vendredi 7 août 2020
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Salons de coiffure :
une reprise décoiffante

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Depuis le lundi 4 mai 2020, les coiffeurs de la principauté sont à nouveau autorisés à recevoir des clients après sept semaines de fermeture due à l’épidémie de coronavirus. Mais cette reprise sur les chapeaux de roues s’accompagne, sans surprise, de règles sanitaires strictes.

On le sait, il y aura un avant et un après coronavirus. Et les salons de coiffure n’échappent pas à la règle. L’époque où l’on patientait chez le coiffeur en feuilletant les magazines people est en effet révolue. Fini aussi les thés/cafés et les passages à l’improviste chez le coiffeur. Désormais, des nouvelles normes sanitaires ont été adoptées pour faire face à un virus qui circule toujours.

Mesures drastiques

Dans les salons de coiffure Eric Zemmour de Monaco, un protocole précis a été mis en place depuis le 4 mai, jour de la réouverture. Les clients doivent prendre rendez-vous — ce qui était déjà le cas pour ce salon avant la crise sanitaire — et attendre sur le pas de la porte avant d’entrer dans le salon. Une fois à l’intérieur, les clients sont invités à se désinfecter les mains avec du gel hydroalcoolique avant de déposer eux-mêmes leur veste ou manteau au vestiaire. Bien entendu, le port du masque est obligatoire pour les clients, petits et grands  (1), comme pour le personnel du salon. Une contrainte qui se révèle particulièrement désagréable pour les coiffeurs, comme l’explique la gérante des salons, Paola Pizzorni : « Le plus difficile, c’est de garder le masque toute la journée. C’est pour ça qu’on a des pauses pour pouvoir l’enlever, parce que c’est vraiment dur ». En plus de masques chirurgicaux et tissu, le salon s’est doté de visières de protection. Pour les clients, le masque jetable est recommandé « car si on fait une couleur, on risque de le tacher », indique Paola Pizzorni. Des peignoirs à usage unique et des serviettes jetables pour l’esthétique viennent compléter la panoplie des indispensables pour prévenir tout risque de contamination.

Plexiglas et désinfection

Au bac à shampoing, des mesures sanitaires ont également été prises. Des plexiglas ont été installés pour séparer les clients. Et les bacs et fauteuils sont désinfectés systématiquement avec des lingettes jetables avant chaque client. Les serviettes, elles, sont lavées avec un « détergent puissant et séchées au sèche-linge » après chaque utilisation. Une fois le shampoing et le rinçage effectués, place à la coupe. Les clients sont installés par les coiffeurs à distance respectable les uns des autres : « On a un fauteuil vide entre chaque client pour éviter qu’ils ne soient trop proches les uns des autres. Cela nous permet d’avoir plus de deux mètres entre chaque client. Nous avons la chance d’avoir un grand salon donc nous pouvons les distancer », souligne la gérante. Quant aux peignes, tondeuses, brosses ou autres ciseaux… ils sont systématiquement nettoyés avec des lingettes avant chaque utilisation. Des mesures d’hygiène auxquelles sont rompus les coiffeurs : « On a toujours travaillé avec beaucoup d’instruments tout à fait désinfectés. On a une procédure depuis très longtemps. On désinfecte toujours nos brosses, ciseaux, peignes avec des sprays spéciaux ». Toutes ces mesures, plutôt bien acceptées par la clientèle et qui n’ont fait l’objet d’aucun contrôle pour le moment, représentent un coût non négligeable pour un secteur d’activité qui a été à l’arrêt total pendant près de deux mois. « Les plexiglas, sur les deux salons, nous ont coûté un peu plus de 2 000 euros. Et les visières nous ont coûté 150 euros les dix », confie Paola Pizzorni alors que ses salons sont toujours amputés des revenus des activités esthétiques — soins du corps et du visage — qui représentent tout de même près de 30 % du chiffre d’affaires.

© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Le plus difficile, c’est de garder le masque toute la journée. C’est pour ça qu’on a des pauses pour pouvoir l’enlever, parce que c’est vraiment dur » Paola Pizzorni. Gérante des salons de coiffure Éric Zemmour Monaco

Ruée vers les salons de coiffure

Après quasiment deux mois de fermeture, la réouverture des salons de coiffure était en tout cas très attendue par les clients. Très rapidement, les prises de rendez-vous ont afflué et les agendas se sont remplis à la vitesse grand V. « Les clients voulaient tous venir les premiers jours. Mais ce n’était pas possible. Surtout qu’on n’est pas tous présents donc c’est impossible de recevoir tout le monde, témoigne la gérante des salons Éric Zemmour. On a dû faire petit à petit mais les clients ont bien compris. Le fait qu’ils ne sortent pas, qu’ils n’aillent pas au restaurant… ça nous a aidé (rires) ». Aujourd’hui, il faut attendre à peu près une semaine pour obtenir un rendez-vous mais selon Paola Pizzorni, la situation devrait rapidement revenir à la normale. « Ça va se tasser avec le temps. Là, tout le monde avait besoin de venir. Mais après, ça va se calmer. Surtout si on ne reprend pas une vie active à 100 % ». Si la majorité de la clientèle a attendu sagement la réouverture des salons, d’autres n’ont pas eu cette patience et se sont improvisés coiffeurs durant le confinement. Avec parfois, quelques ratés comme l’a constaté Paola Pizzorni : « Certaines ont coupé les cheveux de leur mari, d’autres ont essayé de faire des couleurs… Bien sûr, on a des ratés à rattraper. Mais beaucoup de clients nous ont attendu, heureusement pour nous (rires) ».

Aides

En raison des mesures sanitaires strictes et de la suspension des soins esthétiques (sauf manucure-pédicure et épilation), les salons Éric Zemmour tournent aujourd’hui avec 60 % des effectifs. Le personnel qui ne travaille pas restera en « chômage technique au minimum jusqu’à fin mai, après je ne sais pas », indique Paola Pizzorni qui se dit satisfaite du soutien et des aides apportées par l’État durant le confinement. « On a essayé de nous donner un maximum d’aides. Je les en remercie. J’ai aussi appris que les collaborateurs pouvaient désormais avoir les parkings à des tarifs réduits. Ce qui est très important parce qu’on évite tous de bouger avec les transports en commun car on a tous un peu peur », se félicite la gérante du salon. Seule ombre au tableau : les loyers. Comme beaucoup de commerçants en principauté (lire Monaco Hebdo n° 1151), Paola Pizzorni regrette en effet que certains propriétaires de baux commerciaux n’aient pas joué le jeu. « Les propriétaires des locaux commerciaux ont un peu moins joué le jeu. J’ai deux salons et j’ai les deux extrêmes. Un m’a dit « oui pas de problème, je joue le jeu à 100 % » et un autre n’a pas du tout joué le jeu. Je ne sais pas pour quelle raison », s’interroge la commerçante. « Les loyers, c’est la chose la plus difficile car on ne travaille pas encore à notre potentiel habituel. À la longue, ça va être compliqué à gérer », redoute-t-elle. L’État a-t-il prévu de continuer à aider les coiffeurs de Monaco ? « Pour l’instant, j’en ai aucune idée, répond Paola Pizzorni, les comptables ne nous ont pas dit pendant combien de temps on pourra garder les personnes en chômage technique ». La gérante du salon attend de voir comment la situation va évoluer mais elle s’attend d’ores et déjà à devoir faire face à une année compliquée : « On aura beaucoup moins de touristes cette année. Ce qui n’est pas négligeable pour nous à Monaco. On a toujours travaillé en partie avec des personnes qui étaient dans les hôtels de Monaco. Notre clientèle risque aussi de partir en vacances. […] Si c’est possible, j’aimerais qu’on continue à nous aider. Surtout si on doit garder toute cette structure compliquée et chère car on a des coûts supplémentaires par rapport à la désinfection des bacs… ».

Pas d’augmentation de prix… pour le moment

Ces surcoûts, Paola Pizzorni a choisi de ne pas les répercuter sur ses clients… pour le moment : « Je sais que certains salons ont augmenté leurs tarifs entre 5 et 10 euros. Pour le moment, je ne l’ai pas fait. On attend un peu et on voit comment on s’organise ». Il lui est d’ailleurs difficile aujourd’hui d’estimer précisément le manque à gagner : « Dans l’ensemble, il y a un manque à gagner, mais, d’un autre côté, on n’a pas les salaires à payer, car une partie de nos salariés est en chômage technique, pris en charge par l’État. On n’aura donc « que » le loyer, qui reste une grosse partie du chiffre d’affaires ». Face à toutes ces nouvelles contraintes qui impactent inévitablement les revenus de ses salons de coiffure, Paola Pizzorni n’a pas souhaité, « pour l’instant », modifier ses horaires d’ouverture. Ses salons continuent d’ouvrir 6 jours sur 7, du lundi au samedi, de 9 heures à 19 heures.

1) En cas d’oubli du masque, le salon propose des masques à la vente.

Vidéo : Notre reportage au salon Eric Zemmour Monaco

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