vendredi 27 novembre 2020
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Tourisme à Monaco Pour Guy Antognelli, « on y verra plus clair en avril-mai 2021 »

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La crise sanitaire du Covid-19, et les restrictions de déplacements qui en découlent, laissaient craindre le pire sur la haute saison touristique à Monaco.

Mais, loin d’être satisfaisant, le résultat s’avère finalement moins pire que prévu, selon la direction du tourisme et des congrès (DTC). Hôtels, restaurants, commerces… Son directeur, Guy Antognelli, dresse pour Monaco Hebdo le bilan d’un été 2020 pas comme les autres. Il évoque également des premières pistes pour relancer un secteur, qui s’apprête à vivre encore des mois difficiles cet hiver.

Le bilan des hôtels

Quel bilan général dressez-vous de la saison touristique estivale à Monaco ?

Il est satisfaisant par rapport aux prévisions que l’on avait faites. Mais il n’est pas satisfaisant bien évidemment. On a limité les dégâts. Le chiffre d’affaires a en fait baissé de 50 %. Dans l’hôtellerie, les CDD n’ont pas été renouvelés, et les saisonniers n’ont pas été embauchés, ce qui a permis aux hôtels de réduire leurs coûts. Le chômage total temporaire renforcé (CTTR) a aussi permis de prendre en charge une partie des salariés. On n’a pas préservé la rentabilité, mais on a limité les dégâts.

Quelle était la fréquentation dans les hôtels monégasques cet été ?

Concernant le taux d’occupation, sur juillet 2020, on fait 40 % au lieu de 79 % (en 2019) et en août, on fait 56 % au lieu de 80 % (en 2019). Avec une baisse de prix, somme toute, très modérée. C’est-à-dire que le prix moyen a baissé de 13 % au mois de juillet, et de 9 % au mois d’août.

C’est-à-dire ?

Il s’agit du prix moyen de la chambre vendue dans les hôtels de la principauté. Mais les hôtels n’ont pas baissé le prix des chambres. Comme l’a indiqué Jean-Luc Biamonti [directeur général de la Société des Bains de Mer (SBM) – N.D.L.R.], ils ont voulu baisser les prix, mais ils se sont aperçus que ce n’était pas ce qu’il fallait faire, donc ils ont arrêté (lire Monaco Hebdo n° 1167). On n’a pas vendu aussi bien les pièces les plus chères. Le panier moyen par hôtel a diminué du fait qu’on n’a pas eu les clientèles, qui d’habitude achètent les suites. On n’a pas eu les Moyen-Orientaux, on a eu très peu de Russes et d’Américains, seulement ceux résidant dans l’Union européenne (UE). Et on a eu des Anglais jusqu’à ce que la quarantaine au retour en Angleterre (1) soit mise en place.

Quel était le profil des touristes cet été ?

La première quinzaine de juillet, on avait beaucoup d’Anglais, on espérait que ça allait booster encore plus l’été et ça n’a pas été le cas. Le trio cet été, c’est Français-Suisses-Italiens. Concernant les Français, on a eu une hausse de 6 % en juillet 2020 comparé à l’année dernière, et une hausse de 40 % en août par rapport aux autres années. Donc la France est venue en principauté. Nous avions mené des actions commerciales et de notoriété sur ces marchés parce qu’on savait que c’était les seuls qui pouvaient venir. La très bonne surprise, ça a été les Suisses avec des clients à très bon pouvoir d’achat. En fait, notre zone de chalandise, ça a été la zone « voiture » pour la clientèle usuelle et derrière, on a vu une progression du trafic jet privé.

Avez-vous constaté des changements dans les réservations de séjours ?

Oui, ils étaient plus courts parce que les séjours longs en été concernent les Américains, les Russes et les Moyen-Orientaux. Les Français ont plutôt allongé leur séjour. La moyenne des séjours en principauté a baissé mais la moyenne des séjours des Français a plutôt augmenté. Parce qu’on n’a pas eu le même « type » de Français que d’habitude. D’habitude, on a des couples alors que cette année, on a eu beaucoup de familles. La Côte d’Azur n’est pas forcément une destination famille pour la clientèle française aisée, qui va plutôt partir sur des “resorts” à l’étranger, en Croatie ou dans les îles. Cette clientèle s’est reportée sur un autre type d’hôtellerie, mais en France. On a donc eu cette clientèle avec un peu plus de personnes par chambre et des séjours un peu plus longs.

Pourquoi les hôtels de la principauté n’ont-ils pas revu leur prix à la baisse ?

Les hôtels vendent leurs chambres de la même façon que les compagnies aériennes vendent leurs billets d’avion. C’est-à-dire que ça dépend du remplissage. On s’est retrouvé en mai et en juin 2020, avec les prix d’entrée [prix d’appel, premier prix standard – N.D.L.R.]. Tout l’hôtel était disponible au prix d’entrée donc ce n’était pas la peine de baisser encore. Si on cassait encore alors qu’on n’avait pas vendu ce prix standard, on ne savait pas du tout où on allait. À partir du moment où les gens ont pu voyager, ce n’était pas la peine de casser les prix parce que cela aurait dégradé le résultat sans assurer le fait qu’on allait remplir.

Avec des tarifs plus attractifs n’aurait-on pas rempli encore davantage les hôtels ?

Peut-être. Ça reste de l’incertitude. Il aurait aussi fallu voir quel type de clients, cela aurait attiré. On a vu des destinations voisines qui ont eu des problématiques de catégories de clients qui n’étaient pas celles souhaitées. Ensuite, il y a eu une capitalisation de l’image à long terme. On ne brade pas Monaco car la qualité a un prix. Même si on n’a que la moitié des clients, on doit leur fournir la qualité habituelle. Si on dégrade le prix, il ne faut pas dégrader le produit. Les hôtels ne veulent pas dégrader les produits, parce qu’ils ont aussi des clients fidèles. Si on baisse trop, on va dégrader le produit et les clients fidèles, eux, ne retrouveront pas ce qu’ils ont l’habitude d’avoir et vous pouvez les perdre pour les années à venir.

© Photo Monaco Hebdo.

« Monaco Ville, c’était la catastrophe. Quand vous avez dix magasins qui vendent des vêtements à l’effigie de la Formule 1, et qu’il n’y a plus de tourisme de masse, au lieu d’en avoir un qui vit et neuf qui ne vivent pas, il y en a dix qui ne vivent pas. »

Il y a quand même une perte importante de chiffre d’affaires ?

On était dans une situation, où on savait qu’on allait perdre de toute façon. Parce que nos clients habituels n’étaient pas là. Et ceux qui pourraient éventuellement les remplacer n’auront de toute manière pas le potentiel financier pour faire ce qu’il y a autour. Parce qu’une fois que vous avez loué la chambre à la SBM, derrière il y a de la restauration… Si le client est capable d’acheter la chambre mais rien d’autre, ce n’est pas la peine de descendre le prix de la chambre parce que vous n’allez pas non plus descendre le prix du Grill ou du Louis XV. Il y a de la clientèle très riche, de la clientèle aisée, de la clientèle locale au sein de laquelle il y a ce même différentiel et enfin, il y a de la clientèle un peu plus de masse qui passe dans Monaco. Et on a vu à quel point Monaco Ville était impactée. Mais, en même temps, sur les quinze premiers jours d’août 2020, le musée océanographique ne fait que -16 %. Donc les clients étaient quand même présents.

Comment expliquez-vous ces pertes ?

Il n’y avait pas assez de clients et toutes les catégories n’étaient pas assez représentées pour faire vivre tout le tissu économique du tourisme. Il y a un choix qui est assumé par tous les hôtels, c’est de ne pas brader la destination parce qu’on pense qu’à moyen terme, c’est un très mauvais calcul. On veut garder cette image d’excellence, même vis-à-vis des destinations voisines. De plus, ce n’est pas le produit le problème, c’est la demande. Et on ne va pas créer de demande en baissant les prix, parce que de toute manière, les amis à côté sont déjà moins chers que nous. Un client qui recherche le prix va aller à Nice, à Sanremo… il ne va pas venir à Monaco. Notre calcul, c’est donc de continuer à servir au juste prix le client qui veut de la qualité.

Aujourd’hui, quelle est la situation du tourisme d’affaires à Monaco ?

On est très bas. On a eu du tourisme d’affaires jusqu’à mi-mars 2020. Et on a tout fermé d’un coup. La DTC, avec le Grimaldi Forum et les partenaires hôteliers, ont travaillé d’arrache-pied avec les organisateurs pour prévoir des reports des événements qui étaient prévus au printemps. Le gouvernement n’a annulé aucun événement professionnel. Ce sont les organisateurs qui ont annulé parce que soit ils étaient dans l’incapacité de venir, soit ils n’avaient plus d’exposants ou de participants. On avait donc tout reporté au deuxième semestre en se disant que ça irait mieux. Mais ça n’a pas été le cas. Aujourd’hui, le seul événement qui tient encore, c’est les Assises de la sécurité du 14 au 17 octobre 2020 au Grimaldi forum [cette interview a été réalisée le 1er octobre 2020 – N.D.L.R.].

Comment s’organise la suite ?

Aujourd’hui, si vous demandez au Grimaldi Forum des dates en 2021, il n’y en a pas beaucoup de disponibles. Avant, quand on avait un portefeuille vide, on ne savait pas comment on allait le remplir. Aujourd’hui, on ne sait même pas si ce qui est en portefeuille va tenir. La problématique, elle est là. Les Assises vont être un cas d’étude pour montrer qu’on arrive à faire de manière safe [sûre, sans danger – N.D.L.R], bien gérée, un événement en principauté de cette taille. Même si les Assises, c’est une population essentiellement française, ce n’est pas le monde entier. Mais les salons, notamment ceux l’industrie du tourisme d’affaires, reprennent. Les professionnels du tourisme d’affaires ont besoin de se retrouver pour imaginer comment avancer dans cette crise, avec très peu de visibilité.

Le manque de visibilité vous inquiète-t-il ?

L’incertitude est inquiétante. L’incertitude n’est pas sur le produit mais sur la demande. Quand le monde entier ne peut pas voyager pour des raisons réglementaires et par l’absence d’avions, il n’y a pas grand-chose à faire. La véritable problématique, c’est la coordination des politiques de voyage et une reprise des possibilités de déplacements.

Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

Je n’ai malheureusement pas de boule de cristal. Si vous me dites la situation va être comme ça à telle date, on peut imaginer ce qu’on peut mettre en place. Aujourd’hui, on ne sait pas comment va être la situation donc on essaie de garder des capacités d’actions. Ce que l’on peut faire, c’est rester le plus agile possible pour mettre en place des choses. Dès lors qu’on aura une vision sur ce qu’il va y avoir en animations ou en divertissements (patinoire, kart, Monaco Jazz festival…), il faudra essayer d’avancer dessus car c’est une offre qui va rejoindre ce que souhaitent les gens aujourd’hui. À savoir de la qualité et des émotions. On a fait un été avec des Européens. Faire un hiver avec uniquement des Français, ça va devenir compliqué.

Les hôtels ont enregistré une fréquentation de moins de 50 % pendant l’été 2020, une période où ils font habituellement leur chiffre d’affaires de l’année : faut-il s’inquiéter pour cet hiver 2020-2021 ?

Si on fait – 80 % l’hiver, on perdra moins que – 50 % l’été. Parce qu’on part de beaucoup plus bas. Les taux d’occupation en janvier, les bonnes années, on est à 52-55 %. Donc on perdra moins en perdant 40 % en janvier qu’en ayant perdu 30 % en été.

La fermeture de certains établissements est-elle une possibilité pour limiter les dégâts ?

Fermer un hôtel a un coût. Il vaut peut-être mieux fermer des parties d’hôtels, des étages qu’on peut rouvrir si besoin. Pousser des employés à prendre des vacances en anticipation, faire du chômage partiel pour essayer de préserver des capacités de réouverture et des capacités d’emplois… mais malheureusement, on est persuadé qu’il y aura de la casse sociale. D’ailleurs, elle y est déjà même si on ne la voit pas dans les chiffres. Un saisonnier qui n’a pas été embauché, pour lui ça a un impact énorme. Il y aura aussi des ajustements de masse salariale dans beaucoup d’établissements. Peut-être qu’il y aura des départs volontaires, des départs en retraite anticipée.

Fermer un hôtel coûte plus cher ?

Cela dépend des clients. Pendant le confinement, l’hôtel de Paris a loué la suite princesse Grace et la suite Rainier III. Et cela a suffi à payer le fonctionnement de l’hôtel pendant cette période. Un hôtel avec une volumétrie d’employés revue perd moins d’argent en étant ouvert pour quelques clients qu’en étant fermé parce que du coup, il y a quand même des recettes. Et, en fonction de la clientèle, elles peuvent être importantes. Alors que si on ferme, il n’y a plus de recettes et il y a des frais car l’entretien du bâtiment se poursuit. Après, si on nous dit pendant deux ans il n’y a pas de touristes, la réflexion n’est pas la même. Aujourd’hui, c’est l’incertitude qui est très difficile. Il y a deux urgences actuellement. L’urgence du court terme est une urgence de trésorerie que ça soit pour les salariés ou pour l’entreprise.

Quelle est l’urgence sur le long terme ?

L’urgence du long terme, c’est qu’est-ce que cette crise nous dit de ce que sera le tourisme demain en principauté. Et là, c’est beaucoup plus profond, c’est de la stratégie, on travaille dessus. Les typologies de clients qu’on avait hier, sur lesquelles on basait nos stratégies, seront-elles les mêmes demain ? Le produit proposé par la principauté à ses clients sera-t-il toujours le produit recherché demain ? Tous ces éléments entrent en jeu. Et là, on ne parle pas de janvier mais de la reprise. Et la reprise, aujourd’hui, il n’y a pas grand monde qui la voit avant fin 2021.

© Photo Monaco Hebdo.

« On a aussi l’interrogation des croisières. Cette clientèle va-t-elle revenir ? Est-ce qu’on veut qu’elle revienne ? Est-ce qu’on adapte l’offre ? Fait-on une nouvelle offre pour cette clientèle ? Ou fait-on une offre qui peut-être s’adressera dans une certaine mesure à cette clientèle mais aussi à d’autres ? »

Un deuxième été à – 50 % à Monaco, ce serait catastrophique ?

Si c’est catastrophique à Monaco, je n’ose pas imaginer comment ce sera ailleurs. Oui, à Monaco ce sera catastrophique, mais aujourd’hui, on arrive à faire 50 %, quand Paris ne fait pas 50 %, alors qu’ils n’ont que 35 % des palaces ouverts. On est donc plutôt pas mal. Il y aura des éléments très objectifs : c’est comment vont se passer le tennis et le Grand Prix. On y verra plus clair en mars-avril-mai 2021. On va avoir trois grands prix. Il y a déjà des bonnes montées en charge, c’est-à-dire des réservations dans les établissements pour le grand prix historique et pour le grand prix. Les hôtels ont mis en vente les chambres et la montée en charge se fait correctement. Si les grands prix se tiennent dans des conditions de visites normales ou quasi normales ou revues, on aura déjà un très bon signal. Mais avant cette date-là, le volume est tellement faible.

Quelle est la situation pour les hôtels indépendants à Monaco ?

Le Métropole appartient à un propriétaire privé qui n’a qu’un seul établissement, qui a une vision très patrimoniale, qui est installé en principauté et qui n’a aucune velléité de départ. Il a une stratégie haut de gamme assumée et a la surface financière pour absorber la crise. Il n’y aura, je pense, pas de casse sociale au Métropole. L’hôtel de France et l’hôtel Ambassador, eux, sont dans des situations très, très compliquées, parce qu’ils ont des loyers, ils ne sont pas propriétaires des murs et ils ont des employés. L’hôtel Ambassador, c’est 35 employés. Je sais que le propriétaire de cet hôtel discute avec le gouvernement pour avoir accès à tous les dispositifs d’aide.

Et pour les autres ?

Le Columbus est dans une situation extrêmement difficile parce qu’il venait en plus de faire de gros investissements de rénovation. Il y a, je suppose, un coût de la dette qui est important. C’est un hôtel privé mais il fait partie d’un groupe d’hôtels. Enfin, le Port Palace a changé de main le 10 mars, soit 6 jours avant le confinement. Il appartient à une famille française qui est en train de constituer un groupe hôtelier et qui a une vision d’installation à long terme. Eux avaient prévu de faire de lourds investissements dans l’hôtel, ils vont peut-être réduire le montant de l’investissement cette année mais l’entité hôtel n’est pas en péril. La capacité hôtelière de la principauté aujourd’hui n’est pas en danger.

Avez-vous estimé le nombre d’emplois menacés dans le secteur du tourisme à Monaco ?

Non, c’est impossible à dire parce que ça dépend notamment de la prolongation du chômage total temporaire renforcé [le gouvernement a prolongé le CTTR jusqu’au 31 mars 2021 – N.D.L.R.].

Avez-vous réduit la voilure à la DTC ?

La DTC est un organisme public, il n’y a pas de licenciements de fonctionnaires. La fonction publique n’a pas réduit la voilure en termes de personnel. Mais nous avons forcément réalisé des économies, parce que des événements n’ont pas eu lieu. Certains budgets ont été réalloués pour faire plus de communication sur des marchés où on n’avait pas l’habitude d’en faire. On a, par exemple, fait une campagne avec un opérateur sur la France et l’Italie pendant l’été 2020. Et on est assez content parce que pour un euro investi, il y a 24 euros de retombées hôtels. Certains salons sont passés en virtuel. Pour nous, ce sont des budgets énormes parce qu’on construit un stand, beaucoup de personnes se déplacent, on fait des animations pour les clients. Ces budgets sont devenus disponibles. Si des marchés s’ouvrent, on pourra les utiliser pour faire des opérations commerciales pour inciter les gens à venir à Monaco. Si les marchés sont toujours fermés, les budgets vont remonter dans les budgets de l’État. Notre contribution, elle est là.

Combien avez-vous restitué à l’État ?

On aura rendu plus de 10 % du budget de la DTC. Parce que ce sont des actions qui n’ont pas eu lieu d’être cette année et qui ne pouvaient pas être remplacées. On a 10 bureaux de promotion dans le monde. Ces bureaux avaient des actions sur leur marché en Russie, au Japon, en Chine, aux États-Unis… Ils ont beaucoup moins travaillé que les années précédentes. Ce budget a aussi été recentralisé car on ne peut pas déployer sur le marché européen les sommes qu’on déploie sur le marché mondial.

Le bilan des bars et restaurants

Quel bilan tirez-vous de la saison estivale des bars et restaurants de la principauté ?

On n’a pas de chiffres car sur les restaurants, il n’y a que les remontées de TVA qui peuvent nous donner les chiffres exacts. La TVA est déclarée avec trois mois de retard donc ce n’est qu’en fin d’année que nous verrons réellement les chiffres. Mais en juin et en juillet, les restaurants haut de gamme ont très bien marché.

Comment l’expliquez-vous ?

En fait, c’est une clientèle locale, aisée, qui a été bridée pendant le confinement et qui peut-être avaient des habitudes de voyage en été mais ils ne pouvaient pas les satisfaire cette année. On a eu un report de cette clientèle locale sur de la restauration haut de gamme.

Et pour les autres restaurants ?

Dans les restaurants en ville, la clientèle est très différente. Ces restaurants ont l’habitude de travailler le midi avec les entreprises, avec les gens qui sortent de bureau. Au mois d’août 2020, entre le chômage total temporaire renforcé et le télétravail, ça faisait 16 000 salariés en moins dans Monaco. Vous perdez un tiers des salariés qui sont susceptibles de venir manger au restaurant. Ces restaurants ont connu une baisse abyssale. On verra malheureusement la perte en fin d’exercice. On a vu que ce qui tenait un peu mieux, c’était le haut de gamme et le moyen de gamme supérieur.

Avez-vous estimé le manque à gagner pour ces établissements ?

Non. Mais on va mettre des chiffres sur une moyenne qui ne veut rien dire. Il y a sans doute des établissements qui vont être à – 70 % ou – 80 % et il y a des établissements qui vont être à – 50 %. À – 50 %, ils vont peut-être s’en sortir jusqu’à présent, mais maintenant il va falloir tenir jusqu’en mars 2021.

Les pistes pour relancer le tourisme à Monaco

Quelle est la stratégie actuelle pour relancer le tourisme ?

On met en place tous les éléments de notoriété, c’est-à-dire qu’on continue quand même à occuper le terrain. On l’a fait pendant le confinement en déployant une campagne qui s’appelait « Miss You » sur les télés françaises et italiennes. On maintient la présence pour que quand ça redémarre, on espère que les gens ne nous ont pas oubliés. Et on leur montre que, nous, on ne les oublie pas.

Cet été, vous avez misé sur le label Monaco Safe : sur quoi allez-vous vous appuyer cet hiver pour promouvoir la destination Monaco ?

On va garder le label, qui en l’absence d’évolution positive de la pandémie, reste un élément crucial. Surtout que les chiffres de Monaco ne sont pas mauvais. On a fait le choix dans le label de ne pas parler des chiffres parce que d’abord, les chiffres évoluent tous les jours et on trouve toujours très mal venu de se comparer sur ce critère. Ensuite, un des axes va sans doute être les animations, l’événementiel. Aujourd’hui, les organisateurs sont autant dans le flou que nous donc on travaille avec tous les attachés de presse de tous les organismes pour savoir le plus tôt possible ce qui se met en place. Mais on ne peut pas non plus pousser ces éléments si les gens ne peuvent pas voyager.

Quel bilan dressez-vous du label Monaco Safe ?

C’est difficile, dans le sens où il y a une partie technique qui est efficace et qui a été construite par le département des affaires sociales et de la santé. Il a été mis en place par les hôtels. On peut dire que ça a fonctionné parce qu’il n’y a pas eu de clusters [foyer de contamination – N.D.L.R.] dans les hôtels même s’il y a eu des cas. Seuls deux restaurants, le Cipriani et le Sass, ont fermé sur une période très courte. Dans les hôtels, on n’a jamais eu plus de trois cas en même temps. Après, ce label reste un argument marketing pour convaincre le client. On n’a aucun moyen de mesurer si celui-là a plus porté que celui-là ou que la réputation de sécurité de la principauté déjà établie a porté.

Quel bilan dressez-vous pour les commerces ?

On n’a pas de chiffres. C’est l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE) qui collecte tous ces chiffres. Nous, nous attendons les résultats des enquêtes sur les dépenses en carte bancaire qu’on achète auprès de Visa et MasterCard. Mais on ne les a pas en instantané. On attend donc ces résultats pour pouvoir comparer avec l’année dernière. Mais, là aussi, il y a une vraie différence de typologie de commerces.

C’est-à-dire ?

Il y a des boulangeries qui ont super bien fonctionné en juin 2020, mieux que d’habitude. On a vu que Monaco Ville, c’était la catastrophe. Quand vous avez dix magasins qui vendent des vêtements à l’effigie de la Formule 1, et qu’il n’y a plus de tourisme de masse, au lieu d’en avoir un qui vit, et neuf qui ne vivent pas, il y en a dix qui ne vivent pas. L’offre ne correspondait plus à l’ensemble des populations présentes à Monaco habituellement. Pour le haut de gamme, il faut demander à Jean-Luc Biamonti les remontées de chiffres d’affaires des boutiques du Carré d’Or ou des boutiques du Métropole… Apparemment, ça ne s’est pas trop mal tenu cet été. Les riches résidents qui voyagent d’habitude ont sans doute consommé dans ces boutiques. Sur Fontvieille, beaucoup de boutiques ont eu beaucoup de mal.

Quelles leçons faut-il en tirer ?

Le vrai questionnement, c’est de savoir si la modification du mix de clientèle de cette année va perdurer. Si oui, combien de temps ? Si non, quel sera le nouveau “mix” ? Aujourd’hui, personne n’a de réponse à ces questions. Cela veut dire qu’il va falloir adapter le produit à une nouvelle demande. Ce n’est pas les Américains, les Russes, les Moyen-Orientaux qui font travailler les commerces de Monaco Ville ou de Fontvieille. C’est le tourisme de masse qui a manqué à ces commerces. Aujourd’hui, on voit un retour sur la qualité qui fait dire que le tourisme de masse, ce n’est peut-être pas ce que les gens ont le plus envie de voir. On a aussi l’interrogation des croisières. Cette clientèle va-t-elle revenir ? Est-ce qu’on veut qu’elle revienne ? Est-ce qu’on adapte l’offre ? Fait-on une nouvelle offre pour cette clientèle ? Ou fait-on une offre qui peut-être s’adressera dans une certaine mesure à cette clientèle mais aussi à d’autres ? Peut-être que l’offre économique doit en priorité s’adresser à un plus petit nombre de clients qui ont plus de moyens et que quand on descend dans la segmentation, le client d’en dessous trouve quand même quelque chose pour lui, mais en faisant un petit effort.

Guy Antognelli direction du tourisme et des congrès (DTC) © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Monaco doit rester un rêve. Il faut que les gens puissent venir toucher le rêve et en faire partie. Mais il faut faire de la qualité à chaque niveau »

Vous voulez dire qu’il faudrait des commerces plus haut de gamme ?

Monaco doit rester un rêve. Il faut que les gens puissent venir toucher le rêve et en faire partie. Mais il faut faire de la qualité à chaque niveau. Là où nous devons progresser, c’est à accompagner les commerces dans une montée en gamme en qualité. Par exemple, si vous faites des glaces, il faut que ce soit des glaces artisanales bio et non industrielles.

Mais la qualité a un prix aussi ?

Oui, la qualité se mérite. De toute manière, on a déjà l’image d’une destination chère. On l’assume, mais assumons en plus que le produit est cohérent. Avoir une glace industrielle au même prix qu’une glace artisanale, je l’accepte beaucoup moins. Je préfère assumer le fait d’avoir des prix élevés pour une qualité élevée. Il faut accompagner et être cohérent. C’est ce qu’avait fait Alberte Escande [présidente de l’association des industries hôtelières monégasques – N.D.L.R] quand elle avait lancé le label « Artisans restaurateurs » [Artisan du goût – N.D.L.R.]. Avant la crise, on travaillait avec Laurence Garino sur un nouveau label qui pouvait fédérer l’ensemble des commerces de bouche sur des critères de qualité.

De quoi s’agit-il ?

Le but de ce label est de signaler la présence de bio, de produits de saison et ce qui est fait sur place. L’idée n’est pas d’interdire certains produits mais d’indiquer la part de bio dans tous les commerces de bouche. Ça, c’est de la qualité et de l’information aux consommateurs. Après, il fait bien la cuisine ou pas, c’est le client qui jugera. On n’est pas là pour remplacer TripAdvisor ou The Fork…

1) Le 13 août 2020, le gouvernement britannique a annoncé que les personnes en provenance de France, des Pays-Bas, de Monaco, de Malte, des îles antillaises d’Aruba et Turques-et-Caïques devaient se soumettre à une quatorzaine à leur arrivée au Royaume-Uni.

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