mardi 30 novembre 2021
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Extended Monaco Premier bilan, 9 mois après

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Le programme Extended Monaco lancé en avril 2019, visant à introduire le numérique dans toutes les sphères de la société

(éducation, santé, transport, administration, sécurité), afin de maintenir un niveau de croissance élevé dans les années à venir, a vu déjà s’opérer de nombreuses réalisations. Neuf mois après le début de cette stratégie, premier bilan.

Neuf mois après le lancement du programme Extended Monaco, le gouvernement, par l’entremise de Frédéric Genta, délégué interministériel à la transition numérique, a tenu à communiquer sur ses premiers résultats. Évidemment, tous les voyants sont au vert. Monabike est un immense succès : plus de 2 000 trajets par jour, sur les 320 vélos que compte la flotte, soit en moyenne plus de 6 trajets par vélo, tous les jours. Le pays a gagné 100 places au classement de l’ONU sur la digitalisation des Etats. La dématérialisation de l’administration a fait économiser 1,4 tonne de papier. En revanche, pour le moment, aucun calcul n’est réalisé sur l’accroissement énergétique que représente cette transition numérique, par l’accumulation de données et l’intensification des flux. Côté éducation, les enfants sont désormais formés au codage informatique dès la maternelle. Pour l’instant, seul le portail de données de santé inclus dans le programme Extended Monaco, et qui visait à numériser les dossiers de patients monégasques et les prises de rendez-vous, est reporté à plus tard. En cause, un déficit de garantie de sécurité.

Un retard à combler

« On doit changer de monde pour que Monaco reste exceptionnel. » Selon la stratégie envisagée par la principauté, Extended Monaco répond à une marche du monde, à laquelle il faut donc adhérer. « Ce qui est sûr, c’est que le numérique est irrémédiable », affirme Frédéric Genta. De plus, comme le pose cet ex-employé de Google, pour « avoir une haute valeur ajoutée sur un petit territoire, il n’y a que deux industries au monde qui peuvent faire ça : la finance et le numérique ». Pour autant, malgré le « retard » de la principauté en matière de numérique — qui n’en est plus vraiment un désormais — Monaco se portait bien économiquement avant le début du programme. Alors à quel besoin ce changement de paradigme répond-il ? « C’est un progrès, le “coding”. Que Monaco ait enfin les moyens d’attirer des capitaux, c’est un progrès. On est sur un modèle où il faut se réinventer. Monaco est toujours allé bien, mais Monaco a toujours su se réinventer », retrace-t-il. La stratégie s’amorce alors aussi peut-être plus par anticipation, que par nécessité économique. « Quand je dis qu’on a du retard, je compare par rapport à une demande moyenne. […] Garder tout pareil pendant 10-15 ans, ça ne marchera pas à Monaco. Parce qu’on n’a pas la place pour continuer notre business model. Parce qu’on a une structure de coût social — qui est normale — qui avance et qui va demander de plus en plus de croissance ».

Stratégie globale

Le cap à atteindre avec Extended Monaco se veut porteur de promesses d’emplois et de leviers de croissance. Or, si les entreprises du numérique peuvent effectivement atteindre de fortes valeurs, quoique partiellement fictives puisque financiarisées et soumises aux cordons de la bourse et des fonds d’actionnariat, elles ne sont guère génératrices d’emplois. « Quand WhatsApp a été vendu à Facebook, ils avaient 20 salariés et ils ont une valorisation [vendu en 2014 pour 19 milliards — N.D.L.R] qui est l’équivalent de PSA [groupe automobile — N.D.L.R] qui en a 200 000 [salariés] », compare Frédéric Genta. Pour le moment, il ne s’agit pas d’imaginer créer des acteurs de ce type à Monaco. Le gouvernement table sur la venue prochaine de dix entreprises par an, avec des levées de fonds via des cryptomonnaies, dont les contours restent à définir. « Nous, on ne peut pas faire de l’industrie, c’est pour ça qu’on fait ces dix STO [Security token offering, levée de fonds en cryptomonnaies – N.D.L.R]. Ce pays est tellement magnifique qu’on a déjà trois quatre dossiers STO d’entreprises sur des secteurs de l’écologie, alors qu’on n’a pas encore publié la loi. » Néanmoins, cette stratégie se situe à cette heure-ci à l’état de pari à valider. « On est en train de transformer Monaco pour les 20 ans à venir, promet Frédéric Genta. Le segment de la tech explose […], ces jobs vont arriver. Il y a 50 % des jobs qui vont être impactés par l’intelligence artificielle. […] La seule chose qu’on fait, c’est qu’on facilite. On facilite les infrastructures, les téléservices, on facilite tout pour prendre notre part », prédit-il. Une politique d’attractivité dont l’écosystème qui se met en place en principauté s’inscrit largement : MonacoTech, Agence monégasque de sécurité numérique, cloud souverain, levée de fonds numérique via la technologie blockchain pour 10 entreprises par an… Un positionnement qui aspire à placer la principauté sur la carte des micro-États numérisés, comme Singapour et ses 6 millions d’habitants, souvent cité en exemple par le délégué interministériel.

Changement de mentalité à opérer

A la question des freins rencontrés à la mise en œuvre de la transformation numérique du pays, Frédéric Genta pointe « la compréhension que les gens se font du numérique. […]. L’imaginaire qui est retranscrit est défensif ». La population serait-elle rétive à ce changement, car elle ne le comprend pas ? « Tout le monde va faire une transition numérique. Mais nous, on veut un modèle monégasque. Il faut qu’on apporte des gages concrets pour que les gens y croient. » Selon lui, c’est la demande qui détermine l’offre, à laquelle il faut répondre. « Ce n’est pas moi qui décide ça. C’est vous tous, à cette table, en utilisant votre smartphone quatre heures par jour, renverse-t-il. […] Les gens ne veulent pas du numérique. Ils veulent ce que le numérique permet ». Pour autant, Frédéric Genta a, semble-t-il, quelque peu ravisé son élan très volontariste en faveur de la numérisation que l’on pouvait sentir à sa prise de fonction. En reportant, par exemple, l’installation des navettes autonomes en principauté, qui devraient tout de même voir le jour, mais dans plusieurs années. La temporalité de la mise en œuvre d’un tel programme général de transformation du pays n’est plus aussi réduite qu’annoncée alors. Le temps politique n’est pas toujours calqué sur le temps économique.

Le gouvernement répond aux inquiétudes sur la 5G

Tous les résidents monégasques devraient le recevoir dans leur boite aux lettres. Le gouvernement a envoyé un petit fascicule argumentatif sur la 5G pour tenter de désamorcer quelques craintes et inquiétudes soulevées par l’installation de cette nouvelle technologie en principauté. Sur la question de la santé, « aucun effet nocif des ondes sur la santé n’a été démontré aux niveaux d’exposition engendrés par les communications sans fil, notamment la téléphonie mobile », indique la brochure gouvernementale. De son côté, l’association 5G Monaco réclame [lire leur interview publiée dans Monaco Hebdo n° 1139] un moratoire sur la question pour prouver définitivement cette assertion. Avant la réalisation de cette étude, 5G Monaco demande à ce que le principe de précaution soit appliqué. Sur la question législative, le gouvernement indique que la réglementation monégasque autorise un seuil d’exposition aux radiofréquences électromagnétiques bien plus bas que la réglementation européenne (4 à 6 volts/mètre pour Monaco, 28 à 87 volts/mètre pour l’Union européenne). Enfin, prenant exemple sur le site Internet français du même nom, le gouvernement a mis en ligne cartoradio.mc, qui recense toutes les antennes en principauté, ainsi que la mesure des champs électromagnétiques réalisée en permanence dans les rues de Monaco. En revanche, le gouvernement n’évoque pas la question écologique liée à l’intensification des flux de données, puisque la 5G sera 10 fois plus rapide que la 4G.

Un robot pour orienter scolairement vos enfants

Pour les élèves de la 3ème à la Terminale, un coach d’aide à l’orientation a été mis à disposition. Mais ce coach est 100 % numérique. C’est un chatbot (1), c’est-à-dire une interface numérique avec des réponses préenregistrées pour les questions qu’on lui pose. Le gouvernement précise que ce dispositif vient s’ajouter aux conseillers d’orientation humains déjà en place. Néanmoins, un pas de plus est franchi dans la numérisation tous azimuts du gouvernement. « On s’est rendu compte que pour 85 % des questions qui étaient posées à un orienteur, il existe des solutions automatisées ». Pour utiliser ce service appelé CAESO, il faut se connecter au site caeso.mc, créer un compte grâce au code personnel délivré en classe pour l’élève, et se laisser guider par la machine. Reste à savoir si cet outil numérique saura répondre aux craintes des élèves pour leur orientation, à l’heure des réformes du baccalauréat et du parcours en études supérieures.

(1) Mot-valise anglais composé de “chat”, du verbe “to chat”, signifiant dialoguer, et de -bot- pour robot.

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Monaco Hebdo