lundi 6 juillet 2020
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Marion Soler : « Monaco, ce n’est pas que le Grand Prix et le yachting »

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Avocate de formation et directrice de l’entreprise monégasque Actis, une filiale du groupe Telis spécialisée dans la gestion des données numériques et la dématérialisation, Marion Soler a été élue en octobre 2019 présidente de la Jeune chambre économique de Monaco (JCEM) pour 2020.

Monaco Hebdo l’a rencontrée pour évoquer le rôle et les missions de la JCEM, mais aussi son parcours et ses projets en tant que présidente. Interview.

Qu’est-ce que cette nomination à la tête de la JCEM représente pour vous ?

Tout d’abord beaucoup de fierté parce que ce n’est pas rien d’être élue à ce poste et cela implique des responsabilités. Donc beaucoup de fierté et de mesure aussi de ce que cela va impliquer. Je suis prête à me donner à fond pour que ça se passe très bien, pour moi et pour la jeune chambre économique, bien sûr.

Quel est votre parcours ?

Côté professionnel, je suis arrivée en stage en 2016 au sein du groupe Telis. Ensuite, j’ai fini mon parcours d’études d’avocate, j’ai passé tous mes diplômes et prêté serment. Et finalement, je suis revenue au sein du groupe pour créer le service juridique, grâce à Thierry Leray [directeur général de Telis – N.D.L.R.]. Et, assez naturellement, j’ai pris la direction générale d’une des filiales, qui s’appelle Actis, le 1er janvier 2019.

Comment avez-vous connu la JCEM ?

Ce parcours professionnel est très lié à mon parcours de la Jeune chambre. Parce que c’est en 2016, quand je suis arrivée à Monaco, qu’avec Thierry Leray, nous nous sommes rendus à plusieurs événements de la JCEM, notamment les petits déjeuners et le Business Time. A l’occasion d’un Business Time, il m’a proposé de le représenter. C’est comme ça que j’ai pu y aller une autre fois, rencontrer tous les membres, et que j’ai découvert l’ambiance de la Jeune chambre économique, et aussi les événements de qualité qui pouvaient s’y organiser. J’ai donc postulé pour rejoindre le mouvement fin 2016, et j’ai été accueillie par les membres.

Que s’est-il passé, ensuite ?

En 2017, j’ai fait partie de plusieurs commissions : le Startup Weekend et le Get in the ring, qui sont des événements du pôle « entrepreneuriat ». En 2018, j’ai eu la chance d’être nommée vice-présidente formation, donc j’ai intégré le conseil d’administration. En 2019, confiance renouvelée par Alexandre Maniloff [président JCEM 2019 – N.D.L.R.] qui m’a confié le poste de vice-présidente entrepreneuriat, cette fois. J’ai donc décidé de me présenter, et j’ai été élue en octobre 2019 à la présidence pour l’année 2020.

© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Je vais proposer que Monaco accueille la prochaine réunion des présidents européens en 2024 »

Comment devient-on présidente de la JCEM ?

Il y a deux étapes. Une première en mars, où le président de l’année d’après peut se présenter. Il fait ensuite son parcours pendant l’année, et il est élu officiellement en octobre. Dans la réalité, peu de personnes se présentent en mars, parce qu’on est en début d’année, et on a peu de visibilité sur l’année suivante. C’est dommage, parce qu’il faudrait effectivement le faire plus tôt pour avoir un vrai renouvellement. Moi, je me suis présentée à la présidence en septembre, avant l’assemblée générale. On postule avec un programme, avec une équipe, et ensuite on est élu par l’ensemble des membres en assemblée générale. C’est une élection, ce n’est pas une nomination, ce n’est pas arbitraire. J’ai eu la facilité d’être la seule candidate à ce poste. Mais ça arrive que deux ou trois se présentent pour être président. Et un seul est élu, à la fin, pour un an.

Pourquoi le président n’est-il élu que pour un an ?

C’est fixé au niveau international. L’idée, c’est le renouvellement perpétuel, pour que les présidents ne puissent pas « s’attacher » à leur rôle et le prennent à cœur comme d’autres institutions. Théoriquement, un président peut se représenter, mais ce n’est pas dans l’état d’esprit de la JCEM, parce que l’idée, c’est toujours innover… A contrario, on n’a pas forcément le temps de finir toutes les actions que l’on entreprend. Mais, dans la pratique en tout cas, on privilégie le fait de rester un an pour laisser aussi la place à d’autres, et que chacun puisse vivre son expérience.

Ce n’est pas frustrant ?

Ça peut l’être, mais on assure une vraie continuité. Nous, les présidents, les membres du conseil d’administration, on œuvre et on passe. La Jeune chambre est vraiment au-dessus de nous. Par exemple, en 2019, une étude a été lancée sur l’entrepreneuriat par Alexandre Maniloff, un très beau projet qui a pour but de mettre en valeur et de comprendre finalement quel est aujourd’hui l’état des lieux de l’entrepreneuriat à Monaco. Cette étude va être poursuivie en 2020, parce qu’il y a des travaux d’ampleur que l’on ne peut pas réaliser en six mois ou un an. Du coup, c’est important d’avoir une vraie continuité dans nos actions.

Quelles étaient vos motivations pour devenir présidente de la JCEM ?

C’est un accomplissement pour moi, parce que ça fait des années que je m’y investis. Pour moi, il y a un très fort lien professionnel, donc je m’engage dans la Jeune chambre à la mesure de ce que je peux faire, parce qu’on a tous une activité qui est forte à Monaco. Mais je me suis toujours engagée pleinement dans le mouvement, j’ai toujours donné de mon temps, sans rien attendre en retour de particulier. Et, au final, j’ai reçu plus que ce que je ne pensais en relations, et en attention.

C’est-à-dire ?

Pour moi, la manière dont on s’investit à la Jeune chambre et le travail qu’on peut y faire, rejaillit directement sur la vie professionnelle. Il était important pour moi, après m’être investie depuis des années, d’avoir cette opportunité. Je me suis dit que c’était la bonne occasion, poussée par Alexandre Mamiloff et Thierry Chausse [président de la JCEM 2016 – N.D.L.R.], qui m’ont soutenue dans cette démarche.

Thierry Leray vous a aussi soutenue ?

Initialement, je venais de prendre le poste de directeur général d’Actis, et j’avais dit « pas avant deux ans », le temps que je prenne mes marques, que l’on mette en place certaines choses… Et puis, Thierry Leray a rencontré Alexandre et Thierry Chausse dans un autre contexte et finalement, en en parlant, il s’est dit qu’après tout, il n’y avait pas de « bon moment », parce qu’on est toujours occupé… Et donc, qu’il fallait que je me lance, que ce soit dans la lancée, et donc cette année. Ça m’a évidemment plus que confortée dans cette idée. Son soutien a été primordial, parce que c’est un moment important de la vie professionnelle. Donc c’est important de pouvoir le partager avec ses collègues et son patron. Et surtout, en termes de temps, c’est une organisation. C’est loin d’être un « mi-temps », comme on a pu le dire à une époque.

Quelle est l’organisation, aujourd’hui ?

Aujourd’hui on est structuré à la façon d’une entreprise. J’ai toute une équipe autour de moi qui gère les équipes opérationnelles. Finalement, mon rôle est davantage dans la représentation et dans la transmission des messages que porte la JCEM. Mais il faut quand même une certaine autonomie. Et, du coup, il est important d’avoir le soutien de la personne pour qui on travaille.

Depuis quand existe la JCEM ?

La Jeune chambre existe à Monaco depuis 1963. Jean-Claude Tunon en a été le premier président. C’est un mouvement mondial qui a été créé en 1918 aux États-Unis. Au départ, c’était un club de danse. Et puis, très rapidement, avec la mouvance américaine qu’on connaît, c’est devenu un club business. Le siège est toujours à Saint-Louis (Etats-Unis). Et la Jeune chambre s’est finalement développée dans le monde entier. Aujourd’hui, plus de 110 pays ont une Jeune chambre économique nationale. Au total, il y a 200 000 membres dans le monde, et 6 000 organisations locales. À Monaco, nous avons deux organisations locales que sont Fontvieille et Monte-Carlo, mais ça reste très théorique, parce que vu la taille du territoire, on travaille au niveau national.

Quel est le rôle de la jeune chambre internationale ?

Elle donne des grandes orientations, en s’appuyant notamment sur les objectifs de développement durable de l’ONU. Ce sont de grandes directions, et après, chaque jeune chambre intègre ces principes comme elle le souhaite et en fonction de l’orientation qu’elle souhaite donner.

Quelles sont les orientations de la jeune chambre monégasque ?

Monaco a des particularités, notamment son orientation très économique et très business. Tous les pays ne sont pas dans cet état d’esprit. Beaucoup quand même, car ça reste une association de business dans son ensemble. Mais nous, nous n’avons plus vocation à faire d’actions sociales même si cela a été le cas dans le passé. On est vraiment tourné autour du développement de l’attractivité économique monégasque.

Créée par la JCEM, la No finish line a fêté ses 20 ans en 2019 : pourquoi a-t-elle perdu cette vocation sociale ?

La No finish line est une des plus grandes réussites de la Jeune chambre. C’est un très bel événement, nous sommes fiers qu’elle ait pu être initiée à la JCEM comme d’autres projets d’ailleurs. Aujourd’hui, nos membres, qui sont très impliqués dans l’écosystème monégasque professionnellement, attendent de pouvoir consolider leur réseau par les échanges de confiance et les échanges que l’on peut avoir entre les membres et avec les différents institutionnels qui nous suivent. Et je pense surtout que de supers associations à Monaco font aussi très bien ce travail-là. Je pense que ce n’est plus dans notre mission aujourd’hui, et ce n’est pas de notre devoir. Pour développer l’attractivité, il faut voir de façon plus économique la manière dont on va aider au développement de la principauté.

© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Nous n’avons plus vocation à faire d’actions sociales même si cela a été le cas dans le passé. On est vraiment tourné autour du développement de l’attractivité économique monégasque »

Comment ?

Je pense à MonacoTech, qui a été créé il n’y a pas si longtemps. Il va y avoir Monaco Boost, qui arrive en avril. Ces initiatives sont fantastiques. Et la Jeune chambre doit être un vecteur de cette continuité et de ce développement économique. Notamment au niveau de l’entrepreneuriat.

Quel intérêt ont aujourd’hui les entrepreneurs à intégrer la jeune chambre économique ?

Le premier point, c’est qu’en étant à la JCEM, on adhère à un certain nombre de valeurs. Se retrouver avec des personnes qui partagent les mêmes valeurs, cela crée des liens de confiance. En venant à la JCEM, on fait des rencontres solides sur lesquelles on peut se baser ensuite pour soit travailler, soit de manière simplement amicale. Un membre, quand il rentre à la JCEM, ne doit pas s’attendre forcément à obtenir quelque chose immédiatement parce que ce n’est pas un mouvement club business comme il peut y en avoir des dizaines où on arrive, on donne des cartes de visite, on paie une cotisation et on fait des dîners… C’est bien mais ce n’est pas l’objet. On veut vraiment faire sortir les membres de leur zone de confort. Ce qu’ils vont y trouver dans un premier temps, c’est des rencontres, de faire de nouvelles choses…

Quoi d’autre ?

Ils sont aussi formés. On se veut leader. Et pour créer les leaders de demain et faire avancer la JCEM, il faut toujours se former. On se forme toute sa vie. C’est aussi ce que l’on offre à nos membres, une partie formation en termes de leadership, de management, de développement personnel par exemple, qu’ils pourront réutiliser dans le mouvement mais aussi dans leur vie professionnelle et personnelle.

Quels sont les critères pour intégrer la JCEM ?

Deux critères sont primordiaux. La première est la condition d’âge, qui nous est imposée au niveau international. Il faut avoir entre 18 et 40 ans. La deuxième, c’est d’être actif à Monaco. On a une vraie volonté de développement économique et d’orientation business. Quelqu’un à Monaco qui ne travaillerait pas ne se retrouverait pas aujourd’hui dans ce que l’on porte comme valeurs et dynamisme. Pour nous, la condition c’est donc d’être actif à Monaco et d’avoir une vraie volonté, de s’impliquer dans le mouvement.

Combien de membres rassemble aujourd’hui la JCEM ?

Aujourd’hui, on a une centaine de membres, dont une bonne partie qui sont actifs. C’est-à-dire qu’ils sont intégrés dans des commissions et participent à l’organisation des événements.

Comment évolue le nombre de membres ?

Le nombre de membres a fluctué pendant des années. Il y a eu une période autour des années 2000, où leur nombre avait bien baissé mais c’était lié au niveau international aussi. Comme tout mouvement, il fallait se renouveler et aller encore plus loin pour attirer de nouveaux membres et de nouveaux profils. Il y a aujourd’hui cette difficulté à l’international.

Et à Monaco ?

À l’inverse, Monaco reprend de l’intérêt par rapport à ça. En 2019, on a beaucoup axé sur la communication, on a fait une campagne d’affichage dans la principauté. Elle a permis de montrer toute la diversité des profils des membres de la jeune chambre. Surtout que les membres ou anciens membres de la JCEM sont des personnes très impliquées dans l’économie locale, et cela attire.

Quel est leur profil ?

On a quelques entrepreneurs. On n’a pas énormément de startups, parce que la difficulté, c’est qu’elles s’installent et restent à Monaco. On en voit beaucoup dans les participants de nos événements, mais finalement assez peu en tant que membres. Le profil le plus classique, c’est cadre et dirigeant d’entreprise. On a de plus en plus d’entrepreneurs, pas encore autant que de salariés cadres, mais on tend vers ça. Et bien sûr, on les encourage à s’intéresser à la Jeune chambre économique, pour voir ce que l’on propose.

Quels sont vos projets en tant que présidente ?

Mes projets, c’est d’abord de poursuivre les événements qui fonctionnent et sur lesquels il y a eu beaucoup de travail effectué. Et le travail n’est pas fini, parce que l’idée est de chaque année conserver des événements phares, comme le Startup Weekend ou Graine d’entrepreneur. On doit toujours les retravailler pour attirer le public le plus pertinent possible, que ce soit le plus intéressant, et que ça puisse être aussi vu et porté le mieux possible. Cette partie de continuité est donc essentielle.

Qu’est-ce que le programme « Graine d’entrepreneur » ?

Graine d’entrepreneur est un événement qui s’adresse aux lycéens de Monaco. Ils sont coachés pendant une journée, et à partir d’une idée, ils doivent créer un projet viable. Ils sont aidés par des mentors, ils ont une formation de prise de parole en public pour les aider à savoir s’exprimer à l’oral, ce qui sera hyper important dans leur vie professionnelle. Ces journées ont été créées par la JCEM il y a plus de cinq ans par David Sirour, notamment. Et aujourd’hui, on va porter le concept, transmettre ce modèle, et donner les outils aux autres jeunes chambres mondiales pour qu’elles puissent, elles aussi, développer ce concept de « graine d’entrepreneur » dans leur pays.

D’autres projets ?

Toujours au niveau international, on a l’organisation de plusieurs congrès européens, mondiaux, de réunions diverses et variées… Je vais proposer que Monaco accueille la prochaine réunion des présidents européens en 2024. Il y a déjà eu une édition en 2007. On a eu également une très belle conférence européenne en 2013. Je pense que, quelques années après, c’est l’occasion pour Monaco de reproposer l’organisation d’un événement à taille cohérente. Et surtout aussi de montrer que Monaco, ce n’est pas que le Grand Prix et le yachting, même si c’est fantastique. C’est aussi des milliers d’entreprises, et un tissu économique développé.

Et pour les membres ?

La jeune chambre fonctionne aujourd’hui comme une entreprise. Et dans les entreprises, on fait des “team building” [méthode pour renforcer les liens entre les membres d’une équipe – N.D.L.R.]. Cet été, je vais coupler une journée de formation pour les membres autour du leadership et du management avec une journée plus conviviale, plus ouverte pour recréer du lien entre nos membres. Et dans le cadre de cette convention nationale, on invitera également des jeunes chambres jumelées, notamment la Suisse et l’Afrique du Sud, pour leur faire une découverte de ce qu’est la principauté, et les impliquer dans les formations.

Quels sont les grands événements de l’année ?

Outre graine d’entrepreneur, on a le Startup Weekend qui aura lieu du 24 au 26 avril 2020. On vient avec une idée, et ensuite, pendant 54 heures, les groupes travaillent sur les idées sélectionnées. Le but étant de présenter un projet viable à partir d’une simple idée. On arrive alors au stade de la création. On reçoit des dossiers de participation avec des personnes qui ont soit créé des entreprises il y a moins d’un an, ou qui vont la créer dans moins d’un an. Ils passent devant un jury et les meilleures entreprises ou entreprises en création sont primées avec plusieurs types de prix, notamment du gouvernement, mais aussi de nos partenaires, de la JCEM… Et ensuite, on a le Get in the ring. L’idée, c’est d’arriver à synthétiser en anglais le business plan de notre entreprise, quels sont les besoins, quels sont les projets, pour que des investisseurs se proposent de lever des fonds auprès de ces jeunes startups. Le but, très concret, est d’aller à la finale mondiale.

Et les trophées de l’entrepreneuriat ?

Les trophées de l’entrepreneuriat ont été créés il y a deux ans sous la présidence d’Olena Prykhodko et initiés par Maxime Douce lors de la première édition, en 2018. C’est tout simplement la remise des prix de l’ensemble des événements présentés précédemment avec la présentation des gagnants. C’est une belle cérémonie. J’aimerais qu’elle devienne le symbole du dynamisme de l’entrepreneuriat en principauté.

1 Question 1 Minute avec Marion Soler, présidente de la Jeune Chambre Economique de Monaco

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