jeudi 9 décembre 2021
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L’économie verte peut-elle sauver le tourisme ?

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Ébranlé par la pandémie de Covid-19, le bilan du tourisme n’est pas bon, c’est un euphémisme.

Mais la partie n’est pas finie pour la direction du tourisme et des congrès, qui mise sur le développement durable pour se relancer à court et moyen terme. Reste à savoir comment, concrètement.

Que faire ? L’horizon est gris sur Monaco. La pandémie liée au Covid-19 a porté un sacré coup à l’industrie du tourisme. Le bilan est tout bonnement « catastrophique » depuis l’été 2020, et l’adjectif nous vient du directeur du tourisme lui-même, Guy Antognelli, qui affichait lundi 14 décembre 2020 les bilans et les perspectives du secteur au Grimaldi Forum, devant les principaux acteurs. Si les chiffres de l’automne ne sont pas officiellement communiqués par la Direction du Tourisme et des Congrès (DTC), ceux de l’été 2020 affichaient déjà la tendance. Le chiffre d’affaires a baissé de 50 %, avec un taux d’occupation des hôtels de seulement 40 % en juillet 2020, contre 79 % en juillet 2019, et 56 % en août 2020, contre 80 % en août 2019. La perte de la clientèle étrangère, limitée dans ses déplacements compte tenu de la crise sanitaire, explique en grande partie cette chute vertigineuse. Sans compter l’annulation de la quasi-totalité des événements sur le Rocher. L’hiver ne devrait pas inverser la tendance, et Guy Antognelli ne le cache pas : « Même si l’impact sera moins douloureux, tempère-t-il. Car, si nous faisons -80 % l’hiver, on perdra moins que si nous faisons -50 % l’été, période où les hôtels font habituellement leurs chiffres d’affaires de l’année ». Les bonnes idées sont donc les bienvenues pour relancer la machine. Et, aux yeux de la DTC, l’avenir sera vert ou ne sera pas.

Faire du tourisme « responsable »

Le tourisme durable est devenu un argument de vente. De plus en plus de voyageurs semblent intéressés par des séjours dits « écologiques », qui limitent l’impact sur l’environnement. Une étude menée en 2018 par le site de réservations Booking.com révèle ainsi que 87 % des voyageurs internationaux y sont particulièrement sensibles. Un marché à conquérir, y compris (surtout ?) à Monaco, pas toujours reconnue par le grand public comme destination verte, notamment à cause de l’impact carbone lié à la forte concentration d’automobiles, et le recours fréquent à l’aviation privée par la clientèle étrangère qui souhaite rejoindre la principauté. La DTC a donc fait appel à un cabinet d’études, François tourisme consultant (FTC), qui a remporté son appel d’offres parmi trois autres sociétés candidates, pour élaborer un plan d’attaque. Sa première initiative ? La réalisation d’un livre blanc, censé servir de feuille de route aux acteurs du tourisme, à travers des idées et suggestions sur-mesure pour déboucher sur des actions plus responsables. Loin d’être un simple outil marketing selon Gilles Muhlach-Chen et Guillaume Béreau, les consultants en charge du projet monégasque, ce livre blanc aurait vocation à aboutir, selon eux, sur des initiatives concrètes. Et il s’agirait d’initiatives libres, indépendantes du cadre légal, qui ne seraient ni « culpabilisantes », ni fondées sur des principes de « décroissance ». L’idée étant d’adapter des solutions « économiquement viables », comme le duo de consultants aime le rappeler. Pour en savoir plus, il faudra toutefois attendre la publication dudit livre blanc, toujours en cours d’écriture, d’ici la fin du premier trimestre 2021, selon Guy Antognelli. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le cabinet s’est basé sur des enquêtes auprès de clients, d’habitants et de professionnels du tourisme pour réaliser son livre blanc. Enquêtes qui révèlent les atouts et les points faibles de Monaco en matière de tourisme écoresponsable. Atouts, comme l’absence du phénomène sur-tourisme, au contraire de certaines grandes villes, comme Venise, Amsterdam et Barcelone, fréquemment bondées. Points faibles, comme le flou qui se cache derrière l’offre existante des engagements écoresponsables à Monaco, qui peinent encore à convaincre la clientèle sondée. « Faire, c’est bien, mais faire savoir, c’est important aussi », souligne ainsi Guillaume Béreau, rappelant que l’accent sera aussi mis sur la communication pour promouvoir les futures actions.

Repenser le tourisme d’affaires et le tourisme de loisirs

Le tourisme responsable a vocation à s’étendre sur toutes les strates du tourisme selon la DTC, affaires et loisirs y compris. « Leur mutation est inéluctable », assure même Sandrine Camia, directrice adjointe du tourisme. À travers le prisme du développement durable, la DTC entend mieux sécuriser ses événements, reconquérir sa clientèle de base et créer de nouvelles opportunités d’avenir. L’idée n’est donc pas d’isoler l’argument écoresponsable, mais de l’adapter aux habitudes des voyageurs, qui restent essentiellement européens, selon Sandrine Camia. Et pourquoi pas, en cibler de nouveaux, à l’aide de campagnes marketing déployées sur les agences de voyages (15 % des nuitées et 22 % du chiffre d’affaires), les opérateurs en ligne (31 % et 28 %), ou encore les canaux directs (50 % chacun). « La compétition touristique est en pause, comme derrière une “safety car” [voiture de sécurité pendant un Grand Prix de F1 — NDLR], mais nous sommes rentrés au stand pour préparer notre stratégie marketing, afin de devenir une “national destination for management et marketing organisation” », a déclaré Sandrine Camia, ce lundi 12 décembre 2020, lors de cette conférence de presse. Du marketing vert, donc, mais pas seulement. Parmi les pistes envisagées, la directrice adjointe au tourisme a également évoqué la modernisation du Monte-Carlo pass, pour l’étendre à encore plus de voyageurs.

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