jeudi 15 avril 2021
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Marc Mourou :
« La santé mentale est devenue un véritable enjeu pour nos jeunes »

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Un peu plus d’un an après le premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, comment vont les jeunes à Monaco ? Le président de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports, Marc Mourou, a répondu aux questions de Monaco  Hebdo.

Selon les résultats du baromètre de confiance dans l’avenir chez les 15-20 ans réalisé en France, 74 % des jeunes interrogés se déclarent en perte de motivation, et 71 % ont l’impression de décrocher (1) : même si aucun sondage n’existe à Monaco, que ressent la jeunesse monégasque après un an de crise sanitaire ?

Le confinement et les périodes successives de couvre-feu mises en place pour contenir la pandémie de la Covid-19 ont bousculé les habitudes des jeunes dans des proportions importantes, notamment avec des conséquences sur leur vie scolaire et affective. La jeunesse en a fortement ressenti des effets, aussi bien en termes de santé mentale, d’orientation professionnelle, ainsi que sur leur vie sociale dégradée d’une manière globale. La période exceptionnelle que nous vivons depuis le mois de mars 2020, tant pour les parents et professeurs que pour les jeunes, marquera probablement la génération actuelle comme un moment inédit, et produira des répercussions qu’il faudra surveiller, mesurer et accompagner.

Cette pandémie de Covid-19 a débuté en mars 2020 : la durée est aussi un facteur qui pèse sur le moral de la jeunesse en principauté ?

Cette crise sanitaire est particulière, puisqu’elle s’inscrit dans une durée hors norme et demande à tous les jeunes des efforts conséquents quant à leur année scolaire, mais également vis-à-vis de leurs libertés publiques. La jeunesse monégasque attend donc avec impatience un retour à une vie normale, et cela le plus vite possible. C’est pourquoi, nous avons proposé au gouvernement, avec le président du Conseil national, Stéphane Valeri, lors de la séance publique du 10 mars 2021, la création d’un poste de délégué interministériel chargé de la jeunesse. Il permettrait de gérer de manière transversale, et donc de manière plus efficace, toutes ces questions en lien avec tous les services concernés dans les différents départements.

« Nous avons proposé au gouvernement, avec le président du Conseil national, Stéphane Valeri, lors de la séance publique du 10 mars 2021, la création d’un poste de délégué interministériel chargé de la jeunesse »

Pourquoi Monaco a-t-il gardé coûte que coûte ses écoles ouvertes à partir de mai 2020 ?

Après plus d’un an de pandémie, nous pouvons dire que l’enseignement en présentiel demeure, bien évidemment, le vecteur incontournable de la transmission du savoir. Les échanges entre professeurs et élèves restent primordiaux dans l’apprentissage, l’interaction et l’accompagnement du parcours pédagogique de chacun. Face à la recrudescence de l’épidémie et à la difficulté de tester les plus jeunes, le principe de précaution doit cependant continuer d’être mis en avant et accentué dès qu’un doute subsiste. De plus, une communication accrue auprès des parents doit être effectuée, ainsi qu’une meilleure harmonisation et explication des protocoles mis en place en cas de personne touchée par le virus.

Alors que plusieurs classes ont récemment été fermées, cette position qui consiste à laisser les écoles ouvertes malgré la pandémie de Covid-19 est-elle trop dogmatique ?

Suite à la fermeture de plusieurs classes de différents niveaux avant ces dernières vacances d’hiver, il est indispensable de mettre l’accent sur les moyens et mesures nécessaires pour protéger la santé de tous les élèves, ainsi que de toute la communauté éducative, en pensant notamment aux personnes à haut risque.

Entre l’arrivée des tests salivaires dans les écoles et la vaccination des enseignants, où en est-on ?

Lors de la dernière séance publique de résolution Covid-19, le ministre d’État nous a confirmé, comme nous le demandions depuis plusieurs semaines, l’arrivée des tests salivaires à partir du 15 mars 2021, permettant ainsi un nouveau mode de dépistage plus facile, et moins invasif, pour les élèves. Nous nous réjouissons de cette mesure, dont nous avions donné l’exemple dès la rentrée de septembre 2020 en principauté d’Andorre, et qui facilitera la stratégie « tester, isoler, protéger » auprès des plus jeunes. Tester massivement avec cette nouvelle méthode sera un moyen supplémentaire pour isoler rapidement des cas positifs, et éviter ainsi la formation de cluster dans les écoles.

Et pour la vaccination ?

Concernant la vaccination, celle-ci continue selon les tranches d’âge annoncées par le gouvernement, ainsi que pour les personnes présentant des facteurs à risque de comorbidité. Les enseignants ne sont donc, pour le moment, pas concernés par une liste de professions prioritaires.

Pendant cette crise sanitaire, globalement, la prise en charge des élèves a-t-elle été suffisante ?

Cette crise sanitaire a profondément changé le mode de vie des élèves comme des professeurs, que ce soit sur l’aspect logistique, pédagogique ou bien encore psychologique. Il est important d’insister sur ce dernier aspect, car la santé mentale est devenue au fil des ans un véritable enjeu pour nos jeunes. La tâche était donc de taille et les équipes de la direction de l’éducation nationale, ainsi que tout le corps professoral ont travaillé ardemment pour redonner aux élèves le plaisir d’étudier et de reprendre un rythme scolaire quasi-normal.

« Le retour de vacances est toujours un moment propice à la détection de nouveaux cas, c’est pourquoi nous encourageons toute la communauté éducative à se faire dépister, notamment avec les nouveaux tests salivaires »

Et en ce qui concerne l’enseignement ?

Sur le plan de l’enseignement, le « présentiel » et le numérique se sont chevauchés, et ont été complémentaires, comblant notamment la période du confinement du mieux possible. Afin de pallier un retard que certains élèves avaient pu connaître à la fin de la dernière année scolaire, la direction de l’éducation nationale et la délégation interministérielle en charge de la transition numérique, avaient proposé des solutions d’évaluation à distance et un programme bien précis à suivre pendant les grandes vacances. Cette belle initiative avait également été suivie par un stage de pré-rentrée gratuit pour élèves ayant véritablement décroché. Le soutien scolaire numérique a donc lui aussi parfaitement joué son rôle pendant la saison estivale, afin de préparer et d’épauler les élèves au maximum avant la rentrée physique de septembre 2020.

Pour le bac 2021, à quoi peuvent s’attendre les élèves de terminale ?

Le baccalauréat 2021 voit la nouvelle réforme prendre jour, avec des modifications importantes pour les lycéens. En raison de l’impact de la crise sanitaire sur les conditions de préparation, les modalités du baccalauréat général et technologique pour cette année scolaire sont adaptées. Les évaluations communes et celles des enseignements de spécialité qui devaient se tenir courant mars 2021 ont été annulées et remplacées par le contrôle continu. Les épreuves terminales de fin d’année scolaire qui doivent se tenir en juin 2021 sont, quant à elles, maintenues. Le baccalauréat 2020 aura été bien bouleversé, et celui de 2021 le sera donc tout autant. Nous avons une pensée toute particulière pour ces bacheliers qui ont constamment fait preuve d’adaptation et de ténacité lors de ces derniers mois, et nous les invitons à ne pas relâcher leurs efforts.

Les parents d’élèves vous ont-ils fait remonter certaines doléances pendant l’année qui vient de s’écouler ?

De nombreux témoignages de parents et de jeunes eux-mêmes nous sont parvenus depuis le début de cette année scolaire, et nous avons également pu le vérifier sur le terrain. La mise en place de campagnes de dépistage massif, demandée depuis l’été 2020 par le Conseil national et obtenue dans le cadre du budget primitif 2021, concernant les élèves, enseignants et personnels éducatifs, étaient un des points attendus afin de participer à la prévention de la propagation du Covid-19. Nous l’avons vu après le retour des fêtes de fin d’année 2020, un regain de l’épidémie, avec de multiples cas déclarés chez les élèves et personnels ont été recensés, et la campagne de dépistage aura permis d’isoler certains d’entre eux.

Et pour le port du masque ?

La problématique du port du masque en classe pour de nombreux écoliers, assis dans leur classe et sans bouger de leur chaise, a également fait partie des retours de parents en début d’année, au moment où la situation sanitaire connaissait une accalmie. Nous avions alors proposé d’équiper les classes de purificateurs mais également de fines particules de PVC transparentes à mettre entre les élèves, ce qui aurait pu apporter une protection supplémentaire. La santé reste bien évidemment l’aspect prioritaire, mais le bien-être des élèves et leur quotidien doivent également être pris en compte dans leur apprentissage. Une pétition avait alors été lancée par des parents d’élèves et avait obtenu plus de 300 signatures. La situation sanitaire a cependant connu une dégradation à partir de fin octobre 2020, avec notamment un nouveau confinement dans le pays voisin, et cette demande n’avait logiquement pas pu aboutir. Nous espérons tous un retour à une vie plus normale, avec des conditions de travail plus agréables, et ce, le plus tôt possible. Ce qui est certain, c’est que cette crise Covid-19 nous oblige à faire preuve d’une adaptation permanente, en considérant à chaque fois de nouvelles pistes, pour que nos élèves puissent étudier en toute sérénité.

La gestion actuelle de la pandémie de Covid-19 est-elle désormais suffisamment stabilisée et sous contrôle dans les établissements scolaires de la principauté ?

En quelques semaines, le nombre de fermetures de classes a fortement progressé, en raison de cas positifs. Nous avons pu voir certaines classes fermées à titre préventif, d’autres en raison de contaminations intra-scolaires. Cela a été le cas partout dans le monde et Monaco n’a pas été épargné. L’inquiétude a donc été légitime chez les parents et personnels éducatifs, qui plus est avec l’arrivée des nouveaux variants de la Covid-19. Le retour de vacances est toujours un moment propice à la détection de nouveaux cas, c’est pourquoi nous encourageons toute la communauté éducative à se faire dépister, notamment avec les nouveaux tests salivaires, afin d’éviter une nouvelle période compliquée pour tous. Fermer les écoles serait une solution de dernier recours, et dont personne ne veut. Comme je l’ai indiqué, le présentiel et le lien social au sein des établissements demeure le plus important. Mais aucun risque ne doit être pris si la situation s’aggrave de manière significative.

La pratique du sport pendant cette pandémie de Covid-19 a été largement remise en cause : est-ce dommageable pour la jeunesse en principauté ?

La pratique du sport a beaucoup souffert pendant cette crise sanitaire. À de multiples reprises, de nombreux pratiquants, amateurs comme professionnels, ont été privés de leur activité, et cela a forcément eu un impact sur leur vie au quotidien. La santé globale est primordiale, ce qui implique donc une bonne condition physique et psychologique pour les Monégasques, pour les résidents et pour les travailleurs. La gestion des activités sportives doit bien sûr être effectuée dans le strict respect des gestes barrières et des protocoles sanitaires, mais le défi peut et doit être relevé. Cela vaut aussi bien pour le sport scolaire que les associations sportives ou les salles de sport, où aucun cluster n’a été repéré depuis le début de la crise.

« Notre proposition de loi n°243, votée à l’unanimité fin 2019, a d’ailleurs été transformée en projet de loi par le gouvernement, et doit nous revenir d’ici juin 2021 pour étude […]. Ce texte fera avancer la prévention, la détection et le traitement des situations de harcèlement scolaire, et fera de Monaco un des pays les plus avancés en termes de législation sur le sujet. » Marc Mourou. Président de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports. © Photo Conseil National.

« Les évaluations communes et celles des enseignements de spécialité qui devaient se tenir courant mars 2021 ont été annulées et remplacées par le contrôle continu. Les épreuves terminales de fin d’année scolaire qui doivent se tenir en juin 2021 sont, quant à elles, maintenues. Le baccalauréat 2020 aura été bien bouleversé, et celui de 2021 le sera donc tout autant »

Des masques spécial « sport », faciles à porter et spécialement prévus pour l’activité physique, sont maintenant disponibles ?

Des masques « sport » sont en effet commercialisés depuis plusieurs jours et permettent la pratique d’une activité sportive à rythme intense, avec donc une sécurité supplémentaire. Le gouvernement a annoncé étudier cette piste, et doit s’assurer tout d’abord de l’efficacité et de l’homologation de ces masques. Il est évident que si ces derniers sont fiables, ils constitueront une possibilité supplémentaire pour accélérer la reprise du sport en principauté. Là aussi, les attentes des jeunes, et de tous les sportifs en général, sont nombreuses.

Alors qu’en France, une série de rixes entre jeunes a émaillé l’actualité, comment se situe Monaco en ce qui concerne la lutte contre l’insécurité chez les jeunes ?

L’actualité de ces dernières semaines en France a révélé des faits extrêmement violents impliquant des mineurs souvent très jeunes. Nous avons tous été particulièrement choqués par la nature et l’âge des auteurs impliqués, ainsi que l’accumulation de drames en un temps très court. Nous avons à Monaco la chance d’avoir une sûreté publique de très grande qualité, avec notamment une unité de police jeunesse et prévention qui fait un travail de proximité et de vigilance accrue. Je tiens à les remercier tout spécialement, car ils contribuent à faire de Monaco un pays extrêmement sûr, et permettent à nos enfants de pouvoir évoluer en grande sécurité sur notre territoire. Cela n’empêche bien évidemment pas que des problèmes subsistent, et il faut les affronter en étant toujours à l’écoute. Je pense notamment au fléau du harcèlement scolaire, facteur de violence physique et psychologique grave, sur lequel nous avons beaucoup réfléchi et travaillé au Conseil national, en lien avec de nombreuses associations monégasques sur la protection de l’enfance. Notre proposition de loi n°243, votée à l’unanimité fin 2019, a d’ailleurs été transformée en projet de loi par le gouvernement, et doit nous revenir d’ici juin 2021 pour étude sur la table de la haute assemblée. Ce texte fera avancer la prévention, la détection et le traitement des situations de harcèlement scolaire, et fera de Monaco un des pays les plus avancés en termes de législation sur le sujet.

D’ici fin mars 2021, un Conseil national des jeunes, pour lequel un appel à candidatures a été lancé, sera installé place de la Visitation : et avec quels objectifs ?

Le Conseil national des jeunes est un projet qui tenait à cœur au président Stéphane Valeri, et qui faisait d’ailleurs partie du programme de la majorité lors des élections de 2018. L’origine remonte même à une dizaine d’années, puisqu’il avait été déjà abordé dans une mandature précédente. Ce Conseil national des jeunes sera composé de 12 conseillères et conseillers nationaux juniors, pour une durée d’un an à compter de son installation. Il siègera en commission à six reprises, et il visera à proposer aux élus du Conseil national, lors d’une séance publique extraordinaire, des résolutions ou des suggestions de lois applicables en principauté. Ces jeunes Monégasques pourront ainsi être force de proposition sur différents thèmes importants, comme l’éducation, l’environnement, le numérique et les meilleures orientations à prendre pour leur futur en principauté.

« La gestion des activités sportives doit bien sûr être effectuée dans le strict respect des gestes barrières et des protocoles sanitaires, mais le défi peut et doit être relevé. Cela vaut aussi bien pour le sport scolaire que les associations sportives ou les salles de sport, où aucun cluster n’a été repéré depuis le début de la crise »

Ce Conseil national des jeunes vise aussi à une tentative de réhabilitation des politiques, à l’heure où leur image est globalement très dégradée ?

Ce Conseil national des jeunes permettra à nos nationaux de s’intéresser à la vie politique de leur pays, d’y participer activement, et ce, dans un format plus ludique que les longues séances traditionnelles qui durent des heures à la télévision. C’est pour moi le point le plus important : il faut donner la parole aux jeunes, leur permettre d’être de véritables acteurs, et, pourquoi pas, susciter des vocations dans le futur. Les conseillères et conseillers nationaux juniors participeront à une simulation des travaux de l’assemblée, débattront de sujets précis et concrets, tout en augmentant leur intérêt envers la vie politique. Ils pourront aussi acquérir des compétences en communication écrite et orale. Le premier appel à candidatures a été un grand succès, avec de nombreux jeunes qui ont postulé, et, croyez-moi, ils sont tous particulièrement motivés par ce projet.

1) Selon les résultats du baromètre de confiance dans l’avenir chez les 15-20 ans réalisé en France du 9 au 22 février 2021 par L’Étudiant, BVA et Orange, 74 % des jeunes interrogés se déclarent en perte de motivation, et 71 % ont l’impression de décrocher, alors qu’en septembre 2020, ces chiffres atteignaient 50 %.

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