vendredi 27 novembre 2020
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COVID-19. Face à la flambée des cas, Monaco instaure un couvre-feu

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Le prince Albert II et son gouvernement ont tranché. Face à la flambée des cas de coronavirus qui touche la principauté, l’État a décidé d’instaurer un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin.

Ce dernier est entré en vigueur dans la nuit du samedi 31 octobre 2020 au dimanche 1er novembre 2020, pour une durée d’un mois.

Il n’était plus intervenu publiquement au sujet de l’épidémie de Covid-19 depuis le 27 avril 2020 et l’annonce du déconfinement. Mais après six mois de mutisme, le prince Albert II a pris la parole jeudi 29 octobre 2020 sur Monaco Info. Cette allocution du chef de l’État était forcément attendue, alors que la principauté traverse une crise sans précédent et fait face actuellement à une recrudescence du nombre de cas de coronavirus (74 nouveaux cas entre le 23 et 30 octobre 2020).

Un couvre-feu, mais pas de reconfinement

Une semaine après avoir laissé son ministre d’État, Pierre Dartout, présenter une série de nouvelles restrictions pour tenter d’enrayer l’épidémie de Covid-19, le prince souverain a décidé d’annoncer lui-même à sa population l’instauration d’un couvre-feu de 20 heures à 6 heures du matin à Monaco, à compter du samedi 31 octobre 2020 minuit, pour une durée d’un mois. Une mesure qu’il juge « nécessaire pour réduire la progression de cette épidémie […] qui progresse de manière forte partout dans le monde, et notamment en Europe ». Si cette fois-ci le tour de vis est plus rude, la principauté échappe toutefois à un reconfinement, qui est l’option retenue par la France pour lutter contre la propagation de l’épidémie. Avec cette mesure, « l’activité économique sera globalement préservée » estime le prince souverain, conscient de la nécessité de maintenir une économie locale fortement impactée par la crise sanitaire (lire Monaco Hebdo n° 1170). Ce choix d’un couvre-feu, plutôt qu’un confinement, reste compréhensible dans la mesure où la situation sanitaire en principauté apparaît aujourd’hui moins sévère que dans le pays voisin comme l’a rappelé son altesse sérénissime au cours de son allocution. « Si l’évolution du nombre de cas et des personnes hospitalisées n’est pas aussi importante à Monaco qu’aux alentours, la situation actuelle nécessite toutefois un renforcement des dispositions mises en œuvre », a justifié le prince avant d’en appeler « à la discipline et au sens de l’intérêt général (de la population) pour respecter les mesures et ne pas se retrouver contraint de durcir davantage encore ce dispositif ». « C’est ensemble que nous surmonterons cette épreuve », a finalement conclu le prince Albert en saluant tous les acteurs qui œuvrent au quotidien pour endiguer cette deuxième vague.

Un taux d’incidence en forte augmentation

Au lendemain de l’allocution du prince Albert II, le ministre d’État a détaillé le 30 octobre 2020, lors d’une conférence de presse, les modalités des restrictions et du couvre-feu, qui est donc entré en vigueur samedi à minuit pour une durée d’un mois. Accompagné de l’ensemble des conseillers-ministres, le chef du gouvernement a expliqué que deux éléments nouveaux avaient motivé la décision de durcir les mesures. La première, c’est bien évidemment la dégradation de la situation sanitaire à Monaco qui, certes « moins grave qu’en France », n’en reste pas moins préoccupante comme l’a indiqué Pierre Dartout. « Le taux d’incidence, qui traduit le nombre de cas positifs enregistrés sur les sept derniers jours rapporté à 100 000 habitants, était de 32 il y a quatre semaines. Il est passé à 82, puis à 108 et il est maintenant à 168. Même si les chiffres sont moins forts (qu’en France), ils traduisent la même tendance », à savoir une montée en puissance de l’épidémie. La seconde raison de ce changement de braquet résulte de la mise en place du confinement en France. « Nous sommes naturellement obligés de tenir compte de ce que décide la France en la matière, parce que nous pouvons en avoir les conséquences », a expliqué Pierre Dartout, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte les spécificités de la principauté dans la prise de décisions. Pas question donc de « singer » le pays voisin mais d’adapter les mesures à la situation locale, qui devrait d’ailleurs bénéficier indirectement du confinement acté de l’autre côté de la frontière. D’un point de vue sanitaire en tout cas. « Nous n’avons pas choisi le confinement parce que nous considérons que la situation ne le justifie pas », a en effet déclaré le ministre d’État, sans toutefois écarter l’hypothèse d’un nouveau tour de vis si la situation l’exigeait.

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« La réussite de ce dispositif n’est possible que s’il y a un sens civique affirmé et un esprit de responsabilité au sein de la population » Pierre Dartout. Ministre d’État

Les bars et les salles de sport, grands perdants du couvre-feu

Le chef du gouvernement est ensuite revenu en détail sur les nouvelles mesures. Outre la mise en place du couvre-feu qui « permet de lutter contre la pandémie sans pour autant générer de conséquences graves » notamment économiques, l’État a décidé de fermer l’ensemble des bars et salles de sport de Monaco. Pour les premiers cités, les autorités estiment que les règles sanitaires ne sont pas suffisamment bien respectées alors que pour les salles de sport, les risques de contamination sont jugés plus importants compte tenu de la proximité entre les personnes et de l’absence du port du masque durant l’activité physique. Il faut toutefois signaler qu’aucun foyer de contamination n’a été recensé depuis la réouverture des associations sportives de loisirs et des salles de fitness en mai dernier. Autres victimes, les spas et massages doivent eux aussi fermer leurs portes pendant au minimum un mois. Pour compenser les pertes économiques liées à ces fermetures administratives, le gouvernement a fait savoir que les aides mobilisées jusqu’à présent allaient se poursuivre pour les professionnels des secteurs impactés (prise en charge du Chômage total temporaire renforcé à 100 %, exonération des charges fixes, aides de la commission d’accompagnement pour la relance économique…). Reste à savoir si elles seront suffisantes pour sauver des établissements en grande souffrance depuis le début de la crise sanitaire. Les restaurants, le casino et les salles de spectacle bénéficient en revanche d’une dérogation pour le couvre-feu. Ces lieux recevant du public sont en effet autorisés à poursuivre leurs activités jusqu’à 21h30. Les clients de ces établissements doivent regagner leur domicile avant 22 heures munis d’un justificatif (attestation du restaurateur, ticket de spectacle…) attestant de leur heure de départ. « Nous considérons aujourd’hui au regard des données épidémiologiques que si un restaurant respecte bien les mesures barrières, il y a moins de risque d’être dans un restaurant que d’être dans d’autres endroits où il y a plus de monde et où les gestes barrières ne sont pas respectés », a justifié Pierre Dartout avant de confirmer par ailleurs l’ouverture de l’ensemble des commerces de la principauté pour les mêmes raisons. La culture, qui s’était déjà organisée en décalant les horaires des spectacles, se retrouve ainsi épargnée par le couvre-feu, mais elle devra malgré tout se passer de sa clientèle française bloquée par le confinement.

Le port du masque généralisé

Les autorités ont enfin opté pour le port du masque obligatoire sur l’ensemble du territoire, dans l’espace public et dans certains espaces privés (ascenseurs, parkings, parties communes des immeubles…). Seuls les enfants de moins de 5 ans en sont exemptés. Le port du masque et le respect des gestes barrières (distanciation…) sont par ailleurs vivement recommandés dans la sphère privée car, comme l’a encore rappelé le ministre d’État vendredi, « près de la moitié des contaminations se font au sein de la sphère privée familiale. […] Le couvre-feu répond aussi à cette volonté de faire en sorte que soient limitées le plus possible les présences extérieures dans l’environnement strictement familial dans une maison ou un appartement ». Le gouvernement compte désormais sur le civisme et le sens des responsabilités des Monégasques et des résidents pour éviter un nouveau tour de vis, qui serait encore plus rude. « La réussite de ce dispositif n’est possible que s’il y a un sens civique affirmé et un esprit de responsabilité au sein de la population », a lâché sous forme d’avertissement le ministre d’État avant de laisser entendre que les mesures pourraient être encore renforcées si la situation sanitaire devait à nouveau s’aggraver.

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