dimanche 24 janvier 2021
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Tabac : les recettes partent en fumée

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Panneau Pub Marlboro
La publicité pour le tabac est toujours autorisée à Monaco. © Photo Monaco Hebdo.

Les ventes de tabac baissent à Monaco. Plusieurs pistes peuvent expliquer ce recul. Mais pas forcément l’arrêt de la consommation.

La régie des tabacs et allumettes a enregistré pour l’année 2009 un recul des ventes en valeur de 7,17 % par rapport à 2008. Une conséquence de l’application en Principauté de la loi contre le tabagisme passif ? Une tendance à la baisse due la récession économique mondiale et à la hausse de prix ? A moins que les fumeurs achètent leurs cigarettes ailleurs qu’à Monaco ? Eléments de réponse.

La Principauté contre le tabagisme passif…

Depuis le 1er novembre 2008, soit 11 mois après la France, et 3 ans après l’Italie, la Principauté respire un air plus pur. La loi sur le tabagisme passif est passée par là. L’interdiction de fumer concerne tous les lieux clos et couverts à usage collectif ou qui constituent un lieu de travail. Mais la loi comporte aussi des mesures de protection de la jeunesse. Avec l’interdiction de vente du tabac aux adolescents de moins de 16 ans. Mais aussi la mise en place de moyens de prévention avec des consultations de tabacologie.

…mais pas contre la publicité

En tout cas, la marque Marlboro reste très présente en Principauté. Il faut dire que la pub pour le tabac et l’alcool est toujours autorisée. Et si les spiritueux marchent moins bien, la mairie de Monaco loue à l’année un certain nombre de panneaux à Philip Morris, qui gère la marque Marlboro. Alors que la totalité des panneaux de la commune devient, tous les ans pendant 15 jours lors de la période du Grand Prix, la vitrine exclusive de Marlboro. Et ce n’est pas tout. Philip Morris réserve, tous les ans auprès de la mairie, 5 stands consacrés à la vente de cigarettes, toujours pendant le Grand Prix, du jeudi au dimanche. Valérie Renoux, chargée de communication de Philip Morris France, détaille l’impact de cette campagne de com’ en Principauté : « Pour nous, c’est un rendez-vous très important. Car c’est le seul de cet acabit pour notre filiale française. C’est aussi une question d’image parce qu’on est associé aux valeurs d’innovation et de dynamisme de la F1. C’est l’occasion de faire une campagne de communication. Et cette année on en a profité pour faire connaître une nouvelle référence. On est pas présents sur le circuit même du Grand Prix, on s’adresse aux spectateurs qui sont sur place. »
Rappelons que Ferrari, dernière écurie de F1 à être encore sponsorisée par Marlboro, a tenté début mai un nouvel habillage avec un code-barre, rappelant pour certains observateurs de manière subliminale l’ancien logo de Marlboro. Mais devant la pression, Ferrari a retiré ce nouveau design. Car il reste très peu de Grand Prix autorisant encore la publicité pour les cigarettes. Seulement Monaco et la Chine. Ailleurs, c’est interdit. A noter que le contrat liant Ferrari à Marlboro est évalué à près de 1 milliard de dollars et doit se terminer en 2011.

Côté santé publique

Le docteur Mohamed Mouhssine, pneumologue, est le seul tabacologue du centre hospitalier Princesse Grace (CHPG). Il explique l’évolution de son activité : « Les consultations de lutte anti-tabac existent depuis les années 2000. Maus on a connu un véritable boum après la promulgation de la loi contre le tabagisme passif en Principauté. On a bien senti la relation de cause à effet de cette loi. Avec une prise de conscience de certains fumeurs. D’ailleurs, on a été obligé de créer des listes d’attente. Et certains patients devaient attendre 2 mois pour un rendez-vous. En élargissant les plages horaires, on a pu doubler le nombre de consultations. Mais à chaque augmentation de tarifs du tabac, on constate une hausse des demandes de prise en charge. » Il poursuit en indiquant : « Difficile de chiffrer le nombre de patients dont je m’occupe. Mais cette démarche demande un suivi sur une année au moins. Si au bout de 12 mois on n’a pas repris sa consommation de tabac, on peut se dire qu’on est sur le bon chemin. »
Reste à savoir si les femmes, comme une récente étude l’a démontrée en France, sont aussi malades que les hommes à Monaco. Le docteur Georges Garnier, oncologue au CHPG, reconnaît que, « comme en France, les courbes d’intoxication tabagique féminine sont en hausse et sont sur le point de se croiser. Résultat, les femmes seront bientôt plus atteintes par cet adénocarcinome, c’est-à-dire une tumeur maligne, dont le pronostic est très mauvais. Il faut rappeler que les femmes ne sont pas égales aux hommes. Car face aux mêmes facteurs de risque, elles développent un cancer plus tôt. Et, malheureusement, on reçoit de plus en plus de femmes d’une quarantaine d’années. »
Ce que confirme le docteur Fabrice Boulay, du département d’information médicale du CHPG : « En 2008, on avait 81 nouveaux cas de cancer du poumon, dont 56 hommes et 25 femmes. En 2009, 72 nouveaux cas, dont 40 hommes et 32 femmes. Je précise que par “nouveaux cas” on parle d’une personne chez qui on porte le diagnostic de cancer du poumon, inconnu l’année précédente. Globalement, on a moins de nouveaux cas de cancer du poumon. Mais, on a une augmentation du nombre de nouveaux cas chez les femmes. Ce qui est bien connu des vraies études épidémiologiques réalisées en bonne et due forme. »

Cigarettes : un approvisionnement mondial

La baisse des ventes à Monaco s’explique aussi par la recherche du tarif le plus bas. Quitte à aller en Italie, où le paquet de Marlboro, qui sont les cigarettes les plus vendues, est affiché à 4,50 euros, contre 5,60 euros à Monaco ou en France. Sans oublier, bien sûr, les cigarettes achetées en cartouche en duty free, qui sont encore moins chères. D’ailleurs, sur Internet, certains sites cassent carrément les prix. Exemple : 9 cartouches de Marlboro rouge vendues 260 euros. Soit 2,88 euros le paquet. Imbattable.

Philippe Gatti. Directeur de la régie des tabacs et allumettes.
A Monaco, les ventes de cigarettes ont « généré un chiffre d'affaires de près de 12,5 millions d'euros, sur des recettes globales s'élevant à environ 14,2 millions. Ce qui représente une baisse de 7,17 % par rapport à 2008. » Philippe Gatti. Directeur de la régie des tabacs et allumettes. © Photo D.R.

“53 millions de cigarettes vendues en 2009”

Comment fonctionne la régie monégasque des tabacs et allumettes ? Les réponses de son directeur, Philippe Gatti.

Monaco Hebdo : Quel est le rôle de la régie des tabacs et allumettes ?
Philippe Gatti : La régie monégasque des tabacs et allumettes (RMTA) exploite, sous la tutelle du département des finances et de l’économie, les monopoles détenus par la Principauté sur les tabacs et les allumettes. Du coup, elle veille à l’exclusivité de la Principauté sur l’importation et la distribution de tabacs et allumettes sur le territoire monégasque. De plus, elle homologue et fait publier au journal officiel les prix de vente au détail des tabacs manufacturés, selon les tarifs en vigueur en France.

M.H. : Quoi d’autre ?

P.G. : Elle applique les procédures fiscales et douanières. Et elle contrôle, en collaboration avec la direction des services fiscaux, les buralistes et les points de revente pour éviter la vente de produits du monopole pouvant avoir une autre origine que celles des entrepôts de la RMTA. Administrativement, la RMTA est consultée pour avis par la direction de l’expansion économique et l’administration des domaines pour l’ouverture d’un débit de tabacs, l’obtention et la durée de la concession de gérance. De plus, elle gère le dépôt des marques des cigarettes monégasques, c’est-à-dire MC, Monaco et Monte Carlo. Des marques vendues uniquement en Principauté.

M.H. : Et pour l’approvisionnement ?

P.G. : A Monaco, la RMTA approvisionne 34 buralistes et 3 hypermarchés, uniquement concernés par la revente des allumettes. Avec 300 modèles de cigares, 200 de cigarettes, 70 de cigarillos et 50 de scaferlatis, c’est-à-dire des tabacs à pipe, à rouler et à narguilés, l’offre varie tout au long de l’année selon les nouveautés et tendances du marché. Pour essayer de répondre au mieux aux attentes des consommateurs.

M.H. : Ça rapporte beaucoup d’argent ?

P.G. : En 2009 près de 53 millions de cigarettes ont été vendues en Principauté. Ce qui a généré un chiffre d’affaires de près de 12,5 millions d’euros, sur des recettes globales s’élevant à environ 14,2 millions. Ce qui représente une baisse de 7,17 % par rapport à 2008. Une baisse certainement due à la loi contre le tabagisme passif et à la crise financière internationale.

M.H. : Il y a eu d’autres baisses ?

P.G. : Oui. En 2003, on a enregistré une chute des volumes des ventes de tabacs de 21 % par rapport à 2002. Et une baisse des recettes de près de 13,5 %. En 2004, l’effondrement des volumes des ventes a continué. Avec plus de 27 % de baisse et un recul des recettes de plus de 7 %. Des diminutions qui s’expliquent par la hausse brutale, en France, de la fiscalité sur le tabac en octobre 2003. Ce qui a impliqué une hausse de 26 % du prix de vente des cigarettes, auxquels se sont ajoutés près de 9 % supplémentaires en janvier 2004.


M.H. : D’autres hausses ?

P.G. : On note un accroissement de 35 à 50 % du différentiel du prix de vente des cigarettes entre la France et l’Italie, accompagné d’une augmentation exponentielle des achats transfrontaliers et des achats sur Internet.

M.H. : Au fond, l’avenir, c’est la vente de produits de luxe, comme les cigares par exemple ?

P.G. : En 2009 les volumes de cigares vendus n’ont représenté que 0,22 % du volume total et ont généré pourtant près de 8 % des recettes globales, contre plus de 10 % en 2008. Or, en 2009, les ventes de cigares ont baissé de près de 18 %. Ce qui s’explique par l’application en Principauté de la loi contre le tabagisme passif, dès novembre 2008. Une loi qui interdit de fumer dans les lieux publics clos. Résultat, le constat est évident : le cigare, qui est un produit de luxe, est devenu un produit saisonnier.

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