mardi 19 octobre 2021
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Ce que signifie le lancement de la fibre optique à Monaco

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Présentée comme « l’offre au débit le plus élevé du monde » par le délégué interministériel en charge de la transition numérique, Frédéric Genta, l’arrivée de la fibre optique pour le grand public à Monaco soulève tout de même quelques questions.

Ce serait la meilleure fibre du monde. Ou, plutôt, « le débit le plus élevé du monde » couplé aux « meilleurs outils au monde », comme le rapporte Frédéric Genta, délégué interministériel en charge de la transition numérique. Après les entreprises monégasques, l’offre de fibre à 10 gigabits par seconde (Gb/s) de Monaco Télécom va s’ouvrir aux particuliers qui résident en principauté dès le mois d’avril 2021. Il s’agit là en effet d’un service encore jamais proposé en principauté, ni même en France, et ni même en Europe, si l’on s’en tient strictement aux chiffres. Lorsqu’on est un particulier, les offres d’internet à haut débit ne culminent que très rarement, pour ne pas dire jamais, à 10 Gb/s, à l’heure actuelle. En France, par exemple, les formules se situent généralement entre 500 mégabits par seconde (Mb/s) et 1 Gb/s. Et c’est déjà pas mal, puisqu’il faut généralement un petit débit de 10 Mb/s seulement — soit mille fois moins que l’offre proposée par Monaco Télécom — pour supporter les usages courants, comme regarder la télé par Internet (5 à 6 Mb/s en qualité supérieure), regarder Netflix ou toute autre plateforme de streaming (5 MB/s en haute définition), ou encore jouer en ligne aux jeux vidéo (jusqu’à 15 Mb/s). Seuls les abonnements fibre haut de gamme dépassent les 1 Gb/s. L’offre la plus élevée du moment revient, jusqu’à présent, à la Freebox Delta de chez Free, qui assure un débit allant jusqu’à 8 Gb/s théoriques. C’est donc bien au-dessus des besoins courants d’un foyer. Mais voilà que Monaco annonce l’arrivée prochaine d’une offre à 10 Gb/s pour les particuliers… Est-ce trop beau pour être vrai ? Oui et non.

Il faut généralement un petit débit de 10 Mb/s seulement – soit mille fois moins que l’offre proposée par Monaco Télécom – pour supporter les usages courants, comme regarder la télé par internet (5 à 6 Mb/s en qualité supérieure), regarder Netflix ou toute autre plateforme de streaming (5 MB/s en haute définition), ou encore jouer en ligne aux jeux vidéos (jusqu’à 15 Mb/s) 

Un seuil théorique

Tout d’abord, le seuil des 10 Gb/s est un seuil « théorique », comme nous le confirme Frédéric Genta : « C’est un débit maximal. Les premiers clients alterneront probablement entre 7 et 8 Gb/s, au début. Mais nous proposerons bien l’une des meilleures offres du monde, si ce n’est la meilleure, compte tenu du débit disponible et de la technologie avancée. » À l’instar des offres françaises, rien ne garantira en effet aux particuliers de pouvoir bénéficier du débit affiché de 10 Gb/s dans son intégralité cette année. Pour la Freebox Delta par exemple, les professionnels du milieu penchent plutôt pour un débit réel compris entre 5 Gb/s et 7 Gb/s. Car tout dépend de la couverture et de la qualité des installations, qui varient d’un endroit à l’autre, pour bénéficier de l’Internet à haut débit. Et, une fois la fibre raccordée, il faudra également s’équiper de matériel suffisamment solide pour encaisser un tel débit. Pour espérer profiter des 7 à 8 Gb/s depuis son ordinateur, il sera en effet recommandé de s’équiper d’une carte réseau plus puissante, si elle ne l’est pas déjà. En revanche, pour un ordinateur portable, ce n’est pas trop la peine d’y penser : le 10 Gb/s risque d’être trop gourmand en énergie pour ce type de machines actuellement. Mais encore faut-il être raccordé. Selon Monaco Télécom, et Frédéric Genta, à Monaco 62 % des appartements sont aujourd’hui éligibles à la fibre : « Nous atteindrons les 80 % éligibles à la fibre d’ici la fin de l’année 2021, le but étant d’atteindre les 100 % en 2022. » Tout le monde n’est pas encore éligible à la fibre, car il faut désormais que Monaco obtienne l’aval de tous les syndics d’immeubles pour assurer les aménagements nécessaires aux raccordements. Concrètement, le déploiement sous terre, dit « horizontal », est effectif. Il faut maintenant assurer le déploiement « vertical », vers les logements pour que la couverture soit complète. Pour le moment, 760 immeubles sont déjà prêts, 210 kilomètres de câbles ont été déployés, pour 100 000 raccordements au total. L’Etat monégasque a d’ailleurs pris en charge 30 % du coût des travaux, pour les raccordements de type standard. Les adaptations plus spéciales reviendront, en revanche, à la charge des copropriétés. Pour les particuliers, le prix des nouveaux abonnements n’a pas encore été officiellement communiqué, mais Monaco Télécom devrait proposer cinq abonnements fibre, avec une première offre qui devrait débuter à 39,99 euros par mois. Pour y prétendre, il faudra également changer de box, puisque celle qui est actuellement commercialisée fonctionne avec un réseau câble. La nouvelle box ne sera dédiée qu’à Internet et au WiFi, contrairement à l’ancienne box, qui était « tout en un ». Pour regarder la télévision avec Internet, il faudra s’équiper d’un boîtier Apple TV 4K, compris dans le forfait, qui fera office de box télévision.

Pour les particuliers, le prix des nouveaux abonnements n’a pas encore été officiellement communiqué, mais Monaco Télécom devrait proposer cinq abonnements fibre, avec une première offre qui devrait débuter à 39,99 euros par mois

Une volonté politique

Certes, la fibre à 10 Gb/s promet un usage plus confortable à la maison, plus de vitesse, et moins de zones blanches. Et l’offre de Monaco Télécom devrait ajouter plusieurs petits équipements pour améliorer la connexion WiFI, dont la technologie “WiFi mesh”, une sorte de “smart WiFi”, intégrée à la nouvelle box pour une qualité optimale. Mais demeure une question : pourquoi pousser l’offre Internet à un tel niveau de débit si peu de personnes peuvent vraiment en bénéficier aujourd’hui ? Au-delà de l’aspect purement technologique, la volonté est également politique selon Frédéric Genta : « La fibre va peu à peu s’imposer comme le réseau de ces prochaines années. Avec le gouvernement, nous voulons assurer la continuité du réseau, car les usages s’accélèrent. Il y a le télétravail, mais aussi les nouveaux usages de demain, liés à la réalité augmentée. Nous préparons le futur, pour renforcer notre attractivité auprès des entreprises et des résidents. L’économie de la principauté va bénéficier de la fibre. » Selon Monaco Télécom, la fibre optique devrait en effet s’imposer ces vingt prochaines années, jusqu’à remplacer intégralement le réseau cuivre, qui devrait quant à lui disparaître. Impensable, donc, pour Monaco, de ne pas se positionner sur la technologie de la fibre. Jusqu’à présent, la fibre optique demeurait aux abonnés absentes en principauté, en grande partie pour des raisons logistiques. Malgré tout, Monaco Télécom proposait déjà des offres à 1 Gb/s depuis 2016, et le pays ne tournait pas non plus au ralenti.

Où en est le projet de cloud souverain ?

C’est la prochaine étape. Après la fibre, ce sera au cloud souverain de s’imposer en principauté, toujours dans le cadre du fonds bleu de 20 millions d’euros, destiné à accompagner les entreprises monégasques dans leur transition numérique. L’idée de ce projet de cloud souverain consiste à stocker les données de l’Etat, mais aussi celles des acteurs privés en principauté, et de les sécuriser via l’Agence monégasque de sécurité numérique (AMSN). Selon Frédéric Genta, ce cloud devrait permettre de développer et de créer des nouveaux services numériques à Monaco, notamment des services de e-santé, de e-éducation et de “smart city”. Il sera basé sur la technologie Amazon web service (AWS), l’un des leaders en matière de stockage de données. Prévue pour 2021, sa mise en service est peu à peu en train de prendre forme : « C’est un projet compliqué, mais nous avons reçu le premier cloud Amazon à destination de l’Etat, qui sera client. Deux magnifiques bébés ont été branchés, nous testons la technologie Amazon avec un autre client privé. La structure souveraine pour les TPE et PME devrait arriver courant juin/juillet 2021, détaille Frédéric Genta. L’objectif est que l’Etat transfère ses données sur le cloud d’ici la fin de l’année 2021, et que 20 à 30 clients privés y soient rattachés, puis que notre jumeau numérique soit actif au Luxembourg d’ici le début 2022. » Une réflexion a en effet été lancée avec l’Etat du Luxembourg pour se parer contre le risque de cyber-attaques. Un jumeau numérique a donc été créé au Luxembourg pour y stocker les données sensibles de la principauté. Car le risque de piratage est sérieux. Fin février 2021, la presse française révélait en effet que les données médicales de près de 500 000 Français étaient aux mains de pirates informatiques qui s’en servent aujourd’hui comme monnaie d’échange sur le marché noir. Comment se prémunir alors de ce type d’attaques à Monaco ? « Le risque zéro n’existe pas, mais nous stockons ces données chez nous, nous les cryptons avec des clés monégasques. Et l’AMSN, qui est une agence gouvernementale, nous permet d’avoir le plus haut niveau de sécurité possible, par rapport aux installations que font d’ordinaire chaque entreprise individuellement, un peu à la main », ajoute Frédéric Genta.

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