lundi 6 décembre 2021
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Les grands chantiers de la SBM

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Entre la rénovation de l’Hôtel de Paris et la construction du nouveau Sporting d’Hiver signé Richard Rogers, la SBM devra débourser près de 600 millions d’euros. Et doit désormais trouver un mode de financement…

Par Milena Radoman.

Dès 2014, le cœur névralgique de Monte-Carlo sera en plein chantier. La destruction du bâtiment Art Déco du Sporting d’Hiver précèdera l’érection de 4 bâtiments signés Richard Rogers, l’architecte de Beaubourg. Tandis que pour s’aligner sur la concurrence internationale, l’Hôtel de Paris subira un lifting particulièrement onéreux de 250 millions d’euros. En tout, la facture s’élèvera à terme à près de 600 millions d’euros (1). Sa trésorerie ne pouvant supporter les deux chantiers concomitants, la SBM pourrait panacher trois sources de financement selon Jean-Luc Biamonti, son président délégué : la dette, la cession d’actifs et l’augmentation de capital.

Vendre le Balmoral ?
Les dirigeants sont actuellement en discussion avec différentes banques, pour voir quelle piste privilégier. Au-delà d’un emprunt classique, la SBM envisage aussi de contracter une dette hypothécaire (en donnant en garantie un actif comme la résidence du Balmoral) ou d’émettre une obligation sur la place de Monaco auprès des résidents. Autre possibilité : « On peut très bien envisager de vendre les résidences du Balmoral qui valent entre 250 et 300 millions. A défaut de vendre la totalité du programme du Sporting d’hiver, à terme, on peut aussi se rembourser une grande partie des 500 millions investis en vendant l’un des 4 immeubles construits », estime Biamonti, pour qui l’augmentation de capital n’est pas tabou. Une augmentation qui accorde, selon le droit boursier, un droit préférentiel aux actionnaires existants. « Il n’y a pas de contacts particulier à ce jour », a sobrement indiqué Biamonti. Les dirigeants de la SBM n’auraient même pas été contactés par les médiatiques Qataris de Qatari Diar qui, ayant franchi le seuil de 5 % du capital, sont devenus les deuxièmes actionnaires derrière l’Etat…

Biamonti pour l’emprunt
A titre personnel, le patron de la SBM privilégie le recours à l’emprunt. « Mon point de vue est qu’il faut s’endetter. J’ai lu des déclarations de gens disant qu’emprunter 500 millions d’euros représente un risque monstrueux. Ce sont des gens qui ont moins l’habitude de la finance que moi car le Sporting d’hiver, s’il était reconstruit et vendu aujourd’hui, ça vaut 1,5 milliard d’euros. C’est dommage de ne pas emprunter 500 millions pour créer quelque chose qui vaut un milliard et demi ! », lance Biamonti. Avant de rappeler que si le conseil d’administration fera des recommandations au gouvernement, en tant qu’actionnaire majoritaire, ce sera à l’Etat de trancher.

Social prime
Et sur ces questions de financement, le conseil national se montrera particulièrement attentif. « Nous sommes inquiets. Il faut combiner la relance des jeux, priorité des priorités, avec la reprise de l’hôtel Méridien et le lancement de gros projets estimés à 600 millions d’euros. Les pistes présentées ne nous satisfont pas et l’échéance de 2014 pour les chantiers du Sporting d’Hiver et de la rénovation de l’Hôtel de Paris ne nous paraît pas raisonnable », a déjà prévenu le président Laurent Nouvion. On verra si la solution de l’endettement sera perçue favorablement par les élus. « Il est peu probable qu’une solution unique (endettement, cession d’actifs ou ouverture du capital) permette de résoudre l’équation proposée, et aucune n’est pour nous ni totalement satisfaisante ni à rejeter, juge Allavena pour R&E. Le plus important c’est que le problème social ne pâtisse pas de cette nécessité de financement et qu’on n’oublie pas qu’il s’agit de la priorité des priorités. » Du côté de Union monégasque, le recours à la dette reste plus qu’osé. « Les investissements prévus dans le nouveau Sporting d’Hiver et dans la rénovation de l’Hôtel de Paris sont considérables. Le service de cette dette coûtera à la SBM au moins 30 millions d’euros par an, et pourrait rendre une erreur de stratégie carrément catastrophique », estime en effet Bernard Pasquier. Les débats dans l’hémicycle risquent donc d’être chauds. A se demander si le chantier de l’hôtel de Paris et la destruction du Sporting d’Hiver démarreront bien en 2014, comme prévu…

(1) Selon Biamonti, « à la fin des travaux arrivent les droits au bail des commerces additionnels qui baissent le trou de trésorerie de 100 millions d’euros. »

Les Jardins du commerce

Dans le courant du premier semestre 2014, les commerces voisins du Sporting d’Hiver et de l’Hôtel de Paris seront transférés dans les jardins des Boulingrins et ce, pendant quatre ans.

Par Adrien Paredes.

« Une nouvelle expérience shopping ». C’est par ce slogan clinquant que la Société des bains de mer définissait, le 10 décembre 2012, le transfert des commerces de luxe de l’avenue des Beaux-Arts et de l’allée Serge de Diaghilev dans les jardins des Boulingrins à partir du premier semestre 2014. Ces boutiques « éphémères » devront le rester quatre ans. Sur ce volet du double chantier Sporting d’Hiver-Hôtel de Paris, la direction de la SBM tâtonne, consulte et au final, en dit très peu. Les tractations se font directement avec les dirigeants des grands groupes à l’instar de LVMH. « Nous ne sommes pas tenus au courant sur le plan local », dit une commerçante. Une situation confirmée par d’autres. « On ne sait rien. Il n’y a pas de réunion, rien », confie l’une d’elles. Il faut dire que la SBM était bien mal embarquée dans cette partie du projet. L’entreprise avait dans un premier temps opté pour des pavillons de style Belle Epoque peu spacieux. « Ils n’avaient pas prévu qu’il y ait des bureaux, des réserves, ni même des toilettes ou des salles de repos pour les employés », raconte une autre source. De fait, la SBM a « fait évoluer son projet de boutiques éphémères dans les jardins des Boulingrins en tenant compte de ses discussions et échanges avec les principales enseignes ».
Dans le même temps qu’était voté le permis de construire des pavillons Belle Epoque par le conseil communal, la Société des bains de mer rendait une nouvelle copie. Pensé par l’architecte parisien Richard Martinet, le projet architectural comporte « des bâtiments aux formes arrondies, disposés autour d’une allée serpentant au milieu des arbres et des jardins des Boulingrins ». « Des gros galets, plus accessibles », résumait le conseiller pour l’Equipement Marie Pierre Gramaglia. Un dispositif contemporain qui séduit les commerçants concernés. « C’est assez grand, bien plus que les surfaces du projet original », acquiesce une gérante de boutique.

Une subvention ?
Aussi le projet de transfert des boutiques attenantes au Sporting d’hiver et à l’Hôtel de Paris a-t-il été marqué par un bruit de couloir. La SBM aurait demandé aux enseignes désireuses d’obtenir un pavillon de mettre la main à la poche. Une information à prendre avec des pincettes car la direction de l’entreprise a toujours nié qu’une telle demande ait été formulée. Une source assure cependant qu’une « somme d’argent importante », avoisinant les 300 000 euros, avait bel et bien été requise en guise de pas de porte. Concernant le démarrage de l’aménagement des jardins des Boulingrins, aucune date n’a été avancée. Le déplacement d’arbres au sein de l’espace vert constituera une première étape.

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Monaco Hebdo