septembre 2021, en lançant officiellement son cloud souverain d’État en présence du prince Albert II. Une première en Europe.

Après avoir été le premier pays entièrement couvert par la 5G, Monaco est devenu, jeudi 30 septembre 2021, le premier État européen à lancer officiellement son cloud souverain. Celui-ci sera opéré via la société Monaco Cloud, créée spécialement pour l’occasion, et dont la présidence est assurée par Sophie Thévenoux. « Nous y sommes. Le cloud souverain devient une réalité à Monaco, dans un temps record au regard de ce type d’activité », s’est réjoui en préambule le délégué interministériel en charge de la transition numérique, Frédéric Genta, soulagé et fier de pouvoir enfin présenter cette nouvelle technologie au prince Albert II et à un parterre de personnalités locales, parmi lesquelles le ministre d’État, Pierre Dartout, et le président du Conseil national, Stéphane Valeri.

« La protection des données de nos entreprises est un enjeu qui dépasse le simple cadre de la sécurité, car ces données sont un facteur de développement économique. Et les cyber-attaques, un risque majeur pour notre économie et l’attractivité de notre principauté »

Frédéric Genta

« Poumon numérique »

Présenté comme un « poumon numérique pour la principauté », le cloud monégasque offre de multiples services aux entreprises. Tout d’abord, il leur permet de disposer d’espaces de stockage, ce qui leur évite ainsi d’avoir à dédier des locaux pour y stocker leurs serveurs. D’autre part, grâce au cloud, elles accèdent à « des capacités de calcul décuplées, mais aussi à des services de sécurité tels que la signature électronique ou le coffre-fort numérique ». Le tout 24 heures sur 24, et de manière totalement souveraine et sécurisée, assure Frédéric Genta. Car les serveurs, et leurs données, sont stockés en principauté, et donc soumis aux lois monégasques. Une assurance supplémentaire pour l’Agence monégasque de sécurité numérique (AMSN), chargée de garantir la sécurité numérique sur le territoire national. « La collaboration avec l’AMSN doit faire de Monaco Cloud une véritable vitrine pour la cybersécurité », estime Frédéric Genta, tout à fait conscient des risques encourus. « La protection des données de nos entreprises est un enjeu qui dépasse le simple cadre de la sécurité, car ces données sont un facteur de développement économique. Et les cyber-attaques, un risque majeur pour notre économie et l’attractivité de notre principauté ». La sécurité numérique a donc été portée « à un niveau inédit », assurent les autorités, qui rappellent, par ailleurs, qu’une sauvegarde sera effectuée en prévention au Luxembourg, via la e-ambassade de Monaco.

D’après Françoise Berthoud, directrice de EcoInfo (CNRS) et informaticienne à Grenoble Alpes Recherche (Gricad), relayée par le journal du CNRS, le secteur des nouvelles technologies représenterait entre 6 % et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, soit environ 4 % des gaz à effet de serre

« Être exemplaire écologiquement »

Outre l’aspect sécuritaire, l’impact environnemental du cloud est aussi au cœur des préoccupations gouvernementales car une telle technologie est indéniablement énergivore et engendre donc une pollution numérique, certes invisible, mais bien réelle [à ce sujet, lire notre dossier spécial La pollution numérique en question, publié dans Monaco Hebdo n° 1163 — NDLR]. Derrière l’image d’une informatique dématérialisée grâce au cloud — souvent représenté à tort par un nuage — se cachent en effet des data-centers rassemblant des kilomètres de réseaux et des millions d’ordinateurs. Le tout fonctionnant à l’électricité. D’après Françoise Berthoud, directrice de EcoInfo (CNRS) et informaticienne à Grenoble Alpes Recherche (Gricad), relayée par le journal du CNRS (1), le secteur des nouvelles technologies représenterait entre 6 % et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, soit environ 4 % des gaz à effet de serre. « Le numérique peut s’avérer néfaste pour l’environnement s’il n’est pas maîtrisé et conçu avec le souci de l’éco-responsabilité », concède Frédéric Genta. Avant de rappeler que « le cloud souverain se doit à la fois d’être exemplaire écologiquement et de contribuer aux actions du progrès environnemental [en adoptant — NDLR] les meilleurs standards et comportements en matière d’éco-responsabilité ». Les équipes en charge de la conception de Monaco Cloud se sont donc employées à trouver la bonne formule pour réduire au maximum l’empreinte environnementale de l’outil. Pour tenter d’y parvenir, trois leviers majeurs ont été activés : « La mutualisation des ressources en concentrant les équipements au même endroit, les composantes de dernière génération avec une politique de recyclage, et une alimentation électrique des data-centers complètement verte », détaille le directeur de Monaco Cloud, Pierre Puchois, qui ne vise ni plus, ni moins que « la neutralité carbone dès l’ouverture et le zéro carbone à l’horizon 2025 ».

Monaco Cloud entend « faire progresser le chiffre d’affaires rapidement, en passant de 2 millions d’euros l’année prochaine, à 25 millions en 2026 ». Aujourd’hui, l’État en est l’actionnaire majoritaire, alors que le capital restant est détenu par « des acteurs monégasques, en l’occurrence un consortium d’investisseurs, et un partenaire industriel », Monaco Digital. © Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

Les équipes en charge de la conception de Monaco Cloud se sont employées à trouver la bonne formule pour réduire au maximum l’empreinte environnementale de l’outil. Pour tenter d’y parvenir, trois leviers majeurs ont été activés : « La mutualisation des ressources en concentrant les équipements au même endroit, les composantes de dernière génération avec une politique de recyclage, et une alimentation électrique des data centers complètement verte »

« Un actif stratégique pour la principauté »

En s’équipant du premier cloud d’État européen, Monaco fait figure de laboratoire. Et nul doute que les pays, encore hésitants face à cette technologie, scruteront avec attention ses performances. En principauté, tous les acteurs concernés semblent, en tout cas, pleinement convaincus par son intérêt. À commencer par le directeur général de Monaco Cloud, qui y voit « un changement de paradigme fort. C’est une forme de révolution, où la gestion des infrastructures s’efface au profit des usages ». Et de poursuivre : « C’est un véritable accélérateur de développement des écosystèmes numériques. Une modification profonde des usages, et cela permet d’ouvrir des perspectives de développement inespérées. Tout devient plus simple pour le client : la complexité demeure, mais elle est désormais déportée chez l’opérateur de cloud ». Pour Frédéric Genta, délégué interministériel en charge de la transition numérique, le cloud souverain doit faire basculer Monaco dans le monde de demain, celui de l’après-Covid, en lui donnant la capacité d’« étendre son territoire jusqu’ici limité physiquement. » « C’est un actif stratégique pour la principauté, source de compétitivité et d’attractivité, et donc créateurs de valeurs pour notre économie ». Les ambitions en la matière sont d’ailleurs très élevées, puisque Monaco Cloud entend « faire progresser le chiffre d’affaires rapidement, en passant de 2 millions d’euros l’année prochaine, à 25 millions en 2026 ». Aujourd’hui, l’État en est l’actionnaire majoritaire, alors que le capital restant est détenu par « des acteurs monégasques, en l’occurrence un consortium d’investisseurs, et un partenaire industriel », Monaco Digital.

1) Numérique : le grand gâchis énergétique, CNRS Le Journal publié le 16 mai 2018. À lire sur le site Internet : https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique.

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