mardi 25 janvier 2022
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SBM : Biamonti veut rassurer les actionnaires

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Déficit historique, risque financier des opérations Sporting d’Hiver, affaire Thomas Fabius… Lors de la dernière assemblée générale, le président délégué Jean-Luc Biamonti a voulu rassurer les actionnaires. Avec un argument massue : il s’est impliqué financièrement dans la société en achetant 100 000 titres cet été.

«On a besoin d’être rassurés, cela fait 5 ans qu’on souffre… » Avant d’entrer dans la salle des Arts du Sporting d’Hiver — peut-être pour la dernière fois avant sa démolition —, les actionnaires le savaient déjà : l’exercice 2012/2013 doit être chassé des esprits au plus vite. Des pertes record de 51 millions d’euros, un résultat opérationnel Jeux en chute libre (-15 millions d’euros) et pour la quatrième année consécutive, l’absence de dividendes redistribués. « J’espère que cet exercice sera le plus mauvais de la société. Personnellement, je suis confiant », a vite assuré le président délégué Jean-Luc Biamonti. Un dirigeant tellement confiant dans l’avenir et le potentiel de l’entreprise qu’il a lui-même « exposé (son) patrimoine personnel » à hauteur de 3,2 millions d’euros. Déjà actionnaire, le Monégasque a acquis cet été 100 000 actions, après avoir obtenu le feu vert du palais (voir plus loin). Une opération qui a peut-être boosté la valeur du titre qui flirte aujourd’hui avec les 40 euros. Faisant monter la capitalisation boursière à 726 millions d’euros (pour 18 millions d’actions).
Pourtant, la présidence déléguée ne serait pas de tout repos. « Ma mission est beaucoup plus compliquée que prévu. J’ai des hauts et des bas », a avoué le président devant la presse, en faisant allusion à une centralisation extrême de la société, aux lenteurs administratives et au poids des croyances. « Certains pensent encore que c’est la SBM qui paie les fonctionnaires en Principauté. » On part effectivement de très loin…

« Aucun actionnaire minoritaire lésé »
Pour mettre du baume au cœur aux actionnaires, le président délégué a mis le paquet. Surfant sur les bons résultats du premier trimestre de l’exercice 2013-2014 (avec une hausse de 24 % du chiffre d’affaires) et de la période estivale (+9 % par rapport à la même période en juillet-août 2012). Ou encore sur l’amélioration de la situation financière de Betclic Everest Group (BEG). La SBM a tout de même investi plus de 200 millions d’euros dans les jeux en ligne… Mais pour les petits porteurs, c’était bien le financement des projets pharaoniques de la SBM qui fixaient les inquiétudes. Si chacun sait que l’augmentation de capital permettra de financer à hauteur de 200 millions d’euros les deux grands projets du Sporting d’hiver et de la rénovation de l’Hôtel de Paris, les actionnaires s’interrogent encore sur le déroulé de l’opération financière.
Le calendrier est désormais fixé dans une fourchette : « L’opération se déroulera entre la fin 2013 et le premier trimestre 2014 », a annoncé Biamonti. En revanche, sur les modalité de l’augmentation de capital, le silence reste de mise. Tout comme sur le nom des investisseurs potentiels, et ce malgré les rumeurs récurrentes de l’entrée au capital de Dmitry Rybolovlev, le patron de l’ASM. La SBM renvoie la balle à l’actionnaire majoritaire, qui détient encore 68 % des actions. « C’est l’Etat qui choisira 1 à 5 investisseurs extérieurs et fera le tour de table », souligne le président délégué. Le prix, lui, dépendra des conditions de marché. « La pratique, c’est une légère décote par rapport au prix de base. La banque Rotschild nous donnera ses conseils, poursuit-il. Tout le monde sera traité sur un plan d’égalité et aura le droit de participer. Aucun actionnaire minoritaire sera lésé. »

Endettement et pas de porte
En dehors de l’augmentation de capital, les deux chantiers seront financés par la dette (400 millions d’euros) et les nouveaux pas de porte des commerçants (120 à 130 millions d’euros). Pas question en revanche de céder un actif comme le Balmoral, valorisé à 300 millions d’euros et censé rapporter à la SBM 4 à 5 millions d’euros par an. « On a un plan à 10 ans du financement de l’ensemble de nos investissements. Le risque est limité. La valeur du Sporting d’Hiver une fois construit sera bien supérieure à 1,5 milliard d’euros. Et le rendement locatif attendu des bureaux n’est pas loin de 10 % », ajoute Biamonti.

L’affaire Fabius en écho
Autre source d’inquiétude pour les actionnaires : la procédure judiciaire contre Thomas Fabius qui tape à la porte de la SBM. Il faut dire que cinq jours avant l’assemblée générale, un article de Valeurs Actuelles a mis le feu aux poudres. Relayé par Monaco-Matin, le magazine indique que les juges d’instruction Roger Le Loire et René Cros enquêteraient sur les conditions dans lesquelles une dette de jeu du fils du Ministre des Affaires étrangères aurait été effacée. Depuis cet écho médiatique, le parquet monégasque exécute effectivement la commission rogatoire internationale envoyée par Paris. Un cadre de la société a déjà été entendu par la police monégasque le 19 septembre mais à l’heure où nous bouclions ces lignes, aucune perquisition n’a été effectuée à la SBM ou au ministère d’Etat. Bref, de quoi susciter le doute chez les petits porteurs. Un actionnaire belge, qui a fait 1 500 km pour venir à l’AG, interroge le président délégué. « Nous n’effaçons pas de dette de jeu. Nous ne l’avons jamais fait et nous n’avons pas l’intention de commencer », a réitéré Biamonti. Alors pourquoi cette enquête ? Dans le collimateur du pôle financier parisien, et faisant l’objet d’une enquête pour détournement et blanchiment, Thomas Fabius est bien connu du casino monégasque. Entre novembre 2011 et février 2012, il est venu régulièrement flamber au casino. L’homme est généreux avec le personnel. Certains évoquent même des pourboires de 2 millions d’euros distribués au cours de ses nuits monégasques. Un soir, celui qui aurait perdu 1,9 million d’euros, selon certaines sources, aurait même clamé : « Mesdames et Messieurs, vous allez assister aux plus gros pourboires jamais donnés aux valets ! » Il aurait alors lancé une plaque de 50 000 euros au petit personnel. Ce gros joueur a-t-il bénéficié d’une remise sur pertes de la SBM ? Impossible de l’affirmer. Seule certitude : comme les autres casinos, la SBM pratique de tels gestes commerciaux pour les gros montants.
Une autre thèse circule à la SBM. Les 700 000 euros s’expliqueraient par une « bourde » d’un inspecteur de la SBM. Un soir, alors que Thomas Fabius se serait engagé à ne plus faire crédit auprès de la Société de financement et d’encaissement (SFE), un cadre peu expérimenté lui aurait permis de jouer cette somme. Ce qui aurait permis à Thomas Fabius de jouer la montre. Un dysfonctionnement qu’il serait bien difficile de justifier…
Reste à savoir comment cette affaire évoluera. Valeurs actuelles évoquait une perquisition au département des finances. Le gouvernement n’est visiblement pas au courant. Selon le ministre d’Etat, interrogé lors de la dernière conférence de presse du gouvernement, il aurait « appris cette affaire par la presse. A aucun moment, le département des finances ni le gouvernement n’ont été saisis de cette affaire. Les joueurs jouent pour certains à crédit, d’autres demandent des délais de paiement. Tout ça est géré par la Société de financement et d’encaissement, qui ne consulte jamais le gouvernement sur la gestion des joueurs. Cette affaire est interne au casino et purement française. Il y a simplement un service de police des jeux qui fait mensuellement une note à l’intention du département des finances en indiquant l’évolution des pertes et des gains du casino », affirme Michel Roger. Avant d’ajouter : « Le gouvernement ne peut que prendre acte des déclarations du président de la SBM qui a indiqué qu’aucun effacement de dette n’était intervenu. »

Achat d’actions de Biamonti : le gouvernement le découvre sur Internet

Etonnamment, le ministre d’Etat dit avoir découvert sur le site de l’Autorité des marchés financiers l’acquisition récente de 100 000 actions SBM de Jean-Luc Biamonti. Qu’en pense-t-il ? Trouve-t-il l’opération régulière ? « La SBM est cotée en bourse. Les achats d’actions sont très encadrés par l’autorité des marchés financiers. C’est d’ailleurs sur le site de l’AMF que nous avons pris connaissance de cet achat par le président de la SBM de ces actions. Cette démarche n’est pas surprenante. Dans la plupart des sociétés cotées, les administrateurs possèdent des actions. On peut même dire que le fait qu’un administrateur acquiert une part importante d’actions est le signe de son engagement, de son implication. Cette opération répond aux règles d’encadrement fixées par l’AMF. »

Nouveau Sporting d’Hiver : c’est (presque) parti !

Les jardins des Boulingrins sont en pleine restructuration. A partir du 30 septembre démarre la construction de cinq pavillons qui abriteront les boutiques du Carré d’Or.

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© Photo WSM-Colman

Pas de doute. Le chantier du nouveau Sporting d’Hiver a déjà démarré. L’état des jardins des Boulingrins, désherbés et chamboulés, préfigure le vaste chantier qui attend la place du casino. Et pour cause. A partir d’aujourd’hui, tout s’accélère. Après avoir transplanté les arbres depuis le 19 juin, la SBM passera dès le 30 septembre à l’installation des « galets » éphémères. A savoir des structures ayant vocation à accueillir les boutiques de luxe logées au Sporting d’Hiver et avenue des Beaux-Arts, bien obligées de déménager durant toute la durée des travaux de démolition-resconstruction du bâtiment Art Déco. Le 20 septembre, lors de la conférence de presse suivant l’AG des actionnaires, Jean-Luc Biamonti en a profité pour détailler le concept de l’architecte Richard Martinet : cinq pavillons de taille différente (allant de 220 à 600 m2) abriteront 20 boutiques, sur une surface globale de 2 500 m2.

18 millions d’euros
Ces cinq « galets » — que d’aucuns ont justement comparé à des soucoupes volantes – seront couverts d’écailles en aluminium blanc cassé. Cet ensemble architectural décoiffant est destiné à « créer le buzz ». « Nous avions imaginé d’abord un projet Belle Époque, puis Richard Martinet, l’architecte en charge de la refonte de l’Hôtel de Paris, a proposé ce projet de galets qui plaît beaucoup aux commerçants. Il nous permet aussi de gagner des m2 et de faciliter les accès pour les personnes handicapées », ajoute Jean-Luc Biamonti avant de donner le coût de l’opération : 18 millions d’euros.
Pour ceux qui auraient du mal avec le look résolument contemporain et futuriste de ces « galets », Jean-Luc Biamonti a promis que l’installation sera provisoire. Les pavillons, installés jusqu’à la fin des travaux en 2018, seront en effet démontés en 2019. Avant d’être « recyclés ou vendus »… Les détracteurs auront un peu de temps pour s’y habituer. Si la fin des travaux est prévue pour mai 2014, les boutiques n’ouvriront qu’à l’automne 2014.

« La décision est prise et a été validée »
En revanche, pour que l’opération de démolition-reconstruction du Sporting d’Hiver démarre vraiment, il faudra patienter. Au-delà du débat public sur la démolition de l’édifice Art Déco, qui semble clos, il faut attendre la délivrance d’un permis de construire et le vote de la loi de désaffectation d’une parcelle publique de l’Etat. « J’ai du mal à imaginer que l’actionnaire ne donne pas son permis de construire. On n’est pas totalement fou. On a fait un projet selon une ordonnance souveraine et on n’a pas décidé un jour d’empiéter sur le domaine public. Quand l’Etat passe une ordonnance souveraine, il sait ce qu’il fait », estime Jean-Luc Biamonti. Sur les travaux du Sporting d’Hiver comme de la rénovation de l’Hôtel de Paris, le ministre l’a encore répété devant la presse, le 24 septembre : « La décision est prise et a été validée. »
Pour le vote de la loi de désaffectation, c’est une autre histoire. Le texte n’est toujours pas sur le bureau du conseil national et l’assemblée est courroucée du manque d’informations sur tous ces projets. « Le gouvernement ne joue plus son rôle d’actionnaire majoritaire de la SBM. Le conseiller aux finances doit désormais informer chaque semaine le président du conseil national. Je commence à ne plus avoir confiance », tonne Laurent Nouvion pour qui « le conseil national est historiquement incontournable sur le devenir et les projets de la SBM. » C’est d’ailleurs pourquoi le sujet de la SBM reviendra — encore une fois — en force lors des prochains débats budgétaires. Avant de tenir la commission tripartite SBM le 15 octobre.
En attendant ce rendez-vous, Jean-Luc Biamonti ne se démonte pas. Au pire des cas, faute de déclassement de parcelle, la SBM a déjà un plan B. Pour ce projet certes moins ambitieux, on passera en toute simplicité de 7 bâtiments à 6, en supprimant une tour de bureaux…

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Monaco Hebdo