jeudi 5 août 2021
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Christophe Robino : « Nous aurions pu sauter l’étape du couvre-feu à minuit »

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Levée du couvre-feu, suppression des contraintes d’origine des clients pour les restaurants et les bars… Le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses du Conseil national, Christophe Robino, se félicite des dernières annonces du gouvernement et en appelle désormais à l’ouverture de la vaccination à l’ensemble des salariés de la principauté. Interview.

Le gouvernement princier a annoncé le 25 juin 2021, la levée du couvre-feu : êtes-vous satisfait ?

Oui, c’est une demande que nous avions formulée et qui nous semblait adaptée à la faible circulation du virus en principauté. Rappelons que le taux d’incidence est inférieur à 50 pour 100 000 habitants sur 7 jours glissants [À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 29 juin 2020, le taux d’incidence s’élevait à 59,97, chiffre communiqué par le gouvernement princier – NDLR].

Pourtant, le taux d’incidence et les contaminations tendent à repartir à la hausse, avec en plus l’apparition des premiers cas de variant Delta à Monaco [à ce sujet, lire notre édito Course, publié dans ce numéro – NDLR] : est-ce vraiment le bon moment pour lâcher du lest ?

Il faut rappeler deux points particuliers à Monaco. En premier lieu, le relativement « faible » effectif sur lequel portent nos observations : la population ne compte qu’un peu plus de 39 000 résidents, ce qui doit nous inciter à la prudence quant à l’interprétation des résultats observés. Deuxièmement, les clusters identifiés ont rapidement été circonscrits et posent surtout la question du non-respect des mesures de protection et de distanciation toujours en vigueur, comme par exemple le port du masque en intérieur. N’oublions pas que tous les cas positifs constatés récemment n’ont conduit à aucune hospitalisation. Il n’y a plus de résidents malades de la Covid-19 au centre hospitalier princesse Grace (CHPG) depuis de nombreux jours [À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 29 juin 2020, une personne non-résidente était hospitalisée au CHPG, chiffre communiqué par le gouvernement princier – NDLR].

« Avec mes collègues du Conseil national, nous plaidions pour un assouplissement plus rapide au regard de l’évolution de l’épidémie et des mesures prises dans le pays voisin »

Comprenez-vous cette décision du gouvernement, alors que ce dernier avait refusé d’abandonner cette mesure quand le taux d’incidence était à 10 ?

Il avait été convenu de respecter des périodes d’observation de deux semaines pour évaluer la pertinence des décisions prises : le taux d’incidence restant inférieur à 50 pour 100 000 habitants, il était logique de poursuivre l’allègement des mesures. D’ailleurs, les mesures actuellement en vigueur ne sont plus soumises à cette règle des deux semaines mais feront l’objet d’adaptation selon les besoins de la situation.

N’aurait-il pas été plus logique et cohérent de lever la mesure plus tôt ?

Je ne sais pas si l’on peut, dans ce domaine, parler de logique ou de cohérence, le virus du Covid-19 ne semblant pas vouloir s’y soumettre. Mais comme d’autres, professionnels de santé ou non, je pense que l’on aurait pu sauter l’étape du couvre-feu à minuit. Quoi qu’il en soit, nous n’étions pas à quinze jours près.

Le gouvernement a-t-il fait preuve d’un excès de prudence ?

Il est facile de critiquer, il est plus difficile de décider et de diriger. Je préfère, dans le cas présent, la prudence à des décisions précipitées. Même si, avec mes collègues du Conseil national, nous plaidions pour un assouplissement plus rapide au regard de l’évolution de l’épidémie et des mesures prises dans le pays voisin, c’est-à-dire sur le trottoir d’en face.

Comprenez-vous l’incompréhension de la population face à des décisions prises « à contre-courant » de la situation sanitaire ?

Pour « juger » de l’action publique, encore faut-il avoir toutes les informations et pouvoir maîtriser les paramètres de la pandémie dont est responsable le SARS-CoV-2. Or, on le voit bien, des interrogations persistent, notamment avec l’apparition inopinée de variants. Notamment le dernier, le fameux variant indien [variant Delta – NDLR], pour lequel on a récemment isolé une nouvelle souche, le Delta Plus. Ainsi, même si les décisions peuvent sembler être prises « à contre-courant », elles témoignent surtout des préoccupations face à certaines inconnues et un souci d’anticipation qui doit être expliqué à nos résidents.

Le variant Delta gagne du terrain un peu partout dans le monde : craignez-vous un risque d’importation ?

Évidemment, les virus, comme d’ailleurs la pollution, ne connaissent pas les frontières dans un monde extrêmement mobile, et particulièrement en cette période estivale que beaucoup attendent pour pouvoir à nouveau se déplacer, voyager parfois simplement pour rendre visite à des membres éloignés de leur famille. Il faut donc rester vigilant, et développer les tests de masse, que je qualifierais d’alternatifs. Ces tests dits de dépistage, sont certes moins performants que les tests de diagnostic, mais ils sont faciles et rapides à mettre en œuvre, comme les autotests déployés cet été en France. Et bien sûr, il faut continuer à tester largement en PCR, chaque fois que cela est possible et/ou nécessaire.

« Même si les décisions peuvent sembler être prises « à contre-courant », elles témoignent surtout des préoccupations face à certaines inconnues et un souci d’anticipation qui doit être expliqué à nos résidents »

Comment s’en protéger ?

Il faut rester prudent dans ses déplacements, éviter de se rendre dans des pays où circulent de façon significative des variants d’intérêt, surtout si l’on n’est pas vacciné, et toujours respecter les recommandations sur les gestes barrières et les mesures de distanciation. En effet, même si le virus circule moins, il circule toujours, et parfois sous forme asymptomatique. On le voit bien à l’occasion des derniers cas déclarés, c’est souvent le non-respect des règles, et notamment dans la sphère privée, qui est en cause.

Le Conseil national appelait également à la fin du port du masque obligatoire en extérieur, mais celle-ci n’est finalement que partielle : vous êtes déçu ?

La délégation du Conseil national au comité mixte de suivi, conduite par le président de notre assemblée, avait évoqué la possibilité de revenir à la situation que nous avions déjà connue. À savoir l’absence d’obligation généralisée en extérieur, mais le maintien du masque dans des zones à forte densité de passants comme les rues du Rocher, la place du marché, du Casino et, bien sûr, le maintien de l’obligation en intérieur, dans les transports en commun, les ascenseurs, les parties communes des immeubles… Nous sommes donc satisfaits de la décision qui a été prise.

Par ailleurs, le gouvernement a décidé de supprimer les contraintes d’origine des clients pour les restaurants et les bars : c’est une bonne nouvelle ?

Oui, c’était une attente forte des professionnels que nous avons relayée. La mise en place de contrôles (tests PCR de moins de 48 heures, attestation de vaccination ou de guérison) à l’entrée des établissements, pour les clients venant d’au-delà des Alpes-Maritimes et de la région italienne voisine, le maintien des jauges et des mesures de distanciation dans les bars et les restaurants, qui ont montré leur efficacité, doivent permettre cet assouplissement des contraintes.

Quel bilan faites-vous de la campagne de vaccination ?

Dans l’ensemble, la campagne se déroule bien. Le travail réalisé par l’ensemble des intervenants (professionnels de santé, bénévoles, personnels de la direction de l’action sanitaire et sociale (Dass), de la direction de l’action sanitaire (Dasa), du CHPG) a permis une prise en charge efficace et adaptée des personnes désirant se faire vacciner dans des conditions optimales.

« Ma principale crainte vient du fait qu’avec la période estivale […] on assiste, comme ailleurs, à une diminution de l’adhésion à la vaccination. Ce qui pourrait nous exposer à une nouvelle vague »

La vaccination est désormais ouverte aux personnels du secteur public : faudrait-il, selon vous, ouvrir la vaccination à l’ensemble des salariés de la principauté ?

C’est évident, dans la mesure où les approvisionnements se poursuivent au même rythme et permettent de couvrir l’ensemble des besoins de la population résidente, en particulier pour les plus de 55 ans. Monaco ne vivant pas en vase clos, le nombre de pendulaires étant ce qu’il est, il est de notre intérêt, je dirais même de notre devoir, d’ouvrir dès que possible la vaccination à tous ceux qui, de près ou de loin, participent à la vie du pays ne serait-ce qu’au titre de la solidarité.

Pour atteindre l’immunité collective, il faudrait qu’environ 75 % de la population soit vaccinée : à quelle échéance Monaco peut-il atteindre cet objectif ?

Il faut d’abord rappeler que le taux de vaccination pour atteindre l’immunité collective dépend du taux de réplication de chaque variant. Ainsi, on estime que pour le variant Delta, plus contagieux, il faudrait une couverture de 80 % pour obtenir cette fameuse immunité. Il faut également rappeler que malgré la vaccination, il faut continuer de respecter les mesures de protection individuelle car si le vaccin protège effectivement contre les formes graves, et donc les hospitalisations qui en découlent, et si elle en limite la transmission, elle n’empêche pas totalement de contracter le virus, et donc de le transmettre. Quoi qu’il en soit, au rythme actuel, on peut espérer qu’à la fin de l’été 2021 l’objectif soit atteint. C’est en tout cas mon souhait. Ma principale crainte vient du fait qu’avec la période estivale, le relâchement de la vigilance individuelle et collective, avec l’amélioration des données épidémiologiques, et la réduction du nombre d’hospitalisations, on assiste, comme ailleurs, à une diminution de l’adhésion à la vaccination ce qui pourrait nous exposer à une nouvelle vague.

Comment convaincre les plus sceptiques [à ce sujet, lire notre dossier Quelle stratégie face à la défiance vaccinale, publié dans Monaco Hebdo n° 1184 – NDLR] ?

Il faut insister sur le bénéfice collectif, les risques individuels et les contraintes individuelles à ne pas être vacciné, l’efficacité des vaccins, l’intérêt d’atteindre l’immunité collective le plus rapidement possible pour limiter l’apparition de nouveaux variants, valoriser l’acte en lui-même. C’est faire preuve de responsabilité, de civisme, de solidarité envers les autres et envers la société. Il faut rappeler le risque réel de développer une forme de Covid long et ses conséquences pour la santé et sur la vie de tous les jours. Il faut lutter contre la désinformation, les “fake news” [les infox, les informations fallacieuses – NDLR] en multipliant les actions d’information et en donnant l’exemple. Enfin, il faut développer la « vaccination réactive », c’est-à-dire celle de l’entourage d’une personne infectée par un variant d’intérêt, ainsi que la vaccination des soignants en rappelant leurs responsabilités et leurs devoirs vis-à-vis des patients.

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