jeudi 16 septembre 2021
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Covid-19 et Grand Prix : les locations de terrasses interdites

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Il fallait s’y attendre. Même si la pandémie de Covid-19 commence à marquer le pas, le gouvernement monégasque n’a pas souhaité prendre de risques.

Les locations de terrasses autour du Grand Prix de Monaco sont donc interdites pour cette édition 2021. Une décision que les professionnels de ce secteur « regrettent ».

À la fin du mois de mai, chaque année, ils sont des milliers à se réunir sur les balcons de la principauté pendant le Grand Prix de Monaco. Avec une « vue imprenable sur le circuit », comme le promettent bon nombre de sites Internet plus ou moins sérieux, les fans de Formule 1 (F1) se laissent assez facilement séduire, même si le ticket d’entrée reste élevé. Ce marché est en très grande majorité capté par des entreprises installées à Monaco, dont beaucoup sont affiliées à la chambre monégasque de la communication. Pandémie de Covid-19 oblige, personne n’a oublié l’annulation pure et simple du Grand Prix 2020. Pour tenter de rattraper le coup, l’Automobile club de Monaco (ACM) a programmé en 2021 trois Grands Prix : le Grand Prix historique du 23 au 25 avril 2021, le e-Prix, le 8 mai 2021, et le Grand Prix de F1, du 20 au 23 mai 2021. Potentiellement trois occasions de travailler et de tenter de soigner le chiffre d’affaires des entreprises du secteur de l’événementiel, durement impactées par la crise sanitaire.

« Seuls l’Automobile Club de Monaco, les restaurants et les hôtels sont autorisés cette année à produire et à vendre des prestations, ainsi que les agences qui collaboreraient avec ces organismes et établissements » Communiqué de la chambre monégasque de la communication, daté du 11 mai 2021

« Pas rentable »

Mais cette année, les professionnels du secteur ont d’abord vécu une longue période d’incertitude. Avec une rumeur insistante qui faisait état d’un remplissage des terrasses, balcons et yachts à hauteur de 50 % de la jauge habituelle, avant qu’un second scénario ne fasse surface, avec une jauge limitée à 30 % du remplissage habituel. Du coup, les professionnels ont navigué à vue pendant un bon moment, et ils se sont adaptés comme ils ont pu. « Dans les contrats avec les différents prestataires, notamment avec les propriétaires, nous avons inclus une clause qui stipule que le calcul final serait fait au prorata du nombre de personnes autorisé », explique un professionnel. Une certitude a rapidement été acquise : sur le plan comptable, l’édition 2021 de ces trois courses automobiles ne sera pas une bonne opération. Mais, pour être réellement fixé sur l’ampleur du manque à gagner, il fallait attendre une information officielle émanant du gouvernement. Car si l’organisation de la course de F1 dépend de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), la gestion du public et des tribunes dépend du pays hôte, donc de l’État monégasque et de l’Automobile club de Monaco (ACM) [lire notre article Jauge ou huis clos : qui décide ?, publié dans Monaco Hebdo n° 1193 — NDLR]. Finalement, l’information a été donnée aux professionnels par le gouvernement à l’occasion d’une réunion qui s’est déroulée le 6 mai 2021 : les opérations d’hospitalités sur les terrasses privées qui surplombent la piste du Grand Prix de Formule 1 seront interdites. Dans un communiqué daté du 11 mai 2021, la chambre monégasque de la communication a donné quelques précisions : « Toute proposition d’hospitalité qui serait faite dans ce cadre cette année serait ainsi en totale infraction avec les directives gouvernementales qui viennent d’être édictées. En effet, seuls l’Automobile Club de Monaco (ACM), les restaurants et les hôtels sont autorisés cette année à produire et à vendre des prestations, ainsi que les agences qui collaboreraient avec ces organismes et établissements. » Avant d’ajouter : « Les professionnels du secteur membres de la chambre monégasque de la communication regrettent de ne pas pouvoir accueillir leur clientèle sur les terrasses privées cette année, mais lui donne rendez-vous la saison prochaine. » C’est un coup dur pour cette profession qui a longtemps cru qu’elle pourrait travailler, même avec une affluence réduite. Ce qui aurait bien sûr eu un impact économique. « Si la jauge avait été limitée à 50 %, ça n’aurait pas été rentable. Pour nous, c’est une opération sans aucune marge. On est à zéro. Et si la jauge avait été à moins de 50 %, on aurait perdu de l’argent », confirme Gérald Moyne, président de la chambre monégasque de la communication et patron de First Class Organisation. Pour ce chef d’entreprise, le calcul est vite fait. Sur un Grand Prix de F1 « classique », son entreprise attire environ 2 000 personnes sur deux jours, le samedi et le dimanche. Mais pour ce Grand Prix « sous Covid », les compteurs seront presque à zéro pour une écrasante majorité de professionnels de ce secteur.

© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

En temps normal, le business des terrasses est estimé à plus de 35 millions d’euros pour un Grand Prix de F1, avec une cinquantaine d’entreprises. Mais pour cette édition 2021 sur fond de Covid, les compteurs seront presque à zéro pour les professionnels de ce secteur

« Marge de 10 à 15 % »

L’impact sur le chiffre d’affaires, et sur la santé économique des entreprises spécialisées dans l’événementiel à Monaco, sera fort. Après une annulation pure et simple du Grand Prix 2020, cette interdiction ne permettra donc pas à ces entreprises de bénéficier d’un ballon d’oxygène. En temps normal, ce marché est rentable, même si tout l’argent de ces locations ne finit pas directement dans la poche de ces professionnels. Car si les prix des locations de terrasses et de balcons restent élevés [voir notre infographie par ailleurs — NDLR], les entreprises n’encaissent qu’une partie de la somme perçue. « Sur une terrasse commercialisée à 2000 euros par personne, le propriétaire perçoit environ 1 000 euros. Le traiteur et son staff prend 400 euros pour le week-end. Ensuite, il y a les frais de montages, avec les tentes, les moquettes, les téléviseurs, le nettoyage, nos équipes, les hôtesses, les personnels de sécurité, les fleuristes… Au final, notre marge est de 10 à 15 %. Sur une terrasse à 40 000 euros, on va gagner entre 5 000 et 6 000 euros », détaille le patron de First Class Organisation, qui rappelle aussi qu’il faut déduire la TVA à 19,6 %. « Il faut arrêter de fantasmer autour des bénéfices générés », expliquait déjà un autre professionnel du secteur à Monaco Hebdo, Frédéric Lajoux, président délégué de Miti, en mars 2007. En temps normal, le business des terrasses est estimé à plus de 35 millions d’euros pour un Grand Prix de F1, avec une cinquantaine d’entreprises. « Habituellement, on réalise un chiffre d’affaires d’à peu près 1,8 million d’euros », glisse Gérald Moyne. En 2006, l’Automobile club de Monaco (ACM) avait délivré 25 000 laissez-passer pour accéder aux immeubles bordant le circuit.

Comme d’habitude, un certain nombre d’arnaques prolifèrent autour des terrasses du Grand Prix de Monaco, avec des annonces plus ou moins sérieuses, diffusées sur des sites Internet douteux. Mais cette année, la crise sanitaire laisse un peu moins de marge de manœuvre aux escrocs

Histoire

Entre les Masters de Monte-Carlo et le Grand Prix de Monaco, beaucoup d’entreprises du secteur de l’événementiel réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires chaque année au printemps. Mais, comme 2020, l’année 2021 restera donc classée parmi les années « noires », bien loin de la toute fin des années 1990. En effet, en 2000, les prix flambaient. Une entreprise avait alors réalisé un chiffre d’affaires de 2,3 millions d’euros du jeudi au dimanche, jour de la course. Pour réaliser ce petit tour de force, il avait fallu convaincre 600 clients et travailler dix mois sur ces quatre journées. Et pour convaincre, rien n’est trop beau. Une centaine de voitures avec chauffeurs avaient alors été affrétées, des appartements avec terrasses ou balcons loués, et un service haut de gamme avec traiteurs et une armée de serveurs déployés. Entre 1997 et 2000, les prix ont donc atteint des sommets, pour chuter ensuite. En cause : le contexte international, avec les attentats du 11 septembre 2001 et la crise dans le secteur des nouvelles technologies, notamment. « En 2002, il y a même eu des invendus », expliquait à Monaco Hebdo Frédéric Lajoux, président délégué de Miti, en mars 2007. Et, puis à partir de 2003, ce marché est reparti à la hausse. Si on compare les prix [voir notre infographie, par ailleurs — NDLR], entre 2007 et 2021, les tarifs ont augmenté, en moyenne, d’environ 300 euros. Dans l’immeuble le Shangri-La, les tarifs par personne et pour le samedi et le dimanche, sont passés d’une tranche de 1500 à 2000 euros en 2007, à 1 800 à 2 300 euros. Au Palais Héraclès, alors qu’il fallait débourser entre 1 500 et 2 200 euros en 2007, en 2021 il faudrait plutôt compter entre 1 800 et 2 500 euros. Enfin, du côté de l’Emanno Palace, si en 2007 les prix étaient situés entre 1 800 et 2 500 euros, et parfois plus, pour 2021 la moyenne serait désormais comprise entre 2 200 et 3 000 euros. Et davantage, selon les prestations proposées.

« Notre marge est de 10 à 15 %. Sur une terrasse à 40 000 euros, on va gagner entre 5 000 et 6 000 euros. » Gérald Moyne. Patron de First Class Organisation.

« Si l’événementiel ne redécolle pas en 2021, il faudra vraiment se poser la question. Et envisager de faire autre chose » Gérald Moyne. Patron de First Class Organisation

Arnaques

Comme d’habitude, un certain nombre d’arnaques prolifèrent autour des terrasses du Grand Prix de Monaco, avec des annonces plus ou moins sérieuses, diffusées sur des sites Internet douteux. Mais cette année, la crise sanitaire laisse un peu moins de marge de manœuvre aux escrocs. Si la vigilance reste bien sûr de mise, il devrait mécaniquement y avoir moins d’annonces suspectes, l’interdiction gouvernementale de commercialiser des terrasses étant passée par là. Certaines de ces annonces douteuses conduisent à des appartements finalement sans balcon, mais avec une simple porte-fenêtre, à laquelle il faudra se succéder un à un pour voir un peu de la course, à tour de rôle. En revanche, les laissez-passer achetés sur Internet qui correspondent à des appartements déjà loués, ou même, parfois, à des appartements qui n’existent pas, pourraient bien être encore de la partie cette année, malgré la décision prise par le gouvernement monégasque. « Cette année, je pense qu’on verra à Monaco peu de gens essayer de revendre des laissez-passer pour les terrasses. Et c’est tant mieux… », glisse le patron de First Class Organisation. Pour tenter de mieux encadrer cette activité, une série de mesures ont été prises. Le gouvernement monégasque a publié en 2001 un texte de loi. L’arrêté ministériel n° 2001-660 fixe des règles précises, afin d’assurer davantage de sécurité dans les immeubles qui accueillent du public. Ce texte indique que seulement « deux personnes sont autorisées par mètre carré linéaire de terrasse ou de balcon ». Le gouvernement a alors décidé de pousser les entreprises de ce secteur à engager leur responsabilité, puisqu’elles doivent déclarer auprès des autorités monégasques le métrage, l’occupation et l’aménagement de chaque terrasse louée. Mais cela ne règle pas pour autant les cas des personnes qui louent leur terrasse ou leur balcon sans aucune autorisation, pas plus que celui des agences étrangères qui agissent parfois sans vraiment respecter ces règles. Du coup, en 2007, les entreprises monégasques présentes sur ce marché avaient décidé de lancer un label : “Grand Prix quality+”. La charte liée à ce label expliquait alors que l’objectif était de « faire reconnaître les membres de “Grand Prix quality+” comme apporteurs de profits à Monaco (loyers, embauches, TVA…) », tout en établissant « un dialogue avec les différents prestataires (hôteliers, restaurateurs, traiteurs, direction du tourisme…), afin de respecter une qualité d’accueil commune ». En 2007, quatorze entreprises représentant un portefeuille de clients estimé à 15 000 personnes avaient adhéré à ce label. Mais plus de 10 000 clients échappaient encore à ce business légal, préférant prendre des risques, et réserver une terrasse ou un balcon en traitant avec des particuliers qui travaillent au noir ou avec des entreprises étrangères. Ce label a finalement été abandonné en 2010.

Après l’annulation du Grand Prix de Monaco 2020 et une édition 2021 sans location de terrasses, les pertes et les soucis continuent de s’accumuler

Incertitude

En 2021, les entreprises du secteur de l’événementiel, au sens large, se sont regroupées, avec la volonté de mieux se structurer qu’en 2007. La crise sanitaire poussant sans doute à se serrer les coudes, un appel d’air a été créé, et dix-huit nouvelles entreprises de ce secteur ont rejoint la chambre monégasque de la communication. « Sans recréer un label, nous avons ainsi relancé le même esprit que ce qui avait été fait en 2007, de façon à pouvoir parler d’une seule voix auprès des autorités monégasques. C’est Laurence Cellario, d’Incentive Concept, qui est à l’origine de ce projet que nous menons ensemble, avec également le président délégué de Miti, Frédéric Lajoux. On essaie notamment, mais pas seulement, de faire avancer les choses concernant les aides pour les entreprises qui en ont besoin », raconte Gérald Moyne, tout en assurant avoir multiplié les rendez-vous ces derniers mois. Le secteur de l’événementiel doit en tout cas se contenter du peu d’activité qui subsiste en principauté. « Heureusement que la culture est restée ouverte à Monaco. Il y a notamment eu le Printemps des Arts, les ballets de Monte-Carlo… La directrice des affaires culturelles, Françoise Gamerdinger, s’est battue pour ça. Bravo à elle. Car nous avons pu travailler un peu dans ce cadre-là », souligne Gérald Moyne. Mais l’année 2021 ne s’annonce pas radieuse, loin de là. Sur le front du Covid-19, même si la vaccination progresse, les services de réanimation ne désemplissent pas suffisamment pour envisager un répit. Dans un tel contexte, difficile de se projeter. Or, l’économie a horreur de l’incertitude. Et l’avenir semble encore bouché. « L’avenir ? Je ne sais pas. Ça va dépendre de ce qu’on pourra faire cette année. Ça dépendra aussi des aides gouvernementales, des soutiens bancaires, de la recherche de partenaires éventuels pour rentrer au capital… Il faudra aussi, peut-être, penser à davantage travailler dans le domaine culturel, que sportif. J’en suis encore dans la phase où je cherche de nouvelles idées, en me disant que l’événementiel était un bon business et que ça redeviendra un bon business. Pour l’instant, je ne me suis donc pas « réinventé ». Mais si l’événementiel ne redécolle pas en 2021, il faudra vraiment se poser la question. Et envisager de faire autre chose. » Il en faudra de toute façon beaucoup plus pour ramener le sourire sur les visages des professionnels de ce secteur. Après l’annulation du Grand Prix de Monaco 2020 et une édition 2021 sans location de terrasses, les pertes et les soucis continuent de s’accumuler.

© Photo Jessica Vanné / Monaco Hebdo.

Estimation des prix des terrasses, immeuble par immeuble (1)

Ligne de départ :

  • L’Albatros : de 1 500 à 2 000 euros
  • Le Shangri-La : de 1 800 à 2 300 euros
  • Le Palais Héraclès : de 1 800 à 2 500 euros
  • Hirondelle : de 1 500 à 1 800 euros
  • Le Bristol : de 1 800 à 2 500 euros
  • Les Caravelles : de 1 900 à 2 600 euros
  • Le Panorama : de 1 600 à 2 100 euros
  • Ermanno Palace : de 2 200 à 3 000 euros et plus

Avenue d’Ostende :

  • Les Princes : de 1 800 à 2 100 euros
  • Le Beaurivage : de 1 800 à 2 300 euros
  • Hôtel Métropole : de 1 800 à 2 000 euros
  • Le Mirabeau : de 1 800 à 1 900 euros

Tunnel, avenue Kennedy :

  • Le Portobello : de 1 500 à 2 100 euros
  • Le Castelara : de 1 500 à 2 100 euros

1) Tarif par personne et pour le week-end.

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Monaco Hebdo