dimanche 25 octobre 2020
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Covid-19 : la SBM lance un plan social

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Alors que la SBM a confirmé qu’un plan social serait lancé sans préciser le nombre de salariés concernés, l’assemblée générale des actionnaires a permis de dresser un état des lieux sur les finances de cette entreprise, durement touchée par la crise liée au Covid-19.

Après 7 années dans le rouge, et plus de 174 millions d’euros de pertes cumulées (voir notre tableau par ailleurs), la Société des Bains de Mer (SBM) espérait enfin être tirée d’affaires. « On y était presque, on avait redressé la société », a expliqué devant les journalistes le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires, le 25 septembre 2020. Après avoir affiché un résultat opérationnel négatif à -9,6 millions d’euros en mars 2019, la SBM a terminé l’exercice 2019-2020, clos le 31 mars 2020, avec un résultat opérationnel à 22,6 millions d’euros. Le résultat net consolidé a atteint 26,1 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires en hausse de 18 % à 619,8 millions d’euros, contre 526,5 millions lors de l’exercice précédent. Autre nouveauté : des frais financiers négatifs que Biamonti a expliqué ainsi : « Au fur et à mesure que les travaux du One Monte-Carlo et de l’hôtel de Paris ont avancé, on a tiré sur la ligne de crédit, ce qui nous fait payer des intérêts, à hauteur de 5 millions d’euros pour 2019-2020. Entre le résultat opérationnel et le résultat net, on a donc ces frais financiers, qui sont les intérêts de notre dette, ainsi que la contribution de BetClic, plus faible cette année, à 8,7 millions, contre 12,3 millions en 2018-2019. » L’épidémie de coronavirus a pesé sur les 15 derniers jours de l’exercice 2019-2020, qui a pris fin le 31 mars 2020. « Au mois de mars 2020, on a perdu 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, et probablement quelques millions en résultat. Donc le résultat opérationnel à 22,6 millions aurait probablement été à près de 30 millions. Et puis, le Covid-19 est arrivé. Personne n’était préparé. Et depuis, on souffre énormément… », a ajouté Jean-Luc Biamonti. Du coup, même si le sujet de cette conférence de presse concernait les comptes de l’exercice 2019-2020, c’est bien sûr l’exercice suivant, et l’impact de la crise sanitaire, qui a monopolisé l’essentiel des questions des journalistes lors de cette conférence de presse.

« Zéro »

Bien sûr, pas question de se cacher ou de minimiser la gravité de la situation. Les chiffres ne le permettent pas. Du 1er avril 2020 au 30 juin 2020, l’activité de la SBM a dévissé de 74 % par rapport à l’an dernier. En juillet-août 2020, le chiffre d’affaires accuse un recul de 47 % en comparaison de l’année précédente. Dans un communiqué, la SBM indique que « le secteur jeux, en recul de 63 %, est le plus fortement marqué. Les jeux de table sont en effet fortement impactés par l’absence de la clientèle internationale habituelle, alors que le recul des appareils automatiques reste limité à 37 %. Le secteur hôtelier présente une baisse de 44 % de son chiffre d’affaires pour les deux mois, les activités d’hébergement et de restauration s’inscrivant dans une tendance identique. Les recettes du secteur locatif progressent de 7 % sur cette même période. » Pour faire face la SBM a souscrit un crédit de 230 millions d’euros, et s’appuie également sur un programme d’émission de titres de créances négociables à court terme pour 150 millions au maximum (lire notre encadré « Comment la SBM compte financer son futur immédiat » par ailleurs). Du coup, Jean-Luc Biamonti a été très clair : « Monaco n’est pas épargné par ce qu’il se passe dans le monde. Monaco est le reflet de l’activité du monde. » Et au moment de regarder en arrière et de dresser un premier bilan des six premiers mois, les raisons de se réjouir n’existent tout simplement pas. S’il n’a pas pu donner de chiffres précis pour des raisons légales et boursières, le président-délégué de la SBM a dessiné un rapide panorama de la situation. Et ce n’est pas brillant : « Avril et mai 2020, c’est zéro. En juin, on a ouvert tout doucement. Et juillet-août on était à 50 % de chiffre d’affaires par rapport à l’été 2019. En septembre, on n’a pas eu grand monde… » Autant dire que d’octobre 2020 à mars 2021, difficile de s’attendre à une franche embellie. Surtout qu’un peu partout dans le monde, l’inquiétude monte. La probabilité d’une deuxième vague de Covid-19, que certains voient plus violente que la première, est dans tous les esprits. Ce qui paralyse une bonne partie des velléités de voyages pour la clientèle de la SBM. « Le business model de cette entreprise, c’est le brassage de populations. Mais depuis mars 2020, la plupart des gens ne peuvent pas venir en principauté. Ou alors ils peuvent voyager, mais il y a beaucoup d’appréhension. Il faudra donc voir combien de temps sera nécessaire aux gens pour reprendre l’avion sans craintes. Vaccin Covid-19 ou pas, je ne suis pas sûr que ça s’arrange du jour au lendemain. Et je ne sais pas ce qu’il se passera le 1er avril 2021… », a admis Jean-Luc Biamonti.

« Le Covid-19 est arrivé. Personne n’était préparé. Et depuis, on souffre énormément… » Jean-Luc Biamonti. Président-délégué de la SBM

Pertes

Du coup, privée d’autres solutions, et faute d’Américains, de Russes ou de Moyen-Orientaux, la SBM s’est recentrée sur une clientèle de proximité. Pour séduire, la SBM s’est laissée tenter par une option assez inhabituelle : casser les prix. « Quand on a rouvert en mai 2020, on avait la peur du vide, et on a un peu surréagi, a admit Biamonti. On a donc baissé les prix. Mais on a vite corrigé ça, parce que c’était une erreur. Car nous avons tout d’un coup attiré en principauté une clientèle qui n’était pas celle que nous souhaitions. Aujourd’hui, on adapte les prix, on fait des efforts. Mais on ne brade pas la « destination Monaco », qui est positionnée haut de gamme-luxe. Donc on baisse les prix, mais on ne les casse pas. » Pour les locataires commerciaux de SBM, pendant les deux mois de confinement, les loyers ont été baissés de 50 %. En revanche, pour les locataires résidentiels, il n’y a pas eu de mesure de ce type, malgré les demandes. Mais le rythme de location a repris de façon satisfaisante. « Pendant l’automne 2019, on n’a rien loué jusqu’à février 2020. Ensuite, après le confinement, on a beaucoup loué. Notamment dans la tour de bureaux, on a loué 5 étages sur 9. Nous sommes en discussion pour 2 étages sur les 4 restants. On a aussi loué des triplex. On a été très surpris, mais les résidences du One Monte-Carlo se sont très bien louées : il ne reste que 6 appartements privés disponibles à ce jour sur 38 », a détaillé Biamonti. Et puis, il a aussi fallu redimensionner l’offre proposée afin qu’elle soit davantage en rapport avec la situation de crise sanitaire actuelle. Suite à la pandémie de Covid-19, cinq établissements n’ont pas rouvert : le Jimmy’z, puisque les boîtes de nuit doivent rester fermées, la salle des Etoiles car beaucoup d’artistes ne se déplacent plus, mais aussi le restaurant Ômer, car les pertes ont été jugées « trop importantes » pour assumer une réouverture. Du côté des casinos, c’est désormais officiel, le Sun Casino ne rouvrira plus. Quant au petit casino de machines à sous du Monte-Carlo Bay, il pourrait aussi subir le même sort, même si « ce n’est pas encore totalement décidé ». Au final, et malgré ce dispositif réduit, les hôtels de la SBM ont accusé une perte d’environ 50 % de chiffre d’affaires par rapport à l’été 2019, avec de « légères variations » selon les établissements.

Bouée

Or, le futur immédiat n’incite pas à l’optimisme. La période automne-hiver 2020-2021 s’annonce compliquée, avec une activité très réduite pour la SBM, comme l’a expliqué Jean-Luc Biamonti : « En période automnale et hivernale on vit sur trois choses : les congrès, des petits “incentive” du type « les récompenses des 12 meilleurs vendeurs de l’entreprise Y à qui on offre trois jours à Monaco » et la clientèle individuelle. Or, il reste très peu de congrès, et ceux qui demeurent sont à voilure réduite. Ensuite, comme beaucoup d’entreprises procèdent à des licenciements, il est peu probable que, dans ce type de contexte, on envoie les 12 meilleures vendeurs en principauté. Enfin, il nous reste un peu de clientèle individuelle, mais ce n’est pas le plus important des trois marchés. » Face à ce constat, l’aide du gouvernement, et notamment le recours au chômage total temporaire renforcé (CTTR), a été une bouée à laquelle la SBM a été obligée de se raccrocher. « Sur le plan salarial, nous avons dû organiser le confinement de plus de 3 000 salariés en les plaçant dans deux groupes distincts : CTTR pour les salariés n’ayant plus de tâches à accomplir étant donné la fermeture des exploitations et travail à distance (Tad) pour les salariés dont les fonctions demeuraient nécessaires. Parallèlement à cela, nous avons mis fin à plus de 400 contrats des salariés en contrat à durée déterminée (CDD), afin de préserver l’activité et les emplois des salariés permanents », a expliqué le président-délégué de la SBM, en ouverture du rapport du conseil d’administration sur les comptes 2019-2020. En mai 2020, 66 % des salariés de la SBM étaient en CTTR. Fin août 2020, le pourcentage était descendu à 9 %. Dans les semaines et les mois à venir, il est possible que ce pourcentage augmente, a reconnu Biamonti. Autre conséquence sur l’emploi : pendant l’été 2020, la SBM n’a pas fait appel à des saisonniers. Habituellement, elle en recrute « plusieurs centaines » qui travaillent notamment au Monte-Carlo Beach, qui fonctionne essentiellement avec ce type de personnel. « Pour être le moins possible à la charge de l’Etat, on a demandé aux salariés d’aller travailler, sur la base du volontariat, au Monte-Carlo Beach, afin de sortir des gens du CTTR. Ce qui a permis de soulager un peu les finances de l’Etat, qui finance le CTTR », a justifié le président-délégué de la SBM.

La probabilité d’une deuxième vague de Covid-19, que certains voient plus violente que la première, est dans tous les esprits. Ce qui paralyse une bonne partie des velléités de voyages pour la clientèle de la SBM

« Terreur »

Le futur immédiat, ce sont aussi les travaux lancés par la SBM. Là encore, il a été décidé de mettre le frein à main sur les investissements. « Le seul qui reste possible, et on se donne jusqu’en novembre 2020 pour prendre une décision, c’est une rénovation du casino. C’est un dossier que l’on appelait « casino 2020 », et qui va devenir « casino 2021 », car on a pris du retard dans les travaux. Ces travaux ont été mis en suspens. On décidera en novembre 2020 pour voir si on les lance, ou si on les repousse d’une année. Sinon, tous les autres travaux ont été stoppés », a indiqué Biamonti. Parmi les chantiers terminés, une terrasse fumeurs réservée aux gros joueurs de machines à sous devait ouvrir pendant l’été 2020. Mais les travaux ont pris du retard et l’inauguration a finalement été repoussée au 9 octobre 2020. Sur le plan sanitaire, la SBM continue d’appliquer strictement le protocole sanitaire imposé par l’Etat monégasque. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 29 septembre 2020, la SBM indiquait avoir totalisé 19 cas de Covid-19 avérés, et un seul grave qui a nécessité une hospitalisation. « Nous avons eu la chance de ne pas avoir de clusters. Dans le même établissement, nous avons eu au maximum deux cas. On vivait dans la terreur d’en avoir un troisième, mais ce n’est pas arrivé », a soufflé le président-délégué de la SBM. On le voit, la situation reste extrêmement fragile et, comme beaucoup d’autres entreprises de la principauté, la SBM navigue à vue, privée de visibilité face à une épidémie de Covid-19 dont l’évolution reste imprévisible. Dans ce contexte, le communiqué qui accompagne la publication des résultats 2020-2021 est venu confirmer les craintes pour l’emploi, alors que des rumeurs de plan social courent en principauté depuis plusieurs semaines déjà : « Face à une situation économique très préoccupante, le groupe SBM doit proposer et négocier, dès cet automne, des mesures structurantes et produisant des effets tant à court qu’à long terme, pour réduire les contraintes qu’il supporte en termes de surcoûts d’exploitation. » Et ce ne sont pas les propos de Jean-Luc Biamonti qui vont rassurer les plus inquiets. A la question « allez-vous lancer un plan social d’ici la fin 2020 ? », le président-délégué de la SBM a dit « réfléchir à tout ça. Quand le moment sera venu, on respectera la procédure, on informera les gens qui doivent l’être en premier, et notamment les syndicats. Je ne peux certainement pas vous garantir qu’il n’y aura pas des mesures d’économies dans cette entreprise. J’aurais été très critiqué en assemblée générale, si je n’avais pas dit qu’on allait faire des économies dans les mois qui viennent, et certainement avant la fin de l’année 2020. » Reste à connaître le contenu des mesures qui sont envisagées par la direction, et qui seront très rapidement présentées aux syndicats. Mais sur ce point, Biamonti est resté flou, rappelant qu’il était « obligé de réfléchir à des mesures d’économie pour la SBM. L’environnement économique nous y force. Des mesures seront prises dans les semaines et les mois qui viennent. Mais aujourd’hui, je suis incapable de vous dire de quoi il s’agira ».

« L’Hermitage restera un hôtel »

Lors des questions-réponses avec la presse, la rumeur de la vente ou de la transformation de l’hôtel Hermitage en résidence hôtelière a été abordée. Ce qui a fait sourire le président-délégué de la Société des Bains de Mer (SBM), Jean-Luc Biamonti : « L’Hermitage est un hôtel et restera un hôtel. Nous n’avons jamais considéré une seconde à vendre l’Hermitage ou à le transformer en résidence hôtelière. On sait que l’immobilier à Monaco marche bien. L’ensemble de notre patrimoine immobilier locatif résidentiel est accompagné d’un service hôtelier, qui est assez peu utilisé mais que les gens aiment beaucoup. C’est psychologique. Le fantasme des deux œufs bacon à 2 heures du matin, ça fait rêver des gens, et ils acceptent de payer davantage de loyer pour y accéder. Mais il n’y a pas d’autres possibilités de faire d’autres résidences. Et l’Hermitage restera ce qu’il est actuellement. »

Jean-Luc Biamonti prolongé jusqu’en août 2025

C’est officiel, l’assemblée générale des actionnaires a validé le renouvellement du mandat d’administrateur de Jean-Luc Biamonti. Ce mandat prendra fin le 17 août 2025.

Comment la SBM compte financer son futur immédiat

La SBM a fait appel aux banques qui ont accordé un encours de crédits à hauteur de 230 millions d’euros. Une première échéance a été remboursée fin juin 2020 pour un total de 26,4 millions. Une deuxième échéance sera réglée fin décembre 2020 pour le même montant. Un autre levier a été actionné par les dirigeants de la SBM : un programme d’émission de titres de créances négociables à court terme a été lancé en juillet 2019 pour un total de 150 millions au maximum. « L’Etat monégasque s’est engagé à souscrire, dans la limite d’un montant cumulé en principal de 120 millions d’euros, tout ou partie des titres de créances négociables que le groupe SBM émettrait dans le cadre de ce programme et qui ne trouveraient pas preneurs sur le marché pour quelque raison que ce soit », précise un communiqué. Le 23 septembre 2020, l’encours de titres émis dans le cadre de ce programme était de 50 millions d’euros, permettant ainsi à la SBM de disposer d’un niveau de trésorerie disponible de 90 millions d’euros.

Du nouveau pour le Jimmy’z

Fermé depuis plusieurs mois pour cause de pandémie de Covid-19, le Jimmy’z est toujours au centre de multiples réflexions de la part de la direction de la SBM. Sa rentabilité et son fonctionnement sont pointés du doigt. « On ne peut pas utiliser un espace comme celui du Jimmy’z de 2 heures à 4 heures du matin, 80 jours par an. C’est trop peu, a lancé le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti. On ne peut pas gagner d’argent comme ça. D’ailleurs, plus personne n’a ce type de business model [modèle d’affaires – N.D.L.R.]. Ce lieu doit être utilisé beaucoup plus longtemps pour être rentable. On travaille donc sur un concept “lounge”, dîner et boîte de nuit, qui s’étendrait de 19 heures à 4 heures du matin. La clientèle peut être la même pour ces trois activités ou elle peut venir spécifiquement pour une activité en particulier. Mais cela suppose de créer une cuisine, ce qui coûte de l’argent. Comme pour le moment on n’en a plus, on va réfléchir… » Ce qui n’empêche pas la SBM de continuer à imaginer des événements pour séduire ses clients. Ainsi, le 6 novembre 2020, un « dîner d’exception » se déroulera au casino. Puis, un dîner inversé aura lieu le samedi 10 novembre 2020. Ce dîner sera servi sur la scène de la salle Garnier. Biamonti a assuré ne pas vouloir « d’un Monaco ville morte. Tant qu’on pourra tenir debout et organiser des choses comme ça, on le fera. On se donnera du mal pour que les gens aient des raisons de venir à Monaco et soient contents d’y être. Sans prendre de risques sanitaires, il faut que Monaco soit un peu différent d’ailleurs. »

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