lundi 17 janvier 2022
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« Faut-il partir en guerre ? »

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Le nouveau président de Rassemblement & Enjeux pose les bases du mouvement majoritaire. Selon Jean-Charles Allavena, R&E doit constamment pousser la majorité parlementaire à rester droite dans ses bottes. Notamment sur les dossiers de logement de la Villa Ida et des Tamaris.

LOGEMENT

Monaco Hebdo : Rassemblement & Enjeux est désormais un parti « au pouvoir » au conseil national et non plus d’opposition. Comment négocier ce virage ?
Jean-Charles Allavena : Cela fait 5 ans qu’on se prépare pour être là. Aujourd’hui, R&E, à l’intérieur de Horizon Monaco et en tant que pilier de la liste, change en effet de logique. Etre un parti de soutien à une majorité, c’est un nouveau rôle à apprendre. Aucun de nous ne s’est trouvé dans cette situation auparavant. Le rôle du mouvement, qui a moins la tête dans le guidon que les conseillers nationaux, est de rappeler les engagements du programme. Nous devons avoir un rôle de soutien réfléchi et proactif.

M.H. : Comment concrètement ?
J.-C.A. : Prenons le dossier de la Villa Ida. Notre priorité est le logement des Monégasques. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se préoccuper des enfants du pays ! Les conditions de réalisation de la Villa Ida, R&E les juge inacceptables. Cette opération est trop petite, sans assez de parkings. Une quinzaine de places sont prévus pour une trentaine de logements. Sans compter que les loyers sont potentiellement élevés pour des gens qui n’auront plus d’aide au logement. En effet, pour la Villa Ida, l’ALD disparaît car selon le gouvernement, une centaine de foyers ont les moyens d’y migrer.

M.H. : Pourquoi le gouvernement refuse d’élargir l’opération ?
J.-C.A. : Le ministre d’Etat fait de ce dossier un symbole personnel, estimant que ce gouvernement est le premier à s’occuper des enfants du pays. Ce n’est pas faux. Mais prenez un plan du quartier, plantez la Villa Ida au milieu, et toute autre opération est compromise. Madame Commandeur, présidente de l’association des propriétaires, tout comme la nouvelle association des enfants du pays, pensent que ce projet est trop petit, d’autant que certaines personnes sont intéressées par une opération de remembrement plus large. Depuis le temps qu’on attend, on n’est pas à 18 mois près. Si au lieu de 30 appartements on peut faire un projet de 100 à 150 appartements comprenant la villa du FAR, pourquoi s’en priver ?

M.H. : Si le gouvernement ne compte pas faire marche arrière, que peut faire la majorité parlementaire ?
J.-C.A. : Le conseil national est dans une situation bizarre. Il n’a plus rien à voter. La phase décisive étant passée avec l’achat de la Villa Ida, nous ne pouvons donner notre avis que sur les conditions d’attribution. Aujourd’hui, le conseil national est spectateur et négociateur. R&E demande alors à la majorité d’être ferme. Quand on est dans une logique de négociation, il faut se poser la question : faut-il partir en guerre ?

M.H. : Vous avez également promis de muscler le discours pour le logement des Monégasques ?
J.-C.A. : Nous avons montré pendant la campagne que nous sommes conscients du problème de logement des Monégasques. La dernière attribution est d’ailleurs significative de cette demande très forte. Or, on sait très bien que peu de livraisons sont attendues.

M.H. : Sur quelles opérations pouvez-vous compter ?
J.-C.A. : On peut compter, d’ici la fin de l’année, sur l’opération Tamaris et la dernière tranche de Rainier III. En 2014, la livraison de la tour Odéon reste très mystérieuse. La moitié du gouvernement et quelques élus ont opéré une visite du chantier en comité restreint la semaine dernière. Et il est envisagé très sérieusement de transformer les 6 à 7 premiers étages situés contre le mur, et sans soleil, en bureaux ! D’ailleurs, je ne sais pas bien à qui pourront être attribués les autres appartements de l’Odéon compte tenu des loyers et charges très élevés. Quant à l’immeuble Les Tamaris, c’est un projet monté en quatrième vitesse pour satisfaire la majorité précédente et lui donner un bilan minimum sur le plan du logement ! Cette construction est une décision aberrante ! Même si les gens vont accepter d’y loger aujourd’hui, ils sont partis pour 10 ans d’enfer avec le chantier de l’hôpital. Ils vont subir le bruit, les poussières, les maladies. Le Docteur Rit nous explique qu’avec la poussière des travaux, il y a des risques de maladies respiratoires, surtout pour les enfants. D’ailleurs à l’hôpital, certains services ont leurs fenêtres fermées pour risque d’aspergillose.

M.H. : Que proposez-vous ?
J.-C.A. : Pourquoi ne pas conserver Les Tamaris pour le chantier de l’hôpital ? Ce sera sans doute le cas pour le Bloc C. Pourquoi ne pas le faire pour les 40 autres logements ? Aujourd’hui, le bâtiment existe, on ne va pas le laisser vide. Peut-être que l’on pourrait en faire des bureaux, des espaces de travail. Le gouvernement dit ne pas vouloir prendre la responsabilité d’enlever 40 logements dans une situation de pénurie. La logique du mouvement est de rappeler aux élus qu’on a pris des engagements sur Les Tamaris et qu’on ne souhaite pas y renoncer trop facilement. R&E est prêt à expliquer aux Monégasques que si l’on manque de logements, ce n’est pas décent d’envoyer des gens loger aux Tamaris. On demande aux élus de tenir la même logique.

M.H. : Est-ce le cas actuellement ?
J.-C.A. : Je ne suis pas partout. Je ne suis pas dans la commission logement ni dans la commission d’attribution. La majorité est dans une situation ambiguë. Je comprends que Jean-Michel Cucchi a la problématique de respecter des engagements sur le logement. Pour lui, renoncer à 40 logements alors qu’il a vu les problèmes lors de la commission d’attribution, n’est sans doute envisageable qu’à la condition que soit mis en route un autre programme pour compenser cette perte. Or, même si on a trouvé un gouvernement bien disposé sur cette question du logement et prêt à lancer l’appel d’offres pour Testimonio (100 à 120 domaniaux avec possibilité d’extension sur une plateforme non utilisée), on ne peut pas attendre une livraison avant 2019 ou 2020. On va avoir deux ou trois ans de vide d’attribution.

M.H. : Sur cette question de logement, Horizon Monaco préconisait la mise en place d’une foncière d’Etat. Ça avance ?
J.-C.A. : Le gouvernement s’est montré plutôt positif. Même si inévitablement, il va se heurter à quelques réticences de services, avec des gens qui perdront un peu de pouvoir dans la bataille. Pour l’heure, on n’a pas de date. On va le bousculer dans les prochaines discussions. Il est important de fusionner l’habitat et les domaines car la séparation des deux entités mène à des petits ou moyens dysfonctionnements. Par exemple, aux Caroubiers, il y a actuellement 6 appartements vides depuis trop longtemps. Il se passe un temps trop long (6 à 8 mois) entre le départ d’un locataire, les travaux de rénovation et la nouvelle attribution. Si cela concerne rien que 1 à 2 % du parc, cela fait 50 appartements où l’on peut gagner 3 à 4 mois dans la réattribution et l’encaissement de loyers pour l’Etat. De même, on n’organise pas de commissions d’attribution intermédiaires entre les grosses commissions d’attributions spectaculaires. Soyons efficaces et faisons-le. Ce ne sont que des propositions de bon sens.

M.H. : Vous disiez que la majorité doit se poser la question d’entrer en guerre ou pas. Qu’allez-vous faire ?
J.-C.A. : Il faut le demander au président du conseil national.

POSITIONNEMENT

M.H. : Laurent Nouvion a marqué de son empreinte la présidence de R&E. Quelle sera la patte Allavena ?
J.-C.A. : Je ne réfléchis pas en plan politique ou d’image. Laurent Nouvion a créé ce mouvement, l’a fait grandir, et a fédéré des gens très différents, de Valeurs et Enjeux et du RPM. Il était le seul à pouvoir le faire. Il est cohérent qu’aujourd’hui, devenu président du conseil national, il quitte la tête du mouvement. Je prends la suite. La logique est aujourd’hui différente et nous sommes différents. Mon mode de fonctionnement naturel est plus orienté vers le groupe. S’il y a eu nécessité par le passé de personnaliser l’opposition et le combat de R&E, ce n’est plus utile.

M.H. : Vous ne serez pas une sorte de Copé franc-tireur sous Sarkozy ?
J.-C.A. : Avec Laurent, nous avons l’habitude de fonctionner dans une totale franchise. Nous avons été régulièrement en désaccord sur les priorités et les méthodes. Mais cela ne veut aucunement dire que je voulais prendre sa place. Nous continuerons ainsi. Le mouvement va exprimer des différences. Mais il ne s’agit pas de se mettre en conflit.

M.H. : Vous avez l’impression d’avoir le champ libre, l’opposition n’occupant pas franchement le terrain ?
J.-C.A. : L’opposition, qui a pris un coup sur la tête, doit se réorganiser et a programmé une AG. Union monégasque, c’est un peu le RPM de 2003, qui a subi une défaite symbole de fin de cycle. C’est une opposition très anonyme, personne ne signe les communiqués de presse, on ne sait pas trop qui est dedans aujourd’hui. Ils publient même des communiqués plus ou moins hors sujet pour faire semblant d’exister.

RECRUTEMENT AU CONSEIL

M.H. : Leur dernier communiqué de presse met en cause les procédures de recrutement au conseil national de certains postes (secrétaire particulière, intendante). La majorité a-t-elle respecté les règles de recrutement ?
J.-C.A. : Je tiens d’abord à dire qu’on a fait peur pendant toute la campagne aux permanents du conseil national en leur disant que si Horizon Monaco passait, ils seraient tous virés le 11 février au matin. Or, au conseil, tout le monde est encore en place. A l’exception de 3 personnes qui sont parties d’elles-mêmes car elles s’étaient impliquées plus que de raison dans la campagne et qu’elles ont jugé qu’elles devaient partir. Ce communiqué est un point d’attaque très faible de l’opposition pour montrer qu’elle existe encore. On n’a pas viré 20 personnes sur 30 comme la rumeur nous le demandait. Ce n’est pas dans nos mœurs. Nous avons certes recruté en urgence les fonctions d’intendante et de secrétaire particulière, qui sont Monégasques. Je veux bien qu’on prenne les coups pour tout le monde mais ces recrutements ont été validés par le ministère d’Etat et par la fonction publique.

M.H. : Il s’agit de personnes politiquement étiquetées R&E. Ne craignez-vous pas de livrer un message partisan qui risque d’être mal perçu par la population en recrutant des soutiens de campagne et en confiant des missions de consultants à des candidats battus lors des élections comme Christophe Spiliotis-Saquet et Anne Poyard-Vatrican ?
J.-C.A. : Ce n’est pas du tout la même logique. Les permanents recrutés étaient effectivement des soutiens et auraient pu même être candidats. Mais leurs profils correspondaient surtout aux compétences requises à ces fonctions. Et je le répète, leur recrutement a été validé par le ministre d’Etat. Concernant les recrutements externes, ça ne s’est pas fait au lendemain des élections ! Il ne s’agissait pas de trouver un job aux candidats battus. Il y a 5 ans, lors de la victoire de Stéphane Valeri, des candidats battus ont trouvé un job dans la minute suivant l’élection. Au demeurant, ces personnes remplissent bien leur mission que ce soit à l’éducation nationale ou à la cellule d’emploi jeunes. Maintenant qu’on a mis la machine en route et qu’on voit comment le système fonctionne, nous savons qu’on a besoin d’un certain nombre de soutiens et de compétences dans certains domaines. On connaît la valeur d’Anne Poyard-Vatrican et Christophe Spiliotis-Saquet. Les Monégasques ont jugé qu’ils ne méritaient pas d’être élus pour des raisons qui les regardent. On n’essaie pas de contourner cela. Nous avons proposé des missions de conseil à Anne Poyard qui est consultante. Elle ne travaille pas à 100 % pour le conseil national. On la sollicite pour nous aider sur des dossiers parce que soit on manque de compétences en interne soit les gens n’ont pas toujours le temps. Il y a d’autres exemples de missions pour des durées limitées.

M.H. : Lesquels ?
J.-C.A. : Georges Dick est consultant en informatique. Il vient de faire un audit complet du système informatique du conseil national, des interfaces internet, extranet. On avait un contrat de service très lourd et très cher et on voulait voir comment fonctionner mieux. Quant à Isabelle Fagionato, ça fait des années qu’elle a une activité de conseil. Elle a fait passer une trentaine d’entretiens à des permanents sur la notion de ressources humaines. Elle a une mission définie. Une fois qu’elle l’aura terminée, le contrat s’arrête. Grâce à cet état des lieux, on constate que l’organigramme officiel du conseil national ne correspond pas aux fonctions. On nettoie tout ça pour voir la réalité des besoins. On sait désormais qu’on a besoin de juristes car la production législative est plus importante que par le passé.

M.H. : Est-ce que ces consultants étaient les seuls à pouvoir effectuer ces missions ?
J.-C.A. : On savait qu’eux pouvaient le faire, à des conditions économiques convenables. Là aussi, toutes ces missions sont soumises au contrôleur général des dépenses à chaque fois. Il s’agissait de missions nécessaires qui vont aboutir à un meilleur fonctionnement et réduire les coûts de fonctionnement de cette maison, bouger des organigrammes et déposer des propositions de loi dans la logique de ce qu’on a proposé pendant la campagne et pour lesquels les élus n’ont pas forcément le temps ou l’expertise. Ce sont des gens qui n’ont pas besoin du conseil national pour vivre. On a beaucoup réfléchi, pesé le pour, le contre. Ce qu’on met en place est suffisamment souple pour l’arrêter. Je fais partie de ceux qui ont dit de faire attention au message qui est passé. Je pense qu’il faut juste expliquer les choses et ne pas se cacher.

AFFAIRE DU SONDAGE

M.H. : L’affaire du sondage alimente la chronique. Les avocats de Jean-François Robillon et Jean-Sébastien Fiorucci dénoncent un règlement de comptes politique, intervenu au lendemain des élections. Quel est votre sentiment ?
J.-C.A. : Le temps d’instruction a été bien long et sort le lendemain de l’élection. C’est très curieux, malsain et maladroit car cela ouvre les portes à toutes les interprétations possibles. Pourtant, soyons logiques. Si on avait voulu aider Horizon Monaco, cela n’aurait-il pas été utile que cette information sorte en pleine campagne, le 15 décembre ou le 15 janvier ? On aurait pu dire que ces gens-là ont menti une fois de plus. Si les avocats pensent qu’il y a collusion entre le procureur général, le directeur des services judiciaires et le président du conseil national, qu’ils le prouvent ! Je trouve d’ailleurs que c’est très amusant pour une histoire mineure et marginale qu’on fasse appel au ténor du barreau français comme Eric Dupond-Moretti, et la priorité nationale ne joue pas. Il y a un décalage et un paradoxe…

M.H. : Sur le fond, êtes-vous favorable à une loi sur le sondage ?
J.-C.A. : Sur le fond de l’affaire d’abord, je pense que le sondage, ce n’est pas franchement illégal. La technique utilisée est très borderline mais on peut penser que c’est la responsabilité d’Opinion Way (même si je n’ai aucune idée si on leur a demandé ou pas d’exiger le nom des personnes sondées). Et enfin, le résultat est franchement fantaisiste. Soit. Mais le problème dans cette histoire, c’est surtout le mensonge en politique auquel s’est livré cette majorité pendant toute la campagne. Cette affaire fait aussi passer un message aux élus : peut-être faut-il réfléchir à un cadre législatif pour les sondages à Monaco. En 2013, dans un Etat qui se veut démocratique (même si ne l’oublions pas, on n’est pas une démocratie mais une monarchie constitutionnelle avec un fonctionnement démocratique des institutions), il est extravagant de ne pas pouvoir faire de sondage. Réfléchissons à une législation. Même si on sait tous qu’il y a une barrière : la question de la cote de popularité du chef de l’Etat, marronnier de tous les journaux français.

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