vendredi 22 octobre 2021
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Jean-Louis Grinda : «Monaco est une petite lueur dans la grande obscurité »

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L’élu Union Monégasque, Jean-Louis Grinda, qui est aussi le directeur de l’opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange, estime qu’en Europe et dans le monde, un passeport sanitaire pourrait permettre de rouvrir les salles de spectacle. Explications.

 

En pleine pandémie de Covid-19, en quoi la culture et le spectacle vivant en particulier sont-ils essentiels ?

Le spectacle vivant n’est pas l’alpha et l’oméga de tout, mais il fait partie des plaisirs de la vie. Car si on perd le goût et l’odorat à cause du Covid-19, on peut garder le goût de voir des chanteurs, des musiciens, du théâtre… Ce sens-là, nous ne le perdons pas, et il participe de notre bonheur. Car on peut très bien ne pas aimer l’opéra, mais aimer aller à un concert de rock. Il ne faut donc pas opposer les uns et les autres. Je mets le spectacle vivant dans un « tout global », ce que les Italiens appellent avec beaucoup d’élégance « les arts de la représentation ». 

Mais la pandémie de Covid-19 semble se durcir, avec notamment l’arrivée de différents variants (1) ?

On sait bien que ce n’est pas dans un théâtre, pendant un spectacle assis, que l’on attrape le virus. Si tout le monde porte un masque, que tout le monde regarde dans la même direction et que la distanciation sociale est respectée, les risques sont considérablement réduits.

Que faire pour renforcer encore le protocole sanitaire autour des salles de spectacle ?

La seule façon de s’assurer que les spectacles se déroulent de façon sûre, c’est de mettre en place un protocole sanitaire renforcé. Il y a déjà le port du masque, la distanciation, le gel hydroalcoolique, l’organisation de l’entrée et de la sortie des spectateurs… À ça, on pourrait ajouter l’idée d’un passeport sanitaire.

Mais créer un passeport sanitaire pour la culture serait discriminant ?

Ce passeport sanitaire ne pourrait exister que sous la forme du volontariat. Ce passeport ne serait pas non plus déterminé par le fait d’être vacciné, ou pas, contre le Covid-19, car, comme ce vaccin n’est pas obligatoire, on installerait une discrimination qui serait injuste. Par exemple, une personne très allergique, et donc dans l’incapacité d’être vaccinée, ne pourrait jamais assister à un spectacle.

Que proposez-vous, alors ?

L’idée consisterait à demander à chaque spectateur un test antigénique. Un test rapide permettrait aux spectateurs d’être dépistés avant le spectacle. En laissant leur nom, chaque spectateur pourrait ensuite être suivi, et prévenu en cas de problème. 

Vous êtes favorable à la vaccination ?

Je suis un fervent défenseur de la vaccination contre le Covid-19. Il faut mettre les choses en perspective. Parce que si on refuse la vaccination, ce sera la débandade la plus totale à court et à moyen terme. Là, on est donc certain de la peine. Donc prenons plutôt le pari de la vie, plutôt que le pari de la souffrance et du désespoir. Si on ne fait rien en 2021, des pans entiers de l’économie risquent de disparaître, et ils ne se relèveront qu’avec d’immenses difficultés. Des États industrialisés vont s’appauvrir, le chômage de masse va augmenter, la désespérance va s’emparer de beaucoup de professions, et des suicides sont à craindre. De plus, on va pourrir la vie à toute une jeunesse qui aura passé presque deux ans sans pouvoir étudier et mener une jeunesse normale. Cette jeunesse risque des séquelles psychologiques.

Mais ce sont les doutes à moyen et long terme que les anti-vaccins pointent du doigt ?

On peut mettre ça en perspective avec les deux guerres mondiales, chose que l’on ne fait d’ailleurs pas assez. En 1914-1918 et en 1939-1945, on se battait contre un ennemi visible et on savait pourquoi on se battait contre. La prise de risque était alors bien supérieure à celui qui ouvre son restaurant et qui présente cela comme un acte de résistance. Il ne faut pas confondre Jean Moulin (1899-1943) et Gérard qui ouvre sa crêperie… Face au Covid-19, on se bat aujourd’hui contre un ennemi invisible, que l’on a du mal à identifier. Donc, entre un mal qui est certain si on ne se vaccine pas, et un hypothétique problème avec le vaccin à moyen ou long terme, je n’hésite pas une seconde. Je me fais vacciner.

Vous allez demander au gouvernement monégasque de mettre en place le protocole que vous proposez pour l’ensemble des salles de spectacle de la principauté, de façon à pouvoir augmenter la jauge de spectateurs ?

Non, car à Monaco, nous jouons devant un public restreint avec un protocole sanitaire très strict. Et je ne crois pas qu’il faille jouer devant une salle pleine. La seule amélioration que j’apporterais par rapport au dispositif actuel, ce serait de pouvoir mettre les couples ensemble. Ainsi, on pourrait remplir les salles à 70 %, au lieu de 50 %. Que l’on mette 250 personnes ou 320 personnes dans l’opéra Garnier, ça ne bouleverse pas l’échiquier mondial…

Qui pourrait adopter ce dispositif, alors ?

Ce dispositif pourrait être adopté pour tous ceux qui ne jouent pas, donc pour environ 95 % du reste du monde. Si on veut une reprise pour l’été 2021, il faudra en passer par là. Surtout si on n’a pas pu vacciner suffisamment de gens, et que l’immunité collective n’a pas été atteinte. Et, à mon avis, on ne l’aura pas atteinte pour l’été 2021.

Vous dirigez les Chorégies d’Orange depuis 2016 : quelle jauge pourrez-vous proposer pour l’édition 2021, qui devrait se dérouler du 18 juin au 31 juillet 2021 ?

Je prévois une jauge maximale de 5 000 personnes au lieu de 7 500 personnes, en me basant sur ce qui avait été décidé par le préfet l’année dernière, en 2020. Aujourd’hui, nous préparons tout comme si l’édition 2021 des Chorégies d’Orange allait avoir lieu. Ce qui est encourageant, c’est que l’on constate que les gens achètent des places. Et déjà plus de 50 % des billets de l’édition 2020 ont été reportés sur 2021. Je prends ces 50 % comme une énorme marque de confiance.

Quels sont les opéras ouverts actuellement dans le monde ?

En Espagne, les opéras de Madrid et Barcelone sont ouverts. Il y a aussi Sydney, le Japon et la Nouvelle-Zélande. C’est à peu près tout.

Quel rôle peut jouer Monaco dans cet ensemble culturel mondial ?

Monaco n’a qu’un territoire de 2 km2, mais Monaco montre qu’il est possible d’ouvrir des salles de spectacle, en respectant des mesures sanitaires strictes. Donc Monaco est une petite lueur dans la grande obscurité. Mais tant qu’il y aura une lueur, ça ira.

1) Au sujet des variants, lire l’interview de la virologue Anne Goffard, publiée dans Monaco Hebdo n°1182.

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