mercredi 20 octobre 2021
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La liste Renaissance en arbitre ?

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Alors que la campagne électorale se résumait jusqu’à présent à une bataille opposant deux camps, Union monégasque et Horizon Monaco, un troisième front émerge. La liste Renaissance, lancée par des employés de la Société des bains de mers, compte bien décrocher un siège au conseil national le 10 février 2013.

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. C’est ce qu’ont dû se dire les fondateurs de la liste Renaissance. Cette liste d’employés de la Société des bains de mer, à l’appellation « symbolique et ironique », est née dans l’esprit de croupiers de jeux américains et européens — pour une fois solidaires — fin septembre. Son nom fait bien entendu écho au projet Renaissance, lancé en février pour relancer et redresser la SBM. Elle se veut « apolitique », selon ses membres fondateurs qui tiennent à conserver l’anonymat. Leur but est d’avoir un élu au conseil national, servant de « courroie de transmission » auprès des pouvoirs publics et de « tribune » pour mieux défendre les intérêts des employés de la SBM. Ce qui passe par l’obtention, le 10 février 2013, de « 600 voix soit 12,5 % des votants ».

« Attirer l’attention des pouvoirs publics et de la population »
« Nous n’avons ni intérêt ni vocation à faire une carrière politique, clament en chœur trois membres de cette liste, appartenant aux Jeux américains, européens et au baccara. Nous n’avons rien à dire sur le budget, les recettes de l’Etat ou la T2A. On parle de ce que l’on connaît ! Nous avons la volonté d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de la population sur un axe de développement réel de la SBM, rassurant notre descendance. L’administration et la SBM restent les plus grands pourvoyeurs d’emplois, y compris pour les nouvelles générations ! ». Or, pour ces futurs candidats, qui assument leurs revendications catégorielles, « la situation de la SBM, pourtant au cœur du pacte social monégasque, empire d’année en année. La SBM navigue à vue. La société a fait d’énormes investissements (210 millions d’euros pour les jeux en ligne, le fiasco du complexe hôtelier de Marrakech). Et on n’entend rien dans la bouche des politiques sur un plan de sortie des jeux en ligne ou sur le financement des chantiers pharaoniques de plus de 600 millions d’euros du futur Sporting et de l’Hôtel de Paris… » Si les membres de Renaissance ne veulent pas attaquer directement leurs « concurrents » d’Union Monégasque et d’Horizon Monaco, ils les mettent dos à dos : « Les deux listes qui s’affrontent actuellement, c’est bonnet rouge et blanc et bonnet blanc et rouge ! On ne voit pas franchement les différences », lâche l’un des fondateurs de Renaissance.
Gestion de la SBM en ligne de mire
Pour cette liste qui compte défendre avant tout les intérêts du personnel de la SBM, il faut sortir de la gestion actuelle. Première cible : les économies décidées au niveau de la direction. « Dans tous les secteurs, on assiste à une baisse de personnel drastique et illogique. La seule exception vient de l’organisation de la dernière école des jeux avec 15 embauches à la clé alors qu’il n’y en avait pas vraiment besoin… Or, la SBM ne peut pas prétendre gérer des établissements de luxe et ne plus avoir, à l’entrée du casino, de physionomistes (remplacés aujourd’hui par des gardes d’intérieur), par exemple. On opère des économies de bouts de chandelle au niveau du personnel, on presse les employés comme des citrons, on multiplie les contrats précaires et en parallèle, on augmente les cadres. » La liste Renaissance dénonce de nombreuses décisions stratégiques : la fermeture des tables du Café de Paris, la disparition du service de chemin de fer… « 40 clients ont fait une pétition pour le maintien du chemin de fer. Aujourd’hui, ils sont à Saint-Vincent en Italie et ils ne reviendront plus à Monaco ! »

La crainte d’un retour du statut unique
Dans le domaine des jeux toujours, la crainte ultime reste le projet de la direction de modifier les statuts. « On va nous sortir de nouvelles conventions collectives. Avec sans doute comme matrice le statut unique que l’on avait refusé il y a deux ans. Soit 30 % de salaire en moins, 2 800 euros au bout de 3 ans d’ancienneté… Ce n’est pas acceptable ! »
Car pour ces employés de jeux, il est impensable de revenir sur les droits acquis. « Notre liste n’a aucune revendication salariale. Entre 1986 et aujourd’hui, le salaire réel des employés de jeux a été divisé par 3, c’est un fait. Il n’est pas question de demander plus. Par contre, nous ne voulons pas que les générations futures touchent moins ! » Mais cela est-il vraiment possible dans le contexte économique actuel ? Cette liste ne risque-t-elle pas de paraître complètement déconnectée des réalités ? « La vraie vache à lait de la SBM, ce sont les jeux. Quand on fait 100 euros, il y en a 50 pour la société. Il n’y a que la drogue qui fait une telle marge opérationnelle… », réplique un candidat. Avant d’ajouter : « Ce n’est pas la première crise que nous traversons après celles liées au choc pétrolier de 1973 ou à la guerre du Golfe…, rétorque l’un des membres. Aujourd’hui, le problème, c’est que les salons sont vides et on ne se demande pas pourquoi les clients ne reviennent plus. On ne fait rien pour développer le chiffre d’affaires. Il faut tout simplement changer le système. »
Car c’est là où le bât blesse. Pour ces futurs candidats, le climat social est délétère. « Manque de dialogue », « de respect », « système clanique »… Renaissance n’y va pas de main morte. Dans les jeux, selon ses membres, « on a mis en place un système de copinage, à la limite du système mafieux, où la compétence n’est pas un critère pour les nominations et les promotions. Or, le personnel en a assez de la guerre des clans au conseil d’administration et de la politisation », affirme un colistier. Un ras-le-bol de la politisation qui paradoxalement va avec un dénigrement du manque d’action des politiques selon les 3 futurs candidats. Des candidats qui pour l’heure, préfèrent taire leurs propres propositions. « On ne communiquera pas notre programme avant le 15 janvier, c’est-à-dire après les deux autres listes. »
Liste anonyme, Renaissance compte bien avancer paisiblement jusque là. « Notre liste ne peut pas être attaquée par Nouvion ni par Robillon. On est même dragué tous les jours… » Dans le microcosme politique, on parle même d’un désistement possible à la dernière minute au profit du camp qui proposera les meilleures garanties… Pour l’heure, les candidats affirment vouloir « aller jusqu’au bout… » A voir.

Union monégasque demande « une politique des ressources humaines »
« Plusieurs employés de jeux de la SBM ont décidé de se regrouper en une liste, la liste Renaissance. Cette initiative courageuse montre leur inquiétude face à l’avenir. L’Union Monégasque a entendu ce cri. Nous sommes allés au-devant d’eux et nous partageons leur angoisse. La SBM est un fleuron de la Principauté. Les employés de jeux en sont l’âme et la force vive. Personne n’a le droit de les oublier. Leur statut doit être mieux reconnu et mieux protégé. Nous ferons des propositions dans ce sens. Leur combat est le nôtre. Cette « 3ème liste » est révélatrice d’un malaise. Pour l’Union Monégasque, elle témoigne de l’urgence pour le Gouvernement de tirer les conséquences d’une situation conflictuelle et délétère qui n’a que trop duré et de définir, enfin, en tant qu’actionnaire majoritaire, une politique des ressources humaines au sein de la SBM, qui devra être mise en œuvre par la direction de la Société, sans plus attendre ! »
Horizon Monaco : « Le conseil national doit agir »
« Nous regrettons qu’un représentant de la majorité ait qualifié la liste en cours de constitution par des compatriotes des jeux de « liste fantôme ». Nous regrettons que des nationaux soient obligés pour se faire entendre et défendre leurs intérêts d’en venir à une telle décision que de se présenter aux élections nationales. Nous considérons que la majorité a failli sur ce dossier comme sur les autres, que ce soit dans l’écoute, la compréhension ou la gestion politique de la situation des compatriotes des jeux. Le conseil national doit agir auprès du gouvernement, actionnaire de référence, sans ingérence bien sûr, mais tout en constituant pour les nationaux un recours permanent car c’est son rôle de représenter tous les Monégasques. »

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Monaco Hebdo