vendredi 27 novembre 2020
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Budget primitif 2021
Un déficit de 114 millions d’euros

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En pleine pandémie de Covid-19, le budget primitif 2021 présenté par le gouvernement princier affiche un déficit de plus de 100 millions d’euros. Une première depuis 2015. 

«Toute la difficulté, c’est que nous devons réagir, tout en préparant l’avenir. Et je ne sais pas de quoi après-demain sera fait. » Le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini, n’a pas éludé la question de l’impact de la crise sanitaire, lors de la présentation à la presse du budget primitif 2021 du gouvernement princier. D’ailleurs, et c’est une première depuis 2015, c’est un budget primitif déficitaire que Jean Castellini est venu détailler devant les journalistes. Pour 2021, les recettes sont estimées à 1,468 milliard d’euros, en baisse de 40 millions par rapport au budget primitif 2020. Et les dépenses ont été fixées à 1,583 milliard d’euros, ce qui induit un déficit de 114 millions d’euros. Les comptes resteront donc dans le rouge en 2021, après une année 2020 également négative. Alors que le gouvernement avait évoqué un déficit de près de 500 millions, l’exercice 2020 s’est finalement terminé par une perte de 165 millions. « De 2012 à 2019, les exercices budgétaires de l’Etat monégasque s’étaient conclus par des excédents », a toutefois rappelé le conseiller-ministre pour les finances.

Dépenses : + 5,2 %

En tout cas, les recettes chutent de 2,7 % par rapport à 2020. La TVA liée à la consommation est en recul d’environ 10 % sur l’exercice 2020, par rapport à 2019. Covid-19 ou pas, crise sanitaire ou pas, le gouvernement a fait le choix de maintenir un certain nombre de dépenses. Au final, par rapport au budget primitif 2020, les dépenses augmentent de 5,2 %, afin de notamment continuer à assumer les investissements liés aux équipements de la principauté. Le plan logement se poursuit donc, et 200,5 millions d’euros permettront la construction de logements domaniaux pour les Monégasques pendant l’année 2021. « Sur 625 millions de dépenses d’équipements et d’investissements, plus de 200 millions sont consacrés au logement des Monégasques », a souligné Jean Castellini. De plus, 20 millions d’euros sont également disponibles afin de réaliser des achats fonciers, si nécessaire. Jean Castellini est ensuite entré dans le détail des travaux engagés pour assurer le logement des Monégasques. Il a indiqué que la fin de travaux pour Testimonio I et II, mais aussi pour Honoria et le Grand Ida, permettra la livraison de 600 logements. En 2025, le chantier Bel Air assurera la livraison de 200 appartements supplémentaires. La commission d’attribution du 4 novembre 2020 a permis de traiter le cas de 116 logements. « Sur 116 appartements, 76 étaient des restitutions de logements, a détaillé Jean Castellini, les 40 restants sont des appartements neufs, parmi lesquels 26 appartements liés à la surélévation des blocs A et C sur les quatre blocs que compte la résidence les Jardins d’Apolline, et 14 logements viennent du côté de l’Annonciade. »

Incertitude

Bien évidemment, la gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 pèse sur les finances de l’Etat monégasque. « Le contexte demeure très incertain. Les taux d’intérêt, la bourse, le marché de l’emploi… », a rappelé le conseiller-ministre pour l’économie et les finances. En France, et dans d’autres pays européens, l’alternance de périodes de fortes restrictions pour tenter de contrer l’épidémie, génère de l’incertitude pour les entreprises, qui manquent de visibilité sur les moments « forts » et les moments « faibles » pour gérer au mieux leur activité. Face à cela, plutôt que d’investir, beaucoup d’entreprises décident de conserver de la trésorerie, plutôt que de jouer la carte de l’investissement. Plus globalement, les dernières prévisions de la Commission européenne, publiées jeudi 5 novembre 2020 ne sont guère optimistes. Selon les économistes de la Commission, les effets négatifs du Covid-19 seront plus longs que prévu à effacer. Début mai 2020, la Commission européenne estimait que le produit intérieur brut (PIB) européen rejoindrait un niveau similaire à fin 2019 d’ici fin 2021. Désormais, il est question de fin 2022. Pour l’année 2020, le PIB devrait enregistrer une baisse de 7,4 % pour les 27 pays de l’Union européenne (UE), avant de connaître une hausse de 4,1 % en 2021. En cas d’un durcissement des restrictions en Europe, ces experts ont évoqué un autre scénario : dans une telle configuration, c’est une baisse de 8,5 % que pourrait enregistrer le PIB européen en 2020, et de 2,75 % en 2021.

Care

Dans un tel contexte, Monaco s’efforce de mettre en place une stratégie qui lui permette de résister au mieux. Jean Castellini a donc évoqué le plan de relance décidé par le gouvernement monégasque, qui se monte à 75 millions (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1165) : le fonds vert national, qui existe depuis 2016 et la création de la Mission pour la transition énergétique (MTE) doté de 25 millions d’euros, le fonds bleu dédié au numérique (20 millions), le fonds blanc dédié au secteur du bâtiment (20 millions), et le fonds rouge et blanc pour relancer l’activité, au sens large, et la consommation à Monaco (10 millions). Au rayon du dispositif d’aides mis en place par le gouvernement pour amortir la crise du Covid-19, Jean Castellini est revenu sur la commission d’accompagnement de la relance économique (Care). Il a précisé que 160 entreprises ont été aidées, dont un grand nombre courant octobre 2020, parce qu’elles ont pu justifier d’une perte importante de chiffre d’affaires entre octobre 2019 et octobre 2020. « Les taxis ont touché la Care avec 2 000 euros par mois de juillet à septembre 2020. Ils touchent désormais une aide de 2 500 euros par mois pour octobre, novembre et décembre 2020. Avec les entreprises et les taxis, on arrive à un total d’environ 250 bénéficiaires pour la Care », a ajouté Jean Castellini. Le délai pour déposer un dossier a été prolongé jusqu’au 6 novembre 2020. Et la Care ne ralentit pas son activité, puisqu’une nouvelle réunion est prévue le 17 novembre 2020. Enfin, prolongé jusqu’a fin mars 2021, le chômage total temporaire renforcé (CTTR) bénéficie d’une inscription de 40 millions d’euros dans le budget primitif 2021.

« Transition économique »

Le gouvernement ne mollit pas non plus sur le dossier de la transition numérique, dans lequel il va investir en 2021 une enveloppe de 45 millions. Cet argent permettra d’assurer notamment la mise en place d’infrastructures pour « assurer la souveraineté et la sécurité numérique de Monaco », avec la mise en place d’un cloud d’Etat. Mais aussi la poursuite de la numérisation des services de l’administration. Enfin, le gouvernement investira aussi dans le développement de l’économie numérique monégasque. « Cela peut contribuer à la relance de l’économie, mais aussi à la transformation de l’économie traditionnelle de la principauté. Depuis quelques années, Monaco est particulièrement impliqué dans des concepts de transition : il y a la transition écologique, la transition énergétique et la transition numérique. Mais pour moi, il y a aussi une forme de « transition économique » qui résulte des autres transitions. Car les sommes investies dans le numérique et la transition écologique ont un impact positif sur notre économie », a expliqué Jean Castellini. Et si ce budget primitif 2021 a été placé sous le sceau des réductions de coûts, certains périmètres d’activités ont été sanctuarisés. « Nous ne faisons pas d’économies sur le dos de la santé, de l’éducation, du sport, de la mobilité… Nous continuons d’investir : 17 millions seront investis dans la rénovation du Cap Fleuri », a cité, à titre d’exemple, le conseiller-ministre pour l’économie et les finances. En ce qui concerne la mobilité, les rames de TER qui desservent chaque jour Monaco seront progressivement rénovées à partir de 2021, et jusqu’en 2026. Ceci afin d’accompagner la hausse constante de la fréquentation de la gare de Monaco, passée de 6,4 millions de voyageurs en 2018 à 7,5 millions en 2019.

« Responsabilité »

Sujet de discussions, et parfois d’affrontements, récurrents entre le gouvernement et le Conseil national, la question de la qualité de vie a aussi été abordée par Jean Castellini. Il a souligné qu’environ 17 millions seront dépensés pour rénover la maison de retraite du Cap Fleuri, pendant que 11 millions sont prévus pour assurer l’entretien du centre hospitalier princesse Grace (CHPG). De plus, 44 millions devraient permettre de terminer le chantier du Larvotto, une opération dont le coût total reste estimé à 110 millions d’euros. Le calendrier n’a pas changé : le gouvernement espère toujours pouvoir livrer ce nouveau quartier et sa place d’ici l’été 2021. Reste les dépenses de fonctionnement, que le gouvernement cherche à maîtriser, même si elles enregistrent une hausse de 79 millions, soit 5 % de plus que pour le budget primitif 2020. Très logiquement, pandémie de Covid-19 oblige, beaucoup de déplacements et de formations ont été annulés, pendant que des dépenses de réception ont été revues à la baisse, ce qui a mécaniquement permis de générer quelques économies. De plus, la fondation prince Albert II n’a pas réclamé de subvention. « Cela montre le sens de la responsabilité de certaines entités qui vont puiser dans les propres ressources, ou qui font appel à d’autres sources de financement, afin d’équilibrer leurs dépenses », a souligné Sophie Vatrican, directeur du budget et du trésor. « Les dépenses d’interventions publiques n’augmentent que de 0,5 %, soit 1,6 million, et les dépenses de fonctionnement de l’Etat n’augmentent que de 1,5 %. Des chiffres nettement inférieurs à l’augmentation des dépenses, qui est d’un peu plus de 5 %. C’est parce que nous avons demandé aux services de l’Etat de faire des efforts », a détaillé, pour sa part, Jean Castellini. Mais, au vu du contexte économique, le conseiller-ministre pour les finances estime qu’il faut être réaliste : « Il est très peu probable, voire exclu, que nous terminions l’année 2021 en excédent. » Même le rêve n’est plus permis.

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