lundi 20 septembre 2021
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La SBM veut
raser le Sporting

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Sporting d'hiver
«?Nous voulons découper le nouveau Sporting en trois parties?: une galerie commerciale de luxe, une résidence hôtelière et des bureaux?». Jean-Luc Biamonti, président du conseil d'administration de la SBM. © Photo Monaco Hebdo.

Alors que la Société des bains de mer (SBM) n’échappe pas à la crise, le groupe poursuit sa politique d’investissement. Et relance le projet de démolition du Sporting d’hiver.

Quel impact économique aura le mariage princier l’année prochaine???», tente une journaliste, lors du point-presse organisé, le 24?juin, par la Société des bains de mer. «?On n’a pas encore eu le temps de chiffrer?», plaisante Jean-Luc Biamonti. Le président du conseil d’administration est badin, pourtant, les chiffres, eux, ne donnent pas vraiment le cœur à rire. L’exercice 2009-2010 n’a rien de reluisant?: la crise est passée par là. Par rapport à l’exercice précédent, c’est même la dégringolade. Le chiffre d’affaires consolidé tombe de 400 à 374?millions tandis que le résultat net chute de 40,6?millions à 1,1?million d’euros. Les raisons de cette escalade?? La conjoncture internationale morose bien sûr. Mais ce n’est pas tout. «?L’interdiction de fumer nous a fait très mal, explique Jean-Luc Biamonti. Et il ne faut pas oublier que l’an passé, nous avions gagné exceptionnellement 15?millions d’euros avec la vente de 300?000 actions du groupe américain Wynn Resorts Limited. Ajoutons à cela les frais d’acquisition de trois sociétés de jeux en ligne avec Mangas Gaming, les provisions sur l’ASM de 10?millions d’euros.?»

70?millions d’euros d’investissements

Pour autant, cette baisse de régime n’empêche pas la SBM de poursuivre sa politique d’investissements. Rien que pour les jeux en ligne, la mise se gonfle à 170?millions d’euros (1)… Et chiffrés à 59?millions d’euros pour 2009-2010, les investissements grimpent à 70?millions pour le nouvel exercice. Reconstruction du Balmoral, transformation de la Rascasse en bar-machine à sous, réalisation d’une salle de réunion en dessous de l’Hermitage et de terrasses extérieures au grand casino pour les joueurs fumeurs… Les chantiers foisonnent. Le conseil d’administration a même relancé l’idée de raser le Sporting d’hiver, évoquée il y a deux ans. Comme il n’est plus question de déménager les bureaux à Testimonio, la SBM attend en effet le feu vert du gouvernement pour «?démolir le bâtiment existant?». Objectif?: «?Sur cette emprise au sol, qui comprend le terrain du glacier Häagen Dazs, nous voulons découper le nouvel édifice en trois parties avec une galerie commerciale de luxe, une résidence hôtelière et des bureaux?». Un vaste chantier qui nécessiterait une opération à tiroirs pour reloger tous les locataires actuels du Sporting d’hiver. «?Cette opération devrait durer une dizaine d’années?», estime Jean-Luc Biamonti. Son montant?? Pas de chiffres mais une certitude?: «?Le Bay a coûté 215?millions d’euros et ce sera plus cher…?», annonce le président du conseil d’administration. Quelle tête aurait alors ce nouvel édifice?? Belle époque revisité ou contemporain?? «?Un projet qui ne serait pas Belle époque est possible selon l’ordonnance souveraine modifiant le règlement d’urbanisme?», réplique Biamonti.
Reste que comme le reconnaît le président du conseil d’administration, «?la décision n’est plus à la SBM. Le gouvernement a tous les éléments.?» Or, du côté du ministère d’Etat, on se donne le temps de la réflexion. Cette annonce de la SBM devrait en tout cas relancer la polémique. Car si une ordonnance souveraine permet de raser le Sporting, il s’agit désormais d’une décision politique. Le conseil national s’est déjà prononcé, à l’unanimité, contre une telle démolition et pour la protection du patrimoine monégasque, avec l’adoption d’une proposition de loi en ce sens. Alors que l’ex-présidente de la commission culture de l’assemblée avait demandé un moratoire, un millier de personnes a signé la pétition initiée par le peintre Claude Rosticher pour la préservation du site. Une préservation inutile aux yeux de Jean-Luc Biamonti?: «?L’architecte de ce bâtiment, qui était décorateur d’intérieur, n’est pas resté dans les annales.?» Et de prévenir?: «?Si le gouvernement est contre, ce sera le statu quo. Mais ce qui est impossible, ce serait de réhabiliter les façades. Ça reviendrait plus cher que de partir de zéro?!?»

(1) 140?millions d’euros pour l’exercice clos au 31?mars et 30?millions d’euros sur l’exercice actuel avec l’achat de la société Everest.

Un Crazy Horse monégasque
Le 1er?décembre, un nouveau cabaret, très sexy, va ouvrir ses portes à la SBM. «?Un Crazy Horse à notre façon?», résume le directeur général Bernard Lambert, qui promet une qualité supérieure à celle du mythique cabaret parisien. Le projet annoncé l’an passé a pris un léger retard. Sans doute pour mieux peaufiner les auditions de ces danseuses dénudées très appréciées par la clientèle des casinos…
ASM versus Mangas Gaming
«?La SBM n’est plus partie prenante dans l’ASM?», a annoncé Jean-Luc Biamonti. «?Pour obtenir une licence des jeux en ligne, on ne peut détenir plus de 40?% d’une société sportive. Nous avons cette limite obligatoire sinon nous devrions vendre Mangas Gaming?!?» Et entre les deux, le choix était vite vu…
“L’échec des bleus, une aubaine”
«?En matière de paris, l’échec des Bleus a été une aubaine?», a lâché Jean-Luc Biamonti, qui a constaté une belle affluence sur les sites de paris sportifs de Mangas Gaming en début de coupe du Monde de foot. Plus sérieusement, pour le président du conseil d’administration, l’investissement dans les jeux en ligne, très coûteux, est, à terme, un bon pari?: «?On parie sur tout aujourd’hui, les matches de tennis, de badmington… Par ailleurs, nous ne craignons pas de cannibalisation de la clientèle des salles de jeu mais nous croyons en une synergie.?» La preuve?: la SBM compte organiser des finales de poker en ligne en dur à Monaco. Tandis que les établissements de jeux monégasques offriront des coins “Betting” pour les accros aux deux types de jeux.
Social?: “Un climat plus positif”
Après les préavis de grève déposés avant le grand prix de F1, «?le climat semble davantage positif aujourd’hui, estime Jean-Luc Biamonti. Deux membres du conseil d’administration, Aleco Keusseoglou et Jean-François Prat, sous l’égide du DG Bernard Lambert, essaient d’aboutir?». Avec un projet avorté de statut unique pour les employés de jeu, les dirigeants de la SBM ont du pain sur la planche. «?Il y a une rigidité au niveau conventionnel?», reconnaît Biamonti. Cela pénaliserait même la clientèle?: «?Certains règlements prévoient des jeux qui n’existent plus à notre époque et pas d’autres qui ont le vent en poupe comme le punto banco…?»

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