mercredi 25 novembre 2020
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“Il faut une Europe efficace qui parle aux citoyens”

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Rachida Dati et Michel Roger
Monaco, le 27 mai. Le ministre d'Etat, Michel Roger, plusieurs conseillers de gouvernement et l'ambassadrice de France à Monaco, Odile Rmik-Adimin, ont assisté à la conférence de Rachida Dati le 27 mai. © Photo Monaco Hebdo.

Eurodéputée et maire du VIIème arrondissement de Paris, Rachida Dati était l’invitée de la Monaco méditerranée foundation le 27 mai. L’ex-garde des sceaux a livré une analyse express sur l’avenir de la politique industrielle européenne.

Un court exposé tantôt académique, tantôt didactique. Et parfois critique sur la politique industrielle européenne. Invitée de la Monaco méditerranée foundation, Rachida Dati a donné une conférence éclair à Monaco le 27 mai dernier. Dans le salon Belle époque de l’hôtel Hermitage, l’ex-garde des sceaux a fait le plein. Dans l’assistance, quelques conseillers de gouvernement et le ministre d’Etat, Michel Roger, avaient fait le déplacement. Après une heure de retard à cause de problèmes de transports, la conférence a débuté par quelques ronds de jambes d’Antoine Bernheim, ex-pdg de Generali présent ce jour-là à ses côtés, qui a tenu à lui rendre hommage en soulignant qu’elle était « une femme d’une grande intelligence, faite pour le pouvoir, malgré les invectives et les polémiques régulières qu’elle subit. » Un écho, entre autres, aux dernières controverses révélées la semaine dernière par Le Canard enchaîné sur les défauts de paiement de son duplex parisien. Accusations aussitôt démenties par l’intéressée.
Après les discours convenus, Rachida Dati en est venu au fait. En commençant à dresser, fiches en mains, un bilan chiffré plutôt alarmant de la situation industrielle « En France, près de 500 000 emplois ont été détruits dans l’industrie depuis 2000. Et depuis 30 ans, ce sont près de 2 millions d’emplois industriels qui ont été supprimés. Ce secteur représente 17 % des emplois en Europe. En France, on se situe aux alentours de 13 %. Alors qu’on était autour de 16 % en l’an 2000 », a expliqué la députée européenne. Avant de rappeler que la disparition d’une usine dans une région « ce sont non seulement des emplois directs en moins, mais aussi des commerces, des classes, des services de garderie, de santé de proximité qui disparaissent. Car l’industrie crée aussi des emplois collatéraux. »

“Rapport de force”

A Bruxelles, Rachida Dati est membre de deux commissions. L’une sur les affaires économiques et monétaires. L’autre sur l’industrie, la recherche et l’énergie. Commissions au sein desquelles la France, selon elle, peine à faire entendre sa voix « Dans la commission industrie, c’est un vrai rapport de force avec les députés allemands qui considèrent que l’industrie leur appartient. On se rend compte qu’on est plutôt sur un combat national qu’européen. La domination anglo-saxonne sur les affaires économiques et monétaires est également très nette. » Plus critique, l’élue européenne a également regretté que, trop souvent, l’administratif prenne le contrôle de l’Europe au détriment des politiques. « L’Europe, ça a été d’abord la paix, puis un marché économique, puis une Europe des droits avec le traité d’Amsterdam et de Nice. Ensuite, une Europe monétaire. Et enfin, un début d’Europe politique, avec le traité de Lisbonne. Avec des institutions et des représentations plus politiques. Le président du Conseil européen ou le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères sont des fonctions éminemment politiques, mais qui essuient les plâtres. Si les représentants n’exercent pas les prérogatives qu’on leur donne, c’est l’administration qui prend le pouvoir. Moi, je crois au politique. Encore faut-il qu’il exerce sa mission et qu’il rende compte de ce qu’il fait aux citoyens européens. » Après les quelques critiques sur le fonctionnement interne de l’institution, Rachida Dati a prôné « une Europe décomplexée et compétitive face aux pays émergents, comme le Brésil, la Chine ou l’Inde. »

Réussites européennes

« Je suis contre l’idée d’une Europe sans usine. On ne doit pas avoir peur de défendre nos industries sur le marché mondial. Pendant le sommet de Copenhague, l’Europe a eu une difficulté ou un complexe à parler d’une seule voix. On est assez timide. » Celle qui défend notamment la création d’un livret d’épargne populaire pour doper l’industrie européenne, a aussi souligné les grosses réussites industrielles de l’Europe qui « reste tout de même la première puissance industrielle mondiale. » Parmi les coopérations réussies, Rachida Dati a cité le consortium Airbus industrie. Ou encore le programme Ariane dans le secteur spatial « qui était avant la chasse gardée des Etats-Unis ou des Russes. » Sans oublier le programme Galileo, premier système mondial de positionnement et de navigation par satellites, opérationnel en 2014. L’élue européenne a aussi rappelé qu’elle était pour « une Europe efficace qui parle aux citoyens. » Tout en fixant des priorités concrètes pour l’Europe. Comme la formation européenne des magistrats « de manière à ce qu’ils connaissent les organisations judiciaires des autres pays, pour mieux appliquer les décisions de justice. » En matière législative, pour Dati, l’une des grosses réussites “concrètes” reste la coopération européenne sur la pension alimentaire. « Aujourd’hui toute décision de justice dans un pays est exécutoire dans un autre pays en ne passant pas par les chancelleries. Avant il fallait passer par des voies diplomatiques. On a fait sauter les verrous de l’exequatur. » Autre réussite soulignée par l’eurodéputée : la lutte contre la criminalité organisée. Avec une « interconnexion des casiers judiciaires au niveau européen. Cela paraît évident aujourd’hui, mais ça n’a pas été simple. » Avant de conclure : « Si on n’a pas de doctrine sociale européenne, on n’aura pas une politique industrielle européenne. »

Plus ouverte sur la Turquie

A l’issue de la conférence, pas vraiment de débat. Mais une question dans l’assistance sur les difficultés d’agir et de prendre des décisions dans une Europe à 27. « Au niveau des modes de gouvernance, rien n’avait été adapté à cet élargissement. On avait le même mode de fonctionnement à 27 qu’à 15. Le traité de Lisbonne a changé tout ça. C’est la majorité qui prime. C’est une vraie boite à outils et un vrai mode d’emploi pour le fonctionnement à 27 qui évite des situations de blocage. » Dans la foulée, Rachida Dati a aussi pris une position plus nuancée sur la question Turque. « J’étais totalement opposée à l’intégration de la Turquie. Je ne dis pas que j’ai changé d’avis, mais je commence à avoir une autre réflexion sur le sujet. C’est-à-dire, comment l’intégration de la Turquie peut être politiquement un atout pour l’Europe. Je pense qu’aujourd’hui, cette réflexion n’est pas aboutie. La Turquie est un pays qui travaille, dans la voie de la modernisation. La majorité des Turcs sont certes des musulmans, mais la laïcité est inscrite dans la constitution. Pour l’Europe, ce serait une vraie chance politique que de se tourner vers un pays musulman dit “laïc”. C’est une réflexion que l’on doit avoir. Peut-être pas dans le cadre de l’élargissement, mais dans les partenariats que l’on peut développer au sein de l’Union européenne avec ce pays. »
Souvent raillée sur son manque de motivation au Parlement européen, Rachida Dati a répliqué en créant en avril dernier son site Internet (1). Un site sur lequel la députée déclare en introduction : « Mais qui a dit que l’Europe était ennuyeuse. Moi ? jamais ! » Ce qui n’a pas empêché Dati d’avouer pendant cette conférence « préférer les matières régaliennes »…
(1) http://www.rachida-dati.eu

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