mardi 25 janvier 2022
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“Parler le même langage que le secteur privé”

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Laurence Garino
« L'ambition est de créer un point unique de l'enregistrement en 2011 afin que l'entrepreneur ne courre plus dans 10 bureaux différents avant de pouvoir émettre sa première facture. » © Photo Monaco Hebdo.

Vous souhaitez créer votre entreprise?? Dans le parcours du combattant qu’implique une telle procédure, le Monaco Business Office (MBO) alias le guichet unique, est une étape incontournable. Rencontre avec son chef de service, Laurence Garino. Interview relue.

Monaco Hebdo?: Quelle est la mission du MBO??
Laurence Garino?: Le MBO se positionne comme interface du secteur privé. Nous accompagnons les personnes qui souhaitent créer leur entreprise et sommes le contact clé, à la direction de l’expansion économique, des avocats, des conseillers juridiques ou des experts comptables qui nous adressent leurs clients. Mais pas seulement. A tout moment de la vie de l’entreprise, les dirigeants ou futurs dirigeants peuvent nous contacter pour connaître les procédures à suivre pour toute nouvelle autorisation.

M.H.?: Quel est actuellement le profil des créateurs d’entreprise qui vous contactent??
L.G.?: Nous accueillons à la fois des personnes étrangères qui souhaitent créer leur entreprise en principauté et y résider, et des personnes de Monaco ou de la région voisine qui désirent développer leurs affaires et créer une nouvelle activité ici. L’image de Monaco est un argument pour les affaires. On observe trois catégories principales de visiteurs?: d’abord le créateur d’entreprise qui a un projet bien défini – ce qui représente un tiers des rendez-vous. Ensuite la personne qui recherche un emploi dans l’immédiat ou à court terme et qui considère la création d’entreprise comme une alternative (10 %). Enfin, la majorité des personnes qui nous contactent vient se renseigner pour monter un projet, sans avoir obligatoirement concrétisé une étude de marché ou de faisabilité. Avant le lancement officiel du MBO, la semaine dernière, nous avons reçu entre 60 et 100 demandes de rendez-vous pour une création d’entreprise sur une durée de deux mois.

M.H.?: Quelle est leur nationalité??
L.G.?: Les nationalités française, italienne et anglaise sont les plus représentées. Mais on accueille aussi des créateurs potentiels portugais, brésiliens, espagnols ou des pays de l’Est.

M.H.?: Pour quelles activités??
L.G.?: Les activités envisagées sont les prestations de services à l’entreprise, les nouvelles technologies, ainsi que les prestations de services à la personne. Le métier d’agent immobilier intéresse aussi beaucoup de monde. Tout comme certaines niches de l’industrie comme l’horlogerie.

M.H.?: Savez-vous combien de ces contacts franchissent le pas et créent vraiment leur entreprise??
L.G.?: Actuellement, nous ne disposons pas de cette statistique. En revanche, le work-flow (processus d’affaires en français), que nous allons mettre en place prochainement – dans sa phase 3 – afin de créer une passerelle entre les contacts du MBO et les équipes qui instruisent les dossiers, va nous permettre de suivre l’évolution d’un dossier dès le premier rendez-vous. Le work-flow mis en œuvre actuellement – dans sa phase 1 – est un outil informatique qui permet de faire circuler plus rapidement les dossiers entre les services. Les dossiers de création d’entreprises seront désormais informatisés afin de réduire le temps de circulation inter-services (Sûreté publique, DASS, etc) des dossiers sous format papier.

M.H.?: D’où l’intérêt de ne plus avoir 19 pièces à remplir pour créer une SAM??
L.G.?: Il fallait en effet 19 pièces pour la création d’une société anonyme monégasque contre 6 aujourd’hui – si l’actionnariat est composé seulement de personnes physiques – ou 9 – s’il y a une personne morale. Pour la SARL, on est passé de 11 à 6 pièces. Nous avons rationalisé les documents en concentrant les données demandées. Tout a été modernisé.

M.H.?: Supprimer la paperasse sera un gain de temps mais ne sera pas suffisant. Quelles sont les autres mesures destinées à réduire les délais??
L.G.?: L’objectif est de gagner un mois sur l’ensemble de la procédure et de passer de 3 à 2 mois. Aujourd’hui, dans l’ensemble, la direction de l’Expansion économique a déjà gagné 15 jours entre la demande d’instruction et le retour du conseil de gouvernement. Mais on ne va pas s’arrêter là?; l’idée est d’identifier dans chaque service (Sûreté publique, caisses sociales, etc) un contact clé, chargé de l’instruction des dossiers. Dans un deuxième temps, la direction de l’Expansion économique a le projet de centraliser les démarches qui suivent la délivrance de l’autorisation (l’enregistrement au greffe, l’immatriculation au registre du commerce et l’affiliation aux caisses sociales). L’ambition est de créer un point unique de l’enregistrement en 2011 afin que l’entrepreneur ne courre plus dans 10 bureaux différents avant de pouvoir émettre sa première facture.

M.H.?: Il était temps… Surtout face à la concurrence??
L.G.?: C’est une nécessité aujourd’hui. La volonté de moderniser les procédures et l’Etat a été exprimée par la feuille de route du prince. Aujourd’hui, on doit parler le même langage que le secteur privé et pouvoir se mesurer à la concurrence à l’échelle internationale. La réactivité et la proactivité sont une nécessité absolue.

M.H.?: Pourquoi ne pas avoir mis en place ces mesures simples avant??
L.G.?: Nos procédures dataient?; il était nécessaire de les rafraîchir et de prendre le temps de remettre à plat le processus.

M.H.?: Dans le passé, les délais étaient pourtant jugés incompressibles en raison des mesures de sécurité et de contrôle des investisseurs étrangers.
L.G.?: Raccourcir les délais n’empêche pas qu’il y ait un contrôle en amont et a posteriori des entreprises, ce qui assure la pérennité de la place. D’ailleurs, une procédure sera par exemple plus longue pour les domaines sensibles d’activité liés à l’alimentaire ou la santé, ou pour les activités réglementées.

M.H.?: Vous avez sans doute entendu les reproches récurrents des investisseurs sur les lenteurs de la création d’entreprise à Monaco??
L.G.?: On entendait souvent parler des lenteurs et de l’absence de communication. Mais aujourd’hui, nous souhaitons instaurer une proximité avec les entrepreneurs et les professionnels de la place, afin de travailler en amont et en toute concertation. Parallèlement, s’il y a un accueil administratif officiel de 9 à 17 heures, notre service doit jouer la souplesse et la carte du « sur-mesure ». A cet effet, nous sommes à la disposition des demandeurs sur rendez-vous en dehors de ces horaires.

M.H.?: Vous êtes 5 au MBO, en comptant l’accueil. C’est suffisant??
L.G.?: Notre objectif, c’est la performance. Si nous nous retrouvons surchargés de demandes, ce sera bon signe pour l’économie monégasque car cela signifiera que nous devons traiter de nombreux projets de création d’entreprise.

M.H.?: Vous allez dépoussiérer la partie du site dédié à la vie de l’entreprise de gouv.mc??
L.G.?: Nous allons avoir un site dédié à la vie de l’entreprise de A à Z, de la création à l’agrément, en passant par l’embauche, le déménagement, les aides financières, etc. Ce site pourrait ressembler au MBO physique?: c’est-à-dire un véritable espace consacré aux entreprises. Il devrait être mis en ligne avant octobre 2011.

M.H.?: Etes-vous favorable à la création d’EURL à Monaco??
L.G.?: Il manque effectivement une forme juridique entre l’activité en nom personnel, où l’entrepreneur engage ses biens personnels et la SARL, où il doit y avoir au moins deux associés. Je crois pouvoir dire que cela fait partie des projets d’évolution du droit monégasque et que le gouvernement a lancé une étude juridique d’ensemble.

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