mardi 30 novembre 2021
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Gouvernement Hollande?: quel impact pour Monaco??

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Le premier casting du gouvernement de François Hollande a été dévoilé. Une équipe de 34 ministres composée surtout de nouvelles têtes et de quelques « éléphants » du PS. Avec une surprise?: la nomination de Yamina Benguigui comme ministre déléguée des Français de l’étranger.

L’équipe ministérielle de François Hollande a été dévoilée. C’était sur le perron de l’Elysée le 16 mai dernier. Aux manettes de ce nouveau gouvernement?: 34 ministres au total, dont 17 femmes. La parité tant promise a été respectée. Autour du premier ministre Jean-Marc Ayrault, c’est un mix de plusieurs générations que le nouveau président français a convoqué. Des anciens du PS comme Laurent Fabius au ministère des affaires étrangères, Michel Sapin au ministère du travail ou Pierre Moscovici à l’Economie. Ou encore de jeunes prometteurs, dont la ministre du droit de la femme Najat Vallaud-Belkacem. Mais sur la liste ministérielle figurent également trois ministres qui, dans le passé, n’avaient pas été franchement tendres avec Monaco. Il s’agit de Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, d’Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif et de Jérôme Cahuzac, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie chargé du budget. En 2000, les deux premiers avaient co-rédigé — et le troisième signé — un rapport parlementaire très critique à l’égard de Monaco. Notamment sur son image de paradis fiscal. De mauvais augure pour les futures relations franco-monégasques?? Pas pour Arnaud Leroy, le candidat du Parti socialiste à la 5ème circonscription des Français de l’étranger aux prochaines élections législatives. « Au regard de leurs portefeuilles respectifs, à part Jérome Cahuzac, je ne vois pas en quoi Vincent Peillon et Arnaud Montebourg pourront influer sur les affaires avec Monaco, estime le candidat. Ce rapport commence à dater. La situation a, semble-t-il, évolué. Le gouvernement de Monaco aura toute la latitude de le démontrer durant les rencontres bilatérales ou durant les discussions de l’OCDE sur cette question des paradis fiscaux, qui n’est pas close. »

« Préjugés dogmatiques »
Sentiment radicalement opposé chez son opposante, la candidate UMP Laurence Sailliet qui s’inquiète de la présence de ces trois personnalités au gouvernement. Une candidate qui ne perd pas de vue non plus les échéances législatives les 3 et 17 juin prochain, scrutin qui désignera pour la première fois un représentant des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale. « Si les Français de la 5ème circonscription m’accordent leur confiance, la Principauté devra s’appuyer sur les deux parlementaires, le sénateur Christophe-André Frassa et moi-même, pour lutter contre les idées reçues et les préjugés dogmatiques de ces trois ministres », estime la candidate. Cette dernière se remémore également les propos tenus en octobre 2010 par Jérome Cahuzac, à l’époque président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée nationale. L’actuel ministre avait déclaré vouloir proposer un impôt sur le revenu des Français qui travaillent à l’étranger. Plus précisément « une taxation proportionnelle » avait-il évoqué sans plus de détails. Avant de préciser?: « Plutôt que de retirer leur nationalité à certains, pourquoi ne pas rappeler cette nationalité à ceux qui sont partis, et leur demander de payer quelque chose en France, pays où ils sont nés, où ils ont été soignés, où ils sont allés à l’école?? » Des propos qui, à l’époque, avaient déjà soulevé un coup de gueule du sénateur et enfant du pays Christophe-André Frassa. Même topo aujourd’hui pour Laurence Sailliet. « Ces déclarations sont d’autant plus inquiétantes pour la présence française dans le monde, qu’il est maintenant ministre du budget », estime-t-elle. Reste à savoir qui parmi les 13 candidats déclarés aux élections législatives représentera les intérêts de Monaco, d’Andorre, du Portugal et de l’Espagne à l’Assemblée nationale. Et qui sera, du coup, l’interlocuteur direct de ce gouvernement socialiste pour la communauté française en principauté.

Une bi-nationale, pour les Français de l’étranger
L’autre nomination qui intéressera de près Monaco est celle de Yamina Benguigui, ministre déléguée auprès du ministre des affaires étrangères et de la Francophonie, chargée des Français de l’étranger. C’est un peu la surprise de ce gouvernement. Cette réalisatrice, productrice et écrivain de 55 ans, franco-algérienne, est connue pour ses œuvres engagées. Notamment pour ses films consacrés à la question de l’immigration, à la violence contre les femmes et aux inégalités. En mars 2008, elle a été élue conseillère du 20ème arrondissement puis nommée dans la foulée adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë en charge des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations. Pour le candidat socialiste cette nomination « est une très bonne nouvelle pour les Français de l’étranger d’abord. Il est important que nous soyons représentés, à ce niveau. Je note qu’elle est binationale, c’est un signal fort envoyé à nos compatriotes à l’étranger, notamment sur notre circonscription, où les binationaux sont très nombreux, estime Arnaud Leroy. Son ministère couvre aussi la Francophonie, c’est extrêmement judicieux d’avoir lié les deux éléments, notamment pour notre action culturelle extérieure. La francophonie sera un outil essentiel pour établir une relation de confiance, des projets communs avec nombre d’Etats du pourtour méditerranéen. »

Ministère gadget
Sentiment plus mesuré chez la candidate UMP. « Je constate, avec beaucoup de surprise que ce que les socialistes considéraient comme un ministère gadget et qu’ils n’ont eu de cesse de critiquer durant un an, semble avoir désormais grâce à leurs yeux, estime Laurence Sailliet. Néanmoins, s’agissant d’un gouvernement de transition, je veux être vigilante et insister sur la nécessité du maintien de ce ministère, quels que soient les résultats des élections législatives. » Et concernant le choix spécifique de Yamina Benguigui?: « Il est difficile d’en juger à ce jour, indique-t-elle. Les socialistes veulent peut-être, par ce biais, relancer un débat sur la double-nationalité qui n’a pas lieu d’être. Avec ma famille politique, nous nous positionnions clairement sur le sujet?: sa remise en cause n’est aucunement envisagée. Bien au contraire, nous considérons qu’il s’agit d’une véritable richesse pour notre pays », rajoute la candidate. Autre son de cloche en revanche pour le candidat du Parti Radical, Richard Onses pour qui ce ministère n’a pas vraiment lieu d’être?: « Certains sujets spécifiques seront portés par les députés des Français établis hors de France. Je ne vois donc pas l’utilité d’un poste de ministre déléguée en charge des Français de l’étranger, tel que celui de Yamina Benguigui. A-t-on un Ministre des Bretons?? Les questions relatives aux Français établis hors de France touchent tous les départements ministériels… »

Eva Joly, haut-commissaire à la réforme financière??
Si elle n’a pas obtenu le ministère de la Justice que beaucoup lui promettaient, la candidate écologiste à la présidentielle Eva Joly s’est dite prête à briguer un autre poste au sein du gouvernement Hollande?: celui de haut-commissaire à la réforme financière. Une confidence faite le 6 mai dernier à des journalistes du Monde. La proposition de l’ex-magistrat a semble-t-il trouvé « un accueil favorable » auprès du gouvernement socialiste fraîchement élu. D’autant qu’il s’agit d’un domaine que connaît bien l’ex-candidate à la présidentielle puisqu’elle a longtemps été juge d’instruction au pôle financier du palais de justice de Paris. Pas certain en revanche que cette nomination réjouisse franchement les autorités monégasques compte tenu de ses déclarations tonitruantes –mêmes récentes– sur la Principauté…

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