samedi 22 janvier 2022
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Gérard Spinelli :
Monsieur sécurité

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Après l’agression d’un policier municipal à Beausoleil, le braquage d’un Carrefour City aux Moneghetti, et des incivilités quotidiennes opérées par des groupes de jeunes, le maire, Gérard Spinelli, a décidé de durcir le ton et de combattre le sentiment d’insécurité sur sa commune.

« Ma priorité : la tranquillité publique. » Non… ce n’est pas le slogan officiel de la prochaine campagne municipale de Gérard Spinelli — candidat à sa propre succession en 2014 — mais l’actuel dossier prioritaire du maire de Beausoleil. Bien décidé à durcir le ton en matière d’insécurité. Il faut dire que la commune aux 15 000 habitants a connu en quelques mois des faits de violence particulièrement graves. Après le braquage à main armée de la supérette Carrefour City le 22 février dernier aux Moneghetti, le 30 avril, un policier municipal a été roué de coups en plein après-midi par une bande de jeunes. Une agression qui a justifié, quelques jours plus tard, une vaste opération coup-de-poing menée en centre-ville de 21h30 à 23h30. Bilan : sur une cinquantaine de personnes contrôlées, quatre procédures ont été établies pour détention de stupéfiants, port d’arme par un mineur ou encore recel de téléphone portable volé.

Trafic de stup’ et tapage nocturne
Une délinquance qui s’ajoute à une longue liste d’incivilités subies au quotidien par les Beausoleillois. « Depuis un an et demi ou deux ans, nous avons constaté que les rassemblements de groupes de jeunes dans le centre-ville ont augmenté. Ces jeunes, qui se réunissent essentiellement au square Camille Blanc, au boulevard de la République et à la rue du marché, la nuit, créent des troubles à la tranquillité publique. La population, en effet, s’en plaint », constate Jean-Charles Rollet, chef de la police municipale de Beausoleil. Des incivilités résumées ainsi : consommation d’alcool et de cannabis dans les rues, tapage nocturne — causé essentiellement par le bruit de scooters et le chahut de ces jeunes gens — et plus grave, trafic de stupéfiants. « Le trafic de drogue dans les rues de Beausoleil n’est pas tolérable, tempête le maire. Nous avons constaté que des voitures viennent la nuit sur la commune, sans doute pour s’en procurer. Raison pour laquelle, nous avons décidé d’enregistrer tous les numéros d’immatriculation des véhicules qui s’arrêtent la nuit à Beausoleil. »

Répression
Mais ce n’est pas tout. Spinelli, bien décidé à prendre le problème à bras-le-corps, a déployé tout un arsenal. Alors que 5 caméras de vidéosurveillance sont déjà opérationnelles sur la commune, le maire envisage d’en installer 7 autres dans les mois qui viennent. Coût : 300 000 euros. « On a demandé aux autorités monégasques de participer au financement de ces 7 caméras supplémentaires. La demande est à l’instruction actuellement. » Le deal ? Que la police monégasque puisse bénéficier des images beausoleilloises, dans le cadre d’un droit de suite. « La vocation de ce système de vidéosurveillance est bien sûr de rassurer la population, mais aussi de disposer d’images qui aideront la police à élucider des enquêtes. D’ailleurs, beaucoup d’images nous parviennent déjà de particuliers qui filment de leurs fenêtres. Elles peuvent constituer une preuve », précise encore le maire.
Pour rassurer la population et calmer cette petite délinquance de rue, des gros renforts policiers ont également été mobilisés depuis environ un mois. Alors que la brigade d’intervention de Nice opère des visites fréquentes sur la commune, la brigade anti-criminalité (BAC) assure de son côté une présence quasi-quotidienne. Le soir et la nuit essentiellement. « Nous avons également décidé de mener une politique d’éclairage nocturne, dans les squares notamment. Ce qui est généralement assez dissuasif. Deux policiers municipaux supplémentaires ont aussi été embauchés. »

Commissariat ou gendarmerie
Mais le « Monsieur sécurité » de Beausoleil ne compte pas s’arrêter là. Sa revendication principale ? Qu’un commissariat de plein exercice, opérationnel jour et nuit, d’une trentaine de fonctionnaires de police s’installe sur sa commune. « Ce commissariat est, à mon sens, indispensable. Il faut savoir qu’il en existait un à Beausoleil il y a 40 ans. Il y avait alors 46 policiers sur la commune. » La demande, en cours d’instruction, se trouve actuellement entre les mains du préfet. « Si cela devrait prendre trop de temps, nous envisageons une deuxième option. A savoir, créer une brigade de gendarmerie. » Pourquoi, un tel renfort des effectifs est-il nécessaire ? A l’heure actuelle, Beausoleil, dispose de 12 policiers municipaux (sans compter les deux supplémentaires en prévision) et d’une police nationale composée d’un inspecteur et de deux agents. Sauf que, ce poste de police est fermé la nuit. Voilà pourquoi « si l’on rencontre un problème supérieur à notre capacité de gestion la nuit, ou un évènement qui dépasse notre cadre légal, c’est le commissariat de Menton qui intervient obligatoirement. Ce qui demande forcément un certain délai pour arriver sur les lieux. Environ une demi-heure », explique Jean-Charles Rollet. Un délai qui peut, selon les circonstances, être trop long…

« Le dialogue n’est pas rompu »
Malgré ce virage sécuritaire, Spinelli l’assure. Il n’est pas un partisan de la répression à tout-va. « J’ai fait en amont beaucoup d’information et de prévention, mais des limites ont été franchies. On fait de la répression lorsqu’il y a des débordements. Or, l’agression d’un policier n’est pas acceptable. Nous devions marquer le coup. Certes, on est actuellement dans une phase de répression mais le dialogue n’est pas rompu », indique-t-il. Rappelant au passage que « dans les chiffres officiels, Beausoleil reste l’une des villes les plus sûres du département. Les statistiques sont toujours très faibles mais la population de Beausoleil a une vision différente. Elle ressent une insécurité et on doit donc y répondre. Les Beausoleillois comparent sans doute aussi la situation avec celle de la principauté de Monaco qui est, à ce niveau-là, dans l’excellence. »

Beausoleil, une exception ?
De son côté, le maire UMP de Menton Jean-Claude Guibal, affirme « comprendre » la volonté de Gérard Spinelli de créer un commissariat sur Beausoleil. « Il est clair que cette commune est confrontée à des problèmes de délinquance et à des incivilités. La plupart du temps provoqués par des jeunes mal intégrés, indique-t-il. Nous sommes dans une circonscription plutôt calme (Menton-Roquebrune-Beausoleil NDRL.). Le taux de délinquance y est très bas. Mais Beausoleil fait un peu exception »
Une situation que Gérard Spinelli explique par des critères notamment géographiques et sociologiques. « Beausoleil est une très petite commune. Avec une densité de population qui est peut-être 10 fois supérieure à celle de Menton. Il y a donc moins d’espace. Le problème de cette forte densité est que l’on ne peut pas demander aux jeunes gens qui font du bruit par exemple d’aller ailleurs. Beausoleil est aussi une ville beaucoup plus jeune que Menton et une commune très cosmopolite », indique-t-il. Avant d’assurer toutefois qu’il n’y a pas de « tensions entre communautés », mais qu’il existe sans doute « une forme d’oisiveté » chez ces jeunes. Dans tous les cas, pour Gérard Spinelli comme pour le chef de la police municipale, l’ambition est claire : « Aujourd’hui, la situation s’est clairement apaisée. Le but n’est pas d’interdire toute forme de rassemblement mais que les lois soient appliquées, et que la tranquillité publique revienne », assure Jean-Charles Rollet.

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