lundi 27 septembre 2021
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Jean-Jacques Raffaele :
« Pour diriger une commune,
il faut de l’expérience »

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Le maire sortant de La Turbie, Jean-Jacques Raffaele, explique à Monaco Hebdo pourquoi il est candidat à sa propre succession.

Et pourquoi il est raisonnablement optimiste pour le scrutin du 15 mars.

Pourquoi être candidat pour ces élections municipales 2020 ?

Ce n’est pas nouveau. En 2014, j’avais dit aux Turbiasques que, pour mettre mon programme en œuvre, j’avais besoin de deux mandats. On savait que de gros travaux et de gros investissements étaient nécessaires pour améliorer la qualité de vie des habitants de la commune. Ça fait 25 ans que je suis à la mairie, en particulier comme adjoint, donc je savais que le temps administratif n’est pas le temps de la montre. Et qu’il fallait donc deux mandats pour pouvoir aboutir. Je souhaite donc m’engager pour finir ce que j’ai mis en route en 2014.

Ne craignez-vous pas l’usure du pouvoir ?

Pas du tout. Parce qu’il ne faut pas confondre être conseiller municipal ou adjoint au maire et être maire. On devient maire quand on rentre dans l’habit du maire. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte de ce qu’est cette lourde tâche. Au bout de 6 ans, le travail que j’ai accompli et toute l’abnégation qu’il m’a fallu pour aboutir sur ce qu’on est arrivé à faire, a nécessité beaucoup de temps et d’énergie. Mais j’en ai encore beaucoup, car je veux aller au bout de mon projet.

Quel bilan faire du mandat qui s’achève ?

En 2014, on avait pris 10 engagements. Ces 10 engagements ont été respectés. On est même allé au-delà de ces engagements. Je suis fier d’avoir réalisé ce projet qui a tant divisé La Turbie, le projet de mixité sociale Villa Augusta. Ce sujet a transformé les élections municipales de 2014 en un référendum « pour ou contre » ce projet. A l’époque, La Turbie était coupée en deux. Aujourd’hui, en 2020, ce programme est fidèle à ce que j’avais annoncé en 2014. Mais je suis surtout fier d’avoir réconcilié les Turbiasques, car aujourd’hui, tout le monde est unanime sur ce projet.

Si vous deviez citer une seule réalisation de ce mandat, ce serait laquelle ?

Il y a ce projet de la Villa Augusta qui a focalisé toutes les attentions. Il fallait réussir, car on nous avait prédit les pires problèmes de circulation, de nuisances et de travaux. Mais tout s’est bien passé. Y compris l’attribution des logements sociaux, sur lesquels on avait été attaqué. Mais on n’a évidemment pas fait que ça. La sécurité, les écoles… Nos 10 engagements de 2014 ont tous été tenus. Et puis, on a obtenu une série de labels, comme celui de la ville sportive, en 2019 on a eu une étoile dans le guide vert Michelin… Toutes ces récompenses prouvent le travail réalisé de 2014 à 2020, qui n’a qu’un seul objectif : améliorer la qualité de vie des Turbiasques. Enfin, alors que partout en France beaucoup de commerces de proximité ferment, à La Turbie, en 6 ans, on a enregistré l’ouverture ou la réouverture de 5 commerces. Et d’ici l’été 2020, deux ou trois autres devraient ouvrir. Ce qui démontre la vitalité économique de La Turbie.

Comment vont les finances de la ville ?

Les finances de la ville vont très bien. On s’est désendetté de 34 %. Il faut dire que nous étions très peu endettés. Mais on a quand même gagné près d’un million d’euros de dettes en 6 ans, et on n’a pas augmenté les impôts. De plus, la ville s’est enrichie au niveau patrimoine, puisqu’on a acheté des locaux, un terrain, une maison et un local commercial. Enfin, nous avons fini l’année 2019 avec un excédent budgétaire.

Selon quelle logique avez-vous construit votre liste ?

On a à peu près 50 % de renouvellement dans ma liste. Certains étaient atteints par la limite d’âge, d’autres avaient des problématiques professionnelles et de manque de temps. J’ai aussi pris des jeunes, notamment un étudiant en sciences politiques, qui est le benjamin de l’équipe. Comme La Turbie est organisée avec des quartiers excentrés, je voulais un représentant de mon équipe dans chaque quartier, et qu’il s’agisse de gens qui participent activement à la vie du village.

Quels sont vos projets pour la mandature 2020-2026 ?

La place de la Crémaillère va être libérée par la caserne des pompiers au premier trimestre 2021. Donc, fin 2020, on lancera des études pour faire un hôtel, organiser 50 % de la surface en jardins, créer un parking souterrain de 200 à 300 places, des bureaux, et certainement des équipements publics, un pôle santé, une maison senioriale…

Le coût de ce projet ?

Il n’est pas encore chiffré. Environ 90 % des terrains appartiennent à la mairie. On va prendre un aménageur et on va regarder tout ça de près.

D’autres projets ?

On va diversifier notre économie, avec la création d’un centre de co-working. Je travaille en ce moment avec la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nice et son président, Jean-Pierre Savarino, qui est venu récemment à La Turbie. Nous avons un terrain près de la sortie de la bretelle de l’autoroute qui va ouvrir en 2022 sur lequel on souhaite faire des bureaux. Enfin, sous le stade municipal, on va étudier la possibilité de faire un parking public de 300 places.

Vous voulez aussi restructurer le cœur de La Turbie ?

Aujourd’hui, nous avons une route départementale qui traverse La Turbie. Nous avons déjà nommé un bureau d’étude et on va travailler sur une déqualification du centre de La Turbie. Le cœur de ville deviendra une zone partagée entre les piétons, les véhicules, avec des zones de rencontres, où les gens pourront boire un café tranquillement et discuter entre eux. Il y aura une phase de transition pendant laquelle toutes les voitures ne seront pas supprimées. Mais dès que les parkings souterrains seront livrés, la place Théodore de Banville sera entièrement piétonisée et les voitures disparaîtront.

Quel est le problème du côté de la Tête de Chien, avec les maisons de France Télécom ?

Il faut savoir que les maisons de France Télécom n’ont jamais appartenu à la municipalité. C’est un projet qui a été porté par l’établissement public foncier régional (PFR), qui est une structure publique qui porte les projets pour les communes lorsqu’il s’agit d’un sujet économique ou social. Donc quand France Télécom a vendu, le PFR a porté ce projet pour la mairie de La Turbie, parce que nous avions dans l’idée de construire un hôtel. Mais l’architecte des bâtiments de France et l’Etat ont changé la donne, puisque, pour des questions environnementales, ce secteur est passé en zone biotope. Aujourd’hui, il n’est donc plus possible d’y faire un projet pour la commune. On voulait construire un Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou des maisons senioriales accolées à une structure pour accueillir des enfants. Mais même ce projet ne passe pas.

Pourquoi ?

Parce qu’on nous refuse la construction d’une surface supérieure à 1 700 m2. Or, pour qu’une structure soit rentable il faut environ 5 000 m2. Ça fait 10 ans qu’on se bat, mais aujourd’hui la porte s’est refermée. On ne peut plus construire là-bas un établissement pour la commune. Nous devons rembourser l’argent avancé avec le PFR. Il y a deux lots : un à la Tête de Chien et un au Petit Clos, qui est de l’autre côté de La Turbie. On a donc regroupé ces deux opérations pour un montant de 5 millions d’euros. Je promets aux Turbiasques de régler ce problème pendant le mandat 2020-2026.

Comment vous allez faire ?

Sur ce foncier, il y a des habitations qui ont une certaine valeur. Quand on sait que les prix tournent autour de 7 000 euros/m2… Je ne me fais donc pas de souci quant à la revente. Ce n’est pas une dette, car ça ne pèse pas sur le budget de la commune.

Quels sont vos projets avec Monaco ?

Nous sommes en relations constantes avec l’Etat monégasque. Nous avons plusieurs projets, dont un parking de dissuasion, avec la construction d’un funiculaire souterrain qui descendrait à Monaco. Le parking sera proche de l’autoroute. Nous en sommes à l’étape de faisabilité. J’ai déjà parlé de ce projet à Philippe Tabarot, le vice-président aux transports de la Région Provence-Alpes Côte d’Azur (Paca).

Quel est le calendrier espéré pour ce funiculaire souterrain ?

Pour moi, c’est un dossier qui peut être bouclé à court ou moyen terme. Car cette liaison souterraine La Turbie-Monaco ne fait que 3 kilomètres. Quand on voit ce que Christian Estrosi a fait sous la ville de Nice… Ce sont surtout les études qui seront longues.

Quel est le coût et qui va financer ce projet ?

Le coût n’est pas encore connu. Il faut déjà savoir si, techniquement, ce chantier est réalisable. Pour le financement, je ne suis pas inquiet. Il y a des fonds européens, il y a les collectivités, l’Etat monégasque… La mairie de La Turbie sera associée. Nous avons du foncier. Mais la compétence pour les transports reviennent à la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) et la Région Paca.

Que vous apporte le chantier du nouveau centre d’entraînement de l’AS Monaco ?

Le gros œuvre du chantier de l’AS Monaco est terminé. La livraison du bâtiment est prévue pour fin 2020 et fin 2021 pour les terrains d’entraînements. Pour la mairie de La Turbie, c’est une véritable bouffée d’oxygène financière, puisque le loyer a augmenté. Il est passé de 100 000 euros par an à 255 000 euros par an. Nous traitons directement avec l’Etat monégasque, puisque l’AS Monaco est sous-traitant.

Il y a aussi le projet de la carrière de la Cruella ?

En 2024, cette carrière ne fermera pas. Depuis janvier 2020, cette compétence relève des Régions. Le préfet de Région dit que tant qu’on n’est pas arrivé au bout d’un gisement, on ne ferme pas. Je négocie avec le carrier pour une hausse de la redevance, une mise à disposition des terrains le plus vite possible pour y installer des entreprises compatibles avec une carrière, et obtenir une date de fermeture définitive. Pour les 20 hectares de cette carrière, il faut compter 8 à 10 ans d’études. Pendant ce délai, je veux qu’on prépare l’après-carrière, pour pouvoir enchaîner après avec un projet précis.

Votre projet pour l’après-carrière de La Cruella ?

J’aimerais une mixité entre de l’économie, des infrastructures publiques, peut-être une école ou autre chose, des logements, des équipements sportifs… Mais ces 20 hectares ne peuvent pas être uniquement occupés par le secteur économique. A La Turbie, le foncier devient très rare : 80 % du territoire n’est plus constructible. Le seul développement de La Turbie est là-bas. On va donc en discuter avec la Carf, l’Etat français et l’Etat monégasque y sera associé. Car on va rechercher un projet qui soit une plus-value pour La Turbie et pour Monaco. Mais c’est un projet qui ne sortira pas de terre avant 2035.

Vous avez aussi poussé pour la réouverture de la bretelle d’autoroute de Beausoleil (lire Monaco Hebdo 1120) ?

Cette bretelle d’autoroute, c’est 25 ans de bagarre. Mais on a fini par gagner. C’est aux Turbiasques et à nous qu’on le doit. Il faut une légitimité intercommunale pour pouvoir porter ce genre de dossiers.

Pourquoi pour la piscine municipale la fondation princesse Charlène vous a octroyé une aide de 100 000 euros ?

Parce que la princesse Charlène a souhaité que La Turbie soit le premier partenaire français pour apprendre aux enfants de l’école à nager. Un partenariat a donc été signé en 2014. Les enfants des écoles de La Turbie, de Peille, d’Eze et de Beaulieu-sur-Mer viennent apprendre à nager chez nous. Ce partenariat prévoyait aussi les travaux dans notre piscine qui avait plus d’une cinquantaine d’années et qui avait aussi besoin d’une mise aux normes. Les travaux ont coûté 1,4 million et la fondation princesse Charlène a souhaité nous aider et je les en remercie.

Vous avez dit vouloir faire de la qualité de vie un thème central de votre campagne : que comptez-vous faire à ce sujet ?

En 2018, j’ai fait faire une étude de diagnostic prospective et programmative par un bureau d’études. Cette étude dit qu’aujourd’hui, la commune a ce qu’il lui faut, mais qu’à 5 ou 10 ans, il faudra une maison senioriale, une salle des sports, une salle multimédia, un pôle santé… Donc mon programme est inspiré de cette étude. Quand des commerces ouvrent, que l’on regroupe les professionnels de santé dans une structure, que les parents peuvent mettre leurs enfants dans une crèche, qu’on fait des jardins, des parkings souterrains, ou qu’on améliore la sécurité routière et la sécurité tout court, tout cela, c’est la qualité de vie qui est améliorée.

Mais tout ça coûte très cher !

C’est pour ça que je vais, par exemple, mutualiser avec la ville de Beausoleil la création d’une brigade de nuit de police municipale. Car sinon il faudrait que j’embauche quatre policiers de plus. Ce qui n’est pas supportable pour les finances communales, car avec 3 100 habitants, le budget annuel global de La Turbie, c’est 6 millions d’euros, avec 48 employés. Voilà pourquoi je pense qu’il faut faire de la mutualisation intelligente avec les communes limitrophes. Avec Beausoleil, je veux aussi mutualiser des places en crèche. Nous avons aussi une crèche intercommunale avec Eze, que nous allons essayer d’agrandir. Tout ça permet de faire baisser nos dépenses.

Quel regard portez-vous sur la liste concurrente de Jean-Philippe Gispalou ?

Jean-Philippe Gispalou a été au conseil municipal pendant 6 ans. Pendant 6 ans, il n’a pas levé le petit doigt. Ce n’est pas parce qu’on est dans l’opposition qu’on ne peut pas aller voir le maire et lui faire des propositions pour le bien-être des Turbiasques, au lieu de les garder pour soi. Et aujourd’hui, il dit que tout va mal à La Turbie. Jean-Philippe Gispalou a voté 90 % des délibérations et il n’a pas voté les budgets, alors qu’on a fait baisser la dette de la ville et que nous n’avons pas augmenté les impôts. Etre dans l’opposition, c’est amener des propositions concrètes quand on n’est pas d’accord avec la politique du maire.

Vous avez une étiquette Les Républicains (LR), or l’apolitisme a presque été érigé en stratégie au niveau local ?

Aujourd’hui, on entend dire qu’être membre d’un parti politique gênerait la bonne marche d’une commune. C’est faux ! D’ailleurs, je l’ai prouvé pendant 6 ans. Etre LR n’a rien amené de plus ou de moins à la gestion de ma commune. Je défends ma commune, je n’ai pas les pieds et les mains liés par mon statut de LR. Je n’ai jamais donné aucune consigne de vote, ni à mon équipe, ni aux Turbiasques. Je suis très fidèle à mes convictions. Mais ce sont mes convictions.

Vous êtes optimiste pour ces élections municipales ?

Oui, car le bilan est là. J’ai tenu toutes mes promesses. Mon programme est basé sur une étude précise. Et je n’ai pas changé de ligne de conduite depuis 2014. Comme il faut souvent 10 ou 12 ans pour réaliser un programme, on ne peut pas prendre un virage à 180° tous les 6 ans. Pour diriger une commune, il faut de l’expérience. Or, mes 25 années en tant que conseiller municipal et adjoint, puis ces 6 années de maire m’ont apporté une expérience irremplaçable. Parce qu’on est à la Carf, parce qu’on est au syndicat intercommunal à vocations multiples (Sivom), parce qu’on a des relations avec l’Etat monégasque, parce qu’on a des relations avec la Région… Il faut connaître ces méandres administratifs pour pouvoir travailler vite et bien. La crédibilité et l’expérience me font penser que les choses se passeront très bien le 15 mars.

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Monaco Hebdo