vendredi 3 décembre 2021
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Pourquoi la dépense publique va augmenter en 2022

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Conséquence directe de la crise sanitaire, l’État monégasque doit intervenir davantage pour soutenir l’économie. La dépense publique va donc augmenter de plus de 300 millions d’euros, comme l’indique le budget primitif 2022, présenté à la presse le 28 octobre 2021. Objectif : investir dans des secteurs clés, pour mieux s’adapter à l’économie post-Covid. Ce qui n’empêche pas le gouvernement d’envisager un budget qui passe du rouge en 2021 à un primitif 2022 en excédent de 2,9 millions d’euros.

L’économie repasse au vert et c’est le moment d’investir. C’est, du moins, le plan du gouvernement monégasque, qui a présenté à la presse les grandes lignes du budget 2022, qui seront discutées ensuite avec le Conseil national, en séance publique, les 7, 9, 14 et 16 décembre 2021. Après une sombre année budgétaire 2020, suivie d’un exercice 2021 en demi-teinte, le budget primitif de 2022 passe enfin en léger excédent, avec 2,9 millions d’euros de recettes. Un bon appel d’air. Le déficit passe à -8,8 millions d’euros au budget rectificatif 2021, voté par le Conseil national, alors que l’excédent de dépenses tablait autour de 114,5 millions au budget primitif 2021. C’est donc un retour à l’équilibre qui s’opère, et qui devrait permettre, grâce à l’excédent, d’entretenir des plans d’avenir. À l’origine de ce nouveau souffle, le gouvernement se félicite d’une édition du Grand Prix de Monaco 2021 plus que satisfaisante, et d’une saison estivale à la hauteur des attentes, pour les commerces et les restaurants, qui permettent ensemble de dégager un produit de TVA plus élevé que prévu, estimé à 206 millions d’euros pour 2022. Au total, le budget de l’État monégasque se situe autour de 1,9 milliard d’euros.

Au total, le budget de l’État se situe autour de 1,9 milliard d’euros

Forte hausse de la dépense publique

Même si la crise sanitaire, à l’origine des mauvais résultats précédents, n’appartient pas encore au passé, l’augmentation des recettes (+28,7 %) par rapport au budget primitif 2021, hors TVA immobilière, va permettre d’alimenter à nouveau le fonds de réserve constitutionnel, dans lequel il avait fallu puiser lors du dernier exercice budgétaire, en 2021. La dépense publique promet donc de nettement augmenter au budget primitif, avec 1,886 milliard d’euros de prévus pour 2022. C’est 303,3 millions de plus qu’en 2021 (+19,2 %), mais cette hausse prévoit d’être principalement dédiée à l’investissement, comme l’a promis le ministre d’État, Pierre Dartout [à ce sujet, lire l’interview de Pierre Dartout, publiée dans Monaco Hebdo n° 1215 — NDLR], en conférence de presse, le 28 octobre 2021 : « Ce budget primitif se veut volontaire et ambitieux, mais toujours raisonnable. Il n’y a pas de dépenses qui ne nous paraissent pas fondées, ni nécessaires. Si elles augmentent nettement, par rapport à 2021, c’est essentiellement pour les investissements et les interventions publiques. Le fonctionnement même de l’État connaît une augmentation très mesurée. » Les dépenses d’interventions publiques ne dépassent pas, en effet, le seuil des 4 % du budget primitif, avec 378,2 millions d’euros dédiés, contre 659,4 millions pour celles des équipements et investissements, et 642,4 millions pour celles de fonctionnements.

« Il n’y a pas de dépenses qui ne nous paraissent pas fondées ni nécessaires. Si elles augmentent nettement, par rapport à 2021, c’est essentiellement pour les investissements et les interventions publiques. Le fonctionnement même de l’État connaît une augmentation très mesurée » 

Pierre Dartout. Ministre d’État

54 millions sur le numérique

Soutenir l’investissement et s’adapter à l’économie post-Covid semble être le leitmotiv du gouvernement princier, à travers ce budget. « Il s’inscrit dans la préservation et le développement du modèle économique monégasque, qui s’adaptera au nouveau temps, comme l’a précisé Pierre Dartout lors de cette même conférence de presse. Comme dans n’importe quel autre pays du monde, la crise du Covid aura encore des conséquences, et il faudra s’adapter. Cela passe par le numérique [à ce sujet, lire l’interview du délégué interministériel à la transition numérique, Frédéric Genta, publiée dans ce numéro — NDLR]. Nous devons faire de ce territoire une référence mondiale en termes de numérique. Et des efforts budgétaires ont été assurés, en sa faveur, pour asseoir la compétitivité du territoire. » Conséquence de la crise économique liée au Covid, l’intervention de l’État promet donc de s’étendre au-delà de 2022 pour soutenir l’économie monégasque. Et cela passera par l’augmentation de la dépense publique, s’il le faut : « La dépense publique est essentielle à Monaco sur le plan économique. Cela va de soi, mais on ne sait pas encore quelles seront toutes les conséquences du Covid. Il faut donc s’en tenir à nos priorités pour préserver notre modèle économique et social. Le numérique est, je le pense, à terme, la bonne réponse. Les États qui ont aujourd’hui des résultats économiques particulièrement bons, sont des États qui investissent aussi dans le numérique. » Le but étant, à long terme, de maintenir et de soutenir l’attractivité de la principauté :  « La dépense publique est vertueuse également dans le but de soutenir l’activité. Les dépenses liées à l’attractivité, qui relèvent de la santé, de l’éducation, et de la sécurité, permettent à la principauté de garantir un cadre de vie capable d’attirer les investisseurs, et de garantir leur confiance, notamment pour y habiter. Le budget continuera donc de s’adapter en fonction de l’évolution de la situation, pour avoir suffisamment de marges de manœuvre. Et pour poursuivre cette relance, qui permet d’avoir des rentrées fiscales. » Pour rappel, le numérique c’est 54 millions d’euros, tous postes confondus. « Un investissement significatif, comme en 2020 et 2021 », comme l’a précisé Jean Castellini, conseiller-ministre des finances et de l’économie, en conférence de presse. Une somme à laquelle il faut ajouter les 20 millions d’euros intégrés au fonds bleu, destiné à aider les entreprises à se numériser et à « accroître leur productivité », assure Jean Castellini.

Le logement figure parmi les priorités de ce budget primitif 2022. Le coût du plan national pour le logement des Monégasques s’élève ainsi pour 2022 à 175,4 millions d’euros (ici Testimonio II en août 2021, avec la construction de 181 appartements et une livraison prévue pour le dernier trimestre 2022). © Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

« Le numérique est, je le pense, à terme, la bonne réponse. Les États qui ont aujourd’hui des résultats économiques particulièrement bons sont des États qui investissent aussi dans le numérique » 

Pierre Dartout. Ministre d’État

Logement, santé et cadre de vie, les autres priorités

Comme l’a expliqué Pierre Dartout, « le budget doit consolider notre modèle économique, mais aussi notre modèle social. » Le logement figure donc parmi les priorités de ce budget primitif 2022. Le coût du plan national pour le logement des Monégasques s’élève ainsi pour 2022 à 175,4 millions d’euros. Cela comprend l’attribution de nouveaux logements, les mesures d’allocation de loyers dans le secteur libre, mais aussi la construction et la livraison de logements neufs. On retiendra particulièrement les projets Grand Ida, Testimonio II et II bis, et l’opération de la villa Le Mas – palais Honoria [à ce sujet, lire notre article Plus de 600 nouveaux appartements confirmés d’ici fin 2023, publié dans Monaco Hebdo n° 1213 — NDLR]. Des sommes importantes sont aussi consacrées aux infrastructures et au développement économique. Parmi elles, l’extension du Grimaldi Forum (19,3 millions d’euros), l’îlot Pasteur (29 millions d’euros), l’opération entrée de ville-Jardin exotique (16,5 millions d’euros), ainsi que la rénovation du centre commercial de Fontvieille (10 millions d’euros). Même chose pour la santé, avec le maintien à niveau du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), estimé à 11 millions d’euros, et celui de la résidence du Cap Fleuri, pour 15 millions d’euros. Enfin, l’amélioration du cadre de vie occupe une place non négligeable de ce budget primitif 2022. Il s’agit « des aménagements et investissements pour doper la mobilité douce et nous donner accès à un cadre de vie le plus apaisé possible », a expliqué Jean Castellini. Parmi les crédits accordés, on notera l’aide à l’achat de véhicules propres (4 millions d’euros), le développement de nouvelles bornes de recharge en voirie (2,6 millions d’euros), et la rénovation de liaisons motorisées, comme les escaliers mécaniques, pour améliorer la mobilité piétonne (3,3 millions d’euros).

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