jeudi 9 juillet 2020
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Marc Mourou : « Certains élèves
ont pu sentir un décrochage »

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Quelles sont les conséquences du confinement sur les élèves de la principauté ? Alors que les outils numériques ont été largement mis en avant pour tenter d’assurer une « continuité pédagogique », les élèves ne risquent-ils pas aujourd’hui une « indigestion numérique » ? Le président de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports du Conseil national, Marc Mourou, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Quel bilan tirez-vous de la période de confinement et de l’enseignement à distance, via des outils numériques ?

Cette crise sanitaire a amené une profonde transformation de la pédagogie et de l’enseignement. Plusieurs acteurs de l’école ont été impliqués dans l’adaptation des cours en distanciel : les élèves et les enseignants, bien sûr, mais également la direction de l’éducation nationale, ainsi que les services de la délégation interministérielle en charge de la transition numérique. Les retours ont été hétérogènes, tant du point de vue des élèves que des professeurs, certains d’entre eux indiquant leur satisfaction et parfaite adaptation pendant ce confinement, d’autres évoquant plus de difficultés quant au suivi et à l’exécution de leur programme scolaire. La pandémie de Covid-19 aura donc été le déclencheur. L’enseignement à distance a eu une grande importance, et a permis de faire face à cette situation inédite. Mais il ne pourra toujours être que complémentaire. Il ne remplacera jamais le contact réel avec un professeur.

Quelles conséquences a eu le confinement sur les élèves de la principauté ?

Les élèves — comme les enseignants d’ailleurs — ont dû s’adapter en très peu de temps à un nouveau mode de vie et de travail pendant ce confinement. Leurs habitudes ont été bousculées, et la question de savoir quels seront les impacts psychologiques est importante. Tous les élèves ne réagissent pas de la même manière face à une telle situation. C’est pourquoi le Conseil national a toujours demandé à ce que le lien entre les professeurs et élèves soit maintenu et privilégié, notamment via les plateformes collaboratives de télé-enseignement. Une crise sanitaire comme celle-ci doit amener une véritable prise de conscience, d’autant que d’autres crises peuvent survenir, et que l’on doit pouvoir permettre à chaque enfant de se sentir guidé et épaulé tout au long du processus. Il ne suffit pas d’enregistrer un professeur donnant son cours. Aujourd’hui, on sait qu’il faut absolument un accompagnement. Toute la difficulté, justement, est de s’assurer que l’élève soit bien assidu avec un rythme journalier défini, qu’il est bien concentré sur son cours à distance, et pas occupé à faire autre chose en même temps !

Seriez-vous aussi favorable à une enquête tournée vers les enseignants pour évaluer le taux d’utilisation des outils numériques, le degré de satisfaction, les difficultés et les « bugs » rencontrés, etc. ?

La direction de l’éducation nationale nous a indiqué avoir sondé le corps professoral via une enquête pendant le confinement, notamment sur le taux d’utilisation des outils numériques et leur degré de satisfaction : 45 % d’entre eux avaient répondu utiliser les outils numériques de manière régulière. Beaucoup d’enseignants ont pris l’initiative de se former, et surtout d’aider leurs collègues afin de faire face à ce nouveau défi avec les outils mis à leur disposition. Il y a eu un bel élan de solidarité. Certains ont plus de facilités, ou d’intérêt, pour le numérique, alors que d’autres maîtrisent moins bien ce genre d’outils. Les enseignants sont passionnés et investis, ils ont la volonté de transmettre des savoirs aux enfants et de les accompagner dans leur apprentissage. Il faut donc les convaincre que le numérique est un des moyens de les aider à laisser le moins possible d’enfants sur le bord de la route, surtout en période de crise.

Pour les élèves décrochés, quel soutien numérique proposer cet été ?

Certains élèves ont pu sentir un décrochage ou ont connu plus de difficultés à bien suivre leur programme scolaire et ainsi rester à niveau. Afin de pallier ce retard, la direction de l’éducation nationale et la délégation interministérielle en charge de la transition numérique ont déjà lancé une solution d’évaluation à distance nommée Testwe, pour les classes de 5ème, 4ème et 2nde de l’enseignement public qui sont restées en enseignement à distance.

Quel est l’objectif ?

Le but est de mettre à disposition des sujets d’entraînement à remplir depuis son domicile, et un programme bien précis à suivre pendant les vacances. C’est une très belle initiative, qui sera probablement généralisée durant tout l’été. De plus, un dispositif encore plus poussé, avec un stage de pré-rentrée sera proposé gratuitement pour pallier le retard des élèves ayant véritablement décroché. Cela impliquera des groupes de trois ou quatre élèves accompagnés par un tuteur, issu d’une filière d’excellence. Le soutien scolaire numérique va donc être amené à jouer tout son rôle pendant la saison estivale et avant la rentrée physique de septembre 2020.

Et pour l’avenir ?

Concernant une vision à plus long terme, il sera indispensable de finaliser l’acquisition de tablettes pour tous les élèves et professeurs, avec des logiciels et outils fiables mis à leur disposition. Je me réjouis de la finalisation du plan d’équipement des professeurs et du plan d’équipement du collège Charles III d’ici la fin de l’année 2020.

Ne craignez-vous pas un risque « d’indigestion numérique » pour les élèves et les professeurs, après une telle période ?

La e-éducation, qui fait partie du programme Extended Monaco, est un complément à l’enseignement en présentiel. L’objectif est de donner toutes les cartes en main aux élèves afin de poursuivre leur apprentissage à leur rythme. Ils auront ainsi la possibilité de moduler leurs journées en fonction de leurs vacances et de leurs activités. Il y a forcément un besoin de s’aérer et de retrouver une vie plus normale. Le but est de concilier ces deux problématiques et de leur permettre de profiter de leur été, tout en leur proposant un suivi d’enseignement supplémentaire.

Le gouvernement a transformé votre proposition de loi sur le harcèlement scolaire en projet de loi : qu’est-ce que ce texte va réellement changer ?

Le gouvernement vient en effet de transformer notre proposition de loi n° 243 relative à la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire. C’est une grande satisfaction qui permettra de faire aboutir un travail d’un an que nous avons mené au Conseil national, en rencontrant de nombreuses associations agissant pour la protection de l’enfance. Ces dernières nous ont été d’une aide précieuse, et nous tous avons le même but : celui de protéger au mieux nos élèves dans le cadre scolaire. Ce texte a l’ambition de faire rentrer Monaco parmi les pays les plus précurseurs en matière de détection, de protection et d’actions à mener en cas d’harcèlement d’un enfant. Il faut en effet constater que peu d’Etats européens disposent à ce jour d’une législation globale et structurée qui soit spécifiquement consacrée à la lutte contre le harcèlement scolaire.

Quel est le contenu de ce texte ?

De nombreux mécanismes préventifs, curatifs, mais aussi répressifs, sont proposés et doivent permettre d’apporter des solutions aux victimes, aux simples témoins, ainsi qu’aux auteurs de faits pouvant conduire à des situations de harcèlement. Des sanctions sont ainsi prévues, mais également des mesures pédagogiques, telles que l’éducation à l’empathie, qui font partie intégrante des pistes de solution évoquées pour lutter contre le harcèlement scolaire. C’est un sujet qui tenait à cœur également aux précédentes mandatures, et je suis heureux qu’il puisse bientôt voir le jour dans le cadre de la loi. Le gouvernement nous a cependant indiqué que diverses modifications seront vraisemblablement apportées au dispositif proposé. Il faudra veiller à ce que notre texte initial ne soit pas dénaturé.

Le MC Summer Concert 2020 a été annulé alors qu’il devait permettre notamment de mettre en valeur de jeunes artistes de Monaco : comment surmonter cela ?

Après un très beau succès pour sa première édition en 2019 avec le DJ Kungs, ainsi que trois jeunes artistes de Monaco se produisant en première partie, le deuxième MC Summer Concert, à l’initiative du Conseil national, prévu initialement le 1er juillet 2020, a logiquement été annulé en raison des circonstances sanitaires, et compte tenu de l’impossibilité de tenir des rassemblements dans le contexte actuel. Le Conseil national, le gouvernement et la mairie de Monaco ont néanmoins souhaité mettre en valeur nos jeunes artistes locaux en diffusant les maquettes des candidats qui avaient postulé pour assurer la première partie de ce deuxième concert. Il était important pour nous de leur donner visibilité et exposition pour leur travail de qualité, et ce malgré la période de confinement. Nous vous encourageons donc à retrouver les vidéos et morceaux de T-Wolf, Pinoc et Lil Spadi sur les réseaux sociaux de nos trois institutions et de la page MC Summer Concert.

Où en est le projet d’implantation d’un city stade : où sera-t-il installé et quels sont les principaux objectifs ?

Dans le cadre du budget primitif 2020, le Conseil national avait demandé l’implantation d’un city stade à Monaco afin de permettre un accès libre au sport pour les jeunes, avec du football, du basket-ball, et du volley-ball notamment. Nous avions repéré deux emplacements pouvant accueillir ce type de structure : la zone de Fontvieille, autour du chapiteau, ou de la digue ouest, ainsi que l’esplanade des Pêcheurs. Le gouvernement a soulevé le problème des évènements ponctuels qui ont lieu sur ces sites, et qui imposeraient le démontage de la structure une à deux fois par an, avec un coût associé. J’ai bon espoir que nous arrivions à trouver une solution pour l’un ou l’autre de ces deux lieux, ou toute autre alternative.

Combien va coûter ce city stade ?

Le coût d’un city stade varie selon la taille, le type d’installations et les sports proposés, mais il se situe généralement entre 30 000 et 70 000 euros TTC. Il serait regrettable, vu les sommes en jeu, de priver notre jeunesse de ces installations. Nous y veillerons donc avec le président Stéphane Valeri et mes collègues du Conseil national. Je rappelle également que c’était un souhait émis par le Conseil Economique et Social (CES) des jeunes.

Quel est l’impact économique du Covid-19 pour les associations sportives ?

Les différentes associations et clubs sportifs monégasques ont connu la suspension de leur activité, ainsi que de leurs compétitions pendant cette crise de Covid-19, du niveau amateur à celui professionnel. C’est l’ensemble de la filière sport qui a donc souffert, et la visibilité reste très floue concernant les mois à venir. Les sportifs, comme les dirigeants, voient leur saison fortement impactée, ainsi que leurs ambitions et efforts quotidiens, et ils s’attendent à des conséquences budgétaires importantes. Les subventions publiques apportées par l’Etat seront donc à étudier de près, et de la manière la plus juste possible, afin de leur permettre de continuer leur mission auprès de leurs adhérents, ainsi que de mener à bien leur projet sportif.

Où en est le projet de loi sur le sport ?

Le dépôt du projet de loi du gouvernement sur le sport est toujours attendu par les élus, et ce depuis plusieurs années. Nous venons d’être informés que les négociations avec les autorités françaises n’ont toujours pas abouti, en raison de leur complexité, et ne permet d’envisager un dépôt à court terme.

Quel est l’objectif de ce texte ?

L’objectif de ce texte est d’offrir un réel cadre légal à la pratique du sport à Monaco, de clarifier la possibilité pour une association de droit étranger de prendre part à un championnat sportif français, et de favoriser un meilleur accès au sport à tous. Ce projet de loi est également nécessaire pour servir de base au fonctionnement des associations et des fédérations au sein même de notre principauté.

En quoi consiste votre projet de création d’un Conseil national des jeunes et quand sera-t-il lancé ?

C’est un projet qui tient à cœur au président Stéphane Valeri, et qui faisait d’ailleurs partie du programme de la majorité lors des élections de 2018. L’origine remonte même à une dizaine d’années, puisqu’il avait été déjà abordé dans une mandature précédente. Le concept est simple : nous avons pu ressentir une réelle envie de la part des jeunes monégasques de s’intéresser à la vie politique du pays et leur volonté d’y participer activement. C’est pourquoi l’idée d’un Conseil national des jeunes, avec des représentants de la jeunesse monégasque amenés à travailler sur une proposition de loi ou sur une mesure bien précise, se profile dans les prochains mois, et sera reprise ensuite par le Conseil national. Il s’agit ainsi d’une simulation des travaux de l’assemblée, qui permettra aux jeunes de débattre de sujets qui leur tiennent à cœur, d’accroître leur intérêt envers la vie politique, mais aussi d’acquérir des compétences en communication écrite et orale puisque nous avons l’ambition de retransmettre une à deux de leurs séances par an. Une jeune Monégasque, Alexandrine, est déjà venue nous voir au Conseil national en se faisant le relais de nombreux de ses camarades, et, croyez-moi, ils sont tous particulièrement motivés par ce projet !

Quels sont vos projets jusqu’à fin 2020, mais aussi pour l’année 2021 ?

Comme vous le voyez avec le Conseil national des jeunes ou le prochain MC Summer Concert, nous continuerons de mettre en place de grands projets à la fin de cette année 2020, ainsi qu’en 2021. La commission éducation, jeunesse et sports va aussi s’attacher à proposer des améliorations au dispositif « Sport Elite », qui permet aux jeunes et athlètes monégasques d’allier leur double cursus sports-études à haut niveau. Nous comptons également continuer notre travail sur l’insertion professionnelle et les moyens de renforcer l’orientation pour les élèves de la principauté.

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