dimanche 19 septembre 2021
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École Samuel Paty à Cap d’Ail : l’hommage face à la menace terroriste

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L’école maternelle Saint-Antoine de Cap d’Ail a été officiellement renommée l’école Samuel Paty, en hommage au professeur assassiné par un terroriste le 16 octobre 2020 dans le Val-d’Oise.

Sa sœur, Mickaëlle Paty, était présente lors du dévoilement de la plaque, notamment pour remercier les parents réticents d’avoir accepté le débat.

C’est un geste qui se veut politique et symbolique, comme un devoir de mémoire. L’école maternelle Saint-Antoine de Cap d’Ail s’appelle désormais l’école Samuel Paty, depuis vendredi 16 juillet 2021. Ce nom rend hommage au professeur d’histoire-géographie Samuel Paty (1973-2020) assassiné le 16 octobre 2020 par un terroriste islamiste à proximité de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans le Val-d’Oise. Son meurtrier, abattu par un policier après plusieurs sommations, avait agi sous prétexte que le professeur avait montré des caricatures de Mahomet, issues du journal satirique Charlie Hebdo, à ses élèves dans le cadre d’un cours d’éducation civique. Quelques jours après l’attentat, le 23 octobre 2020, le maire Les Républicains (LR) de Cap d’Ail, Xavier Beck, soutenu par sa majorité au conseil municipal, a donc fait voter le changement de nom de l’école maternelle Saint-Antoine pour rendre hommage à ce professeur. L’idée était alors d’agir avec force, comme l’a rappelé cet élu lors de l’inauguration de la plaque Samuel Paty dans l’après-midi du 16 juillet 2021 : « Lorsque nous avons appris la terrible nouvelle de l’assassinat, nous avons tous été saisis d’effroi, et nous avons ressenti dans notre chair le besoin de faire quelque chose qui ne se résume pas à une énième marche des bonnes consciences, une minute de silence, un moment de recueillement sur une place ou un monument au mort. » Selon le maire de Cap d’Ail, les réactions et hommages manquaient au lendemain de l’attentat, tant du côté politique que celui de l’éducation nationale : « Début novembre 2020, lors d’une réunion dans un collège voisin, pour une réunion de conseil d’administration, pas un mot n’avait été prononcé sur Samuel Paty alors que le drame venait à peine de se passer. On se contentait d’une minute de silence en classe. Mais Samuel Paty ne peut pas être une victime de plus de l’islamisme radical. Après les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher, du Bataclan, de la cathédrale Notre-Dame de Nice, et des 86 victimes de la promenade des Anglais, on ne peut pas considérer qu’une minute de silence soit suffisante. » Mais pourquoi choisir cette école, maternelle qui plus est, alors que certains parents d’élèves ont exprimé leur peur et leur hostilité au projet de la renommer du nom de Samuel Paty ? « Ce choix s’est porté sur cette école, car elle n’a jamais officiellement porté le nom de Saint-Antoine. Elle a simplement pris le nom du quartier dans lequel elle se trouvait lorsqu’elle a été construite. Et, face au silence presque assourdissant de l’éducation nationale, il est du devoir de chaque élu de défendre la République. Samuel Paty est mort parce qu’il enseignait à ses élèves les grands principes de libertés publiques, telles que la liberté d’expression et la laïcité. Ne pas honorer sa mémoire serait comme accepter le renoncement aux valeurs républicaines. » Le maire de Cap d’Ail n’émettait alors qu’une seule réserve à l’époque : l’accord de la famille du professeur assassiné, dont sa sœur, Mickaëlle Paty, présente vendredi lors de l’inauguration de la plaque [lire notre encadré ci-contre — NDLR], pour soutenir la démarche. Et ce, malgré les craintes d’une partie de l’opposition municipale. Quatre élus ont en effet voté contre la délibération du 23 octobre 2020 au conseil municipal, considérant que « la religion et la politique n’ont pas leur place dans une école », comme le rappelle Romain Pommeret, l’un de ces élus. En novembre 2020, certains parents ont aussi exprimé de profonds désaccords, menaçant même de changer d’établissement pour éviter tout danger, considérant qu’une école, plutôt qu’une rue ou une place, n’était pas le meilleur endroit auquel associer le nom de Samuel Paty.

© Clément Martinet

En novembre 2020, certains parents ont aussi exprimé de profonds désaccords, menaçant même de changer d’établissement pour éviter tout danger, considérant qu’une école, plutôt qu’une rue ou une place, n’était pas le meilleur endroit auquel associer le nom de Samuel Paty

Peu de soutiens politiques

Des réactions et des soutiens politiques, il n’y en aura eu que très peu. Ce que déplore Xavier Beck, mais aussi Éric Ciotti, député LR de la 1ère circonscription des Alpes-Maritimes : « Je regrette qu’il n’y ait aucun représentant de l’État [lors de l’inauguration — NDLR]. C’est regrettable, mais c’est aussi le signe de ces petites et grandes compromissions auxquelles nous avons cédé. Samuel Paty a été choisi par son bourreau, et par tous ceux qui ont armé le bras de son bourreau, ou l’ont fait par complaisance. Il est donc tellement paradoxal que cette cérémonie demande autant de courage. Nos institutions ne doivent, au contraire, plus rien concéder. Et notre réaction doit être à l’image de cette initiative de Xavier Beck. » Le député des Alpes-Maritimes a d’ailleurs fait le parallèle avec le projet de nommer le nouveau collège de Pégomas « Arnaud Beltrame » en 2018, en hommage au colonel de gendarmerie, tué dans l’attaque terroriste de Trèbes, après avoir choisi d’échanger sa vie avec celle d’une otage : « Nous avons ouvert la voie, dans le département. Des oppositions s’étaient exprimées, mais nous avons tenu bon, car ces symboles érigent des garde-fous contre ceux qui veulent détruire le modèle et la civilisation dont nous sommes les héritiers. » Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice LR des Alpes-Maritimes, fait, elle aussi, partie des rares élus à avoir publiquement soutenu le projet de renommer l’école maternelle Cap d’Ailloise : « Samuel Paty enseignait à ses élèves que nous sommes dans une société de liberté, qui ne tolère pas la haine. La République doit donner une réponse ferme face à l’islamisme radical dans notre pays. Nous ne devons plus nous accorder trop d’accommodements. Nous devons assurer une laïcité pleine et entière, et appliquer partout l’État de droit. » À l’heure actuelle [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 20 juillet 2021 — NDLR] l’école maternelle de Cap d’Ail est la seule en France à revêtir le nom de Samuel Paty. D’autres communes ont, elles aussi, fait part de leur intention de renommer l’un de leurs établissements. Mais les réticences locales mettent parfois un frein au projet. C’était le cas en janvier 2021, dans le Var : le maire d’Ollioules, Robert Beneventi, a dû se résigner à ne pas renommer le collège de sa commune après avoir été désavoué par l’intégralité du corps professoral, de neuf parents sur dix, et de plus de deux tiers des élèves de l’établissement. Leur crainte étant d’attirer l’attention de nouveaux assaillants, qui pourraient voir là un prétexte d’attentat.

« Face au silence presque assourdissant de l’éducation nationale, il est du devoir de chaque élu de défendre la République. Samuel Paty est mort parce qu’il enseignait à ses élèves les grands principes de libertés publiques, telles que la liberté d’expression et la laïcité. Ne pas honorer sa mémoire serait comme accepter le renoncement aux valeurs républicaines »

Xavier Beck, maire de Cap d’Ail

Mickaëlle Paty : « Merci d’avoir débattu »

Sans son accord, l’école maternelle n’aurait jamais porté le nom de son frère. Mickaëlle Paty était présente vendredi 16 octobre 2021 pour inaugurer le dévoilement public de la plaque. Une venue encadrée sous haute sécurité, en petit comité filtré, tant la menace terroriste était encore jugée sérieuse par les autorités. Pour garantir sa sécurité, il a ainsi été conclu avec la presse de ne pas la photographier, ni de la filmer, ni même de l’interviewer. C’est donc un peu sous tension, et avec beaucoup d’émotion, que la sœur de Samuel Paty s’est exprimée au pupitre. D’emblée, il a été question des parents d’élèves réticents et de leurs craintes d’être, eux aussi, la cible d’actes ou de projets terroristes : « Merci à toutes les personnes opposées à ce projet et qui l’ont finalement accepté. Merci d’avoir débattu, argumenté face à ce choix qui ne vous paraissait pas évident ou légitime, parce que je sais qu’à un moment dans votre vie, vous avez forcément rencontré un parent, un ami, ou un professeur comme mon frère, qui vous a expliqué qu’en France, la liberté d’expression est un droit fondamental. » Puis d’ajouter, la voix serrée : « Surtout, continuez de prendre parti. Samuel a disparu, mais la liberté d’expression se doit d’être éternelle. Mon frère se plaisait à dire : « Je voudrais que ma vie et ma mort servent à quelque chose ». Et bien, désormais, grâce à vous toutes et tous, sa volonté prend tout son sens. Neuf mois après l’attentat dont a été victime mon frère, merci d’avoir soutenu ce projet de rebaptiser une école de votre ville en l’honneur de mon frère. Pour que son courage ne soit jamais oublié, et que son nom demeure aux côtés de notre devise de la république : liberté, égalité, fraternité. » Selon son avocate, Me Virginie Leroy, Mickaëlle Paty n’entend pas aller au-delà de cet hommage, déjà bien éprouvant. Et elle n’appelle pas directement d’autres établissements à suivre l’exemple de Cap d’Ail : « Ma cliente souhaite surtout que le débat se poursuive, au-delà de toute considération politique. Il ne s’agit pas de prendre position pour un camp ou un autre, mais de rendre hommage à son frère, au-delà du symbole, par des actes concrets. »

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Monaco Hebdo