dimanche 25 octobre 2020
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Franck Lobono : « La population attend des actes concrets »

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En principauté, comment parvenir à concilier les chantiers, le logement des Monégasques et la qualité de vie ? Les réponses de Franck Lobono, président de la commission logement au Conseil national.

Globalement, actuellement comment jugez-vous la qualité de vie en Principauté ?

Dès son élection, en février 2018, la majorité Priorité Monaco (Primo !) a mis la question de la qualité de vie au cœur des débats. Tout le monde s’accordait sur un constat très négatif, avec notamment des chantiers mal phasés, mal encadrés, et surtout, très peu réglementés. Deux ans plus tard, quelques arrêtés ministériels plus tard, le bilan est loin d’être parfait. Mais, grâce à la ténacité du Conseil national, il y a désormais une « dynamique qualité de vie » qui est en route. Beaucoup reste à faire, car, outre le choix de matériels moins bruyants, c’est une nouvelle culture qu’il faut instaurer.

C’est long à mettre en œuvre ?

Cela prend du temps, et ça passe par beaucoup de pédagogie. Si la prise de conscience est bien là, et la volonté conjointe des institutions affirmée, il faut maintenant accompagner les entreprises pour que chaque acteur, du manœuvre au chef de projet, ait bien à l’esprit qu’il doit intégrer dans sa façon de travailler, la réduction des nuisances. Ça ne se fera pas en un jour, mais ce devra être une obligation pour chacun, et les contrôles devront être intensifiés.

Comment construire plus de 1 700 appartements domaniaux en limitant au maximum les nuisances pour les riverains ?

Je suis particulièrement agacé de lire et entendre la sempiternelle pseudo responsabilité du bruit que certains veulent faire porter aux seuls chantiers domaniaux ! Comme si construire pour les Monégasques devenait la cause de toutes les nuisances en principauté ! Les 450 familles qui attendent un logement apprécieront ce genre de remarques. S’il y a plusieurs chantiers domaniaux simultanés en ce moment, c’est pour rattraper les dénis en besoin de logements des dernières années, pendant lesquelles presque rien n’a été programmé, pendant que le nombre de demandes a explosé. Vouloir faire croire que les constructions domaniales sont les seules causes à tous les désordres actuels des travaux en ville, c’est un grossier subterfuge pour essayer de faire oublier les autres grands chantiers publics et privés qui sont très majoritaires en principauté : sur 42 chantiers actuellement en cours, seuls 5 concernent des nouvelles constructions domaniales.

Malgré les avancées technologiques, garantir des chantiers silencieux semble impossible ?

Je ne suis ni un spécialiste des travaux publics, ni en charge de la qualité de vie au gouvernement… Je crois juste que ce qui est fondamental, c’est d’avoir la volonté de faire mieux et d’optimiser chaque chantier, dans la mesure du possible. Comme je le disais précédemment, une fois que la volonté politique est là, qu’elle est partagée avec le gouvernement, il faut collaborer avec les professionnels pour changer les habitudes, les procédures et la manière de travailler. Un chantier ne sera jamais silencieux, mais quand vous voyez des ouvriers taper avec des marteaux sur chaque barre métallique pour monter ou démonter un échafaudage, ou scier très bruyamment des carreaux sous les fenêtres des habitants sans la moindre préoccupation, vous vous dites qu’il y a une belle marge d’amélioration à tous les niveaux !

Quelles sont les phases les plus bruyantes dans un chantier ?

Bien évidemment, certaines phases de terrassement, et notamment lors de travaux dans de la roche, sont très bruyantes. C’est probablement la période la plus sensible pour les riverains. Les équipements modernes les moins bruyants et les isolations phoniques sur les sites de travaux sont indispensables dans ces étapes du chantier, mais comme évoqué précédemment, il y a plein de « petits gestes » qui peuvent réduire considérablement les nuisances.

Quels sont les moyens technologiques qui permettent de limiter les nuisances et qui ne sont pas utilisés à Monaco ?

Cette question doit être posée à la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, à la direction des travaux publics et aux professionnels ! Personnellement, je ne me suis jamais hasardé à donner des conseils sur tel ou tel autre équipement. Le Conseil national donne des orientations politiques dans l’intérêt général, et ne va pas choisir les engins de chantier. Chacun son rôle !

Franck Lobono © Photo Conseil National.

« On reçoit aussi régulièrement des témoignages illustrés au sujet de l’extension en mer. C’est aussi un gros chantier qui impacte encore plus de personnes du Larvotto à Monte-Carlo. Certains travaux de nuit ont notamment suscité de nombreuses incompréhensions »

Mais le Conseil national réclame des chantiers qui génèrent moins de nuisances ?

Une réduction drastique des nuisances des chantiers est demandée par le Parlement. C’est clair et c’est l’attente légitime de la population. Maintenant, c’est à l’exécutif de faire son travail, en imposant du matériel de dernière génération, capable de réduire les nuisances, le tout accompagné de procédures plus respectueuses de la qualité de vie. Et puis, comme nous l’avions demandé pour certains chantiers, il faut aussi anticiper les nuisances, en équipant les logements du voisinage de doubles vitrages et de climatisation, avant le démarrage des chantiers. Je l’ai obtenu avec le soutien du président Stéphane Valeri pour les Caroubiers, dont les résidents subissaient directement les nuisances du nouvel hôpital. C’est aussi comme ça que l’on améliore la qualité de vie autour d’un chantier. La population attend des actes concrets, pas des palabres administratives !

Pour vous, à quoi devrait ressembler un « chantier modèle » ?

La réduction des nuisances d’un chantier passe par une combinaison de solutions. Il y a toutes les mesures qui sont mises en place sur le chantier, avec des procédures et du matériel. Il y a la sensibilisation des équipes, il y a les améliorations de l’habitat environnant, il y a les contrôles des pouvoirs publics, et il y a aussi, bien sûr, les tranches horaires durant lesquelles le chantier est autorisé, notamment pendant les phases les plus bruyantes.

Il y a d’autres points importants ?

Un autre point fondamental, c’est l’information des riverains. C’est la première marque de respect à leur égard. Vivre face à un chantier, c’est difficile. Et ne rien savoir, c’est encore pire, tout en nourrissant un sentiment de mépris pour ceux qui subissent. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts dans ce sens. Cela a commencé, et c’est une bonne chose.

D’un côté on pousse les entreprises de BTP à aller le plus vite possible, et de l’autre, on les contraint dans leur travail pour éviter les nuisances : c’est une contradiction ?

Il n’y a pas de contradiction. Il y a juste la nécessité de faire mieux, et de concilier les intérêts de chacun. Un chantier fera toujours du bruit, mais il faut l’encadrer et accompagner les professionnels. Cela nécessite des changements profonds d’habitudes. Forcément, il y a peut-être quelques récalcitrants qui n’ont pas envie de changer et brandissent le spectre du rallongement des délais. Mais le sens est donné, et la prise en compte du bruit des chantiers deviendra la norme. La direction des travaux publics s’investit dans ce sens, et le Conseil national ne lâchera rien. Là encore, tout est question de volonté et de dosage.

Les plaintes que vous recevez concernent surtout des chantiers de l’Etat ou des chantiers privés ?

On reçoit des plaintes de partout ! Bien évidemment, plus le chantier est collé aux voisins, plus les gens se plaignent. C’est humain ! Ida surplombe la Condamine, et se trouve actuellement dans sa phase de terrassement la plus bruyante. Donc, forcément, les riverains souffrent et le font savoir. Mais on reçoit aussi régulièrement des témoignages illustrés au sujet de l’extension en mer. C’est aussi un gros chantier qui impacte encore plus de personnes du Larvotto à Monte-Carlo. Certains travaux de nuit ont notamment suscité de nombreuses incompréhensions.

Les entreprises de BTP qui génèrent des nuisances ont-elles déjà été sanctionnées ? Faut-il aller encore plus loin et pourquoi ?

Oui. La conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, nous l’a confirmé récemment. Ce sont des procédures judiciaires qui sont traitées par le procureur. Les règles sont là pour protéger chacun et défendre l’intérêt général. Si cela est nécessaire, elles doivent être renforcées. Si elles sont respectées, tout va bien. Si ce n’est pas le cas, il faut sanctionner de façon dissuasive, quel que soit le chantier.

Une fois que le plan national de logement permettra de disposer de plus de 5 000 logements réservés aux Monégasques, faudra-t-il en bâtir d’autres ?

Quand je suis arrivé à la tête de la commission du logement en 2018, plus de 350 foyers n’avaient pas reçu d’appartement. Chaque année, une centaine de demandes se rajoutent. Avec le président Stéphane Valeri et notre majorité, nous avons fait du logement la priorité nationale. Un an plus tard, le plan national du logement était annoncé par le prince souverain. On ne pouvait pas aller plus vite ! Non seulement nous avions la garantie de loger tous les Monégasques en attente d’un logement dans les prochaines années, dont la situation le justifie, mais ce plan permettait en plus de se projeter dans 15 ans. Cela n’était jamais arrivé auparavant. Je crois que c’est une belle victoire pour les Monégasques, et indirectement, pour les enfants du pays qui pourront récupérer des appartements du secteur protégé.

Franck Lobono © Photo Conseil National.

« Un appartement domanial, c’est la seule solution pérenne de logement pour la plupart des Monégasques. D’ici quelques années, près de 75 % des nationaux seront logés dans les domaines. Ils n’ont pas d’autre choix à Monaco »

Et ensuite ?

Au-delà de cette période, il conviendra de mettre en place une politique adaptée aux futurs besoins. Pour ma part, je suis attaché à ce que nous menions aussi une réflexion sur la typologie des logements. De ma première expérience en tant que président de la commission du logement, je tire plusieurs enseignements. Et notamment, je dois vous dire que je ne serais pas défavorable à ce qu’à l’avenir, il y ait plus de trois pièces, et qu’un couple se voit directement attributaire de ce type d’appartement, plutôt qu’un deux pièces qui l’obligera à déménager dès qu’un enfant arrivera. Pour le moment, on gère une situation de crise. Mais d’ici quelques années, on devra sérieusement y songer.

Plutôt que la quantité d’appartements, Albert Croesi, propose lui aussi de travailler sur la typologie des futurs appartements plutôt que sur la quantité : c’est vraiment la piste à suivre ?

Nous sommes favorables à ce qu’une réflexion soit menée sur la typologie des attributions. Si attribuer directement des trois pièces à des couples réduit le nombre d’appartements à construire, alors j’y serai encore plus favorable et tout le monde sera gagnant !

Quoi d’autre ?

On devra également réfléchir à la manière d’attribuer les appartements : l’idée d’une attribution au fil des disponibilités pourrait être une évolution appréciable. Toutes ces réflexions méritent que l’on s’y penche dès à présent, pour pouvoir les appliquer dans quelques années, quand la pénurie actuelle aura été résorbée. Comme dans tous les secteurs, il ne faut pas rester figé dans des procédures. On doit être capable de remettre en cause les fonctionnements, pour mieux s’adapter aux contextes.

Récemment, dans Monaco-Matin, le conseiller interministériel pour le plan national du logement des monégasques, le cadre de vie et les relations avec les usagers, Albert Croesi, a estimé qu’il ne fallait pas « dès la naissance d’un Monégasque lui déposer les clés d’un appartement domanial dans son berceau » : partagez-vous cette position ?

Albert Croesi s’investit dans beaucoup de sujets. Il est très actif, mais j’avoue ne pas avoir bien compris ses propos sur le logement des Monégasques ! C’est un sujet tellement sensible, qui est au cœur de l’équilibre social de notre pays ! Ses paroles ont heurté beaucoup de nationaux, et ont été mal comprises, en particulier par les 450 familles en attente d’un logement domanial. Cela s’est vu dans les commentaires sur les réseaux sociaux. Je ne pense pas qu’il ait voulu tenir un propos en désaccord avec la politique choisie par le gouvernement. Je voudrais rappeler que dans le privé, c’est la liberté absolue pour le secteur immobilier, avec des baux précaires et des loyers très élevés, hors de portée de l’immense majorité des Monégasques. La contrepartie induite, ou la conséquence de cela, c’est que les Monégasques dont les revenus ne leur permettent généralement pas d’accéder au secteur libre, puissent être logés dans leur pays par l’Etat, à des loyers modérés. Plus il y aura de Monégasques, plus Monaco aura besoin de logements domaniaux. C’est un fait, et je ne pense pas que la solution soit de réglementer le secteur privé pour y loger les Monégasques ! Un appartement domanial, c’est la seule solution pérenne de logement pour la plupart des Monégasques. D’ici quelques années, près de 75 % des nationaux seront logés dans les domaines. Ils n’ont pas d’autre choix à Monaco !

Quelle logique doit-être poursuivie une fois le plan national de logement terminé ?

Comme vous l’avez vu, le plan national logement évolue régulièrement. Dans 15 ans, j’espère que la question du logement sera moins tendue et que, comme je vous l’ai dit, les attributions pourront se faire plus régulièrement, notamment grâce à des procédures plus souples et un parc de logements optimisé.

Quel sera le rôle et le poids du Conseil national ?

Le Conseil national est le partenaire institutionnel du gouvernement. Il travaillera de façon constructive, pour demeurer dans son rôle de force de propositions, en répondant au mieux aux besoins et attentes légitimes des Monégasques.

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