vendredi 27 novembre 2020
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Le manga, comme levier d’attractivité touristique ?

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Pour relancer un pan majeur de l’économie monégasque, la direction du tourisme et des congrès (DTC) active de nombreux leviers.

Parmi eux, figure la culture manga qui pourrait permettre d’attirer de nouveaux voyageurs à Monaco. Explications.

Jeudi 22 octobre 2020 a eu lieu, au café de la Rotonde, la présentation à la presse du tome II du manga monégasque, Blitz. À cette occasion, était présent le co-auteur et patron de Shibuya Productions, Cédric Biscay. Jusque-là, rien d’extraordinaire… Plus surprenantes en revanche, les présences à ses côtés du directeur du casino de Monte-Carlo, Boris Donskoff, mais aussi, et surtout, du directeur du tourisme et des congrès, Guy Antognelli.

Une aubaine pour la SBM

Le lien avec le premier cité est vite trouvé, puisqu’outre le fait qu’il s’agisse du maître des lieux, l’action de ce nouvel opus se déroule en partie dans le mythique casino de Monte-Carlo, comme l’a indiqué Cédric Biscay en conférence de presse. « Monaco apparaît de plus en plus dans le manga. […] Faire le tournoi d’échecs dans le casino de Monte-Carlo, je trouve que ça tue. Ça a une valeur ajoutée qui me semble faire la différence par rapport aux autres productions », confie le co-auteur du manga, qui n’a d’ailleurs pas rencontré de difficulté pour obtenir l’autorisation de la Société des Bains de Mer (SBM), propriétaire de l’établissement. « Ils ont dit oui tout de suite. Il n’y a même pas eu de réflexion particulière », assure-t-il. Il faut dire que l’institution monégasque y voit aussi une « bonne manière de véhiculer la représentabilité du jeu dans ce qu’il y a de tradition, c’est-à-dire le casino de Monte-Carlo et dans ce qu’il y a de moderne, d’innovant, c’est-à-dire les mangas », explique son directeur, Boris Donskoff. « Le casino représente l’univers du jeu dans son ensemble. Et nous sommes très fiers de cette collaboration, parce que les équipes de Shibuya Productions ont positionné la finale du tournoi dans le casino de Monte-Carlo », s’est félicité Boris Donskoff. Avant de rappeler que « les tournois font partie de l’ADN de notre établissement ».

Attirer de nouveaux touristes à Monaco

En faisant la part belle à son casino, Blitz offre donc une visibilité inattendue et nouvelle à la principauté, en manque de touristes en raison de la crise sanitaire. Une aubaine pour la direction du tourisme ? « Aujourd’hui la visibilité en matière touristique, c’est à peu près tout ce qui nous reste sur 90 % du globe. La promotion des ventes n’existe plus, donc il nous reste la notoriété », explique son directeur, Guy Antognelli. Avant d’ajouter : « Garry Kasparov s’est engagé dans ce projet parce qu’il représente une manière de parler des échecs à une autre cible. C’est aussi une autre manière de parler de Monaco à d’autres cibles, et peut-être d’attirer une clientèle supplémentaire différente ». Avec Blitz et le salon Monaco Anime Game International Conferences (MAGIC), qui, rappelons-le, rassemble chaque année 3 000 fans de pop culture au Grimaldi Forum, le manga serait-il devenu un nouveau levier pour attirer en principauté de nouveaux voyageurs, notamment asiatiques ? « Sur l’Asie, la Direction du tourisme (DTC) réalise un travail de fond avec tous les partenaires hôteliers. Donc, tout ce qui peut venir accélérer le mouvement est bon », estime Guy Antognelli avant de nuancer, « mais ce n’est pas un élément aussi bon soit-il de cette taille-là qui, malheureusement, va changer la face demain du tourisme asiatique en principauté ». Un avis partagé par le co-auteur du manga, Cédric Biscay : « On est tous suffisamment humbles pour savoir que ce n’est pas Blitz qui va ramener des millions de visiteurs en principauté. En revanche, ça peut amener une vision différente de la principauté et le côté cool qui peut éventuellement parfois lui manquer pour une certaine catégorie de la population. Si on réussit ça tous ensemble, on aura finalement réussi notre pari commun et tout le monde sera content ».

Cédric Biscay, Guy Antognelli et Boris Donskoff © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« C’est une bonne manière de véhiculer la représentabilité du jeu dans ce qu’il y a de tradition, c’est-à-dire le casino de Monte-Carlo et dans ce qu’il y a de moderne, d’innovant, c’est-à-dire les mangas » Boris Donskoff. Directeur du casino de Monte-Carlo

Blitz, une publicité pour Monaco ?

La présence des trois protagonistes sur scène, jeudi en conférence de presse, pour la présentation du tome II de Blitz, ainsi que celle des logos de la DTC et de la SBM sur l’invitation presse, laissent en tout cas penser que la principauté entend aujourd’hui activer tous les leviers possibles pour accroître sa notoriété et atteindre des publics qui, à la base, ne représentent pas sa cible habituelle. Le patron de Shibuya se défend toutefois de faire de son manga un outil promotionnel de la destination : « Il n’y a, à la base, aucun rapport avec une publicité pour Monaco. On est à Monaco, on peut bénéficier d’un cadre que les autres n’ont pas. Inclure Monaco dans le manga, c’est une valeur ajoutée. […] Nous, on le fait de bon cœur. Si ça peut faire une bonne publicité pour Monaco, tant mieux. Mais nous, ça nous intéresse dans le récit ». De son côté, le directeur du tourisme en principauté, Guy Antognelli, souligne que « la culture fait partie de l’ADN du pays. Elle est arrivée en principauté en même temps que Monaco est devenu une destination touristique. Donc ce n’est pas la promotion touristique qui met la culture en avant ». Avant de rappeler que « la direction du tourisme s’appuie depuis des années sur des événements culturels qui ont lieu ici ou que la principauté projette à l’extérieur de Monaco pour en assurer la promotion ». Il cite notamment en exemple la compagnie des ballets de Monte-Carlo, les musiciens du prince ou encore les productions de l’opéra. « Notre ligne de conduite en promotion de la destination, c’est présenter Monaco comme une destination qui se réinvente en étant fidèle à son ADN. Et se réinventer, c’est aussi être présent dans des mangas », explique le directeur de la DTC. Avant finalement de conclure que « la valeur ajoutée est plus pour l’œuvre dans laquelle le casino est représenté que pour le casino lui-même. Monaco est une valeur, ce n’est pas un produit. Et la culture n’est pas un produit, ni un axe de communication, c’est un des éléments fondateurs de la principauté ».

Cédric Biscay : « On va sortir trois tomes du manga Blitz par an »

Après un premier tome qui présente les personnages et l’aventure, Blitz revient sur le devant de la scène avec la sortie du tome II, qui propulse cette fois le lecteur dans le vif du sujet. « On attaque les choses sérieuses dans le récit », prévient le co-auteur du manga, Cédric Biscay. « Il y a beaucoup de matches d’échecs. On a essayé de les sublimer au maximum, en donnant un caractère assez fantastique à l’imaginaire des héros. C’est-à-dire qu’ils s’imaginent sur un champ de bataille. Et chaque coup est magnifié par le scénario et l’illustration pour essayer de garder un certain punch ». Le lecteur est ainsi pris dans le rythme et l’intensité des parties. Et si vous n’y connaissez rien aux échecs, pas d’inquiétude, les auteurs ont pensé à tout. Cédric Biscay, Tsukasa Mori et Daitaro Nishihara ont en effet enrichi leur manga en proposant des bonus pour permettre au lecteur de se familiariser un peu plus avec le monde des échecs. « On a mis en place des bonus où on rappelle les règles de base, on commente les parties. Il y a beaucoup d’explications pour que personne ne soit perdue. Car Blitz est un manga pour tout le monde ». Les initiés ne seront pas en reste car, comme le rappelle Cédric Biscay, « ce sont de vraies parties, il n’y a pas de “bullshit” [foutaise – N.D.L.R.]. On explique, tout et on travaille avec des professionnels pour ça ». Et pas n’importe lesquels. Puisque, comme pour le tome I, la légende des échecs Garry Kasparov continue d’assurer la supervision et le parrainage du manga. La fédération monégasque d’échecs apporte également sa contribution en mettant à disposition des parties qui sont ensuite illustrées par les auteurs. Cédric Biscay espère désormais que le tome II rencontrera le même succès que son prédécesseur lancé en février 2020, qui s’est écoulé à plus de 7 000 exemplaires. « Des ventes importantes dans le milieu du manga » selon le patron de Shibuya Productions qui rappelle au passage que la crise sanitaire est venue tout compliquer avec des problèmes d’impression et de réapprovisionnement auprès des librairies. Ce qui fait dire au co-auteur du manga monégasque que « sans ces difficultés, nous aurions sans doute vendu plus ». Les ventes des prochains volumes seront en tout cas scrutées avec attention. Elles serviront en effet d’indicateurs de référence pour évaluer le succès de la saga puisque, selon Cédric Biscay, « c’est en général au bout du troisième tome [dont la sortie est prévue le 26 février 2021 – N.D.L.R.] qu’on se rend compte du véritable impact de la propriété intellectuelle ». En attendant, Shibuya Productions ne se fixe aucune limite et vise les marchés japonais, chinois et américains, après avoir intégré la bible du manga Shonen Jump Plus. « On va sortir trois tomes par an. Et il y en aura au moins une vingtaine si les lecteurs sont au rendez-vous », espère un Cédric Biscay décidément très ambitieux. Et de glisser en guise de teasing : « On a encore quelques surprises de “ouf” (sic) pour les épisodes suivants ». Le rendez-vous est pris.

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