vendredi 27 novembre 2020
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Nicolas Matile-Narmino : « A Monaco, il faut tout faire pour rester ouvert »

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Alors que le gouvernement monégasque a décidé de laisser ouverts un certain nombre de commerces pendant la période de couvre-feu imposée par la pandémie de Covid-19, le président de l’Union des commerçants et artisans de Monaco (Ucam), Nicolas Matile-Narmino a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

A Monaco, les commerces restent ouverts, dans la mesure où ils respectent rigoureusement les gestes barrières : vous êtes satisfait ?

On s’est engagé à respecter scrupuleusement les gestes barrières. Je pense que nous aurons un avantage concurrentiel, car nous avons la chance d’avoir des salariés pendulaires qui continueront à venir chaque jour à Monaco pour travailler. Même si beaucoup feront du télétravail, et que le télétravail n’est pas favorable au commerce en principauté, les gens auront l’opportunité de consommer à Monaco. Tout simplement parce que nous, on est ouverts, et que partout ailleurs, c’est fermé. C’est donc une superbe opportunité pour les commerçants monégasques de montrer leur savoir-faire, et d’être présents pour tous ces gens qui viennent quotidiennement travailler en principauté.

Mais alors que le prince Albert II et le ministre d’Etat, Pierre Dartout, incitent très clairement les entreprises à pratiquer le télétravail, le nombre de salariés qui se déplaceront à Monaco risque de fortement baisser : c’est donc autant de clients potentiels en moins pour vous ?

Il faut espérer que le nombre de clients sera suffisant pour les commerçants de Monaco. Et puis, il faut penser à nos amis niçois et à nos amis parisiens qui ont subi les gilets jaunes et les attentats, et qui, aujourd’hui, subissent une fermeture à cause du Covid-19 et du confinement imposé en France. Du coup, ils n’ont même pas l’opportunité de gagner un euro, ils ont un chiffre d’affaires à zéro. Voilà pourquoi je pense qu’à Monaco, nous pouvons être très contents.

Le 30 octobre 2020, le groupe Fnac-Darty a indiqué qu’ils resteraient ouverts en France et à Monaco pendant la période de confinement en France, ce qui a provoqué la colère des libraires : vous comprenez cette réaction (voir encadré par ailleurs) ?

On sacrifie tout un pan de l’économie pour permettre à de grands groupes comme, par exemple, Carrefour, Auchan, Fnac, ou Darty de s’enrichir un peu plus, au détriment des petits commerçants. Est-ce que c’est le petit commerçant qui crée de la foule et du trafic ? Je ne pense pas. Heureusement que le gouvernement monégasque nous a écoutés et n’a pas suivi le mauvais exemple français.

Globalement, que pensez-vous de la logique suivie par le gouvernement monégasque dans sa volonté de durcir les restrictions sanitaires face au Covid-19 ?

Le gouvernement veut éviter que les gens se regroupent le soir pour des fêtes de famille, donc il a instauré un couvre-feu à 20 heures. Dans le même temps, le gouvernement laisse l’opportunité aux restaurants de recevoir les gens qui ont envie de se voir. Ce double objectif est réalisé. On laisse les restaurateurs ouvrir, avec une distanciation qui doit être respectée. C’est une responsabilité à assumer pour eux, s’ils veulent avoir cet avantage concurrentiel d’être ouverts. Par contre, les fêtes de famille on les fera dans un mois, ou peut-être même un peu plus tard…

A Monaco les restaurants peuvent donc rester ouverts jusqu’à 21h30 : c’est un soulagement ?

Nous avions demandé 22 heures, certains demandaient 22h30… Sur le principe, c’est une excellente nouvelle que les restaurants restent ouverts à Monaco. Même si ça modifie les habitudes des restaurateurs, et que ça ne leur permet pas de faire deux services, ceux qui en ont envie peuvent rester ouverts. C’est mieux que d’être fermé, et de mourir.

Une fermeture à 21h30 ou à 22 heures : cette petite demi-heure est vraiment importante pour un restaurateur ?

Par rapport à nos habitudes dans le sud, où on dîne vers 20h ou 20h30, 30 minutes ça compte. Mais, encore une fois, un restaurant ouvert jusqu’à 21h30, c’est mieux qu’un restaurant fermé. Donc merci au gouvernement monégasque de ne pas avoir pris les mêmes décisions que le gouvernement français.

Avec un couvre-feu fixé à 20 heures à Monaco, quel justificatif présenter si on veut aller au restaurant jusqu’à 21h30 ?

A la sortie du restaurant, une ordonnance souveraine va imposer au restaurateur de donner au client une dérogation qui lui permettra de rentrer chez lui.

Le cinéma de Monaco reste aussi ouvert, mais dans la limite des horaires du couvre-feu, donc entre 6 heures du matin et 20 heures, alors que les salles de spectacle pourront aller jusqu’à 21h30 : cela suppose une réorganisation ?

Absolument, le cinéma et les salles de spectacle vont devoir se réorganiser, avec de nouveaux horaires. Mais, là encore, cette solution est meilleure qu’une fermeture pure et ferme.

En revanche, les bars de la principauté ont dû fermer ?

Avec Alberte Escande, la présidente de l’association des industries hôtelières monégasques (AIHM), on a essayé de défendre l’ouverture des bars de la principauté. Malheureusement, ça n’a pas été possible. L’expérience dans plusieurs villes pendant l’été 2020, avec des lieux trop fréquentés, ne permet pas une distanciation sociale suffisante dans les conditions sanitaires requises aujourd’hui.

Les salles de sport ont aussi dû fermer : cela se justifie-t-il alors que, face au Covid-19, le sport peut diminuer le risque de complications, même s’il n’empêche pas de contracter la maladie ?

On a beaucoup parlé avec le ministre d’Etat, Pierre Dartout. Mais le gouvernement a des lignes rouges qu’ils ne veulent pas franchir, et les salles de sport en font partie. Pour le gouvernement, les salles de sport sont des lieux clos dans lesquels les gens vont souffler, transpirer, et utiliser des machines les uns après les autres. Ils estiment que cela représente un facteur de risque qu’ils refusent de prendre. Sur ce sujet, Monaco s’est donc aligné avec la France.

Fermer les salles de sport à Monaco est légitime ?

Je peux comprendre que l’on arrête les sports de contact. Mais pour tous les sports individuels, c’est plus difficile à comprendre… A Monaco, il n’y a pas un grand nombre de salles de sport. En fait, il suffirait de faire le tour de chaque salle de sport et de limiter la jauge par rapport à la surface disponible. En clair, il faut établir un nombre de pratiquants à ne pas dépasser par rapport au nombre de m2 dont dispose chaque salle de sport (1). A Monaco, on peut faire du cas par cas, et permettre aux dirigeants de salle de sport d’établir ensuite des plannings, avec des gens qui s’inscrivent par tranche horaire d’une heure, sans dépasser la jauge autorisée par le gouvernement.

Il y aura des contrôles dans les commerces de la principauté ?

Il faut que le commerçant et le client portent un masque. Des contrôles auront lieu, et ceux qui porteront un masque en dessous du nez seront verbalisés. Nous inciterons donc fortement nos clients à porter un masque. Et si, malgré tout, le client refuse, en cas de contrôle de la police, il risquera une amende. Ce sera donc encore plus strict. Mais je pense aussi que c’est grâce à ce genre de mesure que les commerces monégasques pourront rester ouverts dans la durée.

Les aides accordées par le gouvernement monégasque aux commerçants sont suffisantes ?

Au départ, on était sceptique. Mais malgré les critères qui ont été fixés lors du lancement de la commission d’accompagnement de la relance économique (Care), le gouvernement étudie vraiment tous les dossiers. C’est une bonne chose d’avoir du « cas par cas ». Le plan du gouvernement, organisé autour de plusieurs fonds, va permettre à certains commerçants de se numériser, d’entrer dans le monde de l’Internet. Aujourd’hui, Internet devient une obligation pour beaucoup de commerçants.

Vraiment ?

Si je prends mon cas personnel, avant la pandémie de Covid-19, notre site Internet de ventes de fleurs générait environ 1 % de notre chiffre d’affaires annuel. Pendant l’épidémie de coronavirus, notre site a fait jusqu’à 10 % de notre chiffre d’affaires annuel. Il faut se réinventer et, pour cela, il faut que chacun s’adapte. Désormais, exister sur Internet doit faire partie de la stratégie d’un commerçant.

Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, a rappelé dans nos colonnes (lire Monaco Hebdo n° 1170) que « 350 millions ont été votés lors du premier budget rectificatif, et à la fin du mois d’août 2020, seuls 160 millions avaient été utilisés », notamment pour la Care, et que « ce n’est pas sur les crédits votés et prévus pour traverser cette crise, qu’il faut faire des économies » : vous partagez son point de vue ?

C’est un peu le nerf de la guerre. Aujourd’hui, le gouvernement fait du ad hoc. On espère qu’ils iront jusqu’au bout de cette démarche et qu’ils aideront les gens. Mais aider un commerçant qui est mort, ça ne sert à rien. Un commerçant qui vend des souvenirs à Monaco-Ville, soit il faut l’aider à fermer, soit il faut le former pour faire autre chose, soit il faut lui donner l’opportunité de changer de produits pour s’adresser à une clientèle plus locale. Car l’aider pendant deux ans à vendre des souvenirs, ça va coûter très cher aux finances de l’Etat.

Comment vous voyez l’avenir du commerce monégasque face au Covid-19 ?

Qui ne serait pas inquiet ? Car je ne crois pas une seconde que la France déconfinera le 1er décembre 2020. Ou alors juste pour sauver les fêtes de Noël, et ensuite un nouveau confinement sera décidé. Je suis très inquiet pour l’avenir du commerce, et de certaines de ses branches en particulier. Malheureusement, certains commerces n’arriveront pas à survivre. A Monaco, il faut tout faire pour rester ouvert, pour que ceux qui ont une chance de survivre soient toujours là après la bataille. Avec un trafic aérien durablement impacté, les clients pour les commerces de Monaco ne reviendront pas du jour au lendemain. Il faudra au minimum deux ans pour retrouver un semblant d’équilibre.

1) En France, lors du déconfinement, le nombre de visiteurs dans les centres commerciaux était limité à 4 m2 par personne.

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