jeudi 16 septembre 2021
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Bac 2021 : Les « aménagements » de Jean-Michel Blanquer peinent à convaincre les lycéens

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Alors que le baccalauréat 2021 se déroulera dans cinq semaines, le ministre français de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé quelques assouplissements pour ces épreuves, dont la tenue a donc été confirmée.

Interrogée dans les colonnes de Monaco Hebdo n°1195, la directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Isabelle Bonnal, a rappelé que le brevet et le baccalauréat sont des examens français. Et que, par conséquent, Monaco doit appliquer les directives du ministère français de l’éducation nationale. Or, depuis quelques semaines, des organisations de lycéens réclament l’annulation de l’écrit de philosophie et du grand oral, pour cause de crise sanitaire.

« Aménagements »

Dès le 3 mai 2021, Jean-Michel Blanquer a réagi. Il a décidé de lâcher du lest, se disant ouvert à quelques « aménagements ». Et ça n’aura pas traîné, puisque 48 heures plus tard, le ministre français de l’éducation nationale s’est exprimé sur France 2 pour évoquer ce sujet sensible (1). Les deux épreuves prévues en terminale et les deux épreuves de première auront bien lieu, en ce qui concerne la voie générale et technologique, tout comme pour celles qui relèvent de la voie professionnelle. Pour la philosophie, le meilleur résultat obtenu à l’occasion de l’épreuve écrite du 17 juin 2021 ou la moyenne de l’année sera pris en compte. De plus, cette épreuve de philosophie sera structurée exceptionnellement autour de quatre sujets au choix, contre trois habituellement : il y aura une explication de texte et trois dissertation. En ce qui concerne le grand oral, il est toujours prévu entre le 21 juin et le 2 juillet 2021. Plusieurs assouplissements ont été décidés. D’abord, le candidat pourra indiquer au jury les thèmes et les sujets qui n’auront pas pu être traités dans le programme. Ensuite, il pourra aussi se présenter à cette épreuve muni de ses « notes de préparation », qu’il pourra donc conserver pendant son oral. Enfin, le candidat sera également autorisé à faire appel, s’il le souhaite, à un « support », par exemple un tableau, afin de soutenir sa démonstration. Des changements ont aussi été apportés à l’épreuve écrite de français pour les classes de première. L’ensemble des sujets présente le double des exercices prévus. Ainsi, pour la voie générale, le 17 juin 2021, les élèves seront confrontés à deux séries de trois sujets de dissertation et deux commentaires sur deux objets d’étude différents. Pour la voie technologique, les candidats feront face à deux commentaires et deux contractions de textes, qui seront chacune prolongée par un essai. Quant à l’oral de français, organisé, comme le grand oral, entre le 21 juin et le 2 juillet 2021, l’élève se verra proposer deux textes, parmi lesquels il sera donc amené à faire son choix. Enfin, les épreuves finales des enseignements généraux du baccalauréat professionnel ont également été maintenues à partie de la mi-juin 2021. Mais pour l’obtention du diplôme, seules les deux meilleures notes de ces épreuves seront comptabilisées.

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« Bricolage » 

Evoquant devant le Sénat le 5 mai 2021 une solution « bienveillante » et « pragmatique », Jean-Michel Blanquer estime avoir permis au baccalauréat de conserver sa valeur, tout en évitant la « rupture d’égalité » entre les différents lycéens. On se souvient que, le 2 mai 2021, le ministre français de l’éducation avait estimé dans Le Journal Du Dimanche (JDD) que « généraliser le contrôle continu – on est déjà à 80 % – n’est pas dans l’intérêt de l’élève ». C’est pourtant une annulation des épreuves et un contrôle continu total que réclame une partie du corps enseignant français, notamment le SNES-FSU, soutenus par les parents de la FCPE et les organisations de lycéens, avec l’Union nationale lycéenne (UNL) et le Mouvement national lycéen (MNL). Le hashtag #bacnoir a émergé sur les réseaux sociaux, et entre 100 et 200 établissements ont été bloqués les 4 et 5 mai 2021. Interrogé par nos confrères de Franceinfo, le porte-parole du MNL, Antonin Nouvian, a réagi, en évoquant un « bricolage », tout en demandant à « continuer la mobilisation ». Dans un communiqué, le SNES-FSU a pointé du doigt la solution retenue pour la philosophie, qui risque, selon ce syndicat majoritaire dans les collèges et les lycées français, de mener à «rejouer le chaos du bac 2019 et 2020, où les jurys avaient été amenés à modifier les notes de manière incompréhensible, et avaient parfois constaté des pratiques douteuses […], conduisant à des ruptures d’égalité inédites ». Réagissant à son tour par le biais d’un communiqué publié le 5 mai 2021, le Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur a jugé que cette « solution pour la philosophie n’est justifiée par rien. Soit le ministère estime que l’épreuve peut se tenir, et alors elle doit se tenir normalement, avec un plus grand choix de sujets. Soit elle ne le peut pas, et alors on doit faire comme l’an dernier». Pour le grand oral, ce syndicat ne comprend pas non plus la logique retenue par Jean-Michel Blanquer : « On maintient sans changement, ou presque, l’épreuve la moins bien préparée par les élèves comme par les examinateurs. On s’assoit sur le pédagogique pour faire prévaloir le symbole politique. » Seule exception dans cette série de réactions négatives, les proviseurs du SNPDEN-UNSA qui ont estimé que les annonces faites par le ministère français de l’éducation relevaient d’un « compromis raisonnable ». Pour enfoncer le clou, Jean-Michel Blanquer a écrit aux enseignants et aux chefs d’établissements, afin de leur expliquer pourquoi il estime qu’il faut maintenir les épreuves terminales du baccalauréat : « Non seulement parce que cet examen est sans conteste le plus grand rite de notre école républicaine, mais surtout parce qu’il est l’aboutissement d’un parcours d’apprentissage dans l’enseignement secondaire et une porte d’entrée vers l’avenir de l’enseignement supérieur. » Désormais, seule une grave dégradation de la situation sanitaire dans les prochaines semaines semble pouvoir provoquer de nouveaux changements dans l’organisation de ce baccalauréat 2021. A suivre.

1) Le détail de l’ensemble des changements pour le baccalauréat général, technologique et professionnel a fait l’objet d’un communiqué publié sur le site Internet du ministère français de l’éducation nationale : https://www.education.gouv.fr/baccalaureat-general-technologique-et-professionnel-modalites-de-passage-des-examens-en-2021-323144.

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Monaco Hebdo