mardi 30 novembre 2021
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Et si les actions japonaises créaient la surprise ?

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Tokyo
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Délaissée depuis plusieurs années, la Bourse de Tokyo pourrait voir le vent tourner. D’ailleurs, de plus en plus d’investisseurs s’intéressent à ce marché qui ne manque pas d’atouts.

Il peut paraître audacieux dans la  période actuelle de vanter les perspectives de tel ou tel marché d’actions. Mais pour les investisseurs aguerris et confiants sur le moyen et le long terme, il est probablement judicieux de s’intéresser à la Bourse de Tokyo. En désamour depuis de longues années, les actions japonaises pourraient connaître en 2010 un tournant. De plus en plus de grands gestionnaires internationaux s’intéressent d’ailleurs à ce marché qui ne manque pas d’atouts.

Un marché très cyclique

« Il n’y a pas de fatalité japonaise, explique Guy de Tonquedec, gérant du fonds Objectif Japon chez Lazard Frères Gestion. La Bourse japonaise évolue en ligne avec les places américaines et européennes depuis une douzaine d’années, mais avec une volatilité bien plus prononcée. » Ce qui tient à une spécificité. « Le Japon est un marché boursier très dépendant de la conjoncture économique, poursuit ce gérant. Car 60 % des entreprises cotées au Japon font partie de secteurs cycliques. Comme l’automobile, l’électronique ou encore les matières premières. Contre environ 30 % en Europe et 40 % aux Etats-Unis. Du coup, quand l’activité ralentit, la Bourse japonaise souffre donc davantage. Mais à l’inverse, quand l’activité redémarre, la place de Tokyo rebondit plus fortement. » Sauf que 2 009 a été l’une des exceptions à la règle. Car la Bourse de Tokyo a nettement moins rebondi que les autres marchés d’actions. « Le marché japonais avait bien rebondi jusqu’en août, précise de Tonquedec. Mais par la suite, les élections législatives et l’alternance historique au pouvoir qui s’en est suivie ont créé une période d’incertitudes qui a refroidi les investisseurs jusqu’à la fin de l’année. Rassurés ensuite sur les choix politiques du gouvernement, ils sont revenus progressivement sur ce marché qui offre encore un potentiel de hausse. » Reste à savoir comment ils vont réagir à la démission surprise, début juin, du Premier ministre.

Fort rebond des résultats

Même si les nouvelles incertitudes politiques pourraient être source de volatilité, la reprise économique en marche, sous l’impulsion non seulement des exportations en direction de l’Asie mais aussi de la consommation et de l’investissement qui repartent plus vite que prévu, devrait soutenir les actions japonaises. La croissance des résultats des entreprises se pose d’ailleurs comme le principal catalyseur boursier des mois à venir. « Le potentiel de progression des indices boursiers nippons repose sur le très fort rebond des résultats des entreprises cotées attendu dès cette année, précise Arnaud Bauduin, gérant du fonds OFI Cible Japon. Mais les analystes sous-estiment encore ce rebond et vont donc progressivement relever leurs prévisions dans les prochains mois. Ce qui alimentera la hausse des indices actions japonais. » Sur l’année fiscale 2008-2009, les profits des entreprises japonaises ont en moyenne chuté de 75 %. « Ils devraient progresser cette année de quelque 12 %. Puis rebondir de 120 % en 2010-2011 et encore de 100 % l’année suivante. Bien sur, ça permettra à peine de retrouver les niveaux d’avant crise. Mais cette tendance devrait soutenir les cours de Bourse », confirme de Tonquedec.
Reste à bien choisir son cheval de course. « D’une manière générale, j’attache une très grande importance à la santé financière des entreprises dans lesquelles j’investis, souligne de Tonquedec. Après avoir privilégié en 2009 les secteurs qui repartent en premier dans les phases de redémarrage économique, comme les composants automobiles ou l’électronique, mon attention se porte désormais davantage sur les secteurs en aval de la reprise. Comme les biens d’investissement, la publicité, la distribution ou encore le secteur financier. En revanche, j’évite les entreprises de services aux collectivités qui sont désormais très chères et dont la croissance est faible. Ainsi que les entreprises d’électronique grand public qui dégagent des marges faibles en raison notamment d’une concurrence très forte. »

Jouer la consommation domestique

Alors qu’Arnaud Bauduin privilégie le thème des restructurations. « L’une des caractéristiques de nombreuses entreprises japonaises, c’est de détenir beaucoup de trésorerie. Mais actuellement ça ne leur rapporte plus rien. On recherche donc des entreprises capables de restructurer leur bilan et d’utiliser leur trésorerie pour racheter, par exemple, les intérêts minoritaires de leurs filiales cotées. » Or, au Japon quelques 400 entreprises cotées appartiennent à de plus grands groupes qui sont aussi cotés. Le gérant va également rechercher des entreprises qui profitent du rebond de la consommation domestique. Notamment dans le secteur de la distribution. Mais aussi de la technologie. « Les grands distributeurs japonais doivent, comme les grands groupes européens, réinventer le concept d’hypermarchés, précise Bauduin. Les entreprises japonaises spécialisées dans les technologies de pointe, comme les écrans tactiles ou la chimie de spécialité électronique sont des cibles potentielles pour de grands groupes à la recherche de relais de croissance. »
Mais difficile, voire impossible, d’investir en direct sur les actions japonaises. Du coup, il est conseillé de faire appel à un gérant de portefeuille via un organisme de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). Et de ne consacrer à un tel placement qu’une petite partie de son portefeuille.

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Monaco Hebdo