jeudi 20 janvier 2022
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Denis Kessler : « L’Etat français est en panne »

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Après Laurence Parisot, un autre ancien dirigeant du Medef, Denis Kessler, a fait halte en principauté. Convié par le Monaco Press Club, il a livré un constat très acerbe sur la situation économique de la France.

 

Innover, inventer, avancer : voilà le credo de Denis Kessler, président directeur général de l’entreprise de réassurance Scor. « Je reste optimiste sur la capacité du monde à se transformer si et seulement si une combinaison de trois notions entrent en jeu : une vision, des valeurs chevillées au cœur et une volonté de faire avancer les choses », explique-t-il en préambule. Son parcours professionnel, comme premier argument de réussite, assoit son positionnement et sa clairvoyance face aux enjeux auxquels sont confrontés le monde, la Principauté et la France.

Après 12 années passées à la tête de l’entreprise Scor, le bilan est plus que positif. « C’est simple, à mon arrivée en 2002, la Scor était en quasi-faillite avec des actifs nets négatifs ». Pour redresser la barre, il a décidé de faire de l’entreprise un acteur global. Aujourd’hui, cette société opère sur 140 pays du globe avec un chiffre d’affaires de 11 milliards d’euros et une capitalisation passée de 600 millions à 5 milliards d’euros. « Cela me rassure de voir une entreprise qui se donne la mission de réussir et qui y arrive. »

 

« Des réformettes insuffisantes »

Une chose que le sexagénaire aimerait voir s’appliquer dans sa propre nation : la France. « Je souffre tous les jours de voir le déclin de mon pays. Cela devient désespérant parce qu’on sait ce qu’il faut faire ! » s’emporte-t-il. Listant tout ce qui cloche : déclin de l’école, dettes et déficit qui explosent et surtout une croissance dont on ne retrouve plus le chemin. « On devrait passer notre temps à se réinventer. Or notre Etat est en panne, trop lourd et trop coûteux. Pourtant, il y a urgence absolue ! » Le PDG de SCOR reproche aux dirigeants français de ne pas avoir de grand dessein pour le pays. « A chaque fois, il ne s’agit que de mesurettes ou réformettes totalement insuffisantes ». Pour l’homme d’affaires, la clé du problème réside dans la réorganisation pure, simple et globale de notre système. « La France est un pays d’accumulation. Nous étions globaux bien avant que les autres pays ne le soient. Que s’est-il passé ? » s’interroge Denis Kessler.

 

Des paroles et surtout des actes

Aujourd’hui, l’ex numéro 2 du MEDEF aimerait croire aux paroles du Premier ministre Manuel Valls, il y a peu, devant les membres du Medef. « Priorité à la société civile et aux entreprises. Plus que de l’amour, maintenant, je veux des preuves d’amour. Le patronat commencera alors vraiment à y croire. Car le décrochage est tel qu’on ne pourra plus rattraper notre retard d’ici peu ». Restaurer la compétitivité et la productivité, abolir des 35 heures sont autant de piste que l’homme soumet. Il croit en la volonté entrepreneuriale de la France… Avant que la désespérance n’atteigne définitivement ceux qui sont prêts à se lancer dans la jungle. « Tout est à refaire mais nous avons besoin de signaux forts ». Tenant à rappeler que les prochaines générations seront forcément impactées par les décisions prises aujourd’hui.

Sur le sort de Monaco, la parole se veut plus sereine. « La Principauté a des atouts mais attention de ne jamais se satisfaire de ce que l’on a pu obtenir. Une position acquise n’est jamais évidente. A vous de définir votre destin en vous donnant les moyens de l’atteindre », a-t-il déclaré devant l’auditoire.

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Monaco Hebdo