vendredi 6 août 2021
Accueil Economie Laurent Puons : « On fera le festival de télévision, sauf confinement »

Laurent Puons : « On fera le festival de télévision, sauf confinement »

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Si Laurent Puons et ses équipes ont une nouvelle fois été contraints d’annuler le Sportel prévu en février 2021, le vice-président délégué de Monaco Mediax l’assure : sauf scénario catastrophe, il ne renoncera pas au festival de télévision de Monte-Carlo en juin prochain. Interview.

Pourquoi avoir décidé d’annuler le Sportel Winter, prévu en février 2021 ?

Quand on voit les mesures sanitaires strictes en vigueur un peu partout en Europe, ce n’est même pas la peine de nous obstiner. Je veux, en revanche, que l’on soit prêt quand ça va redémarrer pour pouvoir organiser un événement qui réponde à la demande de notre communauté. Car je ne veux pas laisser la place à un de nos concurrents. Il faut que le Sportel ait lieu dans des conditions optimales. On ne peut pas aujourd’hui organiser un événement qui ne va rassembler qu’une population française car 90 % des pays européens sont en lockdown [confinement – NDLR]. Le coûte que coûte n’est pas une mesure intelligente. Il en va de l’image de la principauté et du Sportel.

C’est un nouveau coup dur ?

Oui. Au mois de novembre, j’ai cru que la situation allait se décanter. Mais malheureusement, force est de constater que malgré l’arrivée des vaccins, les dirigeants souhaitent mettre en place des mesures sanitaires strictes. Je préfère donc donner rendez-vous à la communauté de Sportel en octobre 2021. J’ose espérer que d’ici là, la campagne de vaccination aura fait son chemin et qu’on pourra enfin retrouver une partie de nos libertés et travailler dans de meilleures conditions.

Aviez-vous un nombre suffisant de participants ?

On n’avait pas un nombre d’exposants ou de participants suffisant pour organiser une manifestation de qualité mais on espérait une augmentation des inscriptions en janvier si la situation était optimale. On avait revu le format de la manifestation. Notre objectif était d’offrir aux Européens l’opportunité de se retrouver après pratiquement un an sans manifestation dédiée au sport-business. La dernière datait en effet de mars 2020 à Miami, juste avant le confinement général.

Les participants sont-ils d’ores et déjà prêts à revenir en octobre 2021 ?

Près de 80 % des exposants qui avaient confirmé leur présence, ont refusé le remboursement pour reporter leur budget sur octobre. C’est un point positif. Cela démontre leur volonté de venir sur un événement. Tout le travail effectué n’est pas anodin, ce n’est pas un travail pour rien. Cela nous permet de maintenir le lien avec nos exposants et nos participants. Cela nous permet aussi de connaître leurs préoccupations et leurs attentes.

Qu’avez-vous prévu en attendant le prochain Sportel ?

On va maintenir le lien en organisant des webinars, des conférences digitales. On a déjà prévu un webinar au mois de mars. On en fera peut-être un autre en avril.

Pourquoi ne pas avoir organisé un Sportel virtuel ?

Quand on propose de faire un marché virtuel, la réponse de nos exposants est défavorable. Cela ne les intéresse pas. Sportel, ce n’est pas comme un MIPCom [marché international des programmes de communication – NDLR], où on a 15 000-30 000 participants. Sportel, c’est 2 500 participants et 150-200 exposants. Les gens se connaissent et veulent se rencontrer. Pendant près de vingt ans s’est créée une certaine relation entre les différents participants et exposants.

Un salon virtuel ne serait pas aussi rentable ?

Sportel fait partie de ces congrès qui apportent des grosses retombées économiques à Monaco. On remplit les hôtels, les taxis travaillent, le Grimaldi Forum et les restaurants aussi… Si demain on le fait en virtuel, quel sera l’intérêt pour la principauté ? Moi, je ne veux pas organiser un événement qui va permettre à une communauté de faire du business dans des conditions qu’elle ne souhaite pas et sans aucune retombée économique pour mon pays.

Vous êtes aussi l’organisateur du festival de télévision de Monte-Carlo. Aura-t-il lieu en juin 2021 ?

Pour le festival, on est en train de réfléchir à une stratégie différente, avec un événement beaucoup plus européen, très qualitatif, mais moins quantitatif. On fera le festival de télévision sauf s’il y a un confinement. On ne peut pas se permettre deux annulations coup sur coup. J’ose espérer qu’en juin, la situation sera nettement meilleure qu’aujourd’hui. On est conscient que ça ne sera pas le même événement qu’en 2019, mais nous avons déjà des retours intéressants de la part de certains studios européens. On va aussi reprendre contact avec les studios américains par visio-conférence pour connaître leur tendance.

Comment procédez-vous face à tant d’incertitudes ?

On est en train d’établir une liste de stars européennes comme Jeremy Irons, pour savoir lesquelles seront disponibles pendant le festival. On regarde aussi quelles sont les productions qui se dérouleront en Europe pour voir comment on peut arriver, avec les studios, à faire participer les différents acteurs au festival. Et si demain, on arrive à faire venir Tom Hanks, on le fera venir en jet privé si nécessaire.

Pourquoi vouloir organiser le festival coûte que coûte ?

Le festival ne sera pas dégradé. J’ai pris la responsabilité d’organiser les Sportel Awards en octobre 2020 et ça a été l’une des plus belles éditions que j’ai vues. Pourtant, elle était franco-française. Même si les Américains ne volent pas en juin, les Européens voleront. Il y a de très bons acteurs et de très bonnes productions en Europe. On le voit chaque année au travers de la compétition. Donc sauf confinement généralisé, le festival de télévision se déroulera.

Il y a aussi de gros enjeux financiers ?

Le festival de télévision est une manifestation à caractère culturel. De facto, c’est une manifestation qui coûte de l’argent et le gouvernement subventionne Monaco Mediax pour organiser cet événement. Demain, dans le pire des cas, si le format du festival est réduit, on réalisera des économies. Le festival est une vitrine pour la principauté. C’est un moyen de promouvoir son image à travers le monde.

Laurent Puons Monaco Mediax
© Photo Festival de Télévision de Monte-Carlo

« Pour le festival de télévision, on est en train de réfléchir à une stratégie différente, avec un événement beaucoup plus européen, très qualitatif, mais moins quantitatif »

Le gouvernement vous met-il la pression pour maintenir l’événement ?

Le prince Albert a démontré très clairement que si on arrive à gérer la crise, on doit essayer de faire tourner l’économie du pays. C’est le message qu’il fait passer à travers ses interviews. Le prince est le président d’honneur du festival de télévision, il est attaché à cette manifestation. Si les conditions sont réunies, on fera le festival. Mais je ne vois pas pourquoi en juin, on ne pourrait pas faire une manifestation de qualité à l’image de ce qu’est la principauté.

Quel a été votre chiffre d’affaires en 2020 ?

On a des pertes importantes. Heureusement que l’on a pu faire le Sportel America grâce auquel nous avons dégagé un bénéfice important. On a limité la casse car on n’a pas dépensé sur le festival de télévision. Mais il est certain que l’absence de Sportel Monaco, qui génère beaucoup de recettes et de bénéfices pour Monaco Mediax, a été un gros problème financier.

À combien s’élèvent les pertes ?

On finalise actuellement les comptes 2020 avec mon directeur administratif financier. Mais on doit être aux alentours de 700 000 euros. On finit l’année en négatif mais nous pouvons heureusement compter sur les excédents des années précédentes.

L’État vous aide-t-il ?

On travaille et on est formaté comme une société mais on est une association. Donc il n’y a pas eu de chômage total temporaire renforcé (CTTR). Ce qui représente quand même un manque à gagner pour Monaco Mediax. Mais on limite la casse avec un déficit acceptable pour mon conseil d’administration. Il faut désormais espérer que ça ne va pas continuer encore comme ça pendant plusieurs années.

Quels sont vos projets en 2021 ?

On a beaucoup travaillé pendant le confinement sur le développement de la branche « Monaco Mediax Events ». C’est une branche que j’ai développée depuis mon arrivée à la tête de la société, où l’on fait de la prestation de services. On est sur deux-trois projets où l’on serait prestataire. Cela devrait nous permettre de faire de la facturation et de ce fait, de faire des recettes pour Monaco Mediax. Même si aujourd’hui, les organisateurs sont dans la même situation que moi. Certains attendent de voir quand certains événements auront lieu pour se positionner juste avant ou juste après. Mais il y a une volonté de faire appel aux services et aux compétences de Monaco Mediax. On ne va pas gagner des centaines de milliers d’euros mais je crée de l’activité pour mes employés et ma société.

Pourquoi est-il important pour votre société de se diversifier ?

L’aspect financier est important car l’argent, c’est le nerf de la guerre. Mais aujourd’hui ma préoccupation majeure avec ma directrice des ressources humaines (DRH), c’est de maintenir l’ensemble de mes équipes et de les motiver. Ma fierté, c’est d’avoir le personnel que j’ai aujourd’hui car il est impliqué à 100 %.

Avez-vous dû opérer des ajustements dans votre effectif ?

Oui bien sûr. Nous n’avons pas renouvelé nos contrats à durée déterminée. On a essayé de mettre en place un plan de départs à la retraite avec les personnes qui étaient volontaires. Mais on ne peut pas non plus aujourd’hui se déshabiller complètement car le jour où ça va redémarrer, il faudra être prêt.

Combien de personnes ont quitté Monaco Mediax ?

Trois CDD n’ont pas été renouvelés. On a eu également deux départs à la retraite négociés. Enfin, on a eu des démissions pour un autre emploi. On a réduit le personnel de 17 ou 20 %. Mais je risque très bientôt de recruter à nouveau. On fera peut-être des contrats plus courts car on ne peut pas prévoir. Aujourd’hui, on doit diriger avec du bon sens.

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