dimanche 25 octobre 2020
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Coronavirus « La deuxième vague est là »

Publié le

Alors que le nombre de cas positifs au Covid-19 augmente chaque jour en principauté, le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, donne ses clés pour maîtriser une épidémie de nouveau très active. Politique de dépistage, circulation du virus, tests salivaires et antigéniques, vaccins… Monaco Hebdo fait le point.

La recrudescence des cas de Covid-19 à Monaco

Comment circule le virus aujourd’hui à Monaco ?

Chez nous, les semaines passées, le taux de contamination était entre 55 et 60 par 100 000 habitants. Ce qui n’est pas trop mal, si on compare aux pays voisins. Nous sommes relativement à l’abri, avec un contexte qui n’est pas facile, parce qu’il y a des circulations importantes. Des salariés viennent à Monaco, des sportifs viennent s’entraîner chez nous… donc il faut une attention de tous les instants et continuer à tester.

Quel est le profil des personnes touchées ?

Le mois de juillet 2020 était encore un mois d’insouciance, peut-être excessive. Et dans le courant du mois d’août, les personnes testées positives étaient, dans un premier temps et pour l’essentiel, les plus jeunes, des 20-40-50 ans. Ce qui semble lié au fait que ces personnes, se sachant moins exposées aux risques, et souhaitant davantage avoir des relations de convivialité, faire la fête, ont été peut-être moins prudentes. Et donc se sont contaminées, mais avec très peu de conséquences physiques. Puisque ces personnes, même positives, avaient très peu de symptômes, et étaient déclarées guéries sous dix jours.

Qui sont les plus touchés aujourd’hui ?

Plus récemment, il y a trois semaines environ, on s’est rendu compte que les personnes positives étaient plus âgées. Aujourd’hui, on a 40 % de 20-40 ans, 40 % de 40-60 ans et 20 % de plus de 60 ans. On constate donc progressivement un glissement des situations de positivité vers les tranches d’âge un peu plus âgées. Ce qui semble signifier que les plus jeunes qui avaient été contaminés parce que leur attention s’était relâchée, ont peut-être aujourd’hui un peu disséminé le virus dans leur cercle d’amis, ou au sein de la cellule familiale. En revanche, il y a toujours très peu de symptômes.

Cela signifie-t-il que le virus a muté ?

Nous testons tous les cas contacts, et même les cas contacts à risque très modéré, ce que la France ne fait pas. Nous les testons en PCR et de temps en temps, nous avons des situations de positivité de personnes totalement asymptomatiques. Pour autant, le virus a-t-il muté ? Ce n’est pas sûr. Ce qui est plus vraisemblable, c’est qu’une population plus jeune est touchée, elle résiste mieux, elle est moins sensible, elle a moins de facteurs de comorbidité. On sait que les facteurs les plus inquiétants sont l’âge d’une part, et, d’autre part, d’autres facteurs associés, comme les cardiopathies, les maladies rénales et l’obésité. On ne retrouve pas ces caractéristiques dans une population plus jeune.

Faut-il craindre une deuxième vague ?

En juillet dernier, je n’avais pas répondu à cette question. Je reste très prudent. La deuxième vague, elle est là, en réalité. Il ne faut pas la craindre. C’est plus qu’un rebond, parce que ce qu’on appelle rebond épidémique, c’est le fait d’avoir un pic épidémique, et ensuite régulièrement des petits soubresauts, comme des répliques en matière sismique. Là incontestablement, c’est plus que ça. Faut-il la craindre ? Nous sommes dedans. Il faut être attentif, ne pas la craindre, mais réagir. C’est-à-dire tester. Nous avons eu à ce sujet quinze jours de difficultés, je le reconnais. Mais aujourd’hui, je pense que nous sommes beaucoup plus en place pour répondre à cet impératif de “testing” massif. Et nous allons continuer à monter en puissance. Je fonde beaucoup d’espoir dans les techniques, avec un rendu un peu plus rapide.

Comment y faire face ?

Il faut aussi être en place pour répondre aux demandes via le centre d’appel, qui a toujours fonctionné. Au moment de la levée du confinement, nous avons eu jusqu’à 300 appels par jour. Aujourd’hui, nous en avons une cinquantaine. Cela signifie que la population est globalement renseignée. Ce centre d’appel est ouvert de 8 heures à 20 heures, 7 jours sur 7. Le centre de suivi des patients en ville, qui s’occupe aujourd’hui d’une trentaine de cas, a également été réactivé. Il avait été mis relativement en sommeil cet été, quand il n’y avait plus de contaminations, plus de patients. Aujourd’hui, 40 personnes [27 à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 22 septembre 2020 – N.D.L.R.] sont suivies par le centre de suivi à domicile, alors qu’elles étaient 117 au plus fort de l’épidémie au printemps dernier. On n’est donc pas au même niveau.

Le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) est-il prêt ?

Du côté du CHPG, les unités d’hospitalisation et de réanimation sont prêtes. Au pic de l’épidémie, il y avait 21 personnes en hospitalisation en même temps, et 7 en réanimation. Et aujourd’hui [cette interview a été réalisée lundi 21 septembre 2020 – N.D.L.R.], nous avons une personne en réanimation et 6 en hospitalisation, sans préoccupation particulière. Mais nous avons la capacité de monter en puissance pour répondre à la demande et aux besoins, évidemment.

Quelle est la situation dans les EHPAD ?

Dans les institutions d’accueil des personnes âgées dépendantes (EHPAD), les visites avaient repris cet été sur un rythme d’abord assez espacé, puis un peu plus soutenu. À savoir une visite par jour, sachant qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule personne à la fois lors de la visite avec respect des gestes barrières, un questionnaire avant, et aussi avec une petite pédagogie à faire (port du masque, gel hydroalcoolique…). Mais, compte tenu du contexte, les responsables de la filière gériatrique de Monaco ont décidé de passer d’une visite par jour, à trois visites par semaine. Les visites ne sont pas interrompues pour ne pas créer de rupture du lien familial, qui serait extrêmement délétère à l’égard de la personne concernée. Les visites se poursuivent donc, sur un rythme un peu plus espacé.

Les animations sont-elles maintenues ?

Les animations, qui avaient été suspendues pendant le confinement, se poursuivent avec des intervenants extérieurs, mais des protocoles extrêmement rigoureux sont appliqués. Nous faisons donc le nécessaire pour que la personne âgée continue à bénéficier d’une animation, d’une sociabilisation, tout en étant extrêmement attentifs sur un risque de contamination extérieure.

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Deux cas de Covid-19 ont été recensés, le 10 septembre 2020, dans deux établissements scolaires de la principauté : comment vont-ils et d’autres cas ont-ils été enregistrés ?

Quand un cas est diagnostiqué positif, nous testons systématiquement tous les cas contacts. Nous avons donc testé des classes entières. Nous avons testé le petit cours Saint-Maur, deux classes entières, et le lycée Albert Ier. J’ai vu les résultats ce week-end [du 19 et 20 septembre 2020 — N.D.L.R.]. Pour le lycée, ils étaient tous négatifs. Pour le petit cours Saint-Maur, il y avait deux cas positifs, il me semble. Le port du masque en classe est vraiment une bonne mesure. Si un enfant est positif, ce qui peut arriver, ses camarades de classe et lui portant le masque, on limite quand même très fortement les risques. Par acquit de conscience, nous faisons un test PCR sur tous les enfants. Ce n’est pas indispensable. La France ne le faisait pas, et elle vient de décider que les cas contacts ne seraient pas évincés, ni testés. À Monaco, nous restons sur notre position, qui consiste à tester quand même pour rassurer les enseignants, les parents et les camarades de classe.

Le port du masque à l’école n’est-il pas trop contraignant pour des enfants de 5 ou 6 ans ?

Nous sommes très pragmatiques. Le groupe « santé et science » a préconisé le port du masque chez les petits, à partir du moment où ils peuvent raisonnablement le porter. Donc vers 5-6 ans, à la différence de ce qui se fait en France. Nous avons souhaité commencer la rentrée scolaire, et nous avons demandé aux enseignants et aux équipes pédagogiques de nous dire comment ça se passe. Si c’est vraiment difficile à porter, si le masque est une gêne pour l’enfant, pour l’apprentissage, pour son épanouissement quotidien, nous sommes tout à fait prêts à regarder et à revoir la mesure. S’il apparaît que le masque est gérable, c’est, là aussi, une mesure de protection intéressante. La rentrée scolaire a eu lieu il y a une dizaine de jours. J’attends les remontées de la part des pédagogues, des équipes enseignantes… de manière à ce que le groupe puisse être informé et se positionner pour faire des propositions au gouvernement. Dans la rue, je vois beaucoup d’enfants en bas âge qui portent le masque. Donc je me dis que ce n’est pas forcément pour eux une angoisse de le porter. Car dans la rue, ils ne sont pas obligés de le porter, et ils le portent quand même. Mais nous serons à l’écoute.

Avez-vous déjà eu quelques retours depuis la rentrée ?

Je n’ai pas encore eu de remontées, parce que la rentrée des classes est assez récente. C’est un peu tôt. Mais j’ai dit au conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario, que j’étais preneur de commentaires de la part des directeurs et directrices d’établissements scolaires, des infirmières, des enseignants, des parents, de manière à ce qu’on nous indique ce qu’il en est. Et s’il apparaît que c’est une gêne, que l’enfant n’est pas confortable avec son masque, dans ce cas nous serons amenés à regarder à nouveau et à refaire des propositions. Nous pensons que c’est une bonne mesure mais il faut la peser, être attentif à son impact et veiller à ce que ça ne nuise pas à l’épanouissement de l’enfant.

Vous avez décidé, au cours du mois d’août 2020, de revoir votre communication autour du nombre de cas de coronavirus détectés en principauté (désormais seuls les cas de résidents sont communiqués dans les bilans journaliers) : pour quelles raisons ?

Dès le début, nous avons pris le parti d’informer sur l’ensemble des situations qui venaient à nous. Tous les positifs, tous les hospitalisés, tous les réanimés… n’étaient pas forcément des personnes résidant en principauté. Puisque l’hôpital testait les personnes des communes voisines et hospitalisait, comme il le fait d’habitude, les personnes qui résidaient dans les communes allant de Menton jusqu’à Beaulieu-sur-Mer, donc un bassin de population de 130 000 à 140 000 personnes. Puis, nous nous sommes rendus compte que c’était contre-productif pour la principauté. Car, au niveau des statistiques internationales, au lieu que le nombre de personnes positives hospitalisées ou en réanimation soit comparé par rapport au bassin de population global, soit 130 000 personnes, le ratio était fait par rapport à la stricte population monégasque, soit 38 000 personnes. Ce qui avait pour effet de fausser globalement la vision de nos statistiques.

Vous avez donc décidé de revoir vos « calculs » ?

Nous avons regardé ce que faisaient d’autres États et on s’est aperçu qu’ils ne décomptaient que leurs propres résidents conformément à ce que préconise l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). C’est la raison pour laquelle nous avons fait évoluer notre décompte statistique. Aujourd’hui, nous ne décomptons plus comme situation positive, que nos résidents. En revanche pour les personnes hospitalisées et en réanimation, nous les comptons, et nous indiquons s’il s’agit de résidents ou non. Parce qu’il est légitime que nous continuions à accueillir les personnes qui ne résident pas à Monaco. En revanche, tous les cas positifs sont exclusivement des positifs résidant à Monaco. On retombe ainsi sur des vraies statistiques monégasques, le nombre de cas positifs par rapport à 38 000 résidents.

Connaissez-vous le nombre de personnes non-résidentes dépistées chaque jour en principauté ?

Nous testons massivement les non-résidents, puisque nous testons les cas contacts. Les cas contacts se trouvent en milieu scolaire ou dans le monde du travail. Dans le milieu de l’enseignement, 30 % d’enfants sont en dérogation. Donc statistiquement, 30 % des enfants que nous testons ne sont pas des résidents. Et dans le monde du travail, c’est davantage encore. Mais les non-résidents que nous testons ont un lien avec la principauté de Monaco.

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Les délais pour obtenir les résultats des tests sont de 24 heures. Et c’est tenu. Je dis parfois 36 heures, quand vous êtes prélevé en fin de journée »

Disposez-vous de données chiffrées ?

Non, je ne les ai pas. Comme ce sont des données que nous avons sorties de nos statistiques, je peux les récupérer, mais ce ne sont pas des éléments que je suis quotidiennement. Moi, je focalise sur nos résidents. Après, le taux de positivité à Monaco, c’est-à-dire le nombre de cas positifs par rapport au nombre de testés, est grosso modo de 3,5-3,6.

La politique de dépistage

Aujourd’hui, quelle est la capacité de dépistage de Monaco ?

Aujourd’hui, nous sommes à 1 300 prélèvements et analyses par semaine. Cette semaine [du 21 au 27 septembre 2020 – N.D.L.R.], nous allons faire le nécessaire pour que soit installée une troisième ligne de prélèvements à l’espace Léo Ferré. Voire dès cette semaine, une quatrième. Ce qui nous permettra de monter à 1 500 prélèvements par semaine. Et si la quatrième ligne est mise en place, nous serons à 1 800 prélèvements par semaine.

Quels sont les délais pour obtenir des résultats ?

Vingt-quatre heures. Et c’est tenu. Je dis parfois 36 heures, quand vous êtes prélevé en fin de journée. Mais, en général, c’est 24 heures. Quand vous êtes prélevé en fin de journée, votre prélèvement part au laboratoire, mais il n’est mis dans la machine que le lendemain matin. Le rendu est, lui, connu le lendemain midi. Mais le système informatique fait que le laboratoire remonte l’information en fin de journée. Cela explique donc le 24, ou parfois 36 heures. Nous sommes extrêmement attentifs, et c’est un délai que nous tenons.

Pendant l’été 2020, avez-vous connu une saturation dans les laboratoires de la principauté ?

Oui. Clairement, quand la France décide que les personnes pourront accéder librement sans ordonnance, sans indication médicale et gratuitement au prélèvement, la filière française est tombée en 4 jours. Or, cette filière française nous aidait, à la fois en renforçant nos capacités de prélèvements et en traitant nos prélèvements dans les automates. Quand la filière française a été saturée, nous avons été dans la difficulté dans les mêmes délais. J’ai travaillé tout cet été à rebâtir une filière « plus monégasque », en renforçant la capacité de prélèvements d’une part, et d’analyses d’autre part avec la commande d’automate au centre scientifique et au CHPG. Nous avons également renforcé les équipes du centre scientifique de Monaco, puisque nous avons désormais deux techniciens au lieu d’un, et deux autres sont en cours de recrutement pour qu’il y ait plus de staff pour faire tourner de manière plus continue les automates au centre scientifique sur des plages horaires plus importantes, notamment le samedi et le dimanche.

Avez-vous connu des pénuries de réactifs, comme cela a pu être le cas en France ?

La France souffre beaucoup. Nous avons souffert par contrecoup. Mais maintenant, nous avons réussi à nous réapprovisionner en quantité suffisante pour tenir sur les différents automates. C’est le cas du laboratoire privé de Monaco. Un des associés m’a indiqué avoir commandé et reçu en 4 jours quelques 2 500 kits [écouvillons pour prélèvement nasopharyngé + solution de l’activation + réactif — N.D.L.R.]. Même chose pour le centre scientifique : le matériel a été commandé et reçu.

Quand les automates seront-ils reçus ?

Le centre scientifique doit le recevoir cette semaine. Celui de l’hôpital est en précommande. Car c’est une technique différente, celle des tests antigéniques. Comme c’est une technique innovante, c’est un appareil qui est en cours d’homologation au niveau français. Dès qu’il sera homologué, il sera livré à Monaco. Les délais de livraison ne sont pas les mêmes, car les techniques sont différentes.

Pourquoi avoir ouvert la semaine dernière un centre national de dépistage (lire Monaco Hebdo n° 1165) ?

Jusqu’à présent, il y avait plusieurs pôles de prélèvements à Monaco : le CHPG, le laboratoire privé de ville, le centre médico-sportif et les infirmières de ville qui vont tester à domicile ou sur le lieu de travail. Nous avions la nécessité de continuer à monter en puissance, d’où l’idée de mettre en place des points de prélèvements supplémentaires. Et sur une suggestion de Christophe Robino [conseiller national et médecin néphrologue – N.D.L.R.], plutôt que de multiplier les lieux de prélèvements, l’idée était d’avoir un centre unique. Grâce à l’obligeance de Georges Marsan, maire de Monaco, c’est à l’espace Léo Ferré que nous avons créé le centre national de dépistage.

Depuis quand travailliez-vous sur ce projet de centre de dépistage ?

Depuis tout l’été. Au mois d’août, j’ai fait des réunions avec l’ensemble des acteurs de la filière : l’hôpital princesse Grace, l’Ordre des médecins, la direction de l’action sanitaire et le centre scientifique pour augmenter nos capacités de prélèvements et d’analyses. Car si nous prélevons massivement, il n’y a pas la capacité d’analyse monégasque. Et nos prélèvements partent dans la filière française, avec des résultats qui n’arrivent pas avant six à sept jours ce qui n’est pas satisfaisant. Il a donc fallu à la fois travailler sur une augmentation de nos capacités de prélèvements et un renforcement de notre capacité d’analyses propre à la principauté. Ce qui est complexe, parce qu’il fallait à la fois le personnel, les techniciens qui ne sont pas faciles à recruter, et les automates qui ont été commandés dès fin juillet. Mais les livraisons font qu’ils n’arrivent que maintenant.

Qui peut se présenter au centre de dépistage ?

La méthode est assez facile. Il faut que ce soit un médecin qui actionne le centre d’appels. Cela veut dire que vous avez les symptômes, vous êtes en relation avec votre médecin, il va alors faire le nécessaire. Ou alors vous n’avez pas de symptômes mais vous êtes un cas contact parce qu’une personne a été testée positive dans votre entourage. Il faut donc une prescription médicale d’un médecin de ville, d’un médecin du travail, d’un médecin scolaire, d’un médecin de l’action sanitaire ou bien d’un médecin d’hospitalisation où vous allez être admis. Le centre d’appels va ensuite s’occuper de tout. Il prend vos coordonnées, votre nom, votre prénom, votre adresse, votre numéro d’immatriculation ou votre numéro de téléphone portable et la raison pour laquelle vous avez besoin d’être testé (symptômes, hospitalisation à venir, cas contact…). Dans les 24 heures, le patient est contacté et on fixe un rendez-vous. Tout de suite s’il s’agit d’une urgence. En revanche, si vous êtes « cas contact », il faut attendre 3-4 jours car sinon on ne retrouvera rien avant ce délai. Le résultat de l’analyse est fourni en 24 heures.

Combien de tests quotidiens peuvent être réalisés par le centre ?

Dans ce centre, à l’heure actuelle, il y a deux files de prélèvement qui peuvent chacune réaliser 40 prélèvements pour commencer. Sachant que d’après nos observations, il serait possible d’en faire davantage puisqu’en fait, la personne est accueillie par une personne qui va l’enregistrer. Ensuite, une autre personne va mettre les étiquettes codes-barres. Et l’opération de prélèvement est assez rapide, 3-4 minutes. Pour l’instant, nous comptons 10 minutes par patient. Nous avons donc une marge de progression. Pour autant, nous commençons tranquillement, donc nous avons une capacité de 40 personnes prélevées par file, soit 80 personnes prélevées par jour. Avec la possibilité de monter assez rapidement en puissance, en raccourcissant le temps entre les rendez-vous.

Vous aviez commandé plus de 100 000 tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) pour la campagne de dépistage massive, et un peu moins de 40 000 ont été utilisés : que va devenir le stock de Trod restant ?

Ils sont toujours utilisés. Nous en avons utilisé 38 000 dans le cadre des sessions de “testing” et les rattrapages que nous avons faits jusqu’à mi-juillet 2020. Et à cette date-là, nous avons passé le relais à la ville, aux médecins, aux pharmaciens et aux infirmières. Les pharmaciens et les médecins continuent à tester. Et depuis mi-juillet, ils nous ont pris 4 300 tests. Donc, cela signifie qu’ils continuent à être utilisés.

Quelle est leur utilité maintenant avec le centre de dépistage ?

Ce sont deux choses différentes. Le test au bout du doigt (Trod) permet de déterminer si vous avez été en contact par le passé avec la maladie. Ce test ne dit pas si vous êtes aujourd’hui positif. Or, ce que nous cherchons à savoir, c’est si aujourd’hui vous êtes positif. Au moment du lancement de la campagne, nous voulions savoir comment le virus avait circulé dans notre population générale (résidents, scolaires et salariés) à l’époque de la première vague. Un peu moins de 2 % de la population était positive. Nous avions décidé de tester à l’avenir toutes les personnes présentant des symptômes évocateurs ou toutes les personnes contacts en PCR pour déterminer si elles étaient positives au moment du test. C’est ce que nous faisons encore. À un moment donné, nous avons fait la photo de « est-ce que vous avez croisé le virus ». Et maintenant, nous faisons le diagnostic de « êtes-vous en contact avec le virus ». Ce sont donc deux approches différentes.

Les tests Trod pourraient donc être réutilisés ?

Le Trod pourrait éventuellement être à nouveau utilisé quand nous aurons passé l’épidémie, après la circulation du virus pour, sortant de cette situation, tester à nouveau massivement la population. Et ainsi déterminer quelle était l’évolution entre les deux périodes de “troding”.

Les tests salivaires et antigéniques

La principauté va-t-elle expérimenter les tests salivaires ?

Oui, bien sûr, nous nous intéressons évidemment à cette technique. Nous en avons commandé plus de 10 000, entre 12 et 15 000. Le test est vraiment très commode parce que c’est une petite pipette qui prend de la salive sous la langue. Plus simple, il n’y a pas. Le petit bémol, c’est qu’il est considéré comme peu fiable pour un usage courant, et vraiment utile exclusivement pour les personnes symptomatiques après sept jours de déclaration de la maladie. Moi, je ne veux pas attendre sept jours pour tester une personne en salivaire. Je la teste en PCR tout de suite, pour lever le doute.

Quel est l’intérêt des tests salivaires ?

Les tests salivaires peuvent éventuellement être utiles pour surveiller l’évolution de la maladie, surveiller si une personne est toujours positive… Au lieu de faire des PCR à intervalles réguliers, on pourrait réaliser un test salivaire pour voir à partir de quel moment vous ne secrétez ou n’excrétez plus le virus. L’avantage du test salivaire, c’est qu’il est moins intrusif, il est beaucoup plus facile et plus doux. Mais son inconvénient, c’est qu’il n’a pas un degré de fiabilité très avéré.

Où ces tests vont-ils être expérimentés ?

Comme les tests antigéniques que nous avons reçus, nous allons les expérimenter au centre national de dépistage pour pouvoir comparer. Comme nous l’avions déjà fait à l’époque avec les Trod de différentes marques. La démarche consiste à comparer par rapport à la référence qu’est la PCR : que donnent les tests antigéniques ? Quelles utilités, quels enseignements pour les tests salivaires ?

Monaco va-t-elle aussi expérimenter les tests antigéniques ?

Oui, nous en avons reçu 100. Nous allons les éprouver cette semaine. Il s’agit toujours un prélèvement nasopharyngé, donc ce n’est pas très facile. Il fonctionne un peu comme les Trod. Vous versez la solution sur une petite cassette de réactifs et ensuite vous avez une lecture rapide en fonction de la couleur qui s’affiche. C’est un système qui fonctionne grâce à l’identification d’une des protéines du virus. Si la protéine est présente, cela signifie que le virus est là, donc vous êtes positif. Une entreprise monégasque, Stark, qui travaille sur la protéine Spike du virus est en train d’en fabriquer également. Enfin, le laboratoire Roche, qui est l’un des partenaires du centre scientifique de Monaco, s’apprête aussi à en commercialiser.

Le test proposé par le laboratoire Roche a une petite particularité ?

Oui. Le test antigénique Roche différencie la grippe et le coronavirus. C’est une double indication qui est intéressante. Enfin, le CHPG a un automate Abbott en précommande pour des tests antigéniques. C’est un appareil, qui à la suite du prélèvement nasopharyngé, permettra de faire la manipulation rapide avec un rendu sous une vingtaine de minutes. Le petit souci avec ces tests antigéniques, c’est que ça reste un prélèvement nasopharyngé donc un prélèvement, qui sans être forcément douloureux, est peu agréable.

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« L’avantage du test salivaire, c’est qu’il est moins intrusif, il est beaucoup plus facile et plus doux. Mais son inconvénient, c’est qu’il n’a pas un degré de fiabilité très avéré »

Les vaccins

Fin juillet 2020, vous aviez évoqué trois pistes de vaccins sur lesquelles Monaco s’était placée : où en sont ces pistes aujourd’hui ?

La première piste, le vaccin Moderna est expérimenté aux États-Unis. Il est en phase 3, c’est-à-dire qu’il est en phase d’essai clinique grande échelle : 30 000 personnes y participent. Ce vaccin agit sur l’ARN des cellules. Deuxième piste, le ministre d’État précédent, Serge Telle, a écrit au ministre français de la santé, Olivier Véran, pour lui indiquer que nous souhaiterions, en application des conventions bilatérales France-Monaco, faire partie du contingent approvisionné en vaccins dans le cadre de la distribution française. Il s’agit là des projets développés par un consortium France, Allemagne, Italie, Pays-Bas… qui expérimente plusieurs vaccins, dont le vaccin anglais AstraZeneca qui est, lui aussi, en phase 3 d’essai clinique.

Quelle est la troisième piste ?

Nous sommes en relation avec l’OMS et Gavi, une organisation non gouvernementale qui milite pour un accès à la vaccination pour tous. Dans ce cadre, une initiative a été lancée. Les différents États qui le souhaitent peuvent faire partie d’une sorte de tour de table qui consiste pour eux à manifester leur intérêt pour un approvisionnement en vaccins et moyennant une précommande, un prépaiement, avoir un engagement que des vaccins leur seront proposés. Encore faut-il que ce vaccin nous convienne. Car pour nous, en termes légal, seul un vaccin qui serait approuvé par les autorités françaises peut être utilisé. C’est la loi monégasque et c’est le contenu de nos accords. Il faudra donc forcément que ce vaccin ait une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Suivez-vous d’autres pistes ?

Oui. La quatrième piste, c’est un vaccin australien. Les équipes de l’action sanitaire sont en relation avec les chercheurs australiens. C’est une piste intéressante parce que leur vaccin s’appuie sur un procédé bien éprouvé qui est un procédé d’inactivation du virus. Cela signifie que c’est du virus, une souche virale détruite, inactivée, qu’on injecte pour susciter une réaction. C’est le principe même du vaccin. L’avantage, c’est qu’il s’agit d’une technique vaccinale très éprouvée. Elle évite d’agir sur l’ADN ou l’ARN des cellules. L’ADN et l’ARN des cellules, c’est très innovant, mais comme c’est innovant, il n’y a pas de recul. Et nous, en principauté de Monaco, nous serons extrêmement attentifs à ne proposer à notre population qu’un vaccin dont nous serions tout à fait certains.

Pourquoi la principauté de Monaco s’est-elle engagée dans la recherche de vaccins ?

De manière à avoir plusieurs possibilités qui se présentent à nous. Et surtout, plusieurs techniques vaccinales. Toutes les techniques vaccinales ne se valent pas. Certaines sont éprouvées et on a du recul. D’autres sont extrêmement novatrices, très prometteuses mais comme elles sont novatrices, il est difficile d’avoir un recul suffisant. Puisque ce sont des procédés de fabrication de vaccins qui n’ont jamais été mis en œuvre jusqu’à présent. Ils peuvent fonctionner, les réactions immunitaires sont appropriées et correspondent à ce qui est recherché. Mais il faut être attentif. C’est la raison pour laquelle la principauté a souhaité avoir plusieurs possibilités pour choisir le vaccin, dont elle serait convaincue qu’il serait le plus approprié pour sa population.

Combien la principauté a-t-elle investi dans cette recherche ?

Dans le cadre des contacts avec l’OMS-Gavi, la lettre d’engagement est en cours d’élaboration, mais il faut encore que nous vérifions des choses. Il faut que nous soyons certains que les sommes que nous allons avancer le soient à juste titre. C’est une précommande de vaccins, en quelque sorte. En ce qui concerne le vaccin australien, j’ai fait savoir que nous étions prêts à participer en termes financiers. Mais, pour le moment, ce n’est pas concrétisé, car les Australiens nous font part de leur intérêt d’associer la principauté de Monaco, mais nous ne sommes pas les seuls.

Où en êtes-vous avec Moderna ?

Il n’y a pas eu d’accord, à ce stade. Dans la mesure où le CEO de Moderna [le Français, Stéphane Bancel – N.D.L.R.] a été reçu par le prince souverain. C’est une technique très prometteuse. L’ancien ministre d’État, Serge Telle, avait reçu un document type qui était le document de cadrage juridique. C’est un document « à l’américaine », qui énonce toutes les conditions qui doivent être remplies dans le cadre du futur contrat. C’est-à-dire rédigé en anglais, compétences et tribunaux américains, droit de recours et nullité… Or, ce qui nous intéresse, c’est de savoir combien de vaccins nous seront proposés, et à quel prix. Pour le moment, ces éléments ne nous ont pas encore été présentés.

Quelles sont les pistes les plus avancées ?

La piste Gavi et la piste française. On a aussi beaucoup d’intérêt pour la piste australienne.

Combien de vaccins ont été précommandés ?

Pour l’instant, rien n’est signé. Clairement, nous avons demandé au ministère français de la santé de nous compter dans les contingents de distribution pour la population monégasque, donc grosso modo 40 000 personnes. La France ne nous a pas encore répondu officiellement, mais elle a fait savoir qu’elle prendrait également en compte au niveau du consortium qu’elle a monté, les petits États qui sont autour d’elle. C’est le cas pour Andorre, et pour la principauté de Monaco. Nous attendons désormais une réponse formelle. Dans cette hypothèse, c’est notre population qui est concernée.

Et pour l’engagement OMS-Gavi ?

Dans le cadre de l’engagement OMS-Gavi, vous avez droit à un nombre de vaccins qui correspond à 20 % de votre population, puisque c’est une proposition ouverte à tous les États. Pour être équitable, chaque État peut donc bénéficier, dans un premier temps, d’un contingent de vaccins qui correspond à 20 % de sa population. Et ensuite, avec des réapprovisionnements successifs.

Vous aviez parlé d’un vaccin disponible au premier trimestre 2021 : êtes-vous toujours sur ces délais ?

Les scientifiques considèrent qu’il faut raisonnablement deux ans pour mener à terme des phases 3 de recherche clinique. Les premières phases 3 ont été initiées au mois de juillet 2020, ce qui est extrêmement rapide. Ça veut dire que les phases 1 et 2 ont été menées pratiquement de front. La phase 3 a été engagée, alors que les publications sur les résultats des phases 2 n’étaient pas encore faites. Les phases 3 sont en cours pour, en principe, deux ans.

Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé @ Direction de la Communication-Stéphane Danna

« Le masque marche très bien, mais je ne nous vois pas porter un masque toute notre vie. Le vaccin, c’est la seule possibilité de casser la propagation de l’épidémie. Et on considère que pour qu’un vaccin soit efficace, il faut que 70-80 % de la population soit vaccinée »

Il faudrait donc attendre juillet 2022 pour avoir un vaccin ?

Oui. Cela étant, il y a beaucoup d’investissement, beaucoup d’attente. Et par conséquent, le sentiment qui prévaut, raisonnable, c’est que ces vaccins devraient être validés et disponibles aux alentours du premier trimestre 2021. Aux Etats-Unis, on annonce que les vaccins seront disponibles au mois de novembre 2020, parce qu’il y a une élection qui arrive. C’est peut-être un peu tôt.

Il va ensuite falloir convaincre la population de se faire vacciner ?

C’est très ambivalent. Si on regarde la vaccination en général, vous avez des personnes qui sont tout à fait favorables aux vaccins et qui se font vacciner sans aucune difficulté. Et d’autres qui sont plus réticentes soit pour elle-même, soit pour les enfants. J’ai participé l’année dernière à un “side event” [événement annexe – N.D.L.R.] de l’OMS qui évoquait ce sujet : comment expliquer une désaffection progressive dans les pays développés à l’égard des vaccins ? Les chercheurs des pays développés et des pays africains disent que c’est lié au fait qu’il n’y a plus d’épidémie.

C’est-à-dire ?

Plus vous êtes loin des épidémies, plus vous perdez la conscience du caractère impératif du vaccin. Et ce que disent très bien les Africains, c’est qu’ils sont confrontés à des vagues de pandémies qui font des centaines de milliers de morts. Du coup, les vaccinations sont acceptées et pratiquées. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une pandémie, à une situation qui n’avait pas été connue. Donc, nous allons proposer un vaccin qui est la seule solution pour y faire face. Le masque marche très bien, mais je ne nous vois pas porter un masque toute notre vie. Le vaccin, c’est la seule possibilité de casser la propagation de l’épidémie. Et on considère que pour qu’un vaccin soit efficace, il faut que 70-80 % de la population soit vaccinée.

Mais il y a aussi la crainte d’effets secondaires ?

C’est le rôle du gouvernement de rassurer et d’informer. Ce qui est certain, c’est que nous-mêmes nous n’inviterons pas la population à se faire vacciner et nous ne proposerons pas la vaccination si nous ne sommes pas absolument convaincus du caractère tout à fait sain du vaccin et de son efficacité. Il faut que la réponse immunitaire du patient soit à la hauteur de l’attente du vaccin, et il faut qu’il n’y ait pas d’effet secondaire. C’est la raison pour laquelle il est important de regarder quelles sont les techniques vaccinales, très différentes. Nous sommes extrêmement attentifs.

Le renforcement des mesures sanitaires

Vous avez rendu cet été le port du masque obligatoire dans certains secteurs de la ville : pourquoi ne pas l’avoir étendu à l’ensemble de la principauté ?

Nous avons constaté que le risque était présent quand il y avait une proximité entre les personnes. Et nous avons aussi regardé où les contaminations pouvaient s’effectuer. Et nous avons observé en premier lieu que la contamination survenait un peu plus que par le passé dans le monde du travail. Le masque n’était pas porté dans les “open-spaces” parce qu’avec une distance suffisante, il était considéré que ce n’était pas nécessaire. Nous avons demandé que le masque soit dorénavant porté dans les “open-spaces”. Même chose dans l’administration. Les espaces extérieurs, ce sont ceux où les personnes sont assez proches les unes des autres, comme la place du casino, la place du palais, Monaco Ville. Le constat est que les personnes qui portaient le masque sur la place du casino l’enlevaient sitôt qu’ils quittaient la place. Même chose pour le marché.

Pourquoi ne pas l’avoir généralisé ?

Oui, cela aurait été plus facile. Vous êtes obligé de porter le masque, partout à toute heure. Cela veut dire que si je sors mon chien à 2 heures du matin, il faut que je porte le masque, sinon je suis en infraction. Cela commence donc à être un peu déconnecté des réalités du quotidien. Nous avons donc pensé qu’il était préférable de procéder au cas par cas, dans les zones où il y avait un public important pour n’imposer le port du masque que quand ça nous paraissait réellement indispensable. Dans les autres quartiers, où il y a moins de monde, il ne semblait pas nécessaire de l’imposer. Imposer quelque chose comme le port du masque, c’est à un moment donné une atteinte à la liberté individuelle. Il faut que les mesures soient nécessaires et proportionnées. Une mesure générale n’est pas forcément proportionnée, si une mesure plus adaptée répond au besoin de sécurité sanitaire.

Les Alpes-Maritimes ont renforcé leurs mesures sanitaires le 18 septembre et le 22 septembre 2020 : Monaco va-t-elle suivre le mouvement en raison de la circulation du virus ?

Cela fait partie des points qui sont en discussion et en réflexion. Il faut relever que certaines des mesures annoncées sont déjà en application en principauté de Monaco. Elles avaient été mises en œuvre à la levée du confinement : port du masque chez les enfants, pas de rassemblement de plus de 5 personnes, espacement des tables, pas de table de plus de 10 personnes au restaurant… Ces règles n’étaient pas en application dans le pays voisin. Le contrôle ou l’attention portée dans les EHPAD étaient aussi renforcés à Monaco.

Vous n’allez donc pas renforcer les mesures ?

Un certain nombre de mesures ont été prises récemment. Patrice Cellario a annoncé une restriction des déplacements scolaires. On considère qu’à part les enfants qui vont au centre de loisirs prince Albert II à La Turbie, il n’est pas indispensable en ce moment de se déplacer. La No Finish Line 2020 doit aussi être reportée. Évidemment c’est une contrariété, car c’est une manifestation magnifique qui rapporte des sommes importantes pour des causes humanitaires. Mais cette année, c’était beaucoup trop complexe. C’était faire prendre un risque, donc la décision est sensée et consiste à reporter l’événement. Nous réinterrogeons sans cesse nos protocoles sanitaires et nos mesures.

Les bars et restaurants de la principauté peuvent-ils être concernés par une fermeture plus précoce ?

C’est un peu tôt pour répondre. Nous regardons le comportement de l’épidémie à Monaco. Évidemment nous regardons attentivement ce qui se passe chez nos voisins, car il n’y a pas de porosité. À ce stade, notre taux de contaminations est quand même nettement en dessous du taux français. Mais le ministre d’État regarde ces différents éléments avec attention, il en parle avec son gouvernement et recueille les instructions du souverain. À ce stade, je n’ai pas d’effet d’annonce à faire, parce que ce serait prématuré.

Le label Monaco Safe

Vous avez lancé le label Monaco Safe cet été : quel bilan dressez-vous de cette campagne ?

Cette campagne a bien marché. Nous l’avons lancée dans un contexte de sortie de confinement, de reprise d’activité, de très faible circulation du virus. Ce contexte a aujourd’hui changé. Les commerçants et opérateurs ont été nombreux à demander le label. Leur ressenti, c’est qu’il était très bien perçu par la clientèle. Parce que c’était le signe d’un engagement de la part du bénéficiaire de faire respecter les règles. Dans cette période de préoccupation de la part de la clientèle, se dire « je viens dans un lieu certifié, donc je sais qu’on fait attention », c’était apprécié de la clientèle. Et comme c’était apprécié de la clientèle, ça l’était aussi de la part des opérateurs qui étaient en demande.

Combien d’établissements ont obtenu le label ?

Au 21 septembre 2020, 170 établissements étaient labellisés : 17 établissements culturels, 8 agences immobilières, 70 commerces, 8 hôtels, une trentaine de restaurants, 5 salons de coiffure, 5 établissements financiers, et une vingtaine d’autres activités comme les imprimeries, les assurances ou les business centers. Vingt-trois services administratifs ont aussi obtenu ce label.

Les exploitants ont-ils pu évaluer le bénéfice de ce label ?

C’est difficile. Ils nous ont dit que c’était très rassurant et recherché par la clientèle, notamment dans les hôtels. Les clients viennent chez nous, parce que c’est Monaco, mais aussi parce que c’est labellisé. Cela nous porte à penser que oui, il a dû y avoir un effet sur le chiffre d’affaires. Mais le quantifier est extrêmement difficile. Est-ce que certains clients ne seraient pas venus ? Possible. Est-ce que certains clients ne seraient pas entrés dans le commerce ? Possible. Mais c’est difficile de quantifier une perte potentielle de chiffre d’affaires par rapport à ce qui a été constaté.

En tant que conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, vous devez gérer une crise sans précédent : comment le vivez-vous ?

Je le vis comme mes collègues. Ce n’est pas facile. Parce que c’est un phénomène totalement nouveau, qui était totalement imprévu, qui a imposé une réactivité extrêmement importante dans tous les domaines. À la fois dans le domaine de la santé : comment prévenir, comment guérir, comment accompagner. Et dans le domaine du travail : comment protéger les salariés, comment protéger les entreprises, accompagner le retour à l’emploi, éviter les plans sociaux… Donc c’est d’une complexité extrême qui nécessite une mobilisation de tous les instants. Parfois, on a pu me reprocher de ne pas anticiper suffisamment. Oui, c’est possible, mais comme toutes les personnes qui s’engagent et comme tous les membres de l’équipe ici, nous faisons notre maximum tous les jours, parfois le samedi le dimanche. On est extrêmement attentif.

Est-ce plus difficile à gérer à Monaco qu’ailleurs ?

Monaco est un petit pays, donc l’avantage c’est qu’il y a une agilité et une réactivité incontestable. Mais comme nous sommes un petit pays, nous n’avons pas les leviers des autres. Par exemple, pour être très concret, il est difficile pour nous de fabriquer des automates et des réactifs, à la différence des Allemands, des Italiens… Nous n’avons pas ces ressources. Nous avons le centre scientifique de Monaco qui fait un travail extraordinaire. Il a modifié son automate, qui permettait de travailler sur l’ADN des coraux, pour nous permettre de prendre en compte nos propres prélèvements. C’est très bien, mais ce sont des moyens modestes à l’échelle d’un État comme la principauté.

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