vendredi 27 novembre 2020
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A Monaco, face au Covid-19, le tourisme cherche à rebondir

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Alors que la fréquentation des hôtels monégasques a été nettement impactée par la crise sanitaire, les professionnels du secteur ne manquent pas de pistes pour les prochains mois et les prochaines années.

Ils les ont évoquées pendant un webinaire organisé par le Monaco Economic Board.

En 2019, selon les chiffres de la direction du tourisme et des congrès (DTC), quelque 330 000 personnes avaient séjourné dans les hôtels monégasques. Lors de la dernière enquête sur le tourisme global dans la principauté, qui certes remonte à 2010 mais constitue tout de même un solide indicateur, Monaco était visitée par 6 à 7 millions de personnes par an. La part du tourisme dans le PIB national était estimée, jusque-là, à 12-13 % de la production de richesse. Lorsque viendra le temps de faire le bilan de 2020, année marquée par la crise du coronavirus et les restrictions internationales de déplacement, qui peut dire à quel point ces chiffres se seront détériorés ? Et surtout, comment rebondir ? C’est pour répondre à ces deux questions — et à d’autres — que le Monaco Economic Board (MEB), un organisme qui assure la promotion de l’activité économique de la principauté et participe à son développement, a organisé à la fin du mois de septembre 2020 un webinaire, baptisé « Les défis de l’année 2020 : La réponse du secteur du tourisme ». Guy Antognelli, directeur de la DTC, Frédéric Darnet, directeur général du Monte-Carlo Bay, Serge Ethuin, directeur général de l’hôtel Métropole, Axel Hoppenot, vice-président exécutif de la Société des Bains de Mer (SBM) et Maurizio Spinetta, directeur général de Jet Travel, y ont participé.

« Cela aurait pu être pire »

« Sans surprise, l’été a été compliqué, commente Serge Ethuin, à la tête de l’hôtel Métropole. Cela a probablement été le pire de l’histoire de l’établissement, et le pire de la destination touristique. Cependant, il a été meilleur que prévu, grâce à la proximité et au dynamisme du marché régional qui a constitué un soutien pour nous comme pour Monaco. L’hôtel a ainsi connu un taux d’occupation de l’ordre de 40 % en juillet et août 2020, ce qui est moitié moins que la même période l’an passé… Mais au moins, c’est déjà la moitié de ce qui avait été constaté à l’été 2019 ! Je pense que beaucoup de destinations n’ont pas obtenu ce niveau de résultat, donc au final c’est un sentiment mitigé, mais ça aurait pu être pire. » Et pour septembre 2020 ? « Cela a été plus difficile, beaucoup d’événements ont été annulés pour des raisons sanitaires. Notre taux d’occupation est tombé à 20 %. Mais nous avons tenu à conserver notre stratégie tarifaire, c’était important pour nous et pour la destination touristique qu’est Monaco. » Même constat du côté de Frédéric Darnet, directeur général du Monte-Carlo Bay. « La saison estivale a été marquée par une nette hausse de la clientèle française, confirme-t-il. Celle-ci a représenté jusqu’à 60 % des personnes présentes dans l’établissement, contre 20 % en temps normal. Il nous a manqué la clientèle internationale, mais les frontières ont été fermées et les échanges limités, que ce soit avec le Moyen-Orient, les pays de l’Est ou le marché nord-américain. Nous sommes néanmoins parvenus à atteindre nos prévisions, ce qui est positif, grâce à notre politique commerciale et à notre management, sans porter atteinte à nos prix, notre qualité ou le produit proposé aux voyageurs. »

« Poursuite des restrictions sanitaires »

« En effet, conformément à ce qui pouvait être anticipé, les Européens ont représenté une nette majorité des touristes en principauté de Monaco cet été, confirme Guy Antognelli, pour la DTC. Beaucoup venaient de France, de Suisse et d’Italie, mais nous avons également constaté une hausse des personnes originaires de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne. En fait, ce sont les personnes qui avaient la possibilité de venir à Monaco en voiture qui ont visité le territoire et séjourné dans les hôtels. » Le tourisme d’affaires a, pour sa part, nettement souffert des annulations d’événements et de congrès depuis le début de la crise du coronavirus. Celles-ci se sont poursuivies à la rentrée. À tel point que le premier événement maintenu, depuis le confinement, a été… les Assises de la sécurité, à la mi-octobre 2020 ! « Le tourisme d’affaires représente environ 25 % de notre activité, estime Axel Hoppenot, vice-président exécutif de la SBM. Depuis le début de l’année, nous constatons une baisse de l’ordre de -73 % de celle-ci… Au départ, beaucoup d’entreprises ont été en mesure de reprogrammer leurs événements au quatrième trimestre, et, de fait, notre prévision, c’était que le secteur “business” pourrait redémarrer en septembre 2020, pour un retour à la normale d’ici le mois de mars 2021. Or, nous constatons actuellement que de plus en plus de pays se dirigent vers davantage de restrictions et de mesures sanitaires, ce qui va rendre la situation encore plus compliquée. » Une situation qui a, du reste, entraîné l’annonce début octobre 2020 par la SBM d’un plan de restructuration global, pour une économie d’exploitation de l’ordre de 25 millions d’euros par an, avec notamment un plan de départs volontaires et un « plan de départs collectifs ».

2021, année d’incertitudes

Et pour 2021 ? Sur ce point, les avis des experts réunis par le MEB sont unanimes : les incertitudes demeurent. « Nous restons attentifs aux évolutions quant aux restrictions de circulation, aux fermetures de frontières, aux possibilités de reconfinement, indique Serge Ethuin. Ce qui est certain, c’est que les clients de notre marché historique (les États-Unis, le Moyen-Orient, la Russie, le Royaume-Uni) ne seront pas là une partie de l’année. C’est pourquoi nous sommes déterminés à développer notre marché de proximité et d’autres sources de revenus, sur lequel nous ne sommes peut-être pas assez investis par le passé, comme l’Autriche, par exemple. » Même constat pour Frédéric Darnet : « Nous sommes extrêmement liés à la santé du transport aérien. Celui-ci a connu un très net déclin en 2020 et nous pensons au sein du groupe que nous ne pourrons pas atteindre un niveau d’activité comparable aux années précédentes avant 2023. Pour l’instant, il nous faut développer des événements hybrides et nous réinventer, pour surprendre encore et toujours nos clients. » Pour le directeur général de Jet Travel, Maurizio Spinetta, « 2021 sera une année assez difficile. Nous n’avons pas vraiment de visibilité sur les voyages dans les prochains mois ou années. Les règles ne sont pas très claires : certains pays imposent des quarantaines, d’autres la réalisation de tests PCR… Il faut que tout cela s’arrête pour imaginer un retour à la normale dans le secteur. » Retour à la normale d’autant plus difficile que de très nombreuses agences de voyage de par le monde ont dû stopper ou ralentir leurs activités, tous niveaux de prestations confondus, après avoir organisé en urgence le retour de leurs clients dans leurs pays d’origine. De grands noms du secteur sont ainsi menacés. Thomas Cook, alors plus vieux voyagiste du monde encore en activité, a même fait faillite à la rentrée, entraînant le rapatriement de 600 000 vacanciers.

Un label Monaco Safe apprécié

Pour le moment, les professionnels du tourisme doivent encore composer avec de stricts protocoles sanitaires (distanciation sociale, gel hydroalcoolique…). Mais ils assurent tenter de faire de ces normes nouvelles un avantage, voire un argument pour séduire les clients. Ainsi, le label Monaco Safe, délivré par le gouvernement depuis l’été 2020, a été très apprécié des groupes hôteliers, permettant de fait de rassurer les voyageurs. Ils imaginent également diverses façons de faire « monter en gamme » les obligations d’hygiène (lettres cachetées à l’arrivée des clients, gel pour se laver les mains présenté comme le serait un parfum…). « Nous travaillons avec nos clients, main dans la main, face à ces protocoles, explique Frédéric Darnet. Le Covid-19 ne doit pas nous séparer, mais nous rassembler, nous pousser à agir ensemble. » Quant à la concurrence d’Airbnb, qui représente 100 à 200 appartements dans la principauté, elle ne semble pas inquiéter outre-mesure, quelle que soit l’évolution de la crise sanitaire. « Airbnb ne devrait pas nous empêcher de grandir, estime Axel Hoppenot. Notre clientèle s’attend à un haut niveau de services, dans une destination où 90 % de la capacité hôtelière se trouve dans des établissements 4 étoiles ou plus. » « Airbnb peut être une solution intéressante lorsque les hôtels sont pleins, confirme Guy Antognelli. C’est une offre différente de celle des établissements hôteliers, moins en adéquation avec ce à quoi l’on attend d’un séjour dans une ville comme Monaco. » C’est d’autant plus vrai que cette notion « d’expérience » semble être la priorité des professionnels monégasques du tourisme. « Nous devons adresser notre marché d’une manière différente, poursuit Guy Antognelli. Maintenant, les gens ont conscience de l’importance de l’expérience sociale, de se voir “en vrai”, du fait que la technologie est un outil et non une finalité. La raison d’être du tourisme, c’est la découverte de nouvelles cultures, de nouvelles personnes, le temps passé avec les personnes que l’on aime, le partage d’émotions. Monaco était déjà sur ce chemin, avec son expérience unique, mais c’est une dimension que nous allons encore plus développer dans les prochaines années pour faire revenir les clients. »

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