jeudi 15 avril 2021
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“L’homme influent du Conseil national est socialiste”

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Alors que les élus du Conseil national sont à mi-mandat, Monaco Hebdo fait le point avec le leader de l’opposition Rassemblement & Enjeux (R&E), Laurent Nouvion.


Monaco Hebdo?: Votre analyse, à mi-mandat??

Laurent Nouvion?: On a eu deux périodes. Une première période très active sous la présidence de Stéphane Valeri, sur le plan législatif et politique. Avec le ministre d’Etat de l’époque, Jean-Paul Proust, dès février?2008, ils ont agi tous les deux de manière très proche. Et une période beaucoup plus calme, avec le nouveau président, Jean-François Robillon.

M.H.?: Les apports de Rassemblement & Enjeux (R&E)??

L.N.?: Beaucoup de textes ont été votés. Et on a essayé d’en amender certains. Exemple?: le texte sur l’interdiction de fumer à Monaco. Or, deux ans après, on se rend compte que ce que R&E avait dit était vrai. Car sur le principe de l’interdiction pour la santé, je suis pour. Mais sur l’interdiction totale, non. Surtout dans une période économique délicate. Du coup, j’avais réclamé quelques dérogations. Notamment pour des entreprises comme la Société des bains de mer (SBM). Mais on n’a pas été écouté.

M.H.?: Mais la santé passe avant l’argent?!

L.N.?: On me fait souvent ce reproche. Or, la priorité, c’est de remettre le modèle économique au centre de nos préoccupations. Parce qu’il faut que le modèle économique de Monaco soit revu pour qu’on dégage à nouveau des bénéfices. Car c’est le seul moyen qui nous permettra de conserver notre modèle social. Et qui permettra aux Monégasques de continuer à avoir des avantages. Le problème, c’est que depuis 8 ans, on fait le contraire. Avec comme priorité le modèle social, parfois au détriment de certaines structures économiques.

M.H.?: Des regrets à mi-mandat??

L.N.?: Bien sûr. Comme de voir des arbitrages rendus systématiquement en faveur de la majorité du Conseil national. Notamment à propos du budget. Et avec l’assentiment du ministre d’Etat. Exemple?: l’affaire Odéon, où on n’a pas respecté les textes. Notamment à propos de la commission de placement des fonds. Attention?: je n’ai jamais été contre la tour Odéon. Mais je suis contre les conditions qu’on nous a présentées pour la tour Odéon. Ces conditions étaient inacceptables.

M.H.?: Il y a eu d’autres textes importants??

L.N.?: Le contrat habitation-capitalisation. Un contrat que, dès le départ, j’ai considéré comme une sorte de «?superbail?». Car en matière de succession, ce n’est pas évident à gérer. Or, dans le budget rectificatif 2010, je constate une baisse de 71?% pour la ligne qui concerne les rentrées de ce contrat habitation-capitalisation. Il faut dire que le succès n’est pas celui qui nous a été vendu par la majorité du Conseil national.

M.H.?: Pourquoi ça marche moins bien que prévu??

L.N.?: Les Monégasques ont du bon sens. Du coup, ils se sont aperçus que pour gérer une succession, c’était compliqué. Mais c’est encore trop tôt pour faire un bilan. On en fera un dans deux ans, au moment des élections.

M.H.?: Mais la majorité Union pour la Principauté (UP) juge que vous critiquez toujours sans rien proposer??

L.N.?: Tout le travail d’amendements et d’apports fait par R&E en commission est invisible. Du coup, la population ne le voit pas. Et bien sûr, la majorité ne va pas le crier sur les toits. Mais je mets au défi la majorité de ne pas constater le travail des 3 élus de R&E depuis deux ans et demi.


M.H.?: Vous allez faire des propositions de loi??

L.N.?: Mais on en a déjà fait?! Comme un texte sur le secret professionnel, déposé il y a 18 mois, mais qu’on a dû retirer sous la pression. Alors on l’a réécrit. Et il est prêt à être déposé à nouveau. Et pour être encore plus efficace, avec Christophe Steiner et Marc Burini, on a décidé de recruter un attaché parlementaire à la rentrée. Un attaché qu’on paiera nous-même, bien sûr. Ce qui nous aidera pour rédiger nos propositions de loi.

M.H.?: Lesquelles??

L.N.?: On travaille sur une proposition de loi sur l’auto-entrepreneur qu’on aimerait retranscrire à Monaco. Mais aussi sur une proposition sur un fonds d’aide réservé aux commerçants et à la première installation en Principauté. Sans oublier un texte sur les peines de substitution. Ce qui permettrait de réaliser des travaux d’intérêt collectifs auprès des personnes âgées, sur la voie publique ou autre. Bref, on fourmille d’idées. Mais l’urgence, c’est la loi d’organisation du Conseil national.

M.H.?: Pourquoi??

L.N.?: Parce que cette loi n’a toujours pas été mise à jour. Mais la majorité UP a décidé de retarder encore l’examen de ce projet qui a été déposé par le gouvernement en décembre dernier?! C’est pourtant un texte essentiel. Car ce texte dit, par exemple, que les permanents du Conseil national doivent être apolitiques. Or, 90?% des permanents sont à l’UP?! C’est un fait. En revanche, que le cabinet soit politisé, c’est normal.

M.H.?: L’implosion de la majorité Union pour Monaco (UPM) vous a surpris??

L.N.?: Non. Car il y a des tensions depuis des années, avec un UP divisé. D’ailleurs, en 2006, alors que je faisais partie de l’UP et que j’ai commencé à remettre en cause le chef après avoir vérifié ce qui se passait en coulisses, il y a eu une levée de boucliers. Comme dans les sectes. Mais aujourd’hui, le patron de la secte est parti, parce que, comme je l’avais annoncé, Stéphane Valeri a utilisé son mandat de président du Conseil national pour entrer au gouvernement. Ce qui est arrivé deux ans après. Résultat, un mois après son départ, des bagarres ont éclaté. Même si, dès septembre, c’était déjà assez chaud.

M.H.?: Les conséquences de cette implosion??

L.N.?: Des divisions. Avec d’un côté, Anne-Poyard Vatrican et Jean-Michel Cucchi, même s’il n’est plus élu. Et de l’autre, le trio Jean-François Robillon, Jean-Charles Gardetto et Fabrice Notari. Ensuite, il y a aussi des électrons libres. Du coup, difficile de savoir qui tient les rênes.

M.H.?: Votre analyse sur les 6 premiers mois de Jean-François Robillon comme président du Conseil national??
L.N.?: Politiquement, Jean-François Robillon est creux. D’ailleurs, je constate qu’au Conseil national, le rythme a beaucoup baissé. Pareil pour l’organisation. Alors que le calendrier prévisionnel des réunions a changé 94 fois?! Or, on travaille tous. Et on a tous des emplois du temps compliqués. Mais ce qui me surprend le plus, ce sont les attaques et la haine du président Robillon contre R&E.

M.H.?: C’est-à-dire??

L.N.?: Jean-François Robillon a dit qu’on était là pour protéger et soigner nos intérêts personnels. Donc j’aimerais qu’il explique publiquement comment?! Car je le mets au défi de démontrer que j’utilise mon mandat au Conseil national pour obtenir des avantages ou des faveurs de l’Etat. Même chose pour mes collègues Marc Burini et Christophe Steiner. De plus, Jean-François Robillon est influencé.

M.H.?: Par qui??

L.N.?: Par son chef de cabinet, Jean-Sébastien Fiorucci, qui est un garçon intelligent, et qui est socialiste. Bien sûr, je respecte beaucoup les socialistes. Mais je ne vois pas pourquoi on ne le dit pas. Car du coup, l’homme influent du Conseil national est socialiste.

M.H.?: Après l’implosion de l’UPM, vous allez vous rapprocher de l’Union nationale pour l’avenir de Monaco (Unam)??

L.N.?: Mais j’ai toujours été en rapport avec l’Unam?! Au fond, l’Unam, ce sont des centristes. D’ailleurs, ils sont proches du terrain et font un gros travail.

M.H.?: Vous croyez à une reprise du dialogue social entre la fédération patronale et l’union des syndicats??

L.N.?: Il manque une force syndicale médiane, entre la fédération patronale et l’union des syndicats. Une sorte d’interface, avec un rôle de facilitateur pour arriver à ce que des discussions aient lieu.

M.H.?: Le gel du projet du nouvel hôpital, c’est une bonne idée??

L.N.?: Je suis stupéfait que ce projet ait pu sortir au départ, avec un budget aussi énorme. Il faut dire que cet hôpital a été conçu dans une période économique favorable. Mais aujourd’hui, la crise est là. Donc je salue la décision du Prince d’avoir gelé ce projet. D’ici le printemps, le ministre d’Etat, Michel Roger, annoncera sur quel terrain cet hôpital sera construit. Mais il y a encore des problèmes.

M.H.?: C’est-à-dire??

L.N.?: Un groupe santé a été créé au Conseil national en mars?2008. J’en fais partie, mais il ne s’est jamais réuni?! Ce qui est assez incroyable, alors qu’un projet d’hôpital à 700?millions a été lancé. Surtout quand on sait que les études sur cet hôpital, la médiathèque et Testimonio ont déjà coûté entre 25 et 30?millions. De l’argent public a donc été gaspillé. En tout cas, j’ai peur que le budget de la médiathèque soit réduit de moitié.

M.H.?: D’autres craintes??

L.N.?: Oui. Sur le budget rectificatif, pour la première fois depuis 40 ans, le budget d’équipement est en dessous de 20?% du budget total. La faute aux reports de crédits, aux reports de chantier, aux ralentissements et aux problèmes techniques sur les chantiers. Alors qu’à l’inverse, les dépenses en frais de fonctionnement et d’intervention publiques augmentent. Or, ce sont ces dépenses-là sur lesquelles on devrait faire des économies. Car Monaco ne doit pas vivre au-dessus de ses moyens. En fait, il faudrait passer le budget de l’Etat à la paille de fer?!

M.H.?: Mais Michel Roger a annoncé un déficit en baisse??

L.N.?: Mais notre budget devrait être à l’équilibre?! Pas en déficit. Quand on a 800, on dépense 800. Pas plus. Car notre fonds de réserve, c’est la garantie d’indépendance de Monaco. Sans réserve d’argent, on sera dépendant de la France. Bref, l’Etat doit réduire son train de vie.

M.H.?: Mais le ministre a aussi parlé d’un financement public pour l’extension en mer à Fontvieille??

L.N.?: Ça ne me choque pas. Au fond, il faudrait que Monaco se dote d’une comptabilité publique et donc d’un rating. Ce qui permettrait, comme à Singapour, grâce à des finances transparentes et auditées, que l’Etat puisse émettre des obligations. Des obligations émises uniquement à Monaco, par l’intermédiaire des banques locales. De plus, ces obligations seraient réservées exclusivement aux résidents. Ce qui pourrait aider à financer Fontvieille 2. Bien sûr, ce n’est pas la seule solution, mais ça en est une.

M.H.?: Le fonds de réserve doit être encore plus transparent??

L.N.?: Donner la partie liquide et immobilisée de ce fonds ou le nombre d’actions de la Société des bains de mer (SBM), oui. Mais aller plus loin, non. Quand Bernard Pasquier, attaché du Conseil national pour les questions économiques et financières, se répand dans la presse (1) pour donner des chiffres et des détails qui sont confidentiels, c’est un dysfonctionnement de Jean-François Robillon. Il n’a pas à parler dans les journaux car il n’est ni élu, ni président.

M.H.?: Vous comprenez l’élu UP Gérard Bertrand qui a été choqué par votre proposition de réserver 20?% des logements neufs à des enfants du pays??

L.N.?: Non seulement ces propos rapportés par Gérard Bertrand ont été tenus dans une séance privée, mais en plus, ils ont été déformés. J’ai dit, uniquement à propos de la villa Ida, qu’il valait mieux préempter les maisons autour pour faire une opération plus grande et réserver 20?% aux enfants du pays. Ce qui permettrait de lancer la première opération mixte de ce type en Principauté.

M.H.?: Vous êtes d’accord avec la majorité UP qui estime qu’il y une pénurie de logements pour les Monégasques??

L.N.?: D’abord, c’est scandaleux qu’aucun élu de l’opposition ne siège à la commission d’attribution des logements domaniaux. Aujourd’hui, il y a 3?000 domaniaux. Et c’est vrai qu’il y a un manque de F2 avec une quarantaine de familles qui attendent. Mais difficile de parler de pénurie quand on sait que 40?% des logements proposés sont refusés. Du coup, il faudrait attribuer les appartements selon une priorité?: d’abord, ceux qui ne sont pas dans les domaines, ensuite ceux qui sont déjà dans un domanial mais dont les besoins ont changé. Enfin, les demandes qui relèvent du confort. Ce qui fait entre 60 et 80 demandes recevables par an. C’est un effort lourd, mais possible pour l’Etat.

M.H.?: Les solutions que vous proposez??

L.N.?: Pourquoi ne pas créer une bourse d’échange des logements domaniaux gérée sur Internet?? Mais ce que je regrette, c’est que ce dossier sensible soit systématiquement politisé. Car ça ne doit pas être un instrument électoraliste.

M.H.?: Vous serez candidat aux prochaines élections??

L.N.?: Je ne sais pas. Mais disons que la tendance
est plutôt favorable.

(1) Laurent Nouvion fait référence à l’interview de Bernard Pasquier, publiée dans nos colonnes (MH n°?700).

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