dimanche 29 novembre 2020
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MonacoTech : plongée dans le monde des start-ups

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La famille MonacoTech s’agrandit. Composé jusqu’alors de 15 start-ups, l’incubateur monégasque accueille six nouvelles entreprises pour la rentrée. De quoi faire un point sur cette notion de start-up et la réalité de celles-ci à Monaco, notamment depuis l’arrivée en janvier 2020 d’un nouveau directeur à MonacoTech, Lionel Galfré.

L’avènement des start-ups s’inscrit dans une logique de mise au centre de l’entreprise dans la vie de la cité. L’idée est que les problèmes sociaux, sociétaux, sanitaires, économiques, financiers et écologiques, voire politiques peuvent être résolus par l’innovation entrepreneuriale, et que l’État n’est là que pour donner un cadre favorable à ces inventeurs. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la phrase d’Emmanuel Macron passée à la postérité, prononcée peu après son arrivée au pouvoir en France, qui a pu faire froid dans le dos à certains voyant une privatisation rampante de l’État, ou au contraire ravir les esprits avides d’entrepreneuriat : « Je veux que la France soit une “start-up nation”. Une nation qui pense et qui bouge comme une start-up ». Le but est ensuite que ces entreprises atteignent une forte valorisation, c’est-à-dire une forte valeur d’achat potentielle, pour être ensuite revendues, ou bien qu’elles se développent pour atteindre le stade de licorne (1 milliard de dollars de valorisation) et créer ainsi des champions nationaux. Les installations d’incubateurs à start-ups correspondent à des enjeux d’attractivité du territoire. Pour attirer ce qu’on nomme les “creative class”, concept sociologique élaboré par l’économiste américain Richard Florida, les territoires façonnent leur environnement. Il ne s’agit pas seulement d’attirer ces jeunes entrepreneurs, il faut aussi qu’ils puissent rester. Pour cela, les villes font valoir tous leurs atouts sur la scène internationale pour attirer cette nouvelle classe composite, composée de jeunes entrepreneurs, d’artistes, de professeurs, d’ingénieurs. C’est l’un des objectifs affichés de l’incubateur MonacoTech : faire en sorte que ces inventeurs souhaitent rester à Monaco. Lionel Galfré, le nouveau directeur du hub l’énonce : « Ce qu’on cherche, ce sont des boîtes qui sortent et qui restent à Monaco, ou dont au moins le centre névralgique reste à Monaco. Par exemple, Orbital Solutions, ils sont venus ici [à MonacoTech — N.D.L.R.], ils sont à Monaco, et maintenant ils vivent leur vie. Ça, c’est ce qu’on veut ».

Lionel Galfré © Photo Philippe Fitte

« Les levées de fonds, c’est un problème. L’environnement ici, n’est pas propice aux levées de fonds » Lionel Galfré. Directeur de MonacoTech

Un nouveau patron à MonacoTech

Arrivé en poste en janvier 2020, Lionel Galfré a attendu de prendre ses marques pour communiquer. C’est lui qui a postulé pour MonacoTech, après le départ de Fabrice Marquet. Anciennement passé par l’Institut monégasque de la statistique et des études économies (IMSEE), la Délégation interministérielle à la transition numérique (DITN), mais également directeur commercial dans des entreprises de jouets, il possède un parcours fait d’allers et retours entre public et privé. « Souvent, quand des gens prennent un nouveau poste, ils disent : « C’est un nouveau challenge, un nouveau défi ». Moi je ne dis jamais ça. Pour moi, une vie professionnelle, ce n’est pas on commence à un endroit, on finit à un endroit, et on a un truc linéaire. Parce que ça, c’est l’autoroute vers la pendaison », assène-t-il. Par ailleurs, c’est, selon lui, un atout à son poste que de connaître les deux logiques. « Je parle à la fois le discours du public et le discours du privé. MonacoTech ne peut pas réussir s’il est en guerre contre le public. Le public ne peut pas espérer que MonacoTech réussisse s’il le considère comme un sauvage du privé affamé de dollars. Ce que je peux apporter, c’est cette double culture ». Le langage n’est pas émaillé d’anglicismes comme il est de coutume d’entendre chez les entrepreneurs, ni de langue de bois, souvent apparentée à la parole publique. Pour lui, une start-up, c’est tout simplement une entreprise. « Une start-up, il y a 15 ans, on disait il a monté sa boîte. Il n’y a pas de différences, le mec est animé par la même fibre. Il a une idée, il a envie de faire, et il y va ». Son prédécesseur, Fabrice Marquet, avait justement critiqué, à son départ, une empreinte trop politico-administrative dans la gestion de MonacoTech, estimant que l’incubateur, comme la principauté, devait plus inclure des logiques issues de l’entrepreneuriat. « Je suis parfaitement d’accord avec ce que dit Fabrice. Les projets de start-ups et d’innovation ne peuvent se développer correctement que dans un environnement qui soit favorable. » Mais, selon Lionel Galfré, les start-ups qui viennent s’installer à Monaco doivent s’inscrire dans l’environnement monégasque, avec ses atouts et ses contraintes. « Si l’environnement monégasque n’est pas pro-entrepreneurial comme je pourrais le rêver, il ne faut pas que je change l’environnement monégasque et le rende compatible avec mes idées, parce que je vais mourir avant qu’il n’ait changé. Il faut que j’adapte ma façon de faire croître les projets entrepreneuriaux à Monaco. Je comprends qu’il se soit plaint de cela. Et il a raison. Ici, ce n’est pas la Silicon Valley ». Mais, « l’objectif n’est pas de faire en sorte que Monaco devienne la Silicon Valley. C’est que des entrepreneurs arrivent dans l’écosystème monégasque et, compte tenu des contraintes monégasques, arrivent à développer leur entreprise ».

Inconvénients de MonacoTech

Quelles sont les contraintes qui pèsent alors sur ces jeunes patrons de boîte ? « On n’a pas tous les leviers en termes de réglementation. Par exemple, les stock-options, à Monaco, ça n’existe pas. Une fois qu’on a dit ça, soit on change la loi. Courage. Soit, on se dit : « Ça, c’est ma contrainte ». » Les stock-options sont une manière de rétribuer des salariés par leur entrée au capital de l’entreprise. Au bout d’une certaine période, généralement 5 ans, les actions peuvent être revendues, si leur valeur en même temps que celle de l’entreprise a augmenté. Pourquoi cela n’existe pas à Monaco ? Un simple vide juridique à combler, semble-t-il. « On sait que le droit évolue ici sous certaines impulsions, de temps en temps. Mais il n’y a pas une production de textes de loi, avec une armée de juristes, comme on peut en avoir dans d’autres pays. Ce qui fait que des choses n’existent pas », constate-t-il. Autre contrainte, toujours la même : l’espace. « Cette contrainte je l’aurai toujours. Après, comment on peut faire ? On a la chance de ne pas avoir 1 200 start-ups comme ils en ont à Station F, à Paris. Ici, on en a 15, bientôt 20. On peut se permettre de faire du sur-mesure », explique Lionel Galfré. Pour aider ces entrepreneurs à trouver des locaux, il dit faire jouer ses « réseaux, au sens noble du terme ». Pour autant, ces nouvelles entreprises du numérique, n’ont pas besoin de beaucoup d’espace pour se développer. « Oui mais à MonacoTech, on ne fait pas que du numérique. On travaille aussi sur des coraux pour développer des produits cosmétiques. On travaille sur des ligaments synthétiques pour l’orthopédie des chiens et des chats, ou sur des canules pour détecter les cellules cancéreuses pendant les opérations ».

« Faire de l’innovation un succès partagé »

Contraintes d’espace, de réglementation et de mentalité. Voilà les points faibles de la principauté pour attirer des startuppers. « A Monaco, on est quand même conservateur. Ça évolue, mais changer la façon de raisonner des gens, ça prend du temps », regrette le patron de MonacoTech. Au-delà des contraintes, les finalités de la démarche ont parfois pu paraître floues. Lionel Galfré répète comme un mantra son slogan : « Faire de l’innovation, un succès partagé ». Explication de texte. « Il faut que ce soit innovant. Les biologistes qui travaillent sur les coraux pour un usage particulier, ils ouvrent des portes et permettent de faire quelque chose qui n’était pas possible avant. Un succès ? L’innovation n’a pas de sens si elle n’a pas de succès. Il faut qu’il y ait une forme de rentabilité. S’il arrive à vendre sa solution, il pourra financer des emplois, il pourra faire travailler les gens. Il pourra se développer et donc là, ce sera un succès. Faire de l’innovation un succès, partagé. Il doit être partagé entre la boîte, les salaires qu’il paye. Donc il fait vivre des gens, il fait bénéficier des personnes de sa solution. C’est partagé aussi pour la principauté, puisqu’il crée des emplois à Monaco, et verse des cotisations sociales à Monaco. Partagé parce que je génère de l’impôt sur les bénéfices, et j’augmente le budget de l’État. » Pour résumer : « Il faut que je prenne des projets innovants, il faut que j’en fasse un succès, et ensuite ce succès, il faut que je le partage au service des créateurs d’entreprise, des employés, de Monaco, de la communauté. Sans ça, pour moi ça n’a aucun sens ». Une recette, qui a donc pour but d’ancrer ces entreprises sur le territoire monégasque, afin de dynamiser l’économie. Pour autant, ces nouvelles entreprises sont rarement génératrices d’emplois en grand nombre.

Quel retour sur investissement pour Monaco ?

A titre d’exemple, lorsque le réseau social Instagram a été racheté par Facebook en 2012 pour 1 milliard de dollars, cette start-up ne comptait que 13 employés. MonacoTech ne vise pas que des entreprises du numérique. Contrairement à d’autres incubateurs qui tablent sur un volume important de start-ups pour qu’émergent quelques succès, MonacoTech se veut sélectif. « Le principe des incubateurs c’est, on fait du volume, il y en a 97 % qui vont se casser la gueule, et les 3 %, avec le succès qu’ils vont avoir, ils vont éponger toutes les pertes des 97 autres. Au final, on va gagner. Nous, on fait 2 kilomètres carrés. On ne peut pas en accueillir 1 200. On est obligé d’être assez sélectif. On ne joue pas sur le volume », explique Lionel Galfré. Passé de 15 à 21 jeunes pousses comme on dit dans le jargon, MonacoTech choisit ses poulains selon plusieurs critères. Au-delà du caractère innovant de l’entreprise, il faut que celle-ci s’inscrive dans des secteurs qui font sens à Monaco. La santé (ou MedTech), la finance (ou FinTech), l’écologie (ou GreenTech), le Yachting (ou YachtTech ?), la mobilité, etc. Mais aussi que l’objet de l’entreprise réponde à un besoin, ce qui n’est pas toujours le cas, puisque beaucoup de start-ups meurent, faute d’avoir su trouver un marché, malgré une invention rutilante. « L’innovation elle est soit technique, soit dans les idées. Est-ce que ce projet répond à un problème ? Il faut que quelqu’un soit prêt à acheter l’idée. Et on se pose la question également : est-ce que ce projet a du sens à Monaco ? », répond Lionel Galfré. Une fois arrivées en terre monégasque, les entreprises de l’incubateur, entièrement financé par l’État, sont accompagnées dans leur développement. « MonacoTech offre des services à toutes ces start-ups. Le retour sur investissement qu’attend le gouvernement, c’est création d’emplois et contribution au budget de l’État, à travers l’impôt. L’État n’investit rien dans ces start-ups, cependant. Il met à disposition les locaux. Et aide au développement. On aide à lever des fonds, aussi. »

Valeur fictive des entreprises

Contrairement à des entreprises classiques, développant leur activité par le travail et la captation ou la création de marché, les start-ups vendent une idée en cours de réalisation à des investisseurs. S’enchaînent alors des levées de fond incessantes. « Les levées de fonds, c’est un problème. L’environnement ici, n’est pas propice aux levées de fonds », déplore le directeur de MonacoTech. Ces jeunes entreprises que sont les start-ups peuvent parfois atteindre des valorisations gigantesques en très peu de temps. Mais il ne s’agit parfois que d’une bulle, comme le récent exemple de la start-up israélienne WeWork l’a montré. Spécialisée dans la location d’espace de coworking, cette entreprise a atteint une valorisation de 47 milliards de dollars, avant de s’effondrer en quelques mois, juste avant son introduction en bourse, faute de rentabilité. A MonacoTech, pour l’instant le chiffre de 100 millions d’euros pour la totalité des 15 entreprises a été avancé. Un chiffre qui, Lionel Galfré l’admet à demi-mots, ne correspond pas à grand-chose. « C’est la valorisation des start-ups si elles étaient revendues aujourd’hui. On donne ce chiffre qui est fondé sur une vraie estimation. C’est l’usage de communication dans le milieu des start-ups. Est-ce que ce chiffre est exceptionnel ou est-ce qu’il ne l’est pas ? Je ne saurais pas dire ».

Une vitrine pour ces start-ups

Si Monaco comporte certaines contraintes non négligeables, elle possède assurément certains atouts pour attirer ces entrepreneurs. Notamment l’image. « La marque Monaco, je ne sais pas pourquoi, ça ne fait pas le même effet. On leur fait bénéficier de cette image ». Aussi, l’exigüité du territoire permet aussi d’évoluer dans un microcosme, propice aux rencontres avec tous les acteurs nécessaires au développement de l’entreprise. « On peut avoir un rendez-vous à 10h15 avec un technicien avec lequel on veut développer des choses. Et à 11 heures être dans le bureau des ministres des finances. Ça c’est une grande force à Monaco. Les circuits de décision sont très courts. Les gens sont accessibles à Monaco », donne en exemple Lionel Galfré. Un « environnement géo-socio-économique favorable », comme il l’exprime en d’autres termes. « J’ai une concentration de gens qui ont réussi dans les affaires, soit qui ont des réseaux d’affaires très grands. Par exemple le fondateur d’EasyJet, Stelios Haji-Ioannou, habite à Monaco. Il y a des grands entrepreneurs qui habitent ici. J’ai remarqué que, souvent, quand ils ont réussi, ils s’ennuient et c’est à ce moment-là qu’ils se disent : « Je peux donner un coup de main ». C’est assez unique à Monaco, ça ». Trois ans après son lancement, MonacoTech poursuit sa stratégie. Le site internet de l’incubateur indique que quatre entreprises poursuivent leur développement après être passées par les murs de MonacoTech. Une application contre l’attente et la fraude au supermarché, un assembleur de nano-satellite, une application pour faire son marché d’hôtesses, comédiens et mannequins, et un fabricant de sous-marin autonome. A voir si toutes sauront générer de l’emploi en principauté, des bénéfices, et demeureront logées à Monaco. De quoi valider ou infirmer toute la stratégie de MonacoTech.

Qui sont les six nouvelles start-ups de MonacoTech ?

• Air Ion : entreprise venue de Suisse, spécialisée dans la conception de RUAV (objet volant autonome) et d’un hélicoptère 100 % électrique.

• Carlo : une application destinée à développer le commerce local (augmentation du trafic au sein des commerces et cash back clients).

• Mea Plant : développée par des chercheurs italiens, Mea Plant est une solution de culture hors sol grâce à un substrat non-absorbant.

• PKS : un projet RegTech [technologie de régulation — N.D.L.R.] né à Monaco et destiné à créer des solutions ad hoc permettant à différentes entités d’être en conformité avec les législations applicables à une activité précise.

• Vizua 3D Entertainment : projet d’origine franco/nord-américaine, de réalité augmentée. Cette start-up propose une plateforme cloud collaborative offrant la visualisation et la diffusion de contenus 3D pour des applications professionnelles ou dédiées au grand public.

• Pineapple Technology : un projet d’origine française proposant une technologie dans le domaine de la sécurité et gestion des données, avec la mise à disposition de services de confiance en France et en Europe.

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