vendredi 22 octobre 2021
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Marie-Pierre Gramaglia : « Nous allons devoir apprendre à vivre avec ce virus »

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Coronavirus ou pas, depuis le 4 mai 2020, une partie des plus de 57 000 salariés qui travaillent à Monaco sont contraints de prendre le train ou le bus pour rejoindre leur lieu de travail. Comment le gouvernement monégasque gère-t-il cette problématique ? Pour le savoir, Monaco Hebdo a interrogé la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia.

Des dizaines de milliers de salariés qui viennent chaque jour travailler en principauté s’interrogent sur l’offre de trains, mais aussi de bus avec la ligne 100 Nice-Monaco-Menton, mise à leur disposition depuis lundi 4 mai 2020 ?

Du côté du trafic ferroviaire, nous travaillons étroitement avec les responsables de la SNCF qui prévoit de renforcer dès le 4 mai 2020 la desserte de Monaco notamment aux heures de pointe, avec une capacité de places offertes multipliée par 4 par rapport à l’offre de confinement, et la mise en œuvre de mesures de distanciation sociale dans les rames TER. A partir du lundi 11 mai 2020, fin du confinement en France, les besoins seront évalués chaque jour. Pour la ligne de bus n° 100, nous regardons avec les autorités françaises sa remise en service. En attendant, la ligne de bus Beaulieu-sur-Mer-Monaco-Menton sera renforcée avec un siège sur deux qui serait condamné.

La région Paca a coupé la liaison de bus n° 100 Nice-Monaco-Menton et ne semble pas vouloir rétablir cette importante liaison pour Monaco avant le 11 mai : allez-vous tenter de négocier avec la région Paca pour essayer d’obtenir une réouverture de cette ligne pour la semaine du 4 mai ?

Nous ne sommes pas dans le rapport de force, mais dans le dialogue permanent avec les autorités françaises en charge des transports et les responsables politiques régionaux et nationaux. Nos interlocuteurs savent bien que la principauté de Monaco est un bassin d’emplois important pour la région voisine qui voit converger chaque jour des milliers de salariés par train, par bus et par la route. La situation que nous vivons est très particulière et nécessite des adaptations. Il en est de même pour les transports publics. Par exemple, comme je l’ai évoqué précédemment, entre Nice et Menton, il a été substitué à la ligne 100 des bus entre Beaulieu-sur-Mer et Menton. Les transports évolueront avec la situation et le déconfinement en France qui interviendra le 11 mai.

Quelles seront les règles sanitaires dans les trains et dans les bus qui desservent Monaco ?

Les autorités françaises mettent en place des mesures dans les transports en commun comme l’obligation du port du masque et le respect de règles de distanciation sociale. Pour notre part, depuis le 4 mai, concernant les bus de la compagnie des autobus de Monaco (Cam), le port du masque sera obligatoire, et nous rétablirons un service de bus en semaine avec une fréquence toutes les 10 minutes sur les principales lignes, ce qui devrait permettre de conserver moins d’usagers par bus. Bien sûr les règles de distanciation devront être respectées. J’ajouterai que chaque bus est déjà équipé de distributeurs de gel hydroalcoolique, et que les espaces des chauffeurs seront maintenus isolés, tels qu’ils le sont depuis quelques semaines, avec une interdiction d’accès par la porte avant.

Enfin, pour l’heure, compte tenu que tous les restaurants, bars et établissements de nuit sont fermés, nous ne mettons pas en service les lignes de bus de soirée et de nuit.

Etant donné que les bus de la ligne 100 et les TER de la SNCF sont très régulièrement bondés, et que la sécurité sanitaire impose de réduire le nombre de voyageurs afin de respecter la distanciation sociale, comment parvenir à transporter chaque jour les milliers de salariés qui n’ont que les transports en commun pour venir travailler en principauté, tout en leur garantissant la sécurité sanitaire nécessaire ?

C’est vrai que les transports publics entre la région voisine et la principauté de Monaco sont très utilisés par les salariés, comme il est vrai que pour limiter le risque de pandémie il est nécessaire de porter un masque dans les transports publics, et de respecter les gestes barrières. Ces obligations nécessiteront certainement de limiter le nombre de voyageurs dans les trains et dans les bus, d’où l’importance du télétravail. Pour ceux qui viendraient par la route, nous maintiendrons jusqu’au 10 mai au soir un certain nombre de mesures prises concernant les parkings publics, notamment l’accès gratuit sur demande justifiée, afin de faciliter le stationnement des travailleurs prioritaires utilisant habituellement les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail en principauté. A compter du 11 mai 2020, compte tenu des phases de reprise progressive d’activité et de réouverture échelonnée des établissements scolaires, les mesures de gratuité seront stoppées, mais elles seront remplacées par la mise en œuvre d’une tarification horaire généralisée, dite « douce » afin de poursuivre l’aide au stationnement des travailleurs de la principauté.

Ne craignez-vous pas que, par peur de possibles contaminations dans les transports en commun, des salariés craignent de les utiliser, ce qui aurait un impact sur l’absentéisme, et donc sur la performance des entreprises monégasques ?

A ce stade, à quelques jours du déconfinement à Monaco  (1), il est difficile de présumer du niveau de reprise d’activités des entreprises monégasques, sachant que le télétravail reste à privilégier pour celles qui le peuvent. Comme nous l’a dit le prince Albert II dans sa déclaration lundi 27 avril 2020, nous allons devoir apprendre à vivre avec ce virus. Le retour à une vie d’avant le Covid-19 sera long, contraignant, et difficile. Il nécessitera de procéder graduellement, par étapes, et sous conditions. C’est ce que nous allons commencer à faire dès le lundi 4 mai à 6h00 (1).

1) Cette interview a été réalisée le 30 avril 2020.

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Monaco Hebdo