samedi 19 septembre 2020
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Héli Air Monaco reprend les vols charters entre Monaco et Nice

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Le gouvernement vient d’autoriser Héli Air Monaco à commercialiser des vols charters entre Monaco et Nice. Mais, frappée de plein fouet par la crise liée au Covid-19, cette entreprise spécialisée dans le transport en hélicoptères souffre, et envisage de licencier une dizaine de salariés, selon l’évolution de la situation.

« Après 46 mois d’absence, soit 4 ans moins deux mois, le gouvernement a rétabli la situation antérieure. » Le 24 juillet 2020, le patron d’Héli Air Monaco, Jacques Crovetto, a annoncé la nouvelle sur la page Facebook de l’entreprise qu’il a créée avec son frère Patrick en 1976. Désormais, Héli Air Monaco peut à nouveau proposer des vols charters entre Monaco et Nice, c’est-à-dire des vols commerciaux organisés en dehors des vols à horaires réguliers. « Quand nous avions la gestion de la ligne régulière Monaco-Nice, Monacair avait le droit de faire des vols charters entre Monaco et Nice. Mais en 2015, quand nous avons perdu la gestion de cette ligne régulière au profit de Monacair, on nous a interdit de proposer des vols charters entre Monaco et Nice. Je remercie donc celui qui a compris qu’il fallait nous rétablir dans notre droit légitime », commente Jacques Crovetto. Héli Air Monaco exploitait depuis 1976 la ligne Monaco-Nice qui fonctionne en vertu d’une convention franco-monégasque. La durée du vol est estimée à 7 minutes pour rejoindre depuis la principauté l’aéroport de Nice. Puis, suite à un appel d’offres dont le résultat a été révélé en juillet 2015, mais qui est contesté depuis des années devant la justice par Héli Air Monaco (lire Monaco Hebdo n° 1139), cette ligne est désormais exploitée par Monacair. Dernier coup de théâtre en date : affirmant être victime de la crise sanitaire, le président de Monacair, Damien Mazaudier a annoncé le 9 juillet 2020 qu’il allait licencier 32 salariés, soit près de la moitié de ses effectifs (lire Monaco Hebdo n° 1160). Selon les dirigeants de Monacair, la fréquentation sur la ligne Monaco-Nice se serait effondrée, ce que ne croient pas les salariés qui estiment pour leur part que ce plan social ne se justifie absolument pas.

« Cause »

Au-délà de cette bataille de chiffres de fréquentation, les quelques vols charters dont va pouvoir bénéficier Héli Air Monaco après en avoir été privé pendant près de 4 ans vont apporter un plus dans des finances lourdement implantées par le Covid-19. La décision du gouvernement d’autoriser à nouveau Héli Air Monaco à réaliser ce type de vols sur la ligne Monaco-Nice n’est que justice pour le patron de cette entreprise : « La ligne régulière et les vols charters à la demande sont deux choses très différentes. La ligne régulière est facturée 160 euros la place. En vol charter, on paie pour profiter de l’hélicoptère entier, soit environ 650 euros, voire plus selon le type de matériel utilisé. Ce sont donc vraiment deux marchés très différents. J’ai plaidé cette cause pendant longtemps. On ne m’a pas écouté. Mais la situation a évolué, et le gouvernement a pris conscience que, désormais, tout nous échappe. » En juin 2020, le patron d’Héli Air Monaco est donc revenu une nouvelle fois à la charge sur ce sujet auprès du ministre d’Etat, Serge Telle (1).

© Photo Héli Air Monaco

Alors que l’heure est désormais à la relance économique dans tous les secteurs d’activités de l’économie monégasque, le marché aérien est sinistré, avec deux entreprises, Monacair et Héli Air Monaco, en grandes difficultés

« Décisions »

Même s’il part du principe que, pendant cette crise sanitaire, « on est quand même plus en sécurité dans un hélicoptère à deux, qu’à 75 dans un avion avec un masque », Jacques Crovetto avoue aussi que la pandémie de Covid-19 a eu un « fort impact » sur son activité. « Bien sûr, on a fait quelques vols, mais on est très loin de la situation des années antérieures. On a réalisé entre 10 et 20 % de notre activité habituelle. Juin 2020 a été mauvais, juillet ça monte un peu… En juillet et août, on a enregistré quelques demandes », ajoute ce chef d’entreprise. Parmi les destinations qui sont le plus demandées, Saint-Tropez, la Corse et l’Italie. Mais avec un chiffre d’affaires en chute libre, et malgré la possibilité nouvelle de pouvoir vendre des vols charters entre Monaco et Nice, Jacques Crovetto n’écarte aucune solution : « Je réfléchis à la possibilité de lancer un plan de licenciement pour une dizaine de salariés sur les 35 que compte Héli Air. Pour le moment, la décision n’est pas prise. J’observe jour après jour ce qu’il se passe, et je mets des cierges… Les décisions qui ont été prises ont cassé le marché. Et aujourd’hui, ce marché ne va pas repartir comme ça. » Il n’y a pas que la crise sanitaire que pointe du doigt le patron d’Héli Air Monaco pour expliquer la situation très délicate dans laquelle est plongée son entreprise : « Notre activité d’entretien technique a été déplacée à Cannes sur demande du gouvernement monégasque. Nous avons donc dû augmenter nos frais, en louant un hangar à Cannes pour créer une cellule là-bas. »

Italie

Alors que l’heure est désormais à la relance économique dans tous les secteurs d’activités de l’économie monégasque, le marché aérien est sinistré, avec deux entreprises, Monacair et Héli Air Monaco, en grandes difficultés. « L’activité ne reprendra que s’il y a un consensus entre l’Etat monégasque et les compagnies d’hélicoptères. Il faut étudier de très près les compagnies d’hélicoptères qui travaillent ici, le futur de l’héliport, les accords internationaux… », estime Jacques Crovetto. A l’international, un problème revient souvent lorsqu’il s’agit de se rendre en Italie. Faute d’accord avec ce pays, la réglementation oblige les compagnies monégasques à décoller d’un aéroport douanier, comme Monaco, pour se rendre ensuite obligatoirement vers un autre aéroport douanier. Or, en Italie, le plus proche de Monaco, c’est Albenga. « Donc, pour aller de Monaco à Gênes, ça va. Mais pour aller de Monaco à Vintimille, on est obligé d’aller jusqu’à Albenga, pour ensuite revenir à Vintimille. Pour éviter ce problème, il faudrait que Monaco signe un accord avec l’Union européenne (UE) en matière d’aviation civile pour être considéré comme « européen » pour cette activité-là. Ou bien il faudrait faire évoluer l’accord-franco-monégasque », propose le patron d’Héli Air Monaco, tout en avouant son inquiétude : « Le pavillon monégasque et la souveraineté monégasque sont en train de disparaître. » Actuellement, au vu du contexte et de la crise sanitaire qui frappe le monde entier, est-ce que la ligne régulière Monaco-Nice intéresse toujours Héli Air Monaco et Jacques Crovetto ? Sans fermer la porte, le patron de cette entreprise qui fêtera ses 45 ans d’existence en 2021 reste prudent. Et il estime que cela mérite une véritable réflexion : « Personne ne m’a posé la question du côté du gouvernement. Mais ce qui est sûr, c’est que cela nécessite une grosse organisation. Aujourd’hui, on ne peut plus se lancer comme on l’a fait dans les années 1970. » Avec la crise sanitaire, le monde de l’aviation civile n’est vraiment plus le même.

1) Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 28 juillet 2020.

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