jeudi 16 septembre 2021
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Blandine Surry : « La consigne est une solution alternative au recyclage »

Publié le

Loop, une start-up de l’économie circulaire lancée en 2019, a été présentée lundi 10 mai 2021 lors de la conférence annuelle de la Mission pour la transition énergétique (MTE) au Grimaldi Forum.

Blandine Surry, directrice générale de Loop Europe, est intervenue au sujet de l’utilisation des déchets comme ressources. Elle a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

C’est quoi, Loop ?

Loop est une solution permettant de réduire ses déchets. Le modèle consiste à rendre les emballages durables et réutilisables. Nous offrons aux consommateurs la possibilité d’acheter des produits du quotidien dans des emballages déjà consignés. D’abord disponibles en ligne, nous nous sommes étendus en magasins, notamment chez Carrefour, avec qui nous sommes partenaires depuis 2020.

Comment ça marche ?

Après avoir consommé ses produits, le client peut rapporter ses emballages vides en magasin et se faire rembourser la consigne. Le service Loop assure ensuite la collecte, le tri et le nettoyage des contenants. Les emballages propres sont renvoyés dans différentes unités de production des marques pour être remplis à nouveau, avant d’être remis dans la boucle plusieurs dizaines de fois.

« Nous offrons aux consommateurs la possibilité d’acheter des produits du quotidien dans des emballages déjà consignés »

Loop va-t-il s’implanter prochainement dans les commerces de Monaco ?

Pas pour le moment. Pour des raisons de logistique, notre partenaire Carrefour se consacre uniquement à l’Ile-de-France aujourd’hui sur le territoire français. L’ambition est d’abord de se développer en région parisienne, où nous sommes en lien avec dix magasins. Forts de très bons résultats, nous allons d’ailleurs nous étendre sur une autre dizaine de magasins, en proposant de nouveaux formats. Nous avons débuté avec les commerces de proximité, et nous nous étendons maintenant aux supermarchés et hypermarchés. Nous prévoyons d’en couvrir une centaine à l’avenir.

Comment rendre viable, économiquement, un modèle de consommation « responsable » comme celui de Loop ?

Le système de consigne est un modèle qui existe déjà dans d’autres pays, et qui fait ses preuves. En Allemagne, par exemple, il représente 30 % du marché des boissons. La question est de savoir à quelle vitesse ce modèle va se développer à grande échelle. Chez Loop, nous sommes en phase pilote, ce qui implique des coûts, pas encore optimisés. Notre objectif est donc d’atteindre le plus grand nombre de magasins et de marques. Aujourd’hui, nous travaillons avec 15 distributeurs et 200 industriels dans le monde. Nous bénéficions d’une forte dynamique. La loi anti-gaspillage, votée en France [promulguée le 10 février 2020 — NDLR], joue aussi en notre faveur.

Comment convaincre la grande distribution et les grandes enseignes de s’associer ?

En termes d’histoire, Loop est né d’une initiative de TerraCycle, une entreprise qui recycle les déchets non traités par les filières traditionnelles de tri. Notre fondateur, Tom Szaky, a donc noué des relations privilégiées avec un grand nombre d’industriels, et il a su frapper aux bonnes portes pour proposer à nos partenaires notre vision de solution alternative au recyclage des déchets. Comme l’a démontré une étude de Greenpeace, seulement 9 % de tout le plastique produit depuis les années 1950 a été recyclé. Il faut donc proposer des solutions nouvelles, et de vrais relais pour la réduction des déchets. L’idée de la consigne a su convaincre, notamment le groupe Carrefour, qui est devenu le premier distributeur à porter le projet en France en 2020.

Pour le consommateur, la consigne coûte-t-elle plus cher qu’un achat classique ?

L’objectif est qu’il n’y ait pas de surcoût. Le consommateur, c’est le juge de paix. C’est lui qui facilite réellement l’adoption de ce modèle. À moins que l’emballage ne représente une fonctionnalité nouvelle, ou une véritable innovation, le consommateur refuse généralement de le payer plus cher. Si la bouteille est en simple verre par exemple, l’attente du consommateur est que le contenu soit au même prix que celui de l’usage unique. Nous remboursons donc le montant de la consigne, mais il arrive que le prix du contenu soit en décalage, parfois de 15 % à l’achat, ou bien pas du tout. Parfois, il y a une vraie parité des prix. Tout dépend du distributeur, c’est lui qui négocie avec la marque, ce n’est pas notre rôle. L’objectif, aujourd’hui, est d’être au plus près du prix de l’usage unique.

conférence annuelle MTE Blandine Surry
© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« Le système de consigne est un modèle qui existe déjà dans d’autres pays, et qui fait ses preuves. En Allemagne, par exemple, il représente 30 % du marché des boissons »

Ce système de consigne est-il coûteux pour les distributeurs ?

Il y a des coûts pour tout le monde. Il y en a aussi pour l’industriel, par exemple, qui développe les emballages. Il confie souvent le nettoyage de ses contenants, car il est rare qu’il puisse l’assurer lui-même. Nous proposons donc ce service, mais qui a un coût, pour assurer la collecte et la logistique.

Comment convaincre les marques d’investir dans des emballages réutilisables ?

Le modèle de la consigne est possible, et ce n’est juste qu’une affaire de temps pour le démocratiser. Il doit arriver à maturité pour s’appliquer à grande échelle et optimiser les coûts. À horizon de trois à quatre ans, nous ajusterons notre modèle. D’ici là, pour les marques, la phase d’investissement peut devenir un levier de communication, d’image et de leadership en termes de transformation responsable. À court terme, les industriels et distributeurs peuvent prendre le temps d’explorer et d’apprendre. Et, à moyen terme, nous étendons le modèle à plus grande échelle.

Comment comptez-vous monter en puissance dans les années à venir ?

En collaborant avec plus de magasins et plus de distributeurs. Mais aussi en assurant plus de références et d’assortiments de produits, afin que les consommateurs puissent retrouver les marques qu’ils connaissent le mieux, comme Chocapic, Coca-Cola, la Ricorée… C’est notre priorité. Car le consommateur a plus tendance à accepter de rapporter ses contenants pour des marques qu’il connaît. Nous allons aussi accompagner les consommateurs, avec des ambassadeurs en magasins, pour leur expliquer notre mode de fonctionnement : comment s’effectue le geste retour, comment rendre les contenants en caisse, etc.

« Le consommateur, c’est le juge de paix. C’est lui qui facilite réellement l’adoption de ce modèle »

Comment multiplier les points de vente et traiter de grands volumes ?

Nous construisons notre écosystème entre la grande distribution, la restauration rapide et la distribution spécialisée. Nous sommes en déploiement, et nous venons récemment de signer un partenariat avec deux nouveaux distributeurs, Burger King et Métro.

Une étude pour adopter la consigne à Monaco

Lors de la conférence annuelle de la Mission pour la transition énergétique (MTE), Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, a assuré qu’une étude de faisabilité de la consigne était en cours à la MTE pour l’adapter aux secteurs de la restauration rapide et de la vente à emporter. Les conclusions pourraient être présentées au gouvernement cet été. Et, selon Annabelle Jaeger-Seydoux, directrice de la MTE, Carrefour Monaco serait également « très intéressé » par un partenariat avec la start-up Loop, dès lors que les circuits logistiques avec la région parisienne permettront leur collaboration. Le prince Albert II s’est également montré enthousiaste au sujet de Loop, en marge de la conférence : « C’est une excellente initiative », a-t-il commenté, ce lundi 10 mai 2021, avant de s’adresser directement à Blandine Surry, la directrice générale de Loop Europe. « On parle depuis longtemps de réintroduire la consigne avec un certain circuit logistique, mais comment accélérer ce système vers d’autres secteurs ? Et quels sont les freins qui empêchent l’élargissement de la consigne vers d’autres secteurs ? » Pour Blandine Surry, ces freins se situent dans le modèle économique même des entreprises : « Il est important de reconnaître que le monde de l’usage unique est extrêmement optimisé, à la fois dans la logistique et dans le modèle économique même des entreprises. Mais il y a tout de même un aspect positif ; un autre modèle est possible et il a fait ses preuves. Au Canada et en Allemagne, avec le marché des boissons. Mais le succès ne viendra qu’avec la coalition des parties prenantes, qui vont faire ensemble la transition. Les distributeurs, les industriels, mais aussi les pouvoirs publics, car il faudra mettre en place des infrastructures et assurer des investissements. »

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Monaco Hebdo