lundi 17 janvier 2022
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Sous le sable, l’argent?!

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Les plages privées du Larvotto
Les plages privées ont l'obligation de laisser un droit de passage sur une bande de 5 mètres bordant le rivage de la mer. © Photo Laetitia Ferrando / Monaco Hebdo.

On les voit, dès les premiers beaux jours arrivés, étendre leurs transats, installer leurs tables et leurs parasols?; les plages privées font partie du paysage estival de la Côte d’Azur. Des concessions obtenues de façon assez obscure pour une rentabilité importante. Détails.

Les plages privées, comment ça fonctionne?? Cette question, il faut l’avouer, on se la pose rarement quand on est en train de se dorer la pilule sur une plage privée. Et pourtant. Pour bronzer intelligent, Monaco Hebdo a mené l’enquête. Qui décide de privatiser l’espace public et dans quelles conditions?? Voici la réponse officielle du département des finances?: les plages, qui relèvent du domaine public de l’Etat, sont attribuées après publication d’un appel à candidatures au Journal de Monaco. Le concessionnaire payant un loyer calculé selon un prix au mètre carré identique pour tous?: de 25?euros TTC/m2/an à 130?euros/m2/an, selon que la superficie soit occupée pour la plage, pour le commerce et pour le dépôt.

Des conditions d’attribution nébuleuses

Ces conventions, délivrées par l’administration des domaines, ont une durée de 10 ans. Et au bout de ces 10 ans, elles sont renouvelées tacitement à ces occupants de l’espace public. Sauf, évidemment, souhait contraire de l’une des parties.
Bref, officiellement, tout est bordé juridiquement par un appel à candidature. Officieusement en revanche, les critères qui permettent à l’un plutôt qu’à l’autre candidat de «?remporter?» l’offre publique semblent plutôt vagues. «?J’ai été meilleur que l’autre?» nous répond-on ou bien «?mon projet tenait la route, j’amenais un plus à Monaco?» ou encore «?nous avions un certain poids financier?»…

Une bonne affaire

N’empêche, pour les dirigeants de plages, le business est rentable. Même si aucun commerçant ne veut dévoiler son chiffre d’affaires. Jean-Marc Boyer, co-gérant de la Rose des Vents avec Pascale Bruno, dirige la plage depuis 10 ans. Après des travaux de restructuration onéreux à son arrivée, son investissement s’est avéré rentable au bout de 5 ans?: «?C’est une affaire qui tourne bien?», dit-il, avec un loyer mensuel d’environ 3?000?euros. Compter 15?euros le matelas et 30 à 35?euros pour un repas.
Eric Chauvet, lui, est installé à la Spiaggia depuis 1998. Après ses activités de boîte de nuit jugées trop bruyantes du côté de la Rose des Vents, on l’a “relogé” sur cette parcelle. Pour lui aussi c’est une bonne affaire mais il souligne que «?la frontière est mince entre gagner et perdre de l’argent dans un secteur où l’aléa est important?: météo, méduses…?». Il poursuit en précisant qu’il a choisi une échelle de tarifs raisonnables avec un matelas à 12?euros et des plats au restaurant à partir de 10?euros. Une affaire rentable?? «?Oui, à condition d’être multitâche et d’être ouvert toute l’année?».
Côté Miami Plage, cela fait 26 ans que David Dallosso, en compagnie de Christophe Cailteux, travaille sur le sable avec 40 employés en pleine saison. Même s’ils veulent rester discrets sur le loyer, ils reconnaissent que c’est une affaire pérenne et rentable. Le package matelas/parasol est à 16,50?euros et il faut compter 20?euros en moyenne pour déjeuner.
Après 3 coups de mer cet hiver, ces commerçants ont subi des dommages importants. Par exemple, Eric Chauvet a eu à déplorer «?plus de 40?000?euros de frais à cause d’un hiver 2010 très peu clément?».
Pour tous les plagistes la saison a commencé tardivement, quasiment au 1er?juillet.

Un accès à la mer assuré

Devant la multiplication de ces espaces privés, le commun des mortels a-t-il encore accès à la mer Méditerranée à Monaco?? Il reste, bien sûr, des plages publiques (selon le département e la prospective, 70?% de l’étendue totale). Et d’après le conseiller Tonelli du département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, «?de manière générale, l’accès à la mer est assuré sur le littoral monégasque sauf impossibilité technique ou singularité comme le terre-plein de la SBM qui fait l’objet d’une convention de concession spécifique.?» Les concessionnaires de plages ont en effet l’obligation de laisser un droit de passage à toute personne sur une bande de 5 mètres de profondeur bordant le rivage de la mer. En cas de dépassement, même momentané des limites physiques de la concession, l’occupant est passible d’une pénalité de 80?euros par jour et par mètre carré de dépassement.

A quand une loi littoral en Principauté??

Alors que la préservation de l’environnement est au cœur des préoccupations gouvernementales, il n’y a toujours pas de loi “littoral” en Principauté.

Alors que le voisin français a mis en place depuis des années une politique de protection du littoral suite aux excès de l’urbanisation, le littoral monégasque, lui, n’est guère protégé par un texte de loi. Pourquoi??
D’après le conseiller Gilles Tonelli, en charge de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, «?en France, la loi littoral a pour objet de le protéger et de mettre en place des mesures de protection des milieux naturels. En Principauté, la situation est sensiblement différente s’agissant d’un Etat entièrement urbanisé. Néanmoins, Monaco n’est pas resté insensible à ces considérations.?» Comment?? Gilles Tonelli met en avant la seule réglementation existante, limitée au Port Hercule?: «?En matière d’urbanisme, les dispositions applicables à la zone 7 du Port Hercule prévoient que «?les ouvrages, constructions, équipements et aménagements susceptibles d’être édifiés dans la zone, ne pourront l’être qu’après production par le pétitionnaire d’une analyse de l’incidence du projet sur l’environnement marin […]. L’analyse des effets dudit projet sur l’environnement marin […] devra notamment démontrer que ledit projet ne porte pas atteinte aux engagements internationaux de la Principauté en matière de protection de l’environnement marin?»?».

Une brèche législative

En l’absence de textes, on voit surgir des projets qui s’attirent les foudres des défenseurs de l’environnement. Comme des élus municipaux d’ailleurs, qui ont leur mot à dire en matière d’urbanisme. Ainsi, ce projet de construction de 4 villas que voulait implanter la Société des bains de mer au Monte Carlo Bay, limitant l’accès à la mer, avait suscité l’ire de certains conseillers. Aujourd’hui, l’opération est en stand-by. «?Le projet de construction des villas SBM est assujetti à une modification de l’ordonnance souveraine du secteur, laquelle est en cours d’instruction, indique Gilles Tonelli. Une fois cette procédure menée à son terme, un dossier de permis de construire pourra être présenté qui suivra les phases d’instruction réglementaires au sein de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité.?»
De son côté, Anne Poyard-Vatrican, élue Union pour la Principauté (UP), présidente de la commission de l’environnement et du cadre de vie, qui travaille actuellement sur le projet de code de l’environnement, l’assure?: «?Nous proposerons un maintien du milieu naturel actuel et la conservation de l’accès au littoral. On ne peut pas détériorer l’existant.?» Affaire à suivre.

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