lundi 27 septembre 2021
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Monaco – Québec : les liens économiques et politiques se renforcent

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Suite au passage de la délégation générale du Québec en principauté, à l’initiative du Monaco Economic Board, de nouveaux partenariats et échanges commerciaux sont attendus entre les acteurs économiques de ces deux États, qui n’en finissent pas de se rapprocher. Monaco Hebdo fait le point.

«Voyez le Québec comme la porte d’entrée sur le continent américain ». Lorsque la déléguée générale du Québec en France et à Monaco, Michèle Boisvert, est intervenue en conférence auprès du Monaco Economic Board (MEB), lundi 19 juillet 2021, c’était, bien évidemment, pour vanter les mérites de sa nation francophone. Une nation reconnue en tant que telle par la principauté depuis 2008, et dont le territoire est abordé comme un vivier d’opportunités par le MEB, et ses partenaires. Lors de la conférence, c’est en effet devant un public conquis que Michèle Boisvert s’exprimait, parmi les entrepreneurs et acteurs économiques de la principauté en quête d’opportunités business. Une cinquantaine de professionnels, notamment du BTP, ainsi que des officiels.

« Le Québec a opéré un virage économique depuis plusieurs années et Monaco aujourd’hui représente bien plus qu’une belle carte postale à nos yeux »

Michèle Boisvert. Déléguée générale du Québec en France et à Monaco

Terreau fertile au développement

Mais, entre Monaco et le Québec, beaucoup reste à faire. Le Canada, et sa province francophone du Québec, ne figurent pas encore parmi les 20 premiers fournisseurs et clients de Monaco du classement de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), concernant le commerce extérieur de la principauté. Les échanges doivent donc se poursuivre davantage entre les deux pays, mais le terreau semble toutefois fertile au développement de partenariats. Le MEB met en avant, par exemple, les bons résultats du PIB du Canada, en hausse de 8,9 % au cours du dernier trimestre de 2020, ce qui correspond à sa hausse la plus performante en 60 ans. Le MEB vante aussi un environnement fiscal compétitif, des faibles coûts d’implantation, ainsi qu’une main d’oeuvre jeune et hautement qualifiée. Enfin, le Canada et le Québec font partie de l’accord de libre échange renégocié en 2019 avec les États-Unis et le Mexique, permettant de développer des liens stratégiques avec l’Europe et l’Asie.

La déléguée générale du Québec en France et à Monaco, Michèle Boisvert, est intervenue en conférence auprès du Monaco Economic Board (MEB), lundi 19 juillet 2021 © Photo Monaco Economic Board

« L’application de cette technologie innovante en principauté [Upbrella — NDLR] est une excellente base de départ pour entamer une coopération plus étroite entre les entrepreneurs de la principauté et ceux du Québec dans tous les domaines économiques possibles »

Guillaume Rose. Directeur général exécutif du MEB

Des entreprises s’implantent à Monaco

À Monaco, le Québec a déjà quelques entrées tout de même, et pas des moindres. La production des 300 vélos Boost, les deux roues électriques du service MonaBike, est par exemple le fruit de l’entreprise québécoise PBSC Solutions Urbaines, originaire de Longueuil, tout proche de Montréal. Dans un autre registre, le chantier Carmelha, au quartier La Rousse, immeuble résidentiel à destination des citoyens monégasques, commandé par le gouvernement princier et construit, en partie, par les entreprises Caroli Bat et Caroli T.P., est réalisé à partir d’une technologie québécoise. Baptisée « Upbrella, » du nom de l’entreprise qui l’a conçue, elle permet de ne pas utiliser de grues et de réduire considérablement le bruit environnant, en ne dépassant pas les 85 décibels, selon cette entreprise. Il s’agit d’une technologie développée par Upbrella Construction, présentée lundi 19 juillet 2021 à la conférence du MEB comme la vitrine du développement des relations économiques entre Monaco et le Québec. « Le Québec est une nation très innovante, et je suis très heureuse que Monaco accueille pour la première fois en Europe la technologie Upbrella, qui colle en tous points au marché de Monaco en matière de transition énergétique et de construction vertueuse, confiait Michèle Boisvert. Le Québec a opéré un virage économique depuis plusieurs années, et Monaco aujourd’hui représente bien plus qu’une belle carte postale à nos yeux. » Guillaume Rose, directeur général exécutif du MEB, après avoir visité le chantier plus tôt dans la matinée, lundi 19 juillet, avec Annabelle Jaeger-Seydoux, directrice de la Mission pour la Transition Énergétique (MTE) et Jean-Luc Nguyen, directeur des travaux publics, a estimé pour sa part que « l’application de cette technologie innovante en principauté est une excellente base de départ pour entamer une coopération plus étroite entre les entrepreneurs de la principauté, et ceux du Québec dans tous les domaines économiques possibles. »

© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

Le chantier Carmelha, au quartier La Rousse, immeuble résidentiel à destination des citoyens monégasques, commandé par le gouvernement princier et construit, en partie, par les entreprises Caroli Bat et Caroli T.P., est réalisé à partir d’une technologie québécoise. Baptisée “Upbrella”, elle permet de ne pas utiliser de grues et de réduire considérablement le bruit environnant

Différents partenariats business

Entre Monaco et le Québec, le rapprochement ne date cependant pas d’hier. Sur le plan économique, MonacoTech a, par exemple, signé un partenariat en mai 2021 avec l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques (ACET), un incubateur de jeunes pousses québécois, pour accompagner ses créateurs d’entreprises à l’international, afin de s’ouvrir vers de nouveaux marchés. Objectif de cet accord : permettre aux startups de Monaco de bénéficier de l’accompagnement et de la collaboration d’experts au Québec, pour renforcer leur compétitivité, grâce aux rencontres d’acteurs stratégiques du territoire. Les entreprises de l’ACET bénéficient, quant à elles, d’un réseau d’affaires sur le marché européen, qui promet d’endosser le rôle de facilitateur. Un accord « win-win » [« gagnant-gagnant » — NDLR], comme ils aiment le dire outre-Atlantique. Avec le MEB, des rencontres ont déjà eu lieu en principauté et à Paris avec les équipes de la délégation générale du Québec en janvier 2020. Un MEBinaire sur les opportunités d’affaires avait été organisé pour entamer les discussions et développer les premiers partenariats entre acteurs économiques. D’autres actions communes, notamment une mission économique au Québec, figurent parmi les projets envisagés entre le MEB et le Québec.

Ces partenariats ont aussi été rendus possibles grâce aux avancées politiques engagées par le prince Albert II. En 2008 déjà, le prince a rencontré la ministre du développement durable à Québec pour créer une branche canadienne de la fondation prince Albert II

Des accords avec le prince Albert II

Ces partenariats ont aussi été rendus possibles grâce aux avancées politiques engagées par le prince Albert II. En 2008 déjà, le prince a rencontré la ministre du développement durable à Québec pour créer une branche canadienne de la fondation prince Albert II et engager un partenariat scientifique et financier pour réaliser un « atlas de la biodiversité du Québec nordique ». Ce projet a permis d’identifier les zones écologiques sensibles en termes de biodiversité, ainsi que les zones les plus vulnérables aux changements climatiques, afin d’orienter la prise de décisions pour s’adapter aux changements climatiques. D’autre part, la fondation prince Albert II de Monaco a rejoint le gouvernement du Québec, toujours en 2008, pour mettre en place, à Montréal, un « secrétariat de la campagne internationale sur le climat ». Ce secrétariat a pour mission de soutenir les campagnes de sensibilisation et de mobilisation à la question des changements climatiques dans plusieurs pays, et de contribuer à en lancer d’autres pour faciliter la collecte de fonds. Le 13 décembre 2016, le prince, par l’intermédiaire de la fondation Albert II, signait également une convention cadre de partenariat avec le gouvernement du Québec et la Société du Plan Nord, lors du forum de l’Arctic Circle. Cette convention cadre prévoit de soutenir les projets communs entre les deux États en matière de lutte contre les changements climatiques, ainsi qu’une coopération technique et scientifique, et un partage d’expériences en développement d’énergies renouvelables et en protection de la biodiversité. Enfin, le 5 mars 2019, le prince Albert se rendait une nouvelle fois au Québec pour recevoir un doctorat honorifique de l’université francophone de Sherbooke, à Montréal, pour féliciter son engagement dans la cause de l’environnement, notamment ses expéditions scientifiques en milieu polaire pour sensibiliser l’opinion mondiale sur les conséquences du réchauffement climatique. Mis bout à bout, ces accords constituent un sérieux socle qui semble jouer en la faveur de partenariats futurs entre les deux États.

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