lundi 17 mai 2021
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Croisières : cap sur l’ultra-luxe

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Avec 270 000 passagers venus à Monaco en 2015, contre 200 000 en 2014, le marché des croisières continue de progresser. Pour la direction du tourisme, le cap à maintenir est clair : attirer un maximum de croisiéristes à très fort pouvoir d’achat.

Pas d’avis de tempête sur le marché des croisières… Bien au contraire. A Monaco, ce secteur d’activité se porte plutôt bien. Les derniers chiffres dévoilés par la direction du tourisme et des congrès (DTC) et la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM), en témoignent. En 2015, Monaco a reçu au total 221 escales et 270 000 passagers, contre 200 000 en 2014. Sur ces 221 escales, 126 étaient classées dans le segment “luxe”, et 94 dans le segment “premium”. Soit les deux catégories les plus haut de gamme du secteur. « On a pu aussi estimer que le marché de la croisière en Principauté génère plus de 200 emplois. En 2014, ce secteur représentait 172 emplois directs et 50 emplois indirects. Soit une masse salariale non négligeable de plus de 8 millions d’euros », souligne Guy Antognelli, adjoint au directeur à la DTC. Autre indicateur : sur l’année 2014, ces escales ont rapporté plus de 27 millions d’euros à l’économie monégasque. Plus de 3 millions d’euros ont en effet été dépensés par les compagnies de croisières (des charges portuaires majoritairement), plus d’1 million d’euros par les équipages et plus de 23 millions d’euros par les passagers.

 

115 euros

Car une fois au sol, les croisiéristes sont en effet plutôt dépensiers. Voire très dépensiers. Pour en avoir une idée très précise, la DTC et la SEPM ont demandé à deux cabinets spécialisés (1) de mener une enquête au pied des bateaux à Monaco. Pendant plus de 6 mois, de juin à novembre 2014, des enquêteurs ont interrogé plus de 7 000 passagers et plus de 1 000 membres d’équipage. Le tout, sur un échantillon de plus de 70 bateaux. Avec des questions de type : « Avez-vous effectué des dépenses de shopping et/ou de restauration à Monaco ? Combien avez-vous dépensé ? Avez-vous pris une excursion ? Quels types de transports avez-vous utilisé ? »(1). Résultat : un passager en escale en Principauté dépense en moyenne 115 euros. La moyenne grimpe à 655,33 euros pour le passager “luxe” qui choisit de dormir à Monaco avant ou après sa croisière. Pour Guy Antognelli, la stratégie à poursuivre est donc claire : continuer de « cibler le luxe », les croisiéristes « à fort pouvoir d’achat » et faire en sorte d’accroître « les nuitées en pré et post cruise ».

 

« Exclusifs »

« Le croisiériste que l’on souhaite attirer est évidement celui qui a des moyens financiers importants. Et contrairement aux idées reçues, il n’est pas indispensable d’accueillir forcément de gros bateaux de croisières ! ». Au contraire. Désormais, la DTC cible prioritairement les « petites unités de grand luxe », comme le bateau français Le Ponant, un 3 mâts de 88 mètres qui peut accueillir jusqu’à 64 personnes. « On s’efforce en effet d’accueillir de plus en plus ces bateaux de croisières très “exclusifs” aux allures de yachts. » De toute manière, difficile pour Monaco d’accueillir des paquebots géants. Pour une raison simple : ces immeubles flottants — qui peuvent contenir plusieurs milliers de croisiéristes, et qui sont devenus à eux-seuls de véritables clubs de vacances — sont difficilement accessibles dans des petits ports comme Monaco. Ils ne font donc, logiquement, que très rarement escale en Principauté, voire pas du tout. De plus, la DTC l’a toujours affirmé : elle ne vise pas « le tourisme de masse » et ne mène pas d’actions commerciales ni de démarchages ciblées pour attirer ce type de tourisme à Monaco. En revanche, s’il vous arrive parfois de voir déambuler dans les rues de Monaco d’importants groupes de croisiéristes avec leur guide, sachez qu’il peut aussi s’agir de passagers arrivés en bateaux à Villefranche-sur-Mer. « Entre 65 et 70 % des croisiéristes en escale à Villefranche viennent en effet visiter Monaco », affirme la DTC.

 

(1) Enquête réalisée par l’institut français de sondages CSA pour la partie questionnaire et entretiens en face-à-face, et le cabinet d’experts GP Wild Int. — spécialisé dans l’industrie de la croisière — pour l’analyse des données et le rapport de l’enquête.

 

 

Le jackpot de la nouvelle digue

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© Photo DTC

Construite en Espagne, puis remorquée à Monaco en août 2002, la nouvelle digue semi-flottante a fortement dopé le marché des croisières. Et pour cause : grâce à cet ouvrage long de 352 mètres, le port Hercule a pu accueillir, à quai, des bateaux de croisière de grande taille, jusqu’à 300 mètres de long. « Auparavant, les navires de croisières n’avaient d’autre choix que de mouiller en rade de Monaco — ce qui ne facilitait pas les déplacements des croisiéristes — ou “along side”, au quai des Etats-Unis pour des embarcations ne dépassant pas 100 mètres », indique la SEPM. Pourtant, à l’origine, cette digue n’avait pas du tout été conçue pour accueillir des bateaux de croisières. Elle était uniquement destinée à protéger le port Hercule des courants et des vents d’Est, car en hiver, les conditions météorologiques étaient intenables pour les petits bateaux. Mais les autorités ont décidé de faire « d’une pierre deux coups » et d’aménager deux terminaux de croisière sur cet ouvrage de 160 000 tonnes. « L’exploitation des croisières a commencé progressivement en 2004 pour atteindre son rythme de croisière en 2006. C’était l’idée du siècle… », raconte la SEPM.

 

« La croisière abuse » ?

Pour dénoncer la pollution atmosphérique provoquée par les bateaux de croisière dans les ports, deux associations — France nature environnement FNE et l’ONG allemande NABU — ont réalisé en juillet 2015 des mesures de la qualité de l’air à proximité du port de Marseille. Dans cette étude baptisée « La croisière abuse ! », les deux ONG ont mesuré les concentrations de particules ultra-fines (PUF). Et celles-ci seraient 20 fois supérieures près des paquebots : « Or ces particules sont les plus dangereuses pour la santé : leur très petite taille — jusqu’à 1 000 fois plus fines qu’un cheveu — leur permet de s’accumuler dans les poumons et passer à la fois dans le sang et dans le cerveau. De nombreuses études attestent du lien entre ces particules et l’augmentation des risques cardiovasculaires (crises cardiaques notamment), l’hypertension artérielle et la maladie de Parkinson », indique l’étude. Par ailleurs, selon les deux ONG, la majeure partie de la pollution de l’air des navires de croisière vient de la teneur en soufre des carburants. « Fioul lourd, diesel marin… Ils en contiennent jusqu’à 3 500 fois plus que le diesel que nous mettons dans nos autos. De plus, aucun navire n’a l’obligation de s’équiper d’un simple filtre à particules, alors que les industriels, les constructeurs automobiles et les automobilistes y sont obligés. » En réponse, la branche française de l’association internationale des compagnies de croisières (CLIA France) avait notamment répondu que la plupart des paquebots récents sont désormais équipés de « scrubbers ». Il s’agit de systèmes de lavage des fumées qui réduisent de 90 % les émissions d’oxydes d’azote et de soufre, et les microparticules supérieures à 100 nanomètres.

 

 

 

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